Les criminels visent votre assiette

Pour combler leurs pertes, ils se lancent dans les produits comestibles du cannabis pour concurrencer la SQDC

ERIC THIBAULT

Dimanche, 6 septembre 2020 01:00MISE À JOUR Dimanche, 6 septembre 2020 01:00

Le crime organisé et les trafiquants de cannabis illicite, qui ont perdu 30 % de leur marché au profit de l’État québécois, ont entrepris de se renflouer en vendant une panoplie de nouveaux produits dérivés du pot.

C’est le constat que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) fait de plus en plus dans ses enquêtes sur l’industrie du cannabis illégal, presque deux ans après la légalisation de cette drogue douce au pays.

« On voit que le marché illégal s’est adapté en offrant une plus grande diversité de produits, comme des produits dérivés et comestibles qui ne sont pas offerts en vente légale à la SQDC. Nos policiers saisissent de tout », a fait valoir au Journal l’inspecteur David Bertrand, du service des enquêtes criminelles du SPVM.

Suçons, chocolat, brownies, miel, jujubes, biscuits, muffins, barres tendres véganes et thé glacé apparaissent notamment sur le menu des produits comestibles au pot que les policiers ont confisqués à Montréal en 2019 et 2020.

Sans oublier des baumes à lèvres, de la crème pour la peau, des huiles, ainsi que des produits de vapotage de cannabis que le SPVM a retirés du marché clandestin.

Pas contrôlés

« Ce qui est préoccupant avec ces produits dérivés, c’est que le client ne sait pas vraiment ce qu’il consomme, prévient l’inspecteur Bertrand. Il n’est pas en mesure de juger de la qualité de ces produits souvent fabriqués dans des usines artisanales, avec des normes d’hygiène qu’on ne peut pas contrôler et qui ne sont jamais vérifiées. »

Ce haut gradé sert également une mise en garde, plaidant que ces produits saisis par la police puis analysés en laboratoire contiennent souvent des taux de THC de trois à dix fois plus élevés que la recommandation de Santé Canada.

« Aussi, dans les produits dérivés, l’effet est plus long avant d’arriver. Alors souvent, on n’a pas d’effet, on en consomme plus et c’est là qu’arrivent des intoxications », ajoute-t-il.

Le marché illégal du cannabis s’est résolument tourné vers l’utilisation accrue de l’internet et des médias sociaux pour attirer sa clientèle et mener ses affaires.

Ce n’est pas légal

« Pour solliciter les jeunes, ils vont utiliser beaucoup les médias sociaux en passant leur message avec des beaux menus attrayants, des photos, des prix. C’est quasiment du clé en main. Aussi, les jeunes qui ne sont pas vigilants se disent à tort que si ces vendeurs ont un site internet, ça doit être légal », explique la commandante Manon Dupont, responsable des équipes d’enquêtes de la section ACCÈS Cannabis et des produits de la criminalité au SPVM.

Les produits au cannabis pour vapoteuses seraient en plein essor, selon le SPVM, en rappelant qu’ils demeurent illégaux. Les succursales de la SQDC (Société québécoise du cannabis) n’en offrent toujours pas pour des raisons de protection de la santé.

« Des jeunes pensent que c’est légal, mais ça dépend du contenu qu’on utilise dans la vapoteuse. Si on retrouve du THC à l’intérieur, ça devient illégal. Il y a encore un travail d’information à faire », d’après la commandante Dupont.

Les prix du cannabis sur le marché illégal sont restés stables et avantageux, soit autour de 7 $ le gramme.

« Mais maintenant, dans le marché noir, ils ajoutent des frais de livraison. De petits montants, de 5 $ ou de 10 $, avec lesquels on arrondit la facture. C’est leur nouvelle stratégie. Le client pense que c’est une aubaine, mais en ajoutant ces frais de livraison, on arrive à peu près aux mêmes prix que la SQDC », mentionne la commandante Dupont.

♦ Dans son rapport annuel diffusé en juin dernier, la SQDC se félicitait d’avoir accaparé « plus de 30 % des parts du marché illicite » en « seulement 18 mois d’existence », avec des ventes nettes de 311 millions $ correspondant à 47 tonnes de cannabis, durant l’année fiscale 2019-2020.

EN CHIFFRES

5867 kg de cannabis saisis par les policiers au Québec entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2020, dont 1357 kg de cannabis saisis à Montréal par le SPVM
1 milliard $ : évaluation du marché québécois du cannabis, comparativement à 5,9 milliards $ dans tout le Canada
Plus de 46 860 kg de cannabis vendus sur le marché légal par la SQDC entre avril 2019 et mars 2020, pour une somme de 311,6 millions $
Les ventes à la SQDC en 2019-2020 ont enregistré une hausse de 337 % par rapport à sa première année d’exercice en 2018-2019 (9922 kg vendus pour des recettes de 71 millions $)
La SQDC a réalisé 7,7 millions de transactions en succursale et sur le web en 2019-2020 pour un montant moyen de 46,30 $ par achat

Sources : SQDC, ministère de la Sécurité publique du Québec, SPVM, Statistique Canada

Marché noir immunisé contre la pandémie

Le marché illégal du cannabis est resté immunisé contre la pandémie de COVID-19 à Montréal et dans le reste du Québec.

