La fierté n’est pas une philosophie politique

Le ministre Simon Jolin-Barrette a récemment largué une bombe dans l’espace public

La fierté n’est pas une philosophie politique

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Simon Jolin-Barrette, ministre de la Langue française et ministre de la Justice

Le ministre Simon Jolin-Barrette a récemment largué une bombe dans l’espace public en appelant de ses vœux une « conversation collective » sur l’architecture constitutionnelle de l’État québécois. Il a notamment émis le souhait que les atteintes aux droits par les lois du Québec soient évaluées uniquement en fonction de la Charte québécoise plutôt qu’à la lumière des deux chartes, comme c’est le cas actuellement.

Publié le 25 juinPartager
Jocelyn Maclure

JOCELYN MACLURE
PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE ET TITULAIRE DE LA CHAIRE JARISLOWSKY SUR LA NATURE HUMAINE ET LA TECHNOLOGIE À L’UNIVERSITÉ MCGILL
Le ministre parle également de « souveraineté parlementaire », d’un rééquilibrage entre les droits individuels et collectifs, de la nécessité d’amender la Charte québécoise ou d’y déroger lorsque le « contrat moral » est en jeu.

Les transformations esquissées touchent à la définition même des pouvoirs de l’État, ainsi qu’aux rapports entre les trois branches du pouvoir. Si le ministre est sérieux dans ses intentions, il a le devoir d’élaborer sa doctrine constitutionnelle dans un livre blanc. On connaît déjà des professeurs de droit qui ne demanderont pas mieux que de l’aider dans cette tâche.

« Affaiblir le système de poids et contrepoids »
Le ministre voudrait que le Québec se « gouverne uniquement en fonction de la Charte québécoise ». Que cela signifie-t-il ? Veut-il conserver une forme véritable de contrôle de la constitutionnalité des lois, ou veut-il instaurer un système de souveraineté parlementaire pure en vertu duquel les élus évaluent eux-mêmes l’impact des lois qu’ils adoptent sur les droits des citoyens ?

Dans l’abstrait, une seule charte des droits peut bien entendu suffire. Dans notre ordre constitutionnel, toutefois, le gouvernement peut user de la disposition de dérogation avant même l’examen de la constitutionnalité des lois.

En plus, une simple majorité parlementaire permet au parti au pouvoir d’amender la Charte québécoise afin de la rendre compatible avec les lois qu’il adopte.

Le gouvernement du Québec ne peut pas empêcher des citoyens canadiens de faire valoir leurs droits sur la base de la Charte canadienne. Même s’il pouvait le faire, la proposition du ministre serait non recevable si elle n’était pas au minimum accompagnée d’une révision de la formule d’amendement de la Charte québécoise et d’un encadrement serré du pouvoir de dérogation.

La réaction des laudateurs du ministre jusqu’ici est : faisons confiance aux parlementaires québécois ; ils sont tout aussi capables de défendre les droits que les juges, « nommés par Ottawa » de surcroît ! Soyons clairs : « parlementaires » signifie en pratique « membre du Conseil des ministres », car les « simples députés » doivent généralement respecter la ligne de parti et les élus des parti de l’opposition ne peuvent bloquer les décisions d’un gouvernement majoritaire.

La proposition revient ainsi à confier la protection des droits fondamentaux au pouvoir exécutif, affaiblissant ainsi le pouvoir judiciaire. Ce n’est pas être catastrophiste que de rappeler que c’est précisément ce que font les gouvernements autoritaires en vogue à travers le monde.

Mon propos n’est pas de dire que le ministre s’inspire secrètement du gouvernement Orbán en Hongrie, mais plutôt de souligner que la philosophie politique et constitutionnelle sous-jacente à ses propositions aurait pour effet d’affaiblir le système de poids et contrepoids inscrit dans nos institutions démocratiques.

Compréhension politique réaliste
Or, si les philosophes politiques les plus influents de la période moderne ont accordé une importance vitale au design institutionnel et à la séparation des pouvoirs, c’est en raison de leur compréhension réaliste de la nature humaine et des rapports politiques. Les êtres humains ne sont pas des anges et la politique est faite de rapports de pouvoir, parfois de domination. Il n’y a malheureusement pas d’exceptionnalisme québécois en la matière. Nul besoin d’être aussi pessimiste qu’un Machiavel pour comprendre qu’une maxime comme « il faut faire confiance aux élus » témoigne d’une stupéfiante frivolité.

Ce n’est donc pas manquer de respect envers les élus que d’insister sur le rôle irremplaçable des normes et des institutions de l’État de droit dans la réalisation des principes démocratiques. La fierté n’est pas une philosophie politique.

