« Nous sommes arrivés à contrôler la scène de la drogue »

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le 21/11/2010 à 05h17

« Nous sommes arrivés à contrôler la scène de la drogue »

Eveline Bohnenblust, vous êtes la directrice du service « Suchthilfe » au département de la santé du canton de Bâle-Ville, qui gère trois locaux de consommation de drogue ouverts depuis 20 ans. Sur quelles bases repose votre action ?

La philosophie qui anime notre politique correspond aux directives cantonales qui postulent que chaque personne dépendante d’une drogue doit faire l’objet de considération et non d’un rejet de la société. L’accès aux services des lieux de contact et d’accueil doit être le choix des visiteurs. Nous ne demandons pas aux toxicomanes de s’engager à arrêter de se droguer en préalable à une aide. Notre politique repose sur le principe de l’anonymat que nous garantissons à tous les visiteurs.

Notre rôle consiste aussi à faciliter l’aide et le placement dans des services spécialisés en levant les obstacles administratifs. L’objectif est de limiter les risques en prenant des mesures pour réduire la souffrance de ceux qui ne sont pas encore prêts à effectuer une démarche thérapeutique.

Dans quel cadre s’inscrit cette action ?

Les lieux de contact et d’accueil constituent le troisième pilier de la politique de lutte contre la drogue. Ils contribuent à limiter les effets négatifs de la consommation de drogues sur les usagers et indirectement sur la société. Les autres piliers sont la prévention, la thérapie et la répression. La politique des quatre piliers est ancrée dans la constitution cantonale.

Quel bilan tirez-vous ?

Ces locaux s’avèrent être un moyen efficace pour stabiliser la situation. Il n’y a pratiquement plus de surdoses mortelles et les cas de contamina- tions par le sida ont fortement chuté. Cela a un prix : nous leur consacrons un budget de 3 millions de francs suisses [2,2 millions d’euros] par an et 23 employés. Ces locaux sont acceptés par tous les partis et la police les considère comme un moindre mal. Il n’y a plus de scène ouverte de drogués à Bâle. La drogue n’est plus la première préoccupation comme il y a 20 ans. Aujourd’hui, l’alcoolisme chez les jeunes est un problème plus grave que la drogue.

Que pensez-vous de la réticence en France à ouvrir des salles de consommation de drogues ?

Je ne la comprends pas. Considérer que seule la répression et la privation peuvent être efficaces n’est pas un modèle valable pour tout le monde. Depuis que j’occupe ce poste, en 2006, aucun responsable de services publics français n’est venu à Bâle pour s’informer de visu sur une politique qui, de notre avis, a fait largement ses preuves.

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