Appliquer une politique de tolérance zéro sur les routes pour le cannabis est une idée «ridicule». Les gens qui consomment de la marijuana médicale ne pourront jamais conduire, a répété plusieurs fois le Dr Ian Mitchell, docteur en médecine d’urgence

Appliquer une politique de tolérance zéro sur les routes pour le cannabis est une idée «ridicule». Les gens qui consomment de la marijuana médicale ne pourront jamais conduire!», a répété plusieurs fois le Dr Ian Mitchell, docteur en médecine d’urgence

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Cannabis au volant

Il sera difficile de juger les fautifs
Annabelle Blais | Agence QMI

| Publié le 15 janvier 2018 à 06:54 - Mis à jour à 06:56

Appliquer une politique de tolérance zéro sur les routes pour le cannabis est une idée «ridicule» qui ne passera pas le test des tribunaux, croit un docteur en médecine d’urgence.

«C’est ridicule ! Les gens qui consomment de la marijuana médicale ne pourront jamais conduire!», a répété plusieurs fois le Dr Ian Mitchell, docteur en médecine d’urgence et professeur associé à l’Université de Colombie-Britannique.

Ce dernier présentait hier une conférence dans le cadre du Lift Cannabis Expo qui se tenait ce week-end, à Vancouver.

Le médecin n’hésite pas à traiter ses patients avec du cannabis médical. Il codirige aussi une étude clinique sur le traitement du syndrome post-traumatique en partenariat avec l’Université de la Colombie-Britannique et Tilray, un producteur de cannabis autorisé.

Inquiétudes
Plusieurs personnes qui assistaient à la conférence sur la conduite avec les facultés affaiblies s’inquiétaient de ne plus pouvoir prendre le volant si la tolérance zéro est appliquée.

«Mais après combien de temps après avoir fumé puis-je conduire?», a demandé une dame souffrant de fibromyalgie qui consomme du cannabis quotidiennement. Le docteur n’avait pas de réponse claire à donner.

«Ça varie d’une personne à l’autre», a-t-il expliqué. Cela illustre bien, selon lui, l’absurdité de telles réglementations comme le prévoit notamment le Québec.

Le principal problème à ses yeux est que les tests qui sont à l’essai et qui sont présentés comme une solution miracle ne feront que détecter la présence de THC (cannabis) dans l’organisme.

«Ce qui n’est absolument pas une référence scientifique pour dire si la personne a les facultés affaiblies, croit-il. Je ne peux pas croire qu’on gaspille de l’argent dans ces équipements!»

Il est d’avis que tous ceux qui se feront arrêter pourront d’ailleurs plaider cet argument en cour. «Et ils gagneront!»

Facultés affaiblies
Si les gouvernements prenaient la question véritablement au sérieux, dit-il, ils se pencheraient sur la conduite avec facultés affaiblies en générales.

Il rappelle que des études montrent que les capacités de conduire sont notamment affectées par le Benadryl, les opiacés, la consommation de somnifère 12 heures avant la conduite. Le fait de manger ou d’avoir un animal dans la voiture peut aussi être une source de distraction.

«Je ne dis pas que le cannabis n’affecte pas les facultés, mais je dis que ça les affecte moins que les gens le pensent», a-t-il insisté.

Pour le moment, deux études sur l’augmentation des accidents dans les États du Colorado et de Washington où le cannabis a été légalisé, montrent des augmentations de 0 à 3 % , illustre-t-il. «Il ne faut pas céder à la panique non plus.»

Il a rappelé aussi que la légalisation du cannabis n’excusera en rien les comportements irresponsables.

«Vous ne conduiriez pas dans les minutes après avoir avalé un somnifère tout comme vous ne prendriez pas le volant tout de suite après avoir fumé ou mangé un biscuit au cannabis.»

Le marché noir ne sera pas éliminé... pour l’instant
Éliminer le marché noir ne se fera pas du jour au lendemain. Et le projet de loi du Québec n’est pas dans la bonne voie pour y parvenir, croit un expert.

«Je ne suis pas en faveur des monopoles de l’État, comme ce sera le cas au Québec, et je crois que ça ne permettra pas de se débarrasser du marché noir», a expliqué au «Journal de Montréal» Alex Shiff, consultant chez Navigator, une firme de relation publique qui a développé une expertise en cannabis.

«Au Québec il n’y aura que 15 boutiques au départ et c’est évident que ça ne répondra pas à la demande», a-t-il prévenu.

Pour éliminer le marché noir, le cannabis doit être disponible, croit-il, afin d’éviter que les gens se tournent naturellement vers le revendeur du coin.

Le gouvernement du Québec a avancé que les prix du pot vendu au Québec pourraient varier de 7 à 10 $.

Le marché noir pourra ajuster ses prix dans un premier temps afin de faire compétition au gouvernement. «Mais ultimement, je ne crois pas que le marché noir pourra constamment baisser son prix», souligne M. Shiff.

Intégrer certains acteurs
Pour mettre fin au marché noir, cet expert croit plutôt qu’il faut avant tout permettre à certains commerçants comme ceux qui possèdent des dispensaires d’intégrer le marché légal.

«Je ne parle pas du marché noir du crime organisé, mais ceux qui sont déjà dans l’industrie du cannabis et ont de bonnes pratiques», dit-il.

«Ce qu’on a vu aux États-Unis est que les États qui n’ont pas autorisé le marché noir à effectuer une transition vers le marché légal sont ceux qui ont un marché illicite le plus fort. L’État de Washington en est un exemple», précise-t-il.

Au Québec, on trouve beaucoup moins de dispensaires qu’en Ontario ou Vancouver, par exemple. Mais le Centre compassion a pignon sur rue à Montréal depuis 1999. Selon le projet de loi du Québec, ce dispensaire ne sera toujours pas légal après le 1er juillet.

La police et la drogue
Au Québec, selon une compilation du «Journal», seulement 90 des 15 000 agents de police québécois sont en mesure de détecter les conducteurs qui ont consommé de la drogue.

• Leur répartition est aussi inégale à travers la province.

• D’ici juillet, l’École nationale de police formera 36 agents évaluateurs de plus.

• Un projet-pilote de détection du cannabis dans la salive est en cours.

• La tolérance zéro sur les routes ne s’appliquera que lorsque cet appareil sera prêt et aura démontré son efficacité.

• Si du cannabis est détecté dans l’organisme d’une personne, le policier pourra suspendre le permis du conducteur pour une période de 90 jours.

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