Revue de l'année : Le réveil de la gauche

Voir, Vol: 12 No. 51, jeudi 24 décembre 1998, p. 39
Grenier, Éric

La gauche, la rouge, la vraie, se cherche une nouvelle place sur l'échiquier, autre que celle du pion damé. À défaut d'être réellement en résurrection, elle s'est faite plus bruyante. Fini, l'époque où la gauche se fondait dans le motif de la tapisserie au Parti québécois.

Ça a commencé par une énième tentative de réunification de la gauche: le Rassemblement pour une alternative politique (RAP), des péquistes défroqués, qui croient toujours au Grand Soir, mais qui ne peuvent plus suivre leur Église sur le chemin de la droite. À leur assemblée de mai, les gens du RAP n'ont pu s'entendre sur la personnalité du mouvement: un groupe de pression? Un parti? Une idée mort-née? La vieille contradiction de la gauche québécoise l'a mise devant un choix cornélien: affronter le PQ, au risque de laisser les fédéralistes l'emporter; où se terrer une fois de plus, pour la Cause, avec ses convictions socialistes. La réponse aura été toute québécoise: oui et non. Résultat: aux élections, la gauche s'est fait royalement planter par le... Bloc Pot, qui a devancé le Parti de la démocratie socialiste dans la majorité des circonscriptions où les deux partis étaient présents.

Il y a eu aussi la lutte contre l'Accord Multilatéral sur les Investissements, qui a culminé lors d'une manifestation - réprimée par la police - du SalAMI, orchestrée par l'anarchiste le plus connu au Québec, Alexandre Popovic, auteur du commando-bouffe au Reine-Elizabeth, à la fin de 97. Ces actions, à la grandeur de l'Occident, ont fini par avoir raison de l'AMI, enterré en juillet. Preuve que la gauche est capable de victoires, lorsqu'elle s'en donne la peine.