Il est révélateur que tant les philosophes libéraux défendant l’universalité des droits de la personne que les républicains considèrent que la définition et la répartition des pouvoirs est la question centrale de la théorie politique. De Cicéron à Hannah Arendt, en passant par les rédacteurs de la Constitution américaine et Tocqueville, la séparation des pouvoirs a été pensée comme l’un des moyens institutionnels essentiels à la liberté politique et à la protection contre la tyrannie. Une trop grande concentration des pouvoirs d’écrire les lois, de les exécuter et de les juger risque de nous faire « tout perdre », écrivait Montesquieu. Un vrai républicain soutient qu’il ne faut pas miser sur la grandeur morale des acteurs politiques, mais bien sur des institutions conçues pour réduire les risques de domination.

Il faut savoir gré au ministre Jolin-Barrette d’avoir compris qu’une « conversation collective » est nécessaire à toute modification importante de notre architecture institutionnelle. Nous serons nombreux à y prendre part.

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Commentaires

Ça change quoi pour les 18-21 ans du Québec criminalisés ?

Ça change quoi pour les 18-21 ans criminalisés ?

Le ministre parle également de « souveraineté parlementaire », d’un rééquilibrage entre les droits individuels et collectifs, de la nécessité d’amender la Charte québécoise ou d’y déroger lorsque le « contrat moral » est en jeu.

Simon Jolin-Barrette ministre de la "justice" de nom seulement.
Fier d'avoir criminalisé stupidement des adultes légaux de 18 ans pour le cannabis bénin non mortel seulement!
(A quoi ça sert, le pouvoir, si c'est pour ne pas en abuser ? - Une citation de Coluche.)

Au Québec la Justice de Jolin-Barrette n'est pas Égale pout Tous !
Dictature ou simplement un dick-tateur, et/ou une marionnette à gaine ?

N'est pas fondé sur la science mais sur des sondages négatifs, ainsi qu'une promesse électoraliste faite aux peureux ignorants et naïfs (37,42 %) qui ont avalé le 1 médecin de famille pour tous etc.

Justice de CAQ beaucoup plus dangereuse pour la santé physique, mentale, économique.
3 ans d'exclusion sociale débile, de mise en contact des adultes de 18-21 ans avec les organisations criminelles
aux nombreux produits, points de vente, livraison, fidélisation, rabais, voir toucher humer, dégustation, échantillons, etc.

Elle est appliqué caquistement selon l'âge (âgisme) et la substance légale consommée.
Sans tenir compte des morts annuelles, plus de 17 000 morts acceptables évitables
soit plus de 46 morts journalières, 2 chaque heure au Québec.

Pas plus de respect envers les adultes Québécois de 18-21 ans qu'envers les aînés si précieux morts seuls
et mal traités depuis plusieurs années bien avant le COVID, ce que Marguerite Blais savait depuis des années.

« Les Responsables doivent rendre compte de leur politique, et doivent réparer les dommages qu'il ont causés ! »

Économiste:
Gouvernement qui n'a pas indemnisé, aidé, les familles pour les funérailles, décès COVID prématurés.
Mais qui veut compenser monétairement les industries polluantes qui vont cesser la fracturation hydraulique.

C'est comme si il compensait monétairement les industries meurtrières cancérigènes du tabac (qu'il poursuit) /l'alcool
qu'il protège et incite, qui diminueraient ou arrêteraient, cesseraient, leur production mortelle cancérigène.

Legault compense déjà les organisations criminelles à coup de dizaines de millions trimestre,
plus de 240 millions $ depuis 3 ans, pour compenser la légalisation exclusion sociale Québécoise, la création du monopole la SQDC.

PAS DE CRIMINALISATION

Pour les compagnies du tabac protégé (et poursuivis) et d'alcools un dépresseur psychotrope protégés et incités tous mortels et cancérigènes qui ont pu légalement tuer, rendre malade plus de 51 000 Québécois en 3 ans de pouvoir.

« Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves! C'est assez! »*

« Ça bein l'air que non ! C'est pas assez ! »

Ils vont les réélire !

Pas de criminalisation des consommateurs de 18 ans pour le tabac. 15 kilos / 15 000 g par adulte par foyer.

Ni des parents irresponsables qui consomment de l'alcool avec leurs enfants de 6-12 ans et moins.

Alcool mortel cancérigène protégé et incité par manque de courage peur de déplaire aux drogués.

Pas de criminalisation, dénonciation, visite de la DPJ ou de la police, pour un parent irresponsable qui consomme de l'alcool mortel cancérigène à dépendance physique et psychique très forte, avec son enfant de 6-12 ans et moins dont le cerveau ne sera complété qu'à 23-25 ans.

Jusqu'à 14 ans de prison pour un parent responsable du Québec, qui n'a pas harmonisé l'âge comme les autres provinces Canadienne, qui refuse de sacrifier son adulte de 18 ans aux organisations criminelles pour la lubie de pleutres opportunistes.

LOI:
Vous donnez ou vendez du cannabis à une personne de moins de 18-19 ans, moins de 21 ans au Québec de CAQ.
Vous pouvez aller en prison pendant 14 années au maximum.

Quelques milliers de dollars d'amendes pour l'envoi de conteneurs de déchets illégaux et zéro jour de prison !?

