La réglementation favorise le tourisme lié aux drogues

Utiliser des preuves pour parler du cannabis

  1. Certaines preuves suggèrent que la réglementation des marchés du cannabis attire les touristes. Bien que des données n’aient pas été recueillies de façon systématique, les statistiques des Pays-Bas indiquent que 25 % des touristes qui visitent Amsterdam visitent un café, et 10 % affirment qu’il s’agissait de leur raison pour visiter la ville (Kilmer, 2010). Les premières données du Colorado indiquent que 44 % des revenus tirés des ventes de cannabis dans les zones métropolitaines et 90 % des ventes dans les communautés rurales proviennent d’acheteurs venant de l’extérieur de l’État (Light et autres, 2014).
    1. Le potentiel de tourisme lié au cannabis est relié à la taille et à la distance des populations voisines dans lesquelles l’usage du cannabis n’a pas été réglementé (Caulkins et autres, 2015), ce qui signifie que la réglementation dans certains endroits pourrait entraîner plus de tourisme relatif aux drogues que d’autres. Cela signifie également que le tourisme lié au cannabis diminue comme source d’inquiétude à mesure que plus de territoires réglementent légalement le marché du cannabis.
      1. Il est important de souligner que le tourisme lié aux drogues n’est absolument pas une conséquence inévitable de la réglementation du marché du cannabis (c.-à-d. que les preuves ne suggèrent pas que la réglementation favorise en soi le tourisme lié aux drogues). En permettant aux gouvernements de contrôler les conditions dans lesquelles le cannabis est vendu, les modèles réglementaires peuvent ne pas permettre ce tourisme. Un exemple possible d’un contrôle réglementaire réduire le tourisme lié aux drogues serait de restreindre la vente de cannabis aux résidents du territoire. L’Uruguay en est un exemple, la loi ne permettant qu’aux résidents de cultiver et d’acheter du cannabis (Gutierrez et Pardo, 2015).
        1. Étant donnés les avantages économiques importants de tous les types de tourisme, le tourisme lié aux drogues n’est pas nécessairement un effet négatif de la réglementation (Caulkins et autres, 2015). Il peut toutefois avoir des inconvénients, par exemple sous forme de troubles publics. Dans l’ensemble, très peu de données suggèrent que le tourisme lié aux drogues a contribué à des résultats globaux négatifs pour la santé ou la société.

          État de la preuve

          Les nouvelles concernant le « tourisme lié aux drogues » font souvent référence aux ventes de cannabis dans les cafés des Pays-Bas. Bien que des données ne semblent pas avoir été recueillies de façon systématique, on estime que parmi le 4,5 millions de touristes qui visitent Amsterdam annuellement, environ le quart visite un café, et 10 % affirment qu’il s’agissait de leur raison pour visiter la ville (Kilmer, 2010). Les rapports ont noté que les preuves sur le tourisme lié aux drogues aux Pays-Bas sont « clairsemées » (MacCoun, 2010), mais nous sommes prudents, car cela peut simplement indiquer un manque de données scientifiques plutôt que l’absence de tourisme lié aux drogues. Il est à noter qu’une proposition pour une « wietpas » (c.-à-d. un laissez-passer pour de l’herbe) avancée par le gouvernement hollandais aurait restreint l’accès au cannabis vendu dans les cafés aux résidents (Rolles, 2014). Cette proposition a toutefois été abandonnée à cause d’une opposition écrasante, les sondages suggérant que 80 % des résidents hollandais croyaient que la proposition augmenterait le trafic illégal de drogues. En 2014, une petite minorité de municipalités hollandaises (15 %) avaient introduit des restrictions interdisant la vente de cannabis aux non-résidents (Rolles, 2014). Il est bon de noter également que le tourisme lié aux drogues ne se limite pas aux contextes dans lesquels le cannabis est réglementé. Les médias suggèrent que Vancouver, au Canada, par exemple, est une destination touristique liée au cannabis (Moore, 2012), même si en vertu des lois actuelles, les décideurs canadiens n’ont pas accès à des contrôles réglementaires pour décourager le tourisme lié au cannabis.

          Dans un rapport sur les impacts potentiels de la légalisation du cannabis en Californie, Kilmer et ses collègues ont déclaré que « la légalisation de la marijuana serait probablement une action très médiatisée, remarquée par les gens aux États-Unis et à l’étranger. Il est plausible qu’elle pourrait influencer la décision de prendre des vacances en Californie » (Kilmer, 2010b). Dans un rapport plus récent que cite ce groupe, le département du revenu du Colorado a publié des estimations des dépenses des visiteurs provenant de l’extérieur de l’État pour le cannabis, obtenus à l’aide de renseignements sur les reçus de vente, les statistiques au point de vente et les données des bureaux touristiques (Light et autres, 2014). On y estime que 44 % des revenus tirés des ventes de cannabis dans les zones métropolitaines et 90 % des ventes dans les communautés rurales proviennent d’acheteurs venant de l’extérieur de l’État (donc des touristes) (Light et autres, 2014). De plus, dans une analyse récente évaluant la probabilité du tourisme lié aux drogues relative à la réglementation du cannabis aux États-Unis, Caulkins et ses collègues notent que le potentiel de tourisme lié au cannabis est relié à la taille et à la distance des populations voisines dans lesquelles l’usage du cannabis n’a pas été réglementé (Caulkins et autres, 2015), ce qui signifie que la réglementation dans certains endroits pourrait entraîner plus de tourisme relatif aux drogues que d’autres (c.-à-d. les États du Nord-Est).

          Il est important de souligner que le tourisme lié aux drogues n’est pas nécessairement un effet négatif de la réglementation et qu’il peut même être désirable dans certains contextes. Comme le disent Caulkins et ses collègues, « le tourisme lié à la marijuana n’est pas entièrement mauvais; il générerait des revenus pour les hôteliers et les restaurateurs, comment le font les feuilles d’automne et les pentes de ski. Avec le tourisme vient cependant de la circulation, de la congestion et, pour le tourisme lié à la marijuana, un certain risque de conducteurs dont les facultés sont affaiblies au retour. Cela pourrait mener, comme cela est arrivé dans quelques villes hollandaises, à des problèmes d’ordre public » (Caulkins et autres, 2015). Dans un article savant, Monshouwer et ses collègues ont noté que certaines municipalités des Pays-Bas ont eu à gérer des questions de nuisance reliées aux touristes venant de Belgique, d’Allemagne et de France (Monshouwer et autres, 2011). Dans l’ensemble, si le tourisme lié aux drogues comporte des avantages (revenus) et des inconvénients (désordre public), très peu de données suggèrent que ce tourisme a contribué à des résultats globaux négatifs pour la santé ou la société dans les contextes où le cannabis est réglementé.

          Cet examen de Monshouwer et de ses collègues a également mis en évidence les façons dont les politiques réglementaires peuvent être changées ou renforcées pour décourager les touristes (p. ex., exigence que les visiteurs aient une carte de membre pour acheter du cannabis, limites strictes quant à la quantité, restrictions sur l’âge dans les cafés ou restriction de la vente de cannabis aux citoyens du pays), tout en évitant un modèle policier pour le contrôle du cannabis, ce qui est moins efficace pour réduire l’offre et la disponibilité (Monitoring the Future, 2014; Werb et autres, 2013b).L’Uruguay a pris des mesures en ce sens, la loi ne permettant qu’aux résidents de cultiver et d’acheter du cannabis. Il s’agit là d’une décision politique intentionnelle du gouvernement fédéral pour réduire la possibilité que l’Uruguay devienne une destination pour le tourisme lié au cannabis (Gutierrez et Pardo, 2015).


          [NOTE] Par exemple, voir cette nouvelle de CBC. Visité le 19 mars 2015 à l’adresse http://www.cbc.ca/news/world/colorado-gets-high-on-pot-revenue-marijuana...
          Références
          1. Caulkins, J.P., Kilmer, B., Kleiman, M.A.R., MacCoun, R.J., Midgette, G., Oglesby, P., Pacula, R.L., Reuter, P.H., 2015. Considering marijuana regulation: Insights for Vermont and other jurisdictions. RAND Corporation.
          1. Gutierrez, A., Pardo, B., 2015. A Comparison of the world’s first three jurisdictions to legally regulate marijuana: Colorado, Washington and Uruguay. Drug Policy Alliance, Washington, D.C.
          1. Kilmer, B., 2010. Insights on the effects of marijuana legalization on prices and consumption. RAND Corporation.
          1. Light, M.K., Orens, A., Lewandowski, B., Pickton, T., 2014. Market size and demand for marijuana in Colorado (preparé pour le Colorado Department of Revenue). Marijuana Policy Group.