Le boom du vapotage de cannabis au Canada a un problème de déchets

Le Canada possède un atout unique pour résoudre ce problème.
Contrairement aux États-Unis, où la réglementation du cannabis est fragmentée entre des dizaines de juridictions, l'industrie canadienne du cannabis légal s'inscrit dans un cadre réglementaire national. Cela ouvre la voie à l'élaboration de normes nationales pour la conception et la récupération durables des dispositifs de vapotage.

Imaginez si les producteurs agréés, les fabricants de cigarettes électroniques, les détaillants et les entreprises de recyclage s'accordaient sur une architecture de cartouche commune. Au lieu de dizaines, voire de centaines, de modèles de cartouches propriétaires, l'industrie pourrait s'orienter vers un nombre limité de composants standardisés et facilement séparables.

Le boom du vapotage de cannabis au Canada a un problème de déchets

3 septembre 2026| Contributeur
Les vaporisateurs de cannabis, incluant les cartouches à usage unique et les cartouches 510, représentent près de 20 % des ventes totales de cannabis chaque année au Canada. Cela a généré plus de 3 550 tonnes de déchets au cours des quatre dernières années, et ce chiffre augmente considérablement chaque année, engendrant un impact environnemental important.

L'industrie du cannabis légal au Canada a parcouru un long chemin depuis la légalisation du cannabis récréatif en octobre 2018. Les consommateurs ont désormais accès à un vaste choix de produits chez des milliers de détaillants légaux à travers le pays.

Les vaporisateurs constituent désormais une catégorie majeure de produits à base de cannabis.
D'après de récentes données sur le marché canadien du cannabis, les produits de vapotage représentent environ 19 % du total des ventes au détail de cannabis légal en valeur. Cela en fait l'une des plus importantes catégories de produits sur le marché canadien du cannabis, après les fleurs traditionnelles et les joints pré-roulés.

Les chiffres relatifs aux consommateurs dressent un tableau similaire. L'Enquête canadienne sur le cannabis de 2024 de Santé Canada a révélé que 37 % des consommateurs de cannabis ont déclaré utiliser des stylos ou des cartouches à vapoter, contre 34 % l'année précédente.

Parmi les Canadiens ayant consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours, 23 % ont déclaré s'être procuré des stylos vaporisateurs ou des cartouches. Seuls les fleurs séchées (52 %) et les produits comestibles (26 %) étaient des types de produits plus fréquemment cités.

Le vapotage est passé d'un loisir de niche à un pilier incontournable du paysage cannabique moderne. Cette évolution a engendré une quantité massive et croissante de déchets, obligeant l'industrie à faire face à une réalité difficile : comment gérer les millions de cartouches usagées et de dispositifs tout-en-un qui s'accumulent ?

La question à 800 millions de dollars
Si les cigarettes électroniques représentent environ 19 % du marché légal du cannabis au Canada, les chiffres sont frappants. Le marché légal du cannabis au Canada dépassant désormais les 4 milliards de dollars par année, une part de 19 % se traduit par environ 800 millions de dollars, voire plus, en ventes au détail annuelles de produits de vapotage.

Bien sûr, le chiffre d'affaires des ventes au détail ne se traduit pas directement en nombre de cartouches vendues. Les produits varient énormément en taille et en prix. Une cartouche à 20 $ et un dispositif jetable à 60 $ comptent tous deux pour une seule unité, mais contribuent de manière très différente à la production de déchets.

Néanmoins, même une estimation prudente suggère que des millions de vaporisateurs de cannabis arrivent chaque année sur le marché canadien. Ces appareils doivent bien finir par être vendus quelque part.

Deux types de vaporisateurs de cannabis très différents
Lorsqu'on parle de déchets liés au vapotage de cannabis, il est important de faire la distinction entre deux produits fondamentalement différents.

Cartouches 510

La cartouche 510 traditionnelle se compose généralement des éléments suivants : un réservoir d’huile en verre ou en plastique, un élément chauffant en céramique, des composants métalliques, des contacts électriques, un embout buccal, des adhésifs et d’autres petites pièces. La batterie est un dispositif d’alimentation rechargeable séparé.

Vapes jetables

Les cigarettes électroniques jetables tout-en-un (AIO) sont considérablement plus compliquées.

L'appareil entier — cartouche, batterie, élément chauffant, composants électroniques, plastiques et métalliques compris — est jeté après consommation de l'huile de cannabis. Autrement dit, une cigarette électronique jetable est un appareil électronique miniature destiné à la déchetterie après une courte période d'utilisation. Et ce segment de marché est en pleine expansion.

Selon des données récentes du marché canadien , les ventes de vaporisateurs de cannabis jetables/tout-en-un ont augmenté d'environ 63 % en 2025, passant d'environ 83 millions de dollars à 136 millions de dollars. Cette croissance est particulièrement importante du point de vue de la gestion des déchets, car ces dispositifs jetables contiennent des batteries lithium-ion et des composants électroniques qui ne peuvent pas être jetés dans les bacs de recyclage classiques.

Les cartouches de vapotage de cannