Bilan 2006 : La prohibition est toujours d'attaque

Alors que 2007 sera assurément une année électorale à l'échelle provinciale, et peut-être aussi à l'échelle fédérale, voici l'heure du bilan national de l'année qui s'achève.

Au Québec : manque flagrant d'imagination

Il va sans dire que le gouvernement de M. Charest a été trop occupé cette année à gérer des crises dans le domaine de l'éducation, de la santé et de l'environnement, pour faire preuve de quelque vision ou leadership que ce soit. Il va sans dire que la gestion collective du cannabis a été le dernier des soucis des libéraux provinciaux.

Au Parti québécois, le tollé concernant la consommation passée de cocaïne d'André Boisclair, qui a dominé la course à la cheffferie de l'automne 2005, n'a malheureusement pas débouché sur un réel débat public. Le PQ a donc manqué une belle occasion d'entreprendre une réflexion au sujet des effets néfastes de la prohibition, et des mesures alternatives qui pourraient diminuer plus efficacement les risques causés par certaines drogues.

En ce qui concerne les tiers partis qui prétendent encore « former le gouvernement » (Québec solidaire, Parti vert, Action démocratique), l'absence de progrès dans le dossier du scrutin proportionnel les condamnera à diviser le vote et faire réélire les Libéraux par défaut.

Ô Canada : allez directement en prison

Sitôt élu, Stephen Harper a montré ses vraies couleurs en nommant nul autre que Stockwell Day (un extrémiste religieux) au postes de ministre de la sécurité publique, et Vic Toews (un extrémiste tout court) au poste de ministre de la justice. Depuis ce temps, une campagne touts azimuts est en branle pour transformer notre système judiciaire en clone du système états-unien (avec le taux d'incarcération le plus élevé au monde) et envoyer de plus en plus de jeunes contrevenants directement en prison, quitte à construire de nouvelles cellules faute de place dans les établissement actuels. Mais les raisons invoquées sont toujours « honorables » : le 10 novembre dernier par exemple, le gouvernement conservateur a annoncé son intention de durcir les peines pour conduite avec facultés affaiblies. Si l'on ne peut pas être contre la vertu, nous pouvons tout de même déplorer la volonté d'adjoindre à l'éventuel projet de loi des mesures qui permettraient aux policiers de prélever des échantillons de sang, de salive ou d'urine afin de détecter la présence de drogues dans leur organisme.

Soulignons que la conduite avec facultés affaiblies constitue déjà un acte criminel, que ce soit sous l'influence de l'alcool, du cannabis ou de sirop contre la toux entraînant la somnolence ! Le problème est qu'en l'absence de technologie de dépistage permettant de déterminer de manière absolument certaine qu'une personne a les facultés précisément affaiblies par le cannabis – pour ne nommer que cette substance – les visées de M. Harper auront pour effet de favoriser la guerre contre la drogue en contournant les lois actuelles. En effet, puisque des traces de THC persistent dans l'organisme pendant plusieurs jours, des échantillons pris systématiquement aux barrages policiers pourraient éventuellement contribuer à criminaliser des fumeurs de cannabis occasionnels, même si le THC n'a plus d'effets psychoactifs au moment de la conduite du véhicule. De plus, comment départager les effets causés par l'alcool, le cannabis et les médicaments?

Notre message est clair : il faut nous opposer aux « parties de pêche » policières ! En matière de sécurité routière, le Bloc Pot est plutôt d'avis que la prévention et l'éducation ont bien meilleur goût. Mieux vaut conduire prudemment en tout temps, et éviter de consommer avant de prendre le volant.

Autres dossiers ayant marqué l'actualité

Les députés d’opposition ont heureusement fait preuve de scepticisme face aux mesures improvisées et sensationnalistes du gouvernement Harper. Ce qui ne veut pas dire qu'ils aient fait preuve d'innovation ou de créativité en ce qui concerne le débat plus général sur les drogues.

Par exemple, la députée du Bloc québécois et criminologue Maria Mourani, auteure du livre La face cachée des gangs, a affirmé à la très populaire émission Tout le monde en parle que la légalisation du cannabis ne ferait en rien diminuer l'influence du crime organisé. Cela est absolument faux! Il est vrai que la légalisation de la cigarette et de l'alcool n'ont pas éliminé 100% de la contrebande, mais reconnaissons que les gens ne se tirent plus dessus avec des armes à feu pour contrôler des secteurs de vente de ces substances ! Gageons que Mme Mourani, forte de son nouveau succès en « pop-crimino » et de son statut de chouchou des médias, aura intérêt à maintenir un discours alarmiste (avec des affirmations du genre : « les gangs de L.A. arrivent chez nous ! ») pour mousser sa carrière, plutôt que d'oeuvrer à un réel changement en matière de politique des drogues.

Un autre débat important ayant secoué la capitale fédérale concerne la pertinence de maintenir les troupes canadiennes en Afghanistan, au nom de la « Guerre contre le terrorisme ». Mais peu d'informations ont paru dans les médias canadiens, au sujet de l'appui grandissant des paysans afghans au Talibans. En effet, les interventions de l'OTAN et du Canada, sous couvert humanitaire, ont pour but d'empêcher les Afghans de cultiver le cannabis et le pavot, c'est-à-dire les seules plantes en mesure de leur fournir un revenu décent. Et que dire de la volonté affirmée de développer l'économie du pays quand nos soldats mangent des beignes Tim Hortons – dont une franchise a été ouverte à Kandahar à un coût astronomique – au lieu de manger l'excellente cuisine locale...

Enfin, en ce qui concerne l'environnement, la question qui a le plus marqué l'actualité a été celle du réchauffement climatique. À cet effet, la ministre de l'environnement Mme Rona Ambrose a tenté récemment de faire oublier le fiasco de la conférence de Nairobi et de son programme environnemental du 19 octobre (qui reporte à 2050 le respect du Protocole de Kyoto) en annonçant, le 20 décembre dernier, l'augmentation de la teneur en éthanol de l'essence et du mazout qui seront vendus aux consommateurs canadiens. Nous tenons à rappeler que l'éthanol à base de maïs n'a absolument rien de « vert », puisque cette céréale requiert des quantités incroyables de fertilisants et pesticides dérivés du pétrole pour pouvoir pousser. En termes de rendement et d'empreinte écologique, l'une des seules alternatives au pétrole qui soit véritablement verte est – vous l'avez deviné – le cannabis. En effet, les graines de chanvre contiennent 30% d’huile en volume. L'utilisation d'autres huiles végétales comme celle du colza (canola) ou du tournesol est également envisageable, puisque ces plantes sont peu exigeantes en matière d'eau et de sols.