Sur la route de la légalisation – Voyage à Denver, jour 1
Mon périple au Colorado a commencé à prendre forme en 2013 lorsque Félix Séguin, journaliste de TVA, m’a contacté afin d’avoir plus d’informations au sujet du cannabis thérapeutique et des changements qui devaient entrer en vigueur au mois d’octobre. Au mois de juin, nous avons eu une seconde conversation portant sur la réglementation et de la taxation de l’herbe au Colorado. Il faut rappeler qu’à l’occasion des élections présidentielles de 2012, les citoyens de cet État américain ont appuyé l’Amendement 64, préconisant la réglementation et la taxation du cannabis récréatif, dans une proportion de 55%.
Le téléphone a sonné de nouveau au mois de juillet. M. Séguin m’a alors proposé de l’accompagner au Colorado afin de voir si le modèle de gestion du cannabis de cet État du centre-ouest américain pourrait être importé au Québec. De prime abord, j’avais très hâte de visiter les États-Unis, puisqu’il y avait quinze ans que je n’y avais pas mis les pieds. De plus, j’étais enthousiasmé de visiter la mecque du cannabis en Amérique du Nord, c’est-à-dire Denver.
J’ai donc rejoint M. Séguin devant les bureaux de TVA, le mardi 12 août à trois heures du matin, afin de prendre l’avion vers Toronto non sans avoir passé les douanes américaines. La connexion avec notre vol vers Denver n’aura pas été de tout repos puisqu’il y avait congestion sur les pistes.
Première journée
Enfin arrivés dans un monde chaud et sec ayant comme trame de fond les majestueuses Rocheuses, nous avons fait un premier arrêt au Coors Field, où j’ai procédé à ma première entrevue, sur le coin de la rue, sous un soleil de plomb et sans ma casquette des Expos!
À l’occasion de cette première entrevue, j’ai rappelé que la légalisation du Colorado consiste en une taxation et une réglementation spécifiques au cannabis. Cette légalisation n’a aucun effet sur la prohibition fédérale, mais cherche plutôt à la gérer socialement par des mesures autres que la matraque. Nul ne peut ignorer la loi, dit le dicton. Alors que le cannabis demeure illégal au Canada (avec plus de 22 000 arrestations par année au Québec seulement), la dépénalisation administrative du Colorado s’accompagne de taxes totalisant près de 21%, sans compter les multiples frais d’accréditation et les permis permettant aux personnes intéressées de conquérir ce « nouveau » marché.
Nous nous sommes ensuite rendus sur le boulevard Colfax pour manger dans un restaurant de tacos (on en trouve à presque tous les coins de rue à Denver). Or, nous sommes tombés sur un dispensaire de cannabis accrédité, où nous avons été accueillis par un agent de sécurité armé et peu aimable.

Alors que nous sortions bredouilles de cet établissement, M. Séguin s’est épris de jeunes « yo » qui passaient par là et qui étaient lamentablement ivres et décousus. L’un d’eux s’est mis à slamer et rapper et a été filmé comme s’il était à Musique Plus. Je me suis demandé, à ce moment, ce que TVA allait faire avec ces images. Curieusement, nous avons recroisé ce jeune au Palais de justice trois jours plus tard... Synchronicité, quand tu nous tiens !
Nous nous sommes ensuite arrêtés chez un autre dispensaire accrédité que j’avais aperçu sur le bord de l’autoroute. Il était malheureusement fermé, mais tous les employés en sortaient et nous avons fait la connaissance de Michelle Read, qui nous a mis en contact avec les principaux acteurs du cannabis au Colorado. Pendant que nous discutions, les autres employés restaient à l’écart, sous la garde d’un agent de sécurité méfiant qui est finalement venu chercher Mme Read afin que tous les employés quittent les lieux ensemble. Cet agent semblait craindre que soyons venus les voler... Bienvenue au États-Unis !
Toujours en route vers l’hôtel, le journaliste décida de prendre des images du coucher de soleil sur les Rocheuses. C’est ainsi que nous sommes tombés sur deux illégaux qui eurent tôt fait de nous trouver du cannabis sur le marché noir. Une opération somme toute assez facile, qui se solda par un cannabis de qualité douteuse, pire que celui de Santé Canada, c’est tout dire ! Le journaliste m’a posé en direct des questions sur cette expérience, et je lui ai répondu que cette herbe n’en valait vraiment pas la peine et qu’elle me faisait penser à un piège à touristes. Le lendemain, je suis parvenu à trouver du cannabis de bonne qualité sur le site Craigslist, à la moitié du prix des revendeurs autorisés.
Observations sur le cannabis thérapeutique, la taxation et le prix de vente
Au Colorado le cannabis thérapeutique est légal depuis quelques années. Comparativement au nouveau régime canadien, le régime de cet État fait que le cannabis est plus ouvertement accessible aux personnes qui en font la demande. Ce cannabis peut être produit directement à la maison par le patient ou par une personne désignée (le caregiver).
Les modalités entourant le cannabis thérapeutique sont très similaires à celles du cannabis récréatif, sauf en ce qui concerne la taxation. Le cannabis thérapeutique est uniquement sujet à une taxe de vente municipale, qui varie de ville en ville, tandis que le cannabis récréatif est sujet d'autres taxes totalisant 21%. Le manque à gagner qui en résulte pousse maintenant la MED (Marijuana Enforcement Division of Colorado’s Department of Revenue) à vouloir abolir l’exemption fiscale du cannabis thérapeutique.
En ce qui concerne les prix de vente, il n'y a aucun indice qui laisse croire que la compétition les fera baisser. Au contraire, le nouveau cadre légal crée beaucoup d'obligations, donc beaucoup de coûts à assumer, et ceux-ci risquent d'augmenter avec l'implantation du «Big Brother du cannabis». En effet, d'ici un an ou deux, tous les plants en culture seront identifiés et inscrits individuellement au registre de l'État, par l’entremise d’un code-barres. Vous en saurez plus à cet effet dans mon prochain billet.
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