Élections Québec 98 : Des petits partis très actifs

Le Devoir, samedi 28 novembre 1998, p. A6
des Rivières, Paule

Les petits partis ont peu fait parler d'eux pendant la campagne électorale, sauf, bien entendu celui de Mario Dumont. Pourtant, 10 partis participent aux élections. Mais ils ne s'en font pas pour autant car la plupart travaillent à long terme.

Loin de tout ce qui brille, loin des apparences, Michel Chartrand, du Rassemblement pour une alternative politique (RAP), dit qu'il a rencontré au cours du dernier mois «un mécontentement beaucoup plus profond que ce à quoi je m'attendais»

Le mouvement de M. Chartrand ne s'est pas transformé en parti politique, de sorte que lui et six autres candidats épousant le programme du RAP se présentent comme indépendants. Michel Chartrand propose d'instaurer une allocation universelle pour tous, garantissant que personne ne vivrait dans la pauvreté. À ceux qui trouvent cette suggestion farfelue, il rappelle que l'assurance-chômage (comme on l'appelait à l'époque), avait provoqué en son temps tout un remous avant d'être implantée.

Chartrand, deuxième?

À 81 ans, celui qui fut un pionnier du mouvement syndical québécois prédit qu'il sera deuxième au scrutin de lundi, derrière Lucien Bouchard, dans la circonscription de Jonquière.

Certains éléments du RAP se retrouvent au Parti de la démocratie socialiste de Paul Rose qui présente 97 candidats, dont les deux tiers ont moins de 30 ans. «C'est le retour à l'avant-scène de jeunes qui ont des revendications», signale l'ex-felquiste Paul Rose en entrevue. Ce dernier, condamné à perpétuité, est techniquement en libération conditionnelle et ne peut être élu. Il n'a donc pu se présenter.

«Ceux qui portent aujourd'hui le projet souverainiste l'ont vidé de son contenu», déplore Paul Rose. On se bat pour un Québec qui ne soit pas uniquement celui des gens d'affaires. Après tout, un quart de la population est dans l'exclusion, et je ne compte pas ceux qui ont des emplois chez MacDonald. Pendant ce temps, ailleurs, les bateaux n'en finissent plus d'accoster tellement ils sont longs»

M. Rose observe qu'il y a une amnésie en ce qui touche la gauche au Québec qu'il attribue en partie aux cafouillages de certains mouvements et au fait que le PQ a réussi à drainer pendant un bon moment les forces de gauche. Il juge que le temps est propice à des changements.

Le Bloc Pot

Si MM. Rose et Chartrand ont des programmes, d'autres partis s'appuient principalement sur une seule idée, comme le Bloc-Pot, qui milite en faveur de la décriminalisation de la marijuana.

Son président, Marc Saint-Maurice (ou Boris), est un musicien de 29 ans. Il organise des manifestations depuis cinq ans au square Berri. Son militantisme a commencé au détour d'une arrestation, pour consommation de mari. «Ne me sentant pas comme une menace pour la société, j'ai décidé de me lancer dans l'action plutôt que dans la rue».

Le nom du parti vient du fait que le Bloc québécois à Ottawa est le seul parti qui ait pris position sur la marijuana, la favorisant pour usage médical seulement. Pour leur part, les 23 candidats du Bloc-Pot privilégient la décriminalisation puis, dans un deuxième temps, la légalisation du pot.

Le parti existe depuis six mois et son budget provient principalement de la vente des 300 cartes de membre, au coût de 5 $ chacune. «Nous compensons en imagination», dit-il. Comme les autres petits partis, le porte-à-porte constitue l'activité principale de cette campagne. Il reste que «pour un petit parti, je trouve qu'on a pas mal fait parler de nous et nous aimerions bien être le gagnant des perdants»

Mais au moins le Bloc-Pot n'est pas seul. En Nouvelle-Zélande, un parti prônant la légalisation de la marijuana a obtenu 1,8 % du vote populaire aux élections de 1996.

Au nombre des candidats figurent quatre jeunes de 18 ans qui votent pour la première fois. Figure aussi le criminologue Jean-Claude Bernheim.

Le politicologue Louis Massicotte, de l'Université de Montréal, ne s'étonne pas du peu de place accordée en campagne aux petits partis. «Il y a de très petits partis qui ne représentent pas grand'chose. Il y en a d'autres qui sont petits mais qui incarnent une voie d'avenir», dit-il.

Si une chose l'étonne, c'est la place dont bénéficie depuis le débat télévisé Mario Dumont, dont les 7 % d'appuis recueillis au scrutin de 1994 le placent beaucoup plus près des petits partis que des gros. En fait, cette importance médiatique qui lui est accordée l'étonne d'autant plus qu'elle s'allie, à son avis, à une attitude qui laisse passer beaucoup de généralités chez Mario Dumont.

Méditation transcendantale

Le président du Parti de la loi naturelle, Allan Faguy, n'en est pas, lui, à sa première expérience politique. Il a présenté des candidats au scrutin fédéral de 1993 ainsi qu'à l'élection québécoise de 1994. Cette année-là, le parti a récolté 0,88 % des voix, avec 103 candidats. Cette fois, il n'en a que 35: son parti aurait été davantage prêt au printemps.

Mais comme les autres petits partis, il vise aujourd'hui le chiffre magique de 1 %. Car la loi électorale prévoit le remboursement de la moitié des dépenses électorales pour les partis récoltant 1 % du vote. De plus, tous les partis autorisés ont droit à une allocation. Mais pour être accepté, un parti doit présenter au moins 20 candidats.

Allan Faguy, un consultant en régime d'épargne-études qui se présente dans Westmount, prône des mesures visant à créer un climat exempt de conflits, à commencer par la méditation transcendantale.

La philosophie du Parti de la loi naturelle mise sur la formation spirituelle de petits groupes qui sont par la suite appelés à rayonner dans leur milieu afin de prévenir les conflits, les maladies et les crimes.

«La méditation transcendantale permet à l'être humain de se reconnecter avec la nature de manière fondamentale. Il anime l'ordre en lui et de lui-même émane cette intelligence», résume le chef de ce parti dont plusieurs candidats ont complété des études supérieures dans divers domaines. Des partis semblables existent dans les autres provinces ainsi qu'au niveau fédéral.