Les pires aberrations qui se sont dites à propos du weed à TLMEP. On se croirait dans une scène de « Reefer Madness ».

Les pires aberrations qui se sont dites à propos du weed à TLMEP
On se croirait dans une scène de « Reefer Madness ».

par Philippe Gohier
21 novembre 2017, 8:49pm

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Capture d'écran de Tout le monde en parle

Lucie Charlebois, la ministre responsable du dossier weed dans le cabinet de Philippe Couillard, était à Tout le monde en parle dimanche, entre autres pour expliquer comment son gouvernement compte encadrer la vente du cannabis une fois que celui-ci sera légalisé, mais aussi pour faire des jokes de matante sur le pot. Elle en a profité pour rire des jokes de mononc’ de Dany Turcotte et de Guy A. Lepage sur le même sujet.

Malheureusement pour quiconque souhaitait être rassuré de la compétence du gouvernement Couillard en matière du weed, le passage de Charlebois aura plutôt servi la cause de ceux qui soufflent sur les braises de la panique au Québec. Affirmant à répétition qu’elle ne veut pas « faire une campagne de peur », Mme Charlebois a enchaîné avec des affirmations qui seraient terrifiantes si elles étaient vraies.

Faisons le tour des cinq pires :

« Il y en a qui auraient commencé à intégrer du fentanyl dans le pot… c’est vraiment inquiétant. »

Euh… non. Santé Canada s’est d’ailleurs penché sur la question l’été dernier, lorsque des rumeurs à cet effet se sont mises à circuler en Ontario, et n’a trouvé aucune trace de fentanyl dans le weed dans les échantillons qui lui ont été envoyés, selon Radio-Canada. L’an dernier, à Vancouver, la police locale a eu à déboulonner le même mythe. Ce n’est que la plus récente mutation du mythe selon lequel des revendeurs chercheraient absolument à donner – gratuitement! – un produit qu’ils pourraient autrement vendre, afin de s’assurer qu’il soit consommé par des acheteurs qui n’en veulent même pas.

« Vous savez où je demeure : en campagne. Chez nous, je ne fais pas pousser de cannabis, mais si mon voisin en fait pousser et mes petits enfants – j’en ai huit – viennent la fin de semaine et si tout à coup ils traversent, que la plus vieille de six ans va de l’autre côté et, par inadvertance, s’enfarge là-dedans, puis en consomme un petit peu en mangeant je ne sais pas quoi… »

Le fait que Guy A. ait si poliment rabroué la ministre, en suggérant qu’il était improbable que sa petite-fille « se roule un joint dans le bois », mérite d’être salué.

Parce que, s’il est vrai que des enfants de six ans devraient s’abstenir de consommer du weed, autant par exprès que par accident, on peut quand même se poser des questions sur l’ampleur du risque d’une consommation. Au Colorado, par exemple, où la consommation récréative est légale depuis 2014, des données publiées en 2016 montrent que, chez les jeunes de moins de 10 ans, environ 0,6 % des visites à l’urgence pour une ingestion quelconque était liée au cannabis. Pour les appels au centre antipoison, le cannabis est en cause dans deux cas sur 1000, ou 0,2 %.

Le risque d’intoxication avec des médicaments est bien plus grand, et on ne s’inquiète pas démesurément de ceux-ci pour autant. Par exemple, on recense environ 4000 cas d’intoxication par acétaminophène par année au Québec, ce qui représente environ 10 % de tous les cas d’intoxications, tous âges confondus.

Si le Québec ne permet pas la culture de weed à des fins personnelles parce que la ministre s’inquiète que sa petite fille trébuche et se relève avec la bouche pleine de OG Kush, l’inévitable contestation judiciaire de l’interdiction risque de se conclure assez rapidement.

« Je ne sais pas si vous savez ça, mais quatre bons plants de pot, pour deux personnes à la maison, vous allez être gelés 24 heures par jour, 7 jours par semaine, 365 jours par année. Pis savez-vous quoi? Il va vous en rester. »

D’abord, laissons de côté ce que la ministre entend par un « bon » plant. Il est tout à fait impossible de prédire le rendement de quatre plants, peu importe s’ils sont « bons » ou non, car celui-ci va varier énormément selon l'environnement, l’éclairage et l’expérience de la personne qui le cultive, entre autres.

Regardons plutôt du côté de ce qui est présentement autorisé par Santé Canada. Pour une seule personne dont la consommation de cannabis médicale s’élève à un gramme (ou deux joints, grosso modo) par jour, l’agence fédérale permet cinq plants. Oui, cinq plants. Selon les calculs de la ministre, ceux-ci seraient probablement suffisants pour que soit gelée 24 heures sur 24 une famille de cinq personnes et tous ses descendants jusqu’à la fin des temps.

En réalité, si deux personnes se partagent en moyenne un maigre gramme par jour, avec quatre plants entre eux, il faudrait que chacun des plants génère plus de 90 grammes, ou plus de trois onces, ce qui est loin d’être assuré pour un cultivateur inexpérimenté.

« J’ai appris plein de choses en consultation, notamment que des jeunes de 10-12 ans commencent déjà à consommer. »

Selon la plus récente Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, réalisée en 2010-2011, « la consommation de drogues à un très jeune âge est un phénomène plutôt rare ». Seulement 1,6 % des étudiants au secondaire rapportaient avoir consommé une drogue quelconque avant l’âge de 12 ans.

En fait, si la consommation de cannabis a augmenté au Québec au cours des dernières années, c’est surtout chez les adultes, selon l'Enquête québécoise sur la santé de la population de 2014-2015.

En réponse à Dany Turcotte, qui évoque le fait que les fumeurs de weed ont parfois des trips de bouffe : « J’apprends encore, on ne m’a pas dit ça dans mes consultations. »

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