Desbiens abandonne le cannabis

« C’est malheureux, mais les acteurs provinciaux n’ont pas été au rendez-vous. On a été l’une des provinces les moins proactives. Ailleurs, il y a beaucoup de compagnies en marche »

7 août 2020 17h13
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ANNIE-CLAUDE BRISSON, JOURNALISTE DE L'INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL
Le Quotidien

Desbiens abandonne l’idée de produire et de commercialiser du cannabis afin de générer des revenus annuels récurrents permettant ainsi d’assurer sa santé financière. Les réglementations municipales en vigueur et les défis entourant la production de produits dérivés ont amené la municipalité de 1000 habitants à délaisser cette idée, en mai, soit après deux années et demie de démarche.
« La municipalité a dû se retirer en raison de la complexité des lois qui ne permettaient pas à Desbiens d’être partie prenante du projet », résume le maire de Desbiens, Nicolas Martel.

Avant de renoncer totalement au projet, l’administration municipale a validé les différentes options auprès d’avocats. L’idée de faire de Desbiens l’un des promoteurs du projet de production et de commercialisation de cannabis s’est avérée plus complexe que prévu.

Nicolas Martel pointe, parmi les différentes raisons ayant mené à cette décision, le déséquilibre entre le palier fédéral, à l’origine de la légalisation du cannabis, et le palier provincial.

« C’est malheureux, mais les acteurs provinciaux n’ont pas été au rendez-vous. On a été l’une des provinces les moins proactives. Ailleurs, il y a beaucoup de compagnies en marche », mentionne-t-il.

Le représentant du conseil municipal de Desbiens croit que le gouvernement provincial peut encore corriger le tir. « Il pourrait aider des municipalités en finançant des projets. Les petites municipalités, on n’a pas de revenus. On peine à arriver dans nos budgets. Ç’aurait été une belle façon de nous aider. Un peu comme les barrages. Il y aurait une garantie de production. On aurait vendu de la production locale et régionale en SQDC (Société québécoise du cannabis). Le provincial doit avoir une vision élargie afin de permettre aux régions d’en tirer profit », dit l’élu, qui est d’avis que des programmes provinciaux devront être mis en place pour assurer la réussite de cette nouvelle industrie au Québec.

Pour Nicolas Martel, les bonnes affaires sont dans la production de cannabis, et non dans l’opération de succursales de la SQDC. La microculture demeure, pour lui, une option gagnante.

Trois ans de démarche

Desbiens fraye avec l’univers du cannabis et du chanvre depuis des années. Nicolas Desbiens voulait, à l’été 2017, faire du Saguenay–Lac-Saint-Jean « la Vallée du chanvre ». Il désirait, entre autres, accueillir le deuxième Forum international du chanvre. L’événement n’a pas eu lieu. Desbiens a plutôt tenu, en mars 2019, le premier Colloque provincial sur le chanvre industriel.

Nicolas Martel voyait le chanvre « comme un créneau de développement économique régional, après la Vallée de l’aluminium ».

La localité de 1000 habitants espérait également accueillir les premières serres de cannabis au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en plus d’une usine de transformation.

Une étude exploratoire réalisée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton, au coût de 30 000 $, avait permis de conclure, en 2018, que Desbiens figurait parmi les villes les mieux outillées au Québec pour ce type de projet.

« On s’est ensuite rendus à Toronto pour rencontrer des gens de l’industrie. On a essayé d’attirer un grand joueur, mais ça n’a pas fonctionné. L’étude disait que c’était trop complexe pour la municipalité de se partir dans le domaine, alors qu’il y a déjà des joueurs établis », témoigne Nicolas Martel.

La démarche a, ensuite, cheminé vers un projet supporté par des investisseurs, dont Desbiens. La Ville s’est alors tournée vers deux jeunes promoteurs pour un projet moins onéreux de microculture.

Desbiens prévoyait, à l’été 2019, racheter l’usine Glassco, au coût de 300 000 $. Les travaux de mise aux normes devaient débuter aussi rapidement qu’en septembre de la même année. La première phase devait s’attarder à la production et à la vente de cannabis, avant d’entreprendre une seconde phase de transformation de cannabis et de chanvre.

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