Sénégal : aux îles Karones, «la culture du cannabis, c’est pour survivre, et c’est tout»

La culture du chanvre indien, par les femmes et les enfants de l'île, est depuis des générations la principale ressource de cet archipel de la Casamance.

Par Anne-Sophie Faivre Le Cadre, Envoyée spéciale aux îles Karones
(Sénégal) — 16 janvier 2021 à 18:32

Entre les plants de cannabis, deux petites filles se poursuivent en riant
aux éclats. Bientôt, et comme deux fois l’an, leur terrain de jeu favori
sera moissonné : les femmes sépareront les graines des branches que leurs
mères ont arrosées tous les jours. Dans les îles Karones, la scène champêtre
est habituelle : la culture du chanvre indien est la principale ressource de
cet archipel situé en Casamance, dans le sud du Sénégal.

Sur ces îles reculées, loin du tourisme et de la pêche, ne restent plus que
les femmes et les enfants. «Les forces vives s’en vont dès l’âge adulte à
Kafountine, à plus d’une heure de pirogue. Les hommes de l’île deviennent
pêcheurs ou guides touristiques. La terre des îles Karones est plus salée d’année
en année, à cause du réchauffement climatique. Alors que reste-t-il pour
faire vivre les villages ? Rien, sinon le cannabis», explique Joël, un
enfant de l’île devenu chauffeur dans un hôtel distant de deux heures de
pirogue.

La place du village est écrasée de soleil. Trois jeunes femmes devisent à l’ombre
des branches d’un grand fromager. «Le cannabis, c’est une histoire de
famille. Nos arrières grands-parents en cultivaient. Tout le village, des
enfants aux grands-mères, est mis à contribution pour faire pousser la yamba
: les enfants séparent les fruits des tiges, et les mamies arrosent les
parcelles», détaille Marie en triturant la grosse croix dorée qui pend à son
cou.

Répit législatif pour les producteurs

L’or vert permet de financer les études des enfants du village, mais ne lui
assure pas une prospérité démesurée. «Ce n’est pas la Colombie, ici», dit
Joël en embrassant du regard les maisons basses. Ici, la vie est rude, et l’habitat
modeste. «Le cannabis, c’est pour survivre, et c’est tout»

De mémoire d’homme, la police n’est venue troubler la paix du village qu’une
fois, dans les années 80. Sous l’égide du président Abdou Diouf, des
opérations coup de poing sont menées dans les îles Karones. «Ils sont
arrivés en hurlant, ils ont arraché tous les plants, ils ont tabassé mon
père», se souvient, amer, Joël. La paix est revenue dans le village, depuis
protégé par des fétiches. «Tu vois, ça ?» dit-il en désignant un baobab orné
de coquillages. «Ce sont nos fétiches. La police en a peur, jamais elle n’oserait
venir ici.» Un catholicisme teinté d’animisme prédomine sur ces îles où même
les hommes d’Eglise ne s’opposent pas à la culture du cannabis. Et pour
cause : cette dernière a contribué à financer la dernière église construite
dans les îles.

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Un revirement législatif explique également la paix relative dont jouissent
les Karoninkés : en 2007, la loi Latif Gueye laisse un répit aux producteurs
et s’attaque à la demande plutôt qu’à l’offre, en punissant toute personne
en possession de chanvre de peines de prison pouvant atteindre dix ans.
Benoît en a fait les frais. Ce maçon de profession s’est improvisé
cultivateur de cannabis il y a plus de vingt ans et a passé plus de deux ans
derrière les barreaux après avoir été contrôlé en possession de quelques
grammes. «C’était horrible, on était serrés comme des cochons», se
souvient-il en décrivant la cellule surpeuplée accueillant les détentions
préventives.

Sitôt libre, il a retrouvé sa femme et sa parcelle d’un demi-hectare, bien
cachée derrière une cathédrale de verdure. Sur de grands draps blancs sont
disposés les fruits de la dernière récolte : près de 50 kilos d’une herbe
dont le kilo se monnaie à 25 000 francs CFA (38 euros). Le couvre-feu édicté
par le gouvernement au printemps n’a pas entravé les allées et venues des
pirogues venues de Guinée Bissau, de Mauritanie ou de Gambie s’approvisionner
en yamba.

