En dépit de trois arrestations samedi, le café Marijane a l'intention de rouvrir ses portes demain

Le Devoir, lundi 1 décembre 2003, p. A3
Myles, Brian

Malgré la surveillance sans relâche du Service de police de Montréal (SPVM) et trois arrestations dès sa première journée d'activité, le café Marijane a l'intention de rouvrir ses portes demain dans un geste de défiance à l'égard du régime de prohibition.

Les militants de ce café, exploité par le Bloc Pot, ont pris congé hier pour se remettre des émotions de samedi, et Marijane n'ouvre jamais le lundi. Le bras de fer avec les forces de l'ordre reprendra donc demain, à midi.

Des dizaines de partisans de la légalisation du cannabis ont défilé dans le petit local de la rue Rachel samedi, pendant que les policiers exerçaient une discrète surveillance, filmant même certains clients. Les policiers ont procédé à l'arrestation de deux hommes pris en flagrant délit de consommation de marijuana peu avant 16 heures. Ils sont par la suite revenus à la charge peu avant 18 heures avec un mandat de perquisition. Ils ont alors arrêté un troisième homme.

Les trois individus, dont l'identité n'a pas été révélée, font face à des accusations de possession simple de cannabis. Ils ont été relâchés sous promesse de comparaître en Cour à une date ultérieure.

Hugo Saint-Onge, le chef du Bloc Pot, a enjoint aux trois hommes de contester les accusations portées contre eux. Le Bloc Pot les aidera à préparer leur défense, a promis hier M. Saint-Onge.

Celui-ci songe par ailleurs à poursuivre le SPVM «pour harcèlement» puisque le Bloc Pot a ouvert le café Marijane comme un local politique à des fins de rassemblement.

Les dirigeants du parti politique provincial n'encouragent personne à fumer chez Marijane, mais ils n'empêchent personne de le faire, comme la preuve en a été faite en long et en large samedi.

François Gourd, sempiternel saltimbanque, a allumé un joint dès son arrivée, en se réclamant de son appartenance aux «Hellzheimer», un groupe qui veut «prendre le contrôle du crime désorganisé» au Québec. «Quand ça fait 35 ans que tu fumes, à un moment donné, t'es tanné de te cacher», a-t-il dit. La clientèle était surtout composée d'hommes dans la vingtaine, qui ont allumé des joints avec un enthousiasme contagieux pendant tout l'après-midi.

Le café Marijane a vu le jour à l'instigation d'Hugo Saint-Onge et Marc-Boris Saint-Maurice afin d'aider les simples fumeurs de mari à briser la peur et l'isolement et crier, à l'unisson, leur dégoût de la prohibition de la marijuana.