Cannabis: Circulez, il n’y a rien à penser

Il y a un an, le Conseil d’analyse économique, placé sous l’autorité de Matignon, démontre que cette « prohibition » figée depuis cinquante ans est totalement inefficace.

CANNABIS: CIRCULEZ, IL N’Y A RIEN À PENSER [LE POINT DE VUE DE CL]

Par Maurice BONTINCK, publié le 10 septembre 2020 à 23h15, modifié le11 septembre 2020.

Circulez, il n’y a rien à penser. Rien à tester, rien à imaginer, rien à débattre. Le laxisme de la réflexion se niche dans l’affichage de la répression.

L’expérimentation du cannabis médical pourtant votée par l’Assemblée il y a un an? Reportée aux calendes grecques mois après mois. Les enquêtes et les expérimentations ailleurs dans le monde sur la légalisation sous certaines conditions? Bonnes qu’à faire des tribunes de médecins dans les journaux et des propositions de loi restant tout en bas de la pile des députés.

Le maire LR d’une ville comme Reims proposant « des expérimentations territoriales limitées dans le temps »? C’est une mauvaise idée. Même pas besoin d’essayer de le prouver par un test. De tenter d’avoir de nouvelles idées face à un problème de santé publique, de grand banditisme, mais seulement combattu avec quelques centaines de contraventions de 200 euros aux consommateurs. Quelle originalité!

La nouvelle doctrine répressive du gouvernement est une manière d’afficher politiquement son autorité mais surtout de se laver les mains de toute réflexion sur un sujet qui n’a quasiment pas évolué depuis la loi de 1970.

Et pourtant… La France a l’arsenal répressif le plus strict d’Europe mais elle reste le pays qui compte le plus de consommateurs. Seulement sept pays de l’Union européenne sont encore dans un interdit pénal de la consommation de cannabis. Les autres n’ont pas connu d’explosions de consommations.

Mais non, ça ne vaut pas la peine d’expérimenter sur quelques territoires, comme on a pu le faire avec les contraventions à 200 euros avant de les généraliser. « Trop risqué »: l’alpha et l’omega de la réflexion politique sur ce sujet… comme sur d’autres où les idées nouvelles voire politiquement incorrectes, sont autant de nids à ennuis. Mieux vaut une défaite de la pensée qu’une tentative de convaincre.

Pour le pouvoir, comme les autres avant, dès qu’une fenêtre s’ouvre pour en faire une question de santé publique, elle se referme aussitôt au nom de la sécurité.

Il y a un an, le Conseil d’analyse économique, placé sous l’autorité de Matignon, démontre que cette « prohibition » figée depuis cinquante ans est totalement inefficace.

Et alors? La priorité, surtout en ce moment, est de montrer les muscles même si c’est en haussant les épaules pour balayer toute nouvelle idée. Le laxisme n’est pas toujours là où l’on croit.

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