Essais cliniques : la Coalition canadienne cannabis veut avoir voix au chapitre

Le Devoir, jeudi 3 août 2000, p. A3
Dufour, Valérie

Dans la vague du jugement de la Cour d'appel ontarienne, des militants en faveur de la marijuana réclament droit de parole sur les essais cliniques de cette drogue douce qui sont orchestrés par le gouvernement fédéral.

Dans le but de presser le pas du gouvernement, un vaste regroupement de militants pour la légalisation du cannabis à des fins médicales a envoyé une série de recommandations aux autorités fédérales. Et pour s'assurer d'avoir un accusé de réception, les responsables du mouvement ont convoqué la presse simultanément à Montréal, Calgary et Vancouver.

Ce nouveau groupe de pression se nomme la Coalition canadienne cannabis (CCC) et il réunit les Clubs compassion du pays, les centres de distribution de cannabis médical, des chercheurs, des producteurs et des «citoyens concernés», indique la CCC dans une lettre adressée hier à Santé Canada et au ministre de la Santé, Allan Rock.

La coalition se base sur son expertise pour justifier cette intervention politique. Les responsables arguent que les clubs distribuent de la marijuana à plus de 2000 patients atteints de maladies chroniques depuis plus de trois ans. «Depuis ce temps, nous avons développé une connaissance particulière basée sur notre expérience des facteurs importants qui devraient être pris en considération pour assurer la sécurité et l'efficacité des essais cliniques par Santé Canada», note la CCC.

Lundi, le plus haut tribunal d'Ontario a décrété inconstitutionnelle la loi fédérale interdisant la possession de marijuana et donné un délai d'un an à Ottawa pour l'amender. «Notre conférence de presse était prévue depuis un mois... Mais le timing doit être un signe d'en haut que nous sommes sur la bonne piste», a lancé d'entrée de jeu Marc St-Maurice, le porte-parole de la CCC. Derrière lui, une affiche faite à la main indique le «décompte vers le cannabis légal: 363 jours».

Bien connu dans le milieu, Marc St-Maurice est chef du Bloc pot et membre du Parti marijuana. En février dernier, M. St-Maurice a été arrêté en compagnie d'Alexandre Néron pour avoir vendu du cannabis au Club compassion de Montréal. Les deux militants subiront le procès le 13 novembre prochain. Au cours de la conférence de presse, des effluves de pot circulaient à qui mieux mieux à travers micros, calepins et caméras dans le restaurant du plateau Mont-Royal où les médias ont été convoqués. Dans le fond, une personne intéressée suivait les déclarations du CCC avec intérêt. Séropositif, William Parker a reçu une exemption du gouvernement fédéral lui permettant de fumer pour soulager ses maux.

Hier, il a fait le voyage de Toronto pour montrer son support au mouvement et surtout les effets bénéfiques de la marijuana. «Je fume entre huit et douze joints par jour. Sans cela, je serais probablement sur le seuil de la mort parce que je ne mangerais pas. Le pot m'a rendu l'appétit et il enlève une bonne partie des effets secondaires de mes médicaments.»

Selon la coalition, le gouvernement fédéral devrait considérer la marijuana comme une herbe médicinale et non comme une drogue dure dans ses examens cliniques, ce qui accélérerait considérablement le processus. Le regroupement ajoute que Santé Canada doit également se concentrer sur le choix des espèces, puisque sa valeur médicinale y est directement reliée. «Par exemple, le sativa stimule l'appétit des patients souffrants du sida et l'indica est très efficace pour relaxer les muscles et les sites cérébraux associés à l'épilepsie et la sclérose en plaque», font remarquer les membres du regroupement.

Plus puissant

Parmi leurs recommandations, on compte également la puissance du produit. La CCC croit que le cannabis peut être plus sécuritaire s'il est plus puissant. «Le risque principal est l'irritation pulmonaire causée par la fumée, fait remarquer Marc St-Maurice. Avec un cannabis plus puissant, moins de fumée serait nécessaire pour atteindre le même effet.»

Dans son document, la coalition aborde également la question des modes d'ingestion autres que l'inhalation et se montre en faveur de la culture de marijuana biologique. Le mouvement signale que les producteurs de longue date de cannabis, même s'ils ont pour la plupart un dossier judiciaire, sont les mieux placés pour en faire la culture. Finalement, la CCC ouvre la porte à l'utilisation du cannabis en médecine préventive, notamment pour diminuer les effets du stress si présent dans le monde moderne.

Si Santé Canada ne prend pas en considération son point de vue clinique sur la question du cannabis, il «ne pourra pas, en toute crédibilité, prétendre avoir testé l'efficacité du cannabis pour des fins médicales», prétend la CCC. «Ce qui est important, c'est qu'on n'impose pas une dose X pour un patient. Les malades doivent consommer selon leurs besoins, soutient M. St-Maurice. Il n'y a jamais eu aucune surdose ou décès lié à l'utilisation du cannabis.»