Les produits dérivés du chanvre

Voir, le jeudi 15 octobre 1998
Par Gary Lawrence

Après avoir été diffusé au compte-gouttes dans les boutiques alternatives, le chanvre gagne la production de masse. Le début de la fin de l'exclusion?

À Amsterdam, dans les coffee shops, on écoule d'excellents produits du terroir québécois. Les Frelighsburg Gold - provenant des environs du village du même nom, dans les Cantons de l'Est - et Hydro-Québec - un pot hydroponique qui givre plus que n'importe quel verglas - sont d'ailleurs encensés partout dans le monde interlope des amateurs de trips psychotropes.

À Montréal, depuis quelques années, la vente de produits à base de chanvre gagne en popularité. Plusieurs boutiques commercialisent légalement une foule de dérivés de la sacro-sainte marie-jeanne, dont on ne dit à peu près que du bien.

Car si on ne sait jamais où peut nous mener une touche, on n'a pas idée de l'incroyable potentiel de la plus ostracisée des plantes. Pendant huit mille ans, elle a constitué la plus importante culture agricole au monde. Cultivable dans la plupart des climats, elle nécessite moins d'insecticide puisqu'elle résiste mieux aux prédateurs microscopiques.

«Un tissu fabriqué avec de la fibre de chanvre est quatre fois plus résistant que le coton, et quatre acres de chanvre produisent autant de papier que quarante acres de forêt boisée. Moi, c'est parce que je crois aux vertus écologiques du chanvre que je travaille ici», affirme Fish, préposé à la boutique Chanvre en ville.

Encensé pour sa résistance, le papier de chanvre a servi à rédiger la Déclaration d'indépendance américaine, est utilisé comme papier fin pour la Bible, comme papier à rouler par quelques compagnies de tabac et il servirait même à imprimer les billets de banque de certains pays. On utilise également le chanvre dans la fabrication de cordes, de vernis, de peintures, de médicaments, et comme combustible écologique. Dylan Maxwell, copropriétaire de la boutique Je l'ai, se balade dans une voiture Golf bio-diesel, qui carbure en partie à l'huile végétale (d'olive, de tournesol, de chanvre ou autre).

La fleur et le pot

La graine de chanvre, riche en protéines, forme déjà la composante essentielle de la nourriture pour oiseaux. Dans les boutiques spécialisées, où l'on est au courant des bienfaits stupéfiants de la brave plante, on écoule des barres tendres, des suçons, des jujubes à base de chanvre, des huiles hydratantes et même des frisbees en fibre de chanvre. Mais leur distribution s'effectue sur une si petite échelle qu'elle frise le négoce interlope.

«Moi, je crois que ce sont les lobbys des papetières et des compagnies pharmaceutiques qui ont influencé le cours des choses, notamment parce que le chanvre peut remplacer une foule de médicaments dont on n'a pas vraiment besoin», lance Sonja Kleiman, de la boutique Je l'ai.

Il semble toutefois que le vent tourne lentement, mais sûrement. Depuis le printemps dernier, on a accordé plusieurs permis restreints autorisant la culture du chanvre industriel (une variété génétiquement modifiée) au Canada. Dans les vitrines des Body Shop, on vient de placer d'immenses affiches arborant un plant de pot pour lancer une ligne de cinq produits hydratants à base de chanvre. Offerts en contenants au look industriel - style bouteille d'huile de machine à coudre ou boîte de cire à chaussures -, les produits portent la mention «hemp is hope, not dope».

Mais les esprits obtus persistent: à quelques jours de la mise en marché, de pusillanimes fonctionnaires de Santé Canada remettaient en question ce lancement dans les cwnt vingt et un boutiques Body Shop au pays. Après qu'on leur eut prouvé l'innocuité des huiles, baumes et autres crèmes hydratantes, ils sont revenus in extremis sur leur décision. Comme quoi le chanvre n'a pas fini de soulever la controverse, qu'il soit en plant, en graines ou dans les stations-service.