Comment mieux comprendre les études scientifiques

Comment mieux comprendre les études scientifiques

Un jour, le vin rouge est bon pour le cœur. Le lendemain, il augmente les risques de subir un accident vasculaire cérébral. Les médias nous bombardent de résultats d’études souvent contradictoires. Petit guide pour évaluer la validité de ces informations.

Viande rouge, produits laitiers, antioxydants, aliments transgéniques… À peu près tous les aliments que vous consommez sont scrutés un jour ou l’autre par des scientifiques qui cherchent à mesurer leurs bienfaits ou leurs méfaits sur votre organisme. Dans le secteur de la santé, des études remettent en question l’efficacité de médicaments ou laissent espérer des percées importantes dans le traitement du cancer ou de certaines maladies chroniques, par exemple.

Les résultats de ces études menées aux quatre coins du monde sont relayés par les revues spécialisées, puis largement repris par les médias grand public et les réseaux sociaux. Or, les conclusions de ces recherches ne sont pas toujours cohérentes entre elles. À croire que les scientifiques changent d’idée comme de chemise!

Comment vous y retrouver? Qui croire? De l’avis de Dany Plouffe, docteur en physique et chercheur au Département de géographie de l’Université McGill, «on ne peut pas faire confiance aux médias». Dans son blogue, Le Sceptique, vérifie la crédibilité d’affirmations véhiculées dans les médias et sur Internet pour «immuniser» le grand public contre les pseudo-sciences.

Il déplore que, trop souvent, les médias se contentent de publier les informations contenues dans les communiqués de presse émis par les universités et les centres de recherche dans le but de faire connaître leurs travaux, sans prendre le temps de lire les études scientifiques en question afin d’en évaluer les forces et les faiblesses.

Les nouvelles omettent souvent, par exemple, de mentionner en quoi une récente étude vient confirmer ou infirmer les connaissances antérieures sur un même sujet. C’est que la science et les méthodes de recherche évoluent, et ce qui était considéré hier comme un fait attesté peut être contesté aujourd’hui.

Pour ajouter à votre confusion, Internet regorge d’articles «pseudo-scientifiques» et de textes d’opinion, souvent anonymes, prompts à dénigrer un médicament X ou un aliment Y en ne citant que les études dont les résultats appuient leur théorie. Vous voulez vous assurer de la fiabilité d’un article scientifique avant de transmettre l’information ou de modifier vos habitudes de vie? Voici quelques questions à vous poser pour exercer votre esprit critique.

Les sept questions à se poser pour évaluer la pertinence d’une étude scientifique

1. Le reportage fait-il mention de la source de l’information?

L’article devrait mentionner le nom des principaux auteurs de l’étude et la publication dans laquelle les résultats ont été rendus publics. Les revues scientifiques reconnues, par exemple The Lancet, Science ou le New England Journal of Medicine, ne publient que des articles «révisés par des pairs», c’est-à-dire approuvés par des experts indépendants qui examinent la démarche des chercheurs et les méthodologies suivies pour s’assurer que les auteurs répondent aux normes de leur discipline et de la science en général. Ils évaluent aussi si leurs conclusions sont compatibles avec les données actuelles ou si elles sont innovantes. Ce processus de révision est considéré comme un pilier de la fiabilité de l’ensemble de la recherche scientifique, selon le Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC), qui diffuse des informations sur la sécurité alimentaire, la qualité des aliments et la santé.

2. La recherche a-t-elle été menée sur des êtres humains?

S’il est question des effets positifs ou négatifs d’un aliment ou d’un médicament sur la santé humaine, il devrait être spécifié que la recherche a été menée sur des humains. En effet, les résultats de tests faits sur des animaux ne peuvent pas systématiquement s’appliquer à l’humain en raison des différences physiologiques (réactions aux produits chimiques, susceptibilité aux virus, etc.). De plus, les doses administrées aux animaux peuvent être différentes de celles que l’on donnerait à des humains. Autrement dit, les résultats de recherche obtenus pour une souris… valent pour une souris! L’âge des participants aux études doit aussi être pris en compte, car les effets d’un médicament ou d’un aliment sur l’organisme peuvent différer selon qu’on est jeune ou plus âgé, souligne Dany Plouffe. Quant aux études faites sur des cellules, elles constituent le point de départ du processus de recherche et les résultats obtenus pourraient ne jamais s’appliquer à l’humain.

3. De quel type d’étude est-il question?

L’étude contrôlée randomisée en double aveugle est considérée comme le standard méthodologique en recherche parce qu’elle fournit des résultats fiables, sans biais introduit par les chercheurs ou les participants. Voici pourquoi ces critères sont importants:

• Contrôlée: Un groupe de participants reçoit une substance inactive (placébo) ou un traitement de référence déjà jugé efficace. Cette façon de faire permet de valider l’efficacité du traitement ou de la procédure étudiés. La composition des groupes doit cependant être similaire en matière d’âge, de sexe, de taille, de stade de la maladie, etc.

• Randomisée: Lorsqu’une telle étude est menée, la répartition entre le groupe contrôle et le groupe qui reçoit le produit étudié est faite de façon aléatoire. Toute autre méthode introduit des biais de sélection.

• En aveugle: Le caractère aveugle d’une étude élimine la possibilité que les croyances personnelles d’un participant ou les attentes d’un chercheur nuisent à la validité des résultats. Les études en double aveugle (ou à double insu), où les chercheurs et les participants ignorent qui reçoit le placébo et qui reçoit le produit testé, sont considérées comme supérieures sur le plan de la fiabilité par rapport à celles en simple aveugle, où seul le patient ne sait pas si c’est le placébo ou le traitement qui lui a été administré. Les études à l’aveugle ne sont cependant pas toujours possibles, notamment lorsqu’il est question de comparer des aliments ou des substances qui n’ont pas le même aspect. Elles sont toutefois très utilisées en pharmacologie.

• L’étude prospective et l’étude rétrospective: Autre élément à considérer: la façon dont les données sont récoltées. Les études prospectives sont considérées comme plus fiables que les études rétrospectives. Elles permettent aux chercheurs de suivre un groupe de personnes pendant une période donnée dans le but d’observer les effets potentiels sur la santé d’un régime alimentaire ou d’un médicament, par exemple. Les études rétrospectives reposent plutôt sur les souvenirs des participants – ce qu’ils ont fait ou mangé, par exemple – ou sur des informations enregistrées précédemment, comme dans des dossiers médicaux.

• La méta-analyse: Elle consiste à combiner les résultats de plusieurs études distinctes pour en tirer des conclusions globales. C’est cette méthode que l’Agence internationale de recherche sur le cancer a utilisée pour conclure, en 2015, après l’analyse de 800 études, que la consommation de viande transformée en charcuterie augmente le risque de cancer du côlon. Elle permet d’arriver à des conclusions plus solides qu’une étude individuelle, surtout si une tendance se dessine parmi les résultats des essais recensés.

• L’étude observationnelle: Elle regroupe des renseignements sur des milliers de personnes et cherche à établir un lien entre un traitement (une habitude de vie, un médicament, la consommation d’un aliment, etc.) et un résultat sur la santé. Par exemple, ce type de recherche pourrait se pencher sur la relation entre le poids corporel des hommes de plus de 50 ans et le fait de résider près d’un parc. Les études observationnelles peuvent ainsi suggérer des liens entre différents facteurs, mais ne permettent pas toujours d’en établir les causes et les effets, contrairement à la recherche expérimentale.

4. Combien de personnes ont participé à l’étude?

Le nombre de participants à une étude permet d’en évaluer la fiabilité, mais une étude menée sur un petit groupe de sujets n’est pas à écarter d’office. Il faut aussi voir si le résultat est statistiquement significatif, c’est-à-dire que le risque qu’il ait été obtenu par l’effet du hasard est inférieur à 5 %, souligne Dany Plouffe. Par exemple, si un chercheur veut mesurer l’efficacité d’un produit pour la perte de poids, même un petit groupe pourrait indiquer un résultat fiable puisque ce type de données – le nombre de kilos perdus ou non – se mesure aisément. À l’inverse, une étude observationnelle commandera généralement un large échantillon. La population et le profil des participants étudiés et des groupes témoins devraient aussi être clairement précisés.

