Des médecins qui offrent des cartes-rabais incitant leurs patients à acheter un médicament d’origine de Pfizer

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Le Collège des médecins du Québec ne voit aucun problème éthique à ce que des médecins distribuent des cartes de fidélisation d'une entreprise privée...

Zappiste: Donc le "centre compassion" qui offrait des incitatifs aux nouveaux patients
pour fidéliser leur future clientèle ne faisaient que comme des médecins !

http://blogues.cyberpresse.ca/edito/2010/06/18/votre-medecin-travaille-t...

Votre médecin travaille-t-il pour Pfizer?

Ariane Krol

Des médecins qui offrent des cartes-rabais incitant leurs patients à acheter un médicament d’origine plutôt que son équivalent générique? J’ai été soufflée en lisant le papier de mon collègue Philippe Mercure sur la stratégie de Pfizer. Pas tant par Pfizer, qui agit dans l’intérêt de ses actionnaires, que par le coup de pouce qu’acceptent de lui donner les médecins.

Lipitor, un médicament-vedette qui réduit le taux de cholestérol, affronte depuis peu la concurrence de génériques moins coûteux. Pour conserver ses clients, Pfizer a lancé une «carte de continuité» qui permet au patient d’être remboursé pour la différence de prix. Le problème, c’est que son assureur (RAMQ ou privé), lui, n’a pas de rabais. Chaque fois que le Lipitor est prescrit à la place d’un générique, les coûts du régime augmentent.

Les patients peuvent commander leur carte eux-mêmes, mais il y a aussi des médecins qui en distribuent. La Fédération des omnipraticiens est contre, mais le Collège des médecins, lui, s’en lave les mains. «Le médecin essaie d’offrir les meilleurs soins à son patient, merci, bonjour. Si ça soulève des questions commerciales, ça ne relève pas du Collège. Moi, que le médicament coûte 5, 10, ou 15$, je m’en contrefous», déclare le secrétaire de cet ordre professionnel, Yves Robert.

Que le médecin prescrive le médicament le plus adéquat pour son patient, en refusant que son jugement professionnel soit influencé par les contraintes financières d’un régime d’assurance public ou privé, je veux bien. Mais qu’il se fasse le relai d’une compagnie pharmaceutique en remettant au patient une «carte de continuité» qui l’amènera à privilégier un produit plutôt qu’un autre, ça me dépasse. Pas seulement parce que ça coûte cher aux assureurs et que ça risque, à terme, de faire grimper les primes de l’ensemble des assurés. Parce que ça dévalue l’image de la profession.

Le médecin de famille qui vous tend une «carte de continuité» n’agit pas différemment de la dame du supermarché qui vous donne un coupon-rabais pour acheter la trempette que vous venez de goûter. Tous deux se font le relai du fabricant pour mousser ses ventes. La dame du supermarché est payée pour ça. Votre médecin, à moins qu’il ait quitté le système public, est payé par la RAMQ. Pourquoi accepte-t-il de travailler pour Pfizer?

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http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/sante/201006/17/01-42911...

Pfizer et son médicament Lipitor sèment la pagaille
Publié le 18 juin 2010 à 05h00 | Mis à jour le 18 juin 2010 à 11h50

Toléré par les uns, dénoncé par les autres, un programme de fidélisation sur le médicament Lipitor lancé par la pharmaceutique Pfizer soulève la controverse au Québec. La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) a déjà exigé son retrait parce qu'il pourrait affecter la «pérennité» de son régime d'assurance médicaments, tandis que les pharmaciens ont carrément décidé de le boycotter.

Mais les médecins, eux, continuent de l'offrir aux patients même s'il risque d'entraîner d'importants coûts pour le réseau public. Le Collège des médecins et la Fédération des médecins omnipraticiens ont d'ailleurs des vues diamétralement opposées sur la question.

Pfizer a lancé une «carte de continuité» pour convaincre les patients de continuer à consommer du Lipitor, une pilule contre le cholestérol qui trône au sommet des médicaments les plus vendus dans le monde.

Le Lipitor a perdu son exclusivité il y a un mois au Canada parce que ses brevets sont arrivés à échéance. Des versions génériques à moitié prix sont immédiatement apparues sur le marché.

Mais Pfizer a répliqué en décidant de rembourser directement aux patients la différence de prix entre le Lipitor et le générique. Pour ce faire, le patient n'a qu'à se procurer une «carte de continuité Lipitor». Des offres dans les Publi-sacs ont été envoyées, et les médecins eux-mêmes distribuent des cartes à leurs patients.

Le hic: si le patient paie le même prix pour le Lipitor et le générique, il en va tout autrement de l'assureur, privé ou public, qui débourse la grande partie du coût des médicaments. L'assureur n'étant pas remboursé par Pfizer, il devra payer plus chaque fois qu'un patient consomme du Lipitor plutôt qu'un générique.

La RAMQ a déjà demandé à Pfizer de retirer son programme, affirmant qu'il «pourrait avoir un impact sur la pérennité du régime général d'assurance médicaments».

Le directeur de l'actuariat de la RAMQ, Guy Simard, estime que la Régie perdra entre 1,5 et 2 millions de dollars chaque fois que 1% des patients achèteront du Lipitor plutôt qu'un générique. «La Régie est fort préoccupée», a-t-il dit à La Presse Affaires.

La RAMQ a demandé à Pfizer de suspendre son programme, «le temps d'en évaluer les aspects juridiques et financiers», mais dit ne pas avoir reçu de réponse.

«Nous travaillons en collaboration avec la Régie pour comprendre ses préoccupations et définir un plan d'action qui leur conviendrait», répondent en entrevue les responsables de Pfizer, qui disent avoir lancé le programme pour «s'assurer que les patients traités par Lipitor continuent de recevoir les meilleurs soins possibles».

Boycottage et réactions

S'il fait peur à la RAMQ, le programme de Pfizer pourrait toutefois avoir un effet limité. L'Association québécoise des pharmaciens propriétaires, qui représente l'ensemble des pharmaciens du Québec, a en effet demandé à ses membres de ne pas honorer les cartes de continuité de Pfizer.

«On attend la décision que la RAMQ prendra dans ce dossier», a dit Vincent Forcier, directeur aux affaires publiques.

Les divers ordres professionnels réagissent de façons contradictoires au programme de Pfizer.

Le Collège des médecins du Québec ne voit aucun problème éthique à ce que des médecins distribuent des cartes de fidélisation d'une entreprise privée, même si ce geste risque d'entraîner d'importants coûts pour le régime public ou les assureurs privés.

«Le médecin essaie d'offrir les meilleurs soins à son patient, merci, bonjour. Si ça soulève des questions commerciales, ça ne relève pas du Collège. Moi, que le médicament coûte 5, 10, ou 15$, je m'en contrefous», dit Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins.

Son de cloche complètement différent à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, qui «décourage les médecins de souscrire» au programme de Pfizer.

«Nous, ce qu'on souhaite, c'est que tout le monde paie le prix le plus juste possible pour les médicaments dans l'intérêt des contribuables et des patients», dit Jean-Pierre Dion, directeur des communications.

«Comment peut-on s'assurer que les professionnels puissent exercer de façon sereine quand il y a toutes sortes d'intérêts commerciaux qui interviennent de plus en plus fréquemment et de plus en plus lourdement dans leur pratique?» se demande de son côté Manon Lambert, directrice générale de l'Ordre des pharmaciens, qui veut en discuter avec la RAMQ et le Collège des médecins.

Notons que le programme de Pfizer a pu être lancé parce que le gouvernement du Québec rembourse les médicaments d'origine pendant 15 ans, peu importe si leur brevet est échu ou non. Cette mesure, appelée la «règle des 15 ans», vise à encourager les entreprises qui font de la recherche à s'implanter ici. La RAMQ remboursera ainsi le Lipitor jusqu'en juillet 2012 même si son brevet est échu.

Normalement, les patients ont toutefois un encouragement financier à se tourner vers les génériques, ce qui fait baisser les coûts pour le régime public. C'est ce principe que vient d'ébranler Pfizer.

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