Colombie : les guérillas en guerre ouverte (16 juin 2006)

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Dans le nord-est du pays, les Farc et l'ELN se combattent pour contrôler les ressources.

Par Michel TAILLE

Les habitants d'Arauquita, petite ville colombienne située à la frontière avec le Venezuela, ont retrouvé, mardi, le corps de Nelson Díaz criblé de balles. Le paysan, que des hommes armés avaient enlevé trois jours plus tôt, serait la dernière victime en date de la guerre entre guérillas d'extrême gauche qui déchire la région, l'Arauca, depuis novembre.

Extorsion

Les puissantes Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, 17 500 combattants) ont officialisé par un communiqué - daté de mars mais publié sur l'Internet le week-end dernier - qu'elles étaient, dans cette zone, en guerre ouverte contre les «guévaristes» de l'Armée de libération nationale (ELN, 4 500 hommes). «Nous avons subi de leur part des agressions que l'on n'attend que de l'ennemi», affirme le texte du front local des Farc.

«Les disputes entre Farc et ELN en Arauca sont anciennes, éclaire Mauricio Mujica, ancien médiateur du peuple du département. Elles luttent pour les ressources de la région.» L'ELN a, la première, profité de la découverte au début des années 80 du gisement de pétrole de Caño Limón, par le racket des entreprises et des collectivités locales. «Le butin versé par le constructeur de l'oléoduc, l'allemand Manessman, a permis leur expansion», estime un cadre d'Oxy, qui exploite le champ.

Les Farc sont entrées en force dix ans plus tard, en introduisant une autre source de richesse : la coca, base de la cocaïne, dont la culture couvrait 12 000 hectares l'an dernier en Arauca. C'est cette proximité entre les deux guérillas qui coûte aujourd'hui la vie aux habitants, accusés de frayer avec l'un ou l'autre bord.

Les deux factions «abattent des civils, et font ensuite courir le bruit qu'il s'agissait de militants ennemis», explique Luis González, le prêtre d'Arauquita. Le président du conseil municipal aurait ainsi été tué par les Farc, en avril, et les sympathisants du Parti communiste, historiquement plus proche de cette guérilla, seraient pourchassés par l'ELN. Depuis le début de l'année, au moins trente familles ont abandonné leurs fermes pour fuir les combats directs.

Dialogue

Rien n'indique que cette guerre puisse se propager au niveau national. Même si l'ELN maintient un dialogue avec le pouvoir, alors que tout contact est rompu avec les Farc depuis plus de quatre ans, les deux groupes semblent s'entendre militairement. L'ELN, affaiblie, se maintient dans d'autres régions grâce au soutien financier des Farc. A tout juste 150 kilomètres d'Arauquita, dans le piémont du Casanare, indique Mauricio Mujica, «les guérillas sont alliées face à l'armée».

© Libération

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