« La pandémie n’a pas ralenti la vente et la production de cannabis illégal parce qu’il s’agit d’un marché où l’approvisionnement est local. Il n’y a donc pas eu de pénurie ou de hausse de prix, comme on le voit avec des drogues importées comme la cocaïne », ont expliqué la commandante Manon Dupont et l’inspecteur David Bertrand au Journal.

Les trafiquants ont cependant dû s’adapter au confinement dans la province, le printemps dernier.

« Ils se sont trouvé de nouvelles stratégies de livraison en évitant le contact de main à main avec le client, en laissant le cannabis dans une boîte aux lettres ou un autre lieu convenu entre eux, selon la commandante. Ils vont aussi accepter des virements Interac pour se faire payer. La clientèle passe de plus en plus de commandes sur l’internet. »

La police doit dorénavant « suivre la technologie, surveiller l’internet et les médias sociaux, et être avant-gardiste dans ses techniques d’enquête » aux dépens du marché illicite du cannabis, qui a beaucoup évolué depuis la légalisation du pot en octobre 2018.

Plusieurs nouveaux joueurs indépendants — non affiliés ou sous le contrôle du crime organisé — ont fait leur entrée sur ce marché avec
la « fausse croyance » qu’ils ne risquent plus de se faire prendre par la police, d’après l’inspecteur Bertrand.

Ce dernier ajoute que la pègre asiatique contrôle toujours une bonne partie de la production de cannabis — principalement les « maisons de pot » transformées en serres intérieures — destinée au marché illégal et à l’exportation vers les États-Unis.

Légal en hausse

« On a enlevé beaucoup d’argent qui allait dans les poches du crime organisé, mais il parvient à continuer d’en exporter à l’extérieur du Québec. Cette partie-là n’a pas été touchée par la légalisation », a dit l’inspecteur, en prédisant que « la part du marché légal va continuer d’augmenter et de gagner de la clientèle ».

À preuve, la Société québécoise du cannabis (SQDC) annonçait jeudi dernier que ses ventes ont atteint 110 millions $ entre la fin mars et la fin juin 2020, malgré le confinement, contre 45 millions $ durant la même période en 2019.

La société d’État, qui compte 42 succursales, veut en avoir 70 d’ici mars 2021. Son offre de produits pourrait aussi être bonifiée « pour attirer les consommateurs du marché noir à la recherche de produits comestibles, tout en assurant la protection de la santé des personnes plus jeunes », selon le porte-parole de la SQDC, Fabrice Giguère.

Commentaires

Achetez légalement d'une autre province !

Boycott la SQDC ! Achetez légalement d'une autre province !

Ils se lancent dans les produits comestibles pour concurrencer la SQDC ? Ils ont 70% du marché !

Pas de quoi se la péter avec 70% du marché laissé aux organisations criminelles ou non !
D'avoir inventé une catégorie d'adultes à partir de 21 ans et laissé les adultes criminalisés de moins de 21 ans aux mains des organisations criminelles, pour être plus sévères, par choix de "Votre gouvernement" pro tabac, alcool qui tuent plus de 45 québécois par jour. Décès acceptable culturellement.
Tellement acceptable banal que "Votre gouvernement" n'offre pas de condoléances ni sincères aux familles ?
Ne pas rembourser le cannabis médicinal, qui prive des enfants d'une thérapie efficace trop dispendieuse ainsi que d'autres malades Québécois qui pourraient profiter des nombreux bienfaits du cannabis et ses concentrés, toujours pour être plus sévère, fait parti de ne pas présenter le cannabis même médicinal sous un jour favorable.
Passible d’une amende de 5 000 $ à 500 000 $. En cas de récidive, ces montants sont portés au double.

Ces produits sont vendu légalement dans le Canada libre de prohibition avec la bénédiction sanitaire de Santé Canada.
Canadiens libre qui ont aussi le droit à la culture personnelle !

« Ce qui est préoccupant avec ces produits dérivés, c’est que le client ne sait pas vraiment ce qu’il consomme, prévient l’inspecteur Bertrand. Il n’est pas en mesure de juger de la qualité de ces produits souvent fabriqués dans des usines artisanales, avec des normes d’hygiène qu’on ne peut pas contrôler et qui ne sont jamais vérifiées. »

«...plaidant que ces produits saisis par la police puis analysés en laboratoire contiennent souvent des taux de THC de trois à dix fois plus élevés.»

C'est quel taux de THC souvent de 3 à 10 fois plus élevé que la recommandation de Santé Canada ?
Il n'y a pas de taux de THC sur les produits comestibles légaux !
Santé Canada impose 10 ml/mg par pièce, morceau, sans obliger d'inscrire le taux de THC de ces 10 ml/mg.

Criminaliser les moins de 21 ans et les laisser aux mains du crime organisé n'a rien à voir avec:
La Loi encadrant le cannabis qui vise à prévenir et à réduire les méfaits du cannabis afin de protéger la santé et la sécurité de la population, particulièrement celles des jeunes !

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