Trois arrestations au Café Marijane

La Presse, dimanche 30 novembre 2003, p. A4
Morissette, Nathaëlle

La fête soulignant l'ouverture du Café Marijane, communément appelé le café «Apportez votre joint», a été brusquement interrompue hier après-midi en raison de l'arrestation de deux individus qui consommaient du cannabis dans le local situé rue Rachel. Relâchés peu de temps après, les deux hommes ont été accusés de possession simple. Une troisième arrestation a eu lieu en début de soirée.

Le Bloc Pot, instigateur du projet, annonçait depuis septembre l'ouverture imminente d'un tel établissement. C'est finalement hier, en milieu de journée, que le Café Marijane a ouvert ses portes dans le petit local anciennement occupé par le Club Compassion. Près d'une cinquantaine de personnes s'y sont entassées dès l'ouverture, et fumant allègrement leur joint tout en discutant et en écoutant de la musique.

Les policiers ont finalement fait irruption vers 15h45. Hugô Saint-Onge, chef du Bloc Pot, ne s'attendait pas à ce que les forces de l'ordre agissent dès la journée d'ouverture. «Je me doutais bien qu'ils allaient procéder à des arrestations, mais je ne savais pas que ça se ferait aujourd'hui», a-t-il dit, un peu surpris.

La police a indiqué pour sa part qu'elle continuerait de se rendre régulièrement au Café Marijane. Lors d'un point de presse, le commandant du poste de quartier 38, Paul Chablo, a rappelé que la possession simple de marijuana est toujours illégale au Québec. «Le jour où la loi sera modifiée, on agira en conséquence, a-t-il mentionné. Pour l'instant, nous allons poursuivre nos opérations.»

Il n'a toutefois pas évoqué la possibilité de fermer le local puisque les membres du Bloc Pot se sont conformés au zonage municipal en ouvrant un bureau de consultation populaire où ils peuvent vendre du café, au lieu d'ouvrir un café proprement dit.

Pour le conseiller municipal du district Plateau-Mont-Royal, Nicolas Tétrault, il est primordial que les gens qui fréquentent le Café Marijane n'agissent pas dans l'illégalité. «La possession simple de drogue n'est pas permise», insiste-t-il.

Malgré tout, M. Saint-Onge a tenu à souligner que ce geste n'avait pas mis fin à la fête et que les gens pourraient toujours continuer à fréquenter l'endroit. La centaine de personnes qui se sont présentées au local hier appuient le Bloc Pot et souhaitent que la possession et la consommation de marijuana deviennent légales. «Tous les politiciens parlent de décriminalisation, il est temps de passer à l'acte», a mentionné Joseph Patenaude tout en s'allumant un joint.

Serge Granger, un Montréalais qui tenait mordicus à donner son appui au parti politique, s'est même présenté au café avec sa petite fille de 14 mois. «Je veux lui montrer qu'il faut agir dans la transparence et je suis content de voir qu'il y a des gens qui se tiennent debout.»

Les gens du voisinage ne semblaient pas contrariés par l'ouverture du bureau de consultation populaire. «Ça ne me dérange pas, a affirmé Réal Chevalier. De toute façon, je ne pense pas que l'endroit va rester ouvert longtemps. Ils vont être obligés de fermer.»