Coup dur pour les drogues douces

Voir, vol. 14 No. 07, jeudi 17 février 2000, p.8
O'Connor, Sandra

L'histoire a fait du bruit: jeudi après-midi dernier, les policiers faisaient irruption au Club Compassion, petit établissement de la rue Rachel offrant aux malades graves un havre où acheter et fumer de la mari en toute quiétude - mais dans l'illégalité - afin d'atténuer leur douleur. Après avoir passé les menottes aux poignets de Marc Saint-Maurice, dirigeant du Bloc Pot, et d'Alexandre Néron, son coloc - tous deux militants pour la décriminalisation de la marijuana et bénévoles au Club -, on les a détenus pendant vingt-quatre heures, puis mis en accusation pour possession et trafic de mari.

Curieusement, la perquisition avait lieu seulement quelques jours après que le Bloc Pot eut rendu publique son intention de s'enregistrer en tant que parti politique au fédéral. «On se demande vraiment si ce n'était pas quelque chose de ciblé [contre le Bloc Pot], questionne Marc. On voyait que plein de policiers n'étaient pas bien dans cette situation, parce que en réalité, la plupart appuient notre cause. Si l'ordre venait d'ailleurs que de la police, et qu'elle se décharge de cette action-là, on veut savoir qui est derrière l'opération.»

Marc, qui a plaidé non coupable et qui attend avec anxiété la comparution en cour du 13 mars, croit que le procès sera bénéfique à la cause: «On est maintenant rendus au stade suivant du débat. Ça fait longtemps qu'on consulte des avocats, et qu'on se prépare à cette éventualité. Ce week-end, je disais à mes gens [du Bloc] de se reposer, parce qu'on amorce une nouvelle forme de bataille.» Un combat juridique et politique qui risque de faire ruer dans les brancards. «On va s'arranger pour que le public ne nous oublie pas! Nous voulons un procès devant jury, et, s'il le faut, on ira en cour d'appel, peut-être même jusqu'à la Cour suprême.»

Les issues possibles, selon Marc? «Au pire, on perd, mais on apporte des arguments qui modifieront l'opinion des juges pour des causes futures.» Et la prison? «Je me dis que tous les révolutionnaires ont dû faire un peu de temps en dedans pour faire avancer les choses», constate-t-il, mi-figue, mi-raisin. «Mais le but, c'est de gagner! Et nous avons en exemple plusieurs dossiers et jugements antérieurs qui nous permettent d'espérer.»

Et c'est sans compter l'appui de... 45% des jeunes! En effet, les résultats du sondage Léger & Léger/Voir/Le Point (voir l'Événement) stipulent que seulement 45% des jeunes de 15 à 34 ans approuvent la légalisation des drogues douces à des fins non médicales, alors que 52% sont contre. Rien d'inquiétant, selon Marc: «C'est quand même plus encourageant que des sondages sur la souveraineté! Et il faut aussi comprendre que dans d'autres sondages, on parlait de décriminalisation, pas de légalisation, d'où les chiffres moins élevés ici.» Selon lui, un débat public, une campagne de sensibilisation et un peu de battage publicitaire rapatrieraient les troupes du côté de la légalisation: «Dans une situation où les gens seraient plus informés, c'est certain qu'on gagnerait plus d'appuis!» Ce que le Bloc Pot risque bien de faire à compter du 13 mars prochain. À suivre.