Rendre les peines plus sévères contre la drogue au volant : des réactions très partagées

La Presse, samedi 11 novembre 2006, p. A2
Duchesne, André

Stephen Harper ne fait pas l'unanimité avec son projet de modifier le Code criminel pour rendre plus sévères les peines contre la drogue au volant, si l'on se fie aux témoignages des premières personnes qui ont bien voulu commenter la nouvelle.

Des organismes comme Les mères contre l'alcool au volant applaudissent l'initiative, alors que les défenseurs d'un assouplissement des lois sur la marijuana soulèvent des interrogations.

« Évidemment, on salue cette annonce, dit Marie-Claude Morin, directrice de la section Québec-Ontario des Mères contre l'alcool au volant. On est très heureux que les choses bougent enfin. Cela fait plusieurs années que nous demandons des pouvoirs plus étendus pour les policiers afin qu'ils puissent effectuer des tests de sobriété sur place. »

Elle parle non seulement de la drogue mais de l'alcool. Car même aujourd'hui, de nombreuses années après l'entrée en vigueur des lois faisant de l'alcool au volant une infraction criminelle passible d'emprisonnement, les contraintes au travail des policiers sont énormes.

« La législation est ainsi faite que, sans un doute très sérieux, on ne peut aller très loin dans les procédures, dit-elle. Lorsqu'un policier a des motifs de croire qu'une personne a les facultés affaiblies, il peut demander un mandat à un juge pour effectuer une prise de sang. Mais pour demander un tel mandat, il faut avoir des doutes plus que raisonnables. »

Toujours dans le cas de l'alcool, l'enchaînement de procédures entre l'accident et la comparution en cour est si complexe que plusieurs cas se terminent par des acquittements, poursuit Mme Morin.

Ce qui l'amène à remettre en question le mordant du nouveau projet. "Nous disons depuis toujours qu'il est inutile de mettre de l'avant un projet de loi si les personnes qui l'appliquent ne sont pas dotées d'une autorité suffisante."

Depuis septembre 2005, l'organisme mène campagne sur les effets néfastes de la drogue au volant. Sa cible, personne ne s'en surprendra, sont les jeunes. Car, selon Mme Morin, ces derniers cultivent de mauvaises croyances. « Ils pensent que, lorsqu'ils consomment du cannabis, ils sont de meilleurs conducteurs. »

Un agenda politique?

Ancien chef du Parti marijuana et du Bloc Pot, Marc-Boris St-Maurice se dit tout à fait en faveur d'empêcher les gens de conduire en état d'ébriété, mais il s'inquiète du projet actuel. « On se lance un peu sans preuve, dit celui qui milite aujourd'hui au sein de la National Organisation to Reform Marijuana Laws. Aucune recherche ne démontre clairement l'effet du cannabis sur la conduite automobile. Je me demande donc si on fait ça par souci de sécurité ou plutôt pour avancer un agenda politique par rapport au cannabis. »

Aujourd'hui militant libéral (il soutient Stéphane Dion dans l'actuelle course à la direction), M. St-Maurice affirme que les rares recherches existantes ne sont pas concluantes. « Dans certains cas, les gens ont amélioré leur conduite sous l'effet du cannabis. Si on fait de la recherche, je voudrais qu'on soit prêts à en accepter les résultats, peu importe l'agenda politique. Si on prouve que le cannabis pose un danger au volant, je serai totalement en faveur de l'interdire. Mais si on trouve qu'il n'a aucune incidence sur la conduite ou qu'il n'en a pas plus qu'un café, il faudra qu'on accepte de ne pas l'interdire. »

Si la loi est adoptée, elle modifiera alors le Code criminel que font appliquer les provinces. Celles-ci sont donc directement concernées. Au ministère québécois de la Justice, on jugeait toutefois prématuré d'émettre des commentaires hier.

Les représentants des associations canadiennes et québécoises de policiers n'étaient pas disponibles hier.