Les politiques actuelles sur les drogues – 3. Institutionnalisation de l'approche de réduction des méfaits

Dans cet Avis, le Comité permanent de lutte à la toxicomanie (CPLT) explique que la politique québécoise en matière de drogues se fonde encore sur une vision traditionnelle dans ses objectifs, soit la réduction de l'usage. Le CPLT recommande un virage global de cette politique vers une approche de réduction des méfaits.

Cela implique de reconnaître que, tant pour l'alcool que pour les drogues illicites, la majorité des usages sont bien gérés, et que l'énergie et les budgets du Ministère devraient être consacrés à prévenir les usages à risques et à réduire les conséquences négatives des usages problématiques. En matière de drogues illicites, le CPLT demande clairement d'abandonner la stratégie fédérale de tolérance zéro, soutenue par la loi, et la reconnaissance que la répression constitue souvent la principale source des méfaits pour un usager de drogues. C'est ainsi que le CPLT recommande les modifications suivantes des objectifs de la politique québécoise de la santé de 1992.

Volet alcool

Objectif de 1992 : « réduire de 15% d'ici dix ans la consommation d'alcool au Québec ». Changement demandé par le CPLT : « réduire le nombre de personnes qui adoptent une consommation d'alcool à risque et réduire les méfaits associés à cette consommation, à la fois pour les usagers eux-mêmes, leur entourage et l'ensemble de la société. »

Volet drogues illégales

Objectif de 1992 : « augmenter le nombre de personnes qui ne consommeront jamais de drogues illégales ». Changement demandé par le CPLT : « réduire le nombre de personnes qui font un usage abusif ou inapproprié de drogues illicites et réduire les méfaits associés à la consommation de ces drogues, à la fois pour les usagers eux-mêmes, leur entourage et l'ensemble de la société québécoise. »

Cet Avis du CPLT rejoint les politiques adoptées ou en voie d'adoption dans les ministères de la santé de nombreux autres pays occidentaux et même de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En effet, au début 1993, le Conseil exécutif de l'OMS recommandait l'inclusion de la réduction des méfaits dans les politiques sur les drogues.