légalisation du cannabis. Le commentaire du député François-Michel Lambert

Or, que fait le gouvernement ? Il accélère sur la répression du consommateur, ce qui me scandalise, car elle ne changera rien et ne sert juste qu'à flatter la corde sensible de la droite réac.

EXTRAIT

Porteur d'une proposition de loi sur la légalisation du cannabis, le député écologiste de Gardanne s'investit également dans la mission d'information parlementaire sur les usages et l'impact de ce produit. Pour lui, la France a tout faux sur la question.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser au cannabis ?
François-Michel Lambert : Je ne suis pas fumeur moi- même et je ne l'ai jamais été, mais chez les écologistes, ce sujet a toujours été abordé par l'angle libertaire : l'interdiction du cannabis comme une restriction des libertés individuelles ne se justifiant pas. Cependant, cette approche ne suffit pas.

Que voit-on aujourd'hui ?
Un marché où le produit contient des taux très élevés de THC, frelaté par les réseaux mafieux, très structurés, déstabilisant des pans entiers des cités, des territoires, mais aussi 700M€ engloutis en frais de police et justice pour leur faire la guerre, avec des résultats nuls. Un Français sur dix fume de façon occasionnelle, un sur dix-huit quotidiennement ! Ça, c'est la réalité.

Or, que fait le gouvernement ?
Il accélère sur la répression du consommateur, ce qui me scandalise, car elle ne changera rien et ne sert juste qu'à flatter la corde sensible de la droite réac.

Même si vous aviez, et c'est impossible, une division par deux du nombre de consommateurs journaliers, vous gardez 350 000 usagers, c'est deux fois une ville comme Aix, vous n'avez rien réglé ! Pendant ce temps, tous les pays limitrophes de la France ouvrent à la consommation, de façons différentes."

Que préconisez-vous ?
François-Michel Lambert : Un marché légal, contrôlé par l'État, de la graine à la distribution, sans promotion, sous la forme de ce que nous avons connu avec la Seita sur le tabac, ou, plus tôt encore, avec les Manufactures royales. Ce réseau légal passerait par les buralistes, le taux de THC du cannabis vendu serait contrôlé.

Quels intérêts en retirerait-on ?
François-Michel Lambert : Le Conseil d'analyse économique (CAE, placé auprès du Premier ministre) a rédigé une note, en juin 2019, qui reprend nos chiffres : légaliser le cannabis de cette façon, c'est créer de 50 à 80 000 emplois, dégager de 2 à 3 milliards d'euros de recettes fiscales par an, mais aussi miser sur une plante très "verte", capteuse de CO2, contribuant à la régénération des sols, créant de la richesse à l'hectare.

Cela permet de lutter contre une partie du trafic criminel, de libérer des moyens de police et de gendarmerie, de dégager de l'argent pour la prévention des addictions, mais pas seulement.

Imaginez qu'en 5 ans, avec cette manne, on peut rembourser la dette de tous les hôpitaux en France ! Ou reconstruire nos cités, à la hauteur des mesures envisagées par le Plan Borloo, en une décennie !

Malheureusement, cette note (1), comme ma proposition de loi doivent caler dans un bureau quelque part...

La France va à contre-courant de ce qui se passe actuellement dans le monde et l'Histoire montrera du doigt ces politiques. La mission parlementaire, ainsi, n'avance pas beaucoup...
(1) Présentée aux cabinets du Premier ministre et du Président de la République, ainsi qu'à celui du ministre de l'Économie le 4 juin 2019. Puis au directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur et à celui de la ministre de la Santé les 5 et 12 juin 2019.

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