Enfin, la démocratie prend tout son sens...

Tour d'horizon des diverses stratégies de vote

L'acte ultime de la citoyenneté, exercer son droit de vote, tous ensemble, s'obstiner pendant un mois entre un poing, une baffe ou une claque sur la yeule... Un peu comme se présenter au dépanneur pour acheter des chips alors qu'il ne reste que trois sortes; ordinaire, nature ou régulier...

Voter

On accorde beaucoup trop d'attention à ce maigre pouvoir dilué. Le résultat du scrutin ne sert pourtant qu'à officialiser la transmission du pouvoir législatif d'un candidat à un autre. Comme si on n'en avait pas assez d'assumer les conséquences de leur "représentation" (pas parce que tu es élu que tu peux te passer de consulter tes citoyens en suivant ta ligne de parti, ti-coune!) à la chambre des communes, ils doivent occuper l'espace public et se pavaner avec un cortège de promesses et l'égo trip d'une rock star... Puis en plus, ils embrassent nos bébés et serrent la main à nos vieillards, les membres de la société dont le système immunitaire est parmi les plus vulnérables à la contraction d'un virus ou d'une infection. Ouach! J'ai touché un politicien. Vite, va te laver les mains...

Surtout, surtout, ne pas engager de débats profonds sur l'origine et la légitimité de nos institutions, surtout, ne pas mentionner que le pouvoir ne se retrouvera jamais, ne serait-ce qu'une seule seconde, dans les mains des citoyens qui composent la société mais qu'il se transmet uniquement de vaincu à vainqueur, de souverain déchu à conquérant parvenu...

Pourtant, l'illusion persiste. On ne cesse de se préoccuper de l'usage de ce droit maladroit. Il existe plusieurs stratégies de vote. Chacune des ces sectes prévilégie un parti ou un candidat et possède des arguments qui leur permet de croire qu'ils ont du jugement. Distinguons-les en sous-sectes. Le vote utile et le vote futile.

Le vote utile

Se divise en deux branches. Toutes deux affectionnent l'idée qu'un vote doit être orienté vers la victoire, que le but du jeu est de gagner. Par procuration, elles investissent leur camp d'une mission dont elles retirent la satisfaction indirectement, comme des amateurs d'équipes sportives. Comporte un grand nombre de nombrils qui seront à peine remués par la détresse des autres.

Vote pour

Consiste à voter pour le parti que l'on souhaite voir accéder au pouvoir ou alors pour celui qui est favori dans les sondages. Bizzarement, dans la plupart des cas, plusieurs électeurs votent pour reconduire le gouvernement élu précédemment. Est-ce par crédulité face aux promesses de changement? Est-ce pour cautionner le bilan du mandat précédent? Allez donc savoir, sincèrement, ça me dépasse...

Vote contre

Consiste à voter pour l'adversaire qui a le plus de chance de battre celui qu'on ne veut pas voir accéder au pouvoir, aussi appelée "stratégie du moindre mal". Est-ce que tu préfères te faire amputer un doigt, une main, ou le bras au complet? Bien sûr, le doigt est préférable, en considérant que la résignation du sujet est primordial à la bonne gouvernance... Choisir la pomme la moins pourrie dans une corbeille de pommes pourries, parce qu'on se fait répéter qu'on est affamé... De quoi? De justice? Un caprice? Une simple petite fringale...

Vote futile

Se divise en plusieurs branches. Outre le phénomène de "division" ou "d'érosion" du vote (ceux qui n'acceptent pas la pluralité des options cachent probablement un tyran dans leur placard), ce vote a peu d'incidence sur la nomination du prochain gouvernement, n'en déplaise à ceux qui y croient dur comme fer. Comporte un grand nombre de nombrils qui vous traiteront d'ignorant si vous exprimez votre désaccord avec eux.

Vote démocrate-écocitoyen

Consiste à voter pour des partis qui revendiquent des réformes conformes aux dogmes de la sociale-démocratie moderne, développement durable inclus.

Scandant "solidarité", fiers de la ferveur populaire, ils pelletent des nuages abstraits en espérant qu'il pleuve des arc-en-ciel sur les institutions publiques dans le noble but que tout devienne juste et bon. Une fois élu, ils ne vous écouteront pas plus...

Vote nationaliste

Consiste à voter pour le parti qui correspond à l'identité linguistique ou géopolitique qui permet de distinguer un exploiteur étranger d'un exploiteur bien de chez nous... Parfois nourri par la peur des différences, cette longue marche vers l'émancipation d'un peuple ne réussit toutefois que très rarement à éviter la dérive de l'idéal original vers un copinage élitiste plutôt malsain...

Vote indépendant

Consiste à voter pour son voisin, ami ou pour une triste célébrité locale, comme un animateur de radio, par exemple...

Vote de protestation

Consiste à voter pour un parti qui n'est pas "sérieux" dans sa volonté de remporter les élections ou à annuler son vote. Tenter de passer un message flagrant de désaveux à des gens qui font la sourde oreille revient à écrire dans le sable avec un marteau-piqueur. Ce message ne sera pas pris en compte. AucunE éluE n'est inquièté par le taux d'abstention, ni par une poignée de votes idéologiques marginaux. AucunE éluE ne remettra en question sa propre élection. Sa victoire est un exemple éloquent que le système fonctionne, que la population le supporte, n'est-ce pas?

Ne pas voter

Je préfère d'emblée qu'une personne qui n'est pas suffisamment informée ne fasse pas usage de son droit de vote. D'ailleurs, s'ils le faisaient tous, on aurait des taux d'abstention ahurissants et des gouvernements beaucoup moins corrompus, puisqu'ils ne pourraient profiter de l'influence qu'exerce les médias, qu'ils ne pourraient pas fabriquer des opinions prêt-à-porter.

Pour ceux qui ont tout simplement aucune confiance dans le processus électoral, dont je fais partie, la journée des élections, c'est une journée pour rester couchée quelques heures de plus, pour aller prendre une marche en nature, pour se cuisiner un bon petit plat, pour profiter, comme chaque jour, de la vie, sans se soucier de l'aura négative qui enveloppe cette journée fatidique et les années qui la suivent...

On se tire une balle, on se tire en bas du pont ou on va se pendre?

Avec tout ces choix, comment faire le «bon» ? Peu importe, la majorité va voter pour une grosse tête qui lutte pour de minables points de sondages. Pensez seulement aux derniers politiciens qui ont eu l'honneur de nous "servir". J'ai honte quand je considère qu'ils sont nos ambassadeurs à l'étranger et qu'ils parlent en mon nom. La liste est loin d'être digne d'un pool de hockey: Chrétien, Martin, Harper, Bouchard, Landry, Charest... Si la majorité des votants nous a offert ces pantins comme chef d'état, année après année, alors votez comme bon vous semble, ça va être désastreux, de toute façon...

Et tout ça alors que le Canada n'existe même pas. C'est un concept, la fédération, l'union de portions de territoire et de populations distinctes. Distinctes des États-Unis (un autre concept) parce que subjuguées plus longtemps au pouvoir colonial britannique.

Parlons-en, de la foutue Reine d'Angleterre, dont je suis toujours, jusqu'à nouvel ordre, un loyal fucking sujet. Seule une poignée d'irréductibles royalistes croulants qui entonne sans arrêt le fameux «God Save The Queen» avec une larme patriotique désire conserver cet icône. Conserver sa belle petite face de jeune fille sur nos billets de vingt. Conserver sa vieille face plissée d'aristocrate qui n'a même pas besoin de forcer pour ouvrir un pot de "pickles". Conserver ses chapeaux et ses robes affreuses qu'elle porte pour aller couper des rubans et prendre le thé avec des gens qui utilisent leur force symbolique pour conserver la cohésion du troupeau servile. Peut-on couper le cordon, maman?

Les politiciens sont des enfants qui vont lancer des couteaux vers leur adversaire, qui vont tirer la couverture de leur bord en prétendant agir pour le bien de la population. C'est ça les règles du jeu. Former un parti, ramasser des fonds, faire campagne, se battre contre les autres pour accéder au pouvoir. Pendant ce temps, le citoyen-spectateur observe ou s'en fout. Après quatre ans, il doit désigner la meilleure performance. Par la suite, il peut se rasseoir et fermer sa gueule...

Tant et aussi longtemps que le processus d'attribution des pouvoirs législatifs sera partisan, il s'opposera au bien commun de façon quasi-systématique. Bien paraître en début de mandat, démolir le filet social au milieu, faire quelques cadeaux avant les élections, puis laisser un tas de merde à celui qui succède. Miracle, une réélection! Vite, continuer à détruire le filet social sans plus tarder en espérant que personne n'a remarqué la transition.... Si la partisannerie est inévitable, alors tappons-nous une bonne vieille guerre civile selon les règles de l'art et que le plus fort gagne... Parce que le statu quo actuel, cette paix sociale morbide, ça tue...

David Fiset
Représentant officiel