Entre les parents lâches irresponsables qui ont laissé criminaliser leurs adultes légaux de 18 ans
pour le cannabis bénin, non mortel, non cancérigène et ceux qui résistent à l'idiotie irresponsable caquiste.

Y'a pas photo !

La DPJ devrait faire des enquêtes sur ces parents incompétents qui utilisent la criminalisation, la peur, la police, pour élever, dresser leurs "jeunes de moins de 21 ans".

* Une phrase du poète Claude Péloquin, gravée dans la murale à l'invitation de Jordi Bonet
https://ccquebec.cat/taull/vous-etes-pas-ecoeures-de-mourir-bande-de-cav...

« Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves ? C’est assez ! »

En 1971, le Grand Théâtre de Québec est inauguré en présence du gratin politique et culturel de la ville. La murale du sculpteur Jordi Bonet couvre trois murs. Au lendemain de l’inauguration, une controverse éclate. Une phrase du poète Claude Péloquin, gravée dans la murale à l’invitation de Jordi Bonet, provoque et scandalise : « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C’est assez! ». Roger Lemelin, l’auteur du roman Les Plouffe, est indigné.* La phrase de Péloquin lui semble vulgaire, indigne d’un lieu de culture. Il souhaite la faire effacer. Il en appelle donc à la population et recueille une pétition de plus de 8000 noms qu’il remet au ministre des Affaires culturelles. S’ensuit un débat sur la liberté artistique qui va enflammer le Québec tout entier.

Voici un extrait de la réponse officielle de Jordi Bonet donné en conférence de presse devant la murale en 1971, dans laquelle il revendique, entre autres, la liberté d’expression et la fierté de la langue, soit du français parlé au Québec vis-à-vis de Paris, mais aussi de la langue catalane vis-à-vis de Madrid :

Ceci nous concerne tous, chers concitoyens . […]

«Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves, c’est assez ! », mots du poète Claude Péloquin, gravés dans les murs du Grand Théâtre, sont un cri d’amour lancé à la face du monde. […]

Il est temps de comprendre que ce n’est pas un Montréalais qui est venu à Québec graver sa pensé, mais tout simplement un poète. Temps de comprendre que les premiers mots de cette phrase, VOUS, ne sont pas adressés aux Québécois, plus qu’aux Américains ou à d’autres, mais à l’Homme. Ici on a fait de la poésie et de l’art pour les hommes de partout. […]

Que l’on sache qu’il n’y a pas eu de crachat. Claude Péloquin ne s’est pas exprimé avec vulgarité. On dit cela par complexe de colon, parce qu’on ne parle pas comme dans la capitale de là-bas, Paris. Et sans le savoir, on insulte tous les Québécois. Dans la langue, comme dans toute autre chose encore, il y a des classes: la hi-classe et la classe populaire. La hi-classe a toujours considéré la langue du peuple comme vulgaire. C’est du petit racisme intellectuel inconscient que l’on souffre.

J’ai déjà vu des canadiens français gênés à Paris, comme j’ai vu des Catalans, j’en suis un, gênés et honteux à Madrid à cause de leur accent [en espagnol] et de leur langue [catalane]. Mais la honte est là: la honte est dans le fait d’avoir honte. La vulgarité est dans la servitude.

Il ne faut jamais enlever à un peuple la fierté de sa langue. Un peuple est d’abord libre, s’il est libre de s’exprimer. Et la liberté d’expression commence en la liberté d’employer les mots qui nous sont propres. Aussi il faudra que tous comprennent que le Québec est suffisamment beau et grand, grand là-dedans, pour parler au monde dans sa langue, avec son accent et ses mots. Laisser de nourrir les yeux que pour la peur. À toute la violence que les hommes font pour tuer et aussi pour laisser mourir, il faudrait crier partout qu’il ne faut plus que l’Homme meure.* […]

Puis qu’aujourd’hui je ne peux pas garocher partout les cinq continents de cette terre les quelques dizaines de tonnes de ciment acceptez que je vous redise au mon de Péloquin et à mon nom propre ces mots fous «Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves, c’est assez !» afin que vous les répétiez partout puis qu’ils sont adressés à tous.

* Roger Lemelin, l’auteur du roman Les Plouffe, est indigné.

Les Plouffe publicité pour le tabac mortel cancérigène ! Pas d'indignation ?
https://www.youtube.com/watch?v=AAEl0-W_XB8

* « À toute la violence que les hommes font pour tuer et aussi pour laisser mourir, il faudrait crier partout qu’il ne faut plus que l’Homme meure. »

La prohibition, le refus de reconnaitre l'efficacité du cannabis, et de le rembourser,
sont faits dans l'intention de laisser mourir et souffrir des humains et des animaux, pour "une" morale !

Péloquin:
https://www.youtube.com/watch?v=XwPPEqFQitA

https://fr-fr.facebook.com/ArchivesRadioCanada/videos/extrait-format-30-...

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