«Ce sont juste des familles qui luttent»

Le client du jour fait exception : il s’agit d’un Européen, vivant dans la
région depuis plusieurs décennies. «On se demande pourquoi ils ne légalisent
pas. Partout où ils l’ont fait, ça a marché ! Il ne faut pas croire que les
habitants des Karones sont de gros trafiquants : ce sont juste des familles
qui luttent pour avoir de quoi manger», peste le sexagénaire venu faire une
provision de «boulettes» auprès de Benoît.

Ces petites billes de résine, vendues au tarif imbattable de 250 francs CFA
l’unité, sont une nouveauté dans le commerce de l’île. «Avant, on finissait
la journée en râlant contre toute la résine qu’on avait collée aux mains, qu’on
jetait. C’est un touriste qui nous a dit qu’on pouvait la vendre aussi», se
réjouit Benoît.

«Il ne faut pas croire que c’est un boulot tranquille, c’est beaucoup de
travail», dit-il en jouant du couteau sur les tiges. «Il faut arroser
plusieurs fois par jour et chercher l’eau très loin. C’est épuisant, mais ça
fait qu’on a de quoi se nourrir. Que fait l’Etat pour nous, ici ? Rien. S’il
n’y avait pas le cannabis, on mourrait de faim».

Anne-Sophie Faivre Le Cadre Envoyée spéciale aux îles Karones (Sénégal)

Commentaires

Entre les plants de cannabis, deux petites filles se poursuivent

«Le cannabis, c’est une histoire de famille. Nos arrières grands-parents en cultivaient. Tout le village, des enfants aux grands-mères, est mis à contribution pour faire pousser la yamba: les enfants séparent les fruits des tiges, et les mamies arrosent les parcelles». Pas d'acceptation Culturelle ancestrale pour cette plante sans dose mortelle ?

« Entre les plants de cannabis, deux petites filles se poursuivent en riant aux éclats. »

Combien d'enfants se sont « enfargé là-dedans, puis en consomme un petit peu en mangeant je ne sais pas quoi…*»

* Lucie Charlebois la ministre responsable du dossier cannabis dans le cabinet de Philippe Couillard:
« Vous savez où je demeure : en campagne. Chez nous, je ne fais pas pousser de cannabis, mais si mon voisin en fait pousser et mes petits enfants – j’en ai huit – viennent la fin de semaine et si tout à coup ils traversent, que la plus vieille de six ans va de l’autre côté et, par inadvertance, s’enfarge là-dedans, puis en consomme un petit peu en mangeant je ne sais pas quoi… »

« Je ne sais pas si vous savez ça, mais quatre bons plants de pot, pour deux personnes à la maison, vous allez être gelés 24 heures par jour, 7 jours par semaine, 365 jours par année. Pis savez-vous quoi? Il va vous en rester. »

C'était elle qui était responsable, en charge du dossier légalisation du cannabis ?
Elle qui devait être du coté des consommateurs opprimés criminalisés depuis 100 ans ?

Au Québec la CAQ a choisi une personne de couleur pour le dossier contre le racisme ?
Pour le dossier autochtones ils ont choisi un ex-policier blanc ?
Pour le cannabis ils ont choisi les sondages d'opinion non scientifiques peu fiables et un pédiatre qui n'a jamais consommé de cannabis mais en prescrit à de jeunes enfants qui doivent cesser cette thérapie efficace mais trop dispendieuse les obligeant à retourner aux produits de pharmaceutiques inefficaces dangereux pour la santé physique et mentale à dose mortelle mais prescrits pendant des années ! Il n'exige pas son remboursement pour suivre la ligne de parti pris ?

Serment d'Hippocrate: Soulager la douleur
« Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèles à mes promesses , que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. »

Le risque d’intoxication avec des médicaments est bien plus grand, et on ne s’inquiète pas démesurément de ceux-ci pour autant. Par exemple, on recense environ 4000 cas d’intoxication par acétaminophène par année, 10 par jour, au Québec, ce qui représente environ 10 % de tous les cas d’intoxications, tous âges confondus.

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