5. De quand date l’étude, et les résultats ont-ils été confirmés par d’autres chercheurs?

Il est important de savoir si une étude confirme ou infirme les conclusions d’une et de plusieurs recherches précédentes qui ont été menées par d’autres chercheurs. Il n’est jamais bon qu’un auteur ne cite en référence que ses propres travaux ! Si les résultats divergent et remettent en question des connaissances scientifiques établies, soyez vigilant et ne tenez rien pour acquis avant qu’une nouvelle étude vienne confirmer ces résultats. Les auteurs devraient toujours indiquer tous les résultats pertinents de leurs travaux, y compris ceux qui sont négatifs ou contradictoires. Et il peut être intéressant de voir si l’article relaie l’opinion d’autres chercheurs sur les conclusions.

6. La méthodologie utilisée reflète-t-elle un usage normal?

L’article devrait mentionner la quantité de substance ou de médicament qui a été utilisée pour obtenir les résultats présentés. Les études sur des aliments ou leurs composantes (vitamines, minéraux, etc.) impliquent souvent des dosages impossibles à consommer dans la réalité. Quand il faut manger quatre ou six tasses par jour d’un aliment pour en retirer les bienfaits, il est difficile de penser que les conclusions de l’étude sont applicables!

7. Quelles sont les limites de l’étude?

Lors de la publication de leur étude, les auteurs doivent mentionner ce qu’ils considèrent comme étant les points faibles de leurs travaux, par exemple un nombre élevé d’abandons chez les participants, des résultats qui n’ont pas encore été confirmés ou une faiblesse dans le mode de cueillette de données. L’article de votre journal devrait aussi en faire écho.

Études scientifiques: évaluer les risques annoncés

Une étude indique une augmentation importante du risque de contracter le cancer ou la maladie d’Alzheimer, mais que veulent vraiment dire ces chiffres? Quelques conseils pour vous aider à mieux comprendre la science.

Un matin, vous lisez dans le journal qu’une récente étude affirme que le risque de mourir d’un cancer du sein augmente de 25 % chez les femmes qui boivent du jus de canneberge tous les jours. Pour vous, c’est décidé: fini le jus de canneberge. Pas si vite ! Vous devez comprendre ce que signifient les chiffres que vous lisez dans les médias.

Le plus souvent, les études, et donc les articles qui en parlent, rapportent le risque relatif, qui compare le taux de réponse des personnes exposées au facteur étudié (le jus de canneberge) à celui des personnes non exposées. Ce pourcentage doit ensuite être appliqué au risque absolu, soit le risque réel qu’un résultat donné survienne – dans ce cas, celui de mourir du cancer du sein –, pour mesurer la véritable augmentation du risque.

Dans notre exemple fictif, l’augmentation du risque de 25 % s’applique au risque de mourir du cancer du sein. Selon la Société canadienne du cancer, 18 Canadiennes sur 100 000 meurent chaque année de la maladie, ce qui correspond à un risque absolu de 0,018 %. Une augmentation de 25 % de ce risque le porte à 0,023 %. En d’autres termes, sur les 975 000 femmes qui vivent dans la région de Montréal, 176 risquent de mourir du cancer du sein cette année. Si toutes les femmes se mettaient à enfiler les verres de jus de canneberge à la chaîne, on ajouterait 44 femmes à ce bilan. Un taux qui reste assez faible, malgré le titre inquiétant qu’en a tiré votre journal!

Mieux comprendre la science

Vous voulez en savoir plus sur les bienfaits du soya, le cancer du sein ou tout autre sujet qui vous préoccupe? Dans un moteur de recherche, tapez les mots clés correspondant à ce que vous cherchez afin de générer une liste de liens menant à des articles ou des sites spécialisés. Favorisez les sites d’organismes gouvernementaux ou reconnus pour leur crédibilité, comme Santé Canada, son pendant américain la Food and Drug Administration (FDA), les centres de recherche qui financent des études et en publient les résultats, ou encore la Société canadienne du cancer. Le moteur Google Scholar vous permettra d’accéder aux travaux universitaires dans le domaine qui vous intéresse.

Consultez le site de la revue où l’étude a été publiée ou ceux qui regroupent les articles parus dans les principales revues scientifiques mondiales. Il faut souvent payer pour lire le texte complet, mais les résumés, la plupart du temps en anglais, sont accessibles gratuitement. Vous trouverez aussi des sites spécialisés dans l’analyse et la vulgarisation des derniers progrès scientifiques. Voici quelques sites de référence:

National Center for Biotechnology Information (PubMed, PubMed Central, Bookshelf, etc.)
PubMed Central Canada
Collaboration Cochrane
Sense About Science
Google Scholar

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