Le pot à trois feuilles : la SQ se défend

La Presse, vendredi 17 septembre 2004, p. A9
Lachapelle, Judith

Les botanistes du cannabis sont loin d'être impressionnés et la Sûreté du Québec rectifie le tir : non, ses policiers ne risquent pas de confondre le pot à trois feuilles avec de la mauvaise herbe, même si la marijuana a habituellement cinq feuilles.

«Même s'il a moins de feuilles, on le reconnaît. Il a la même odeur, a précisé hier le sergent Jason Gauthier, de la Sûreté du Québec. C'est quelque chose qui n'a pas été vu souvent, mais on en a déjà vu à 11 feuilles ou à 13 feuilles.»

Lundi, à l'occasion d'une rencontre technique avec les médias, le représentant du projet Cisaille à la Sûreté du Québec, Gilles Drolet, avait indiqué que la découverte d'une «nouvelle plante» à trois feuilles saisie à Trois-Rivières signifiait que les policiers allaient devoir apprendre à reconnaître le cannabis sous différentes formes.

La photo des plants de cannabis n'impressionne guère Marc-Boris St-Maurice, chef du Bloc Pot, qui milite pour la légalisation de la marijuana. «C'est légèrement curieux qu'il n'y ait pas les deux autres feuilles en bas, mais ce n'est pas du jamais vu. Ce sont des mutations comme il peut en arriver souvent. C'est curieux, mais ça ne dit rien sur le potentiel de la production, qu'il soit très bon ou très mauvais.»

«Ça reste un plant de marijuana et on sait le détecter, dit le sergent Gauthier. C'est pas une surprise pour nous. D'autant plus, souligne-t-il, qu'un plant de cannabis, qu'il soit à trois ou cinq feuilles, sera habituellement découvert avec du matériel servant à la production de cannabis. Et ça, ce sont des indices qui ne trompent pas. Il y a plusieurs facteurs qui font qu'on le retrouve pareil, même s'il a seulement trois feuilles au lieu de cinq.»

Qu'il n'ait qu'une, trois, cinq ou 17 feuilles, l'important est que le plant de cannabis produise de belles grosses cocottes (la partie la plus forte en THC). «Le nombre de feuilles, c'est à peu près le dernier souci des gens qui font pousser du cannabis, dit M. St-Maurice. La seule chose est qu'à l'extérieur, on cherche plutôt des plants qui n'auront pas trop de feuilles et qui ne pousseront pas plus qu'à deux pieds. On espère ainsi éviter de se faire remarquer.»

En général, souligne M. St-Maurice, les plants comptent de cinq à neuf feuilles. Alors qu'un plant ne produise que trois feuilles, il n'y a pas lieu d'en faire tout un plat. «En fait, dans le monde des gens qui font pousser du cannabis, c'est quelque chose qui est drôle à raconter autour d'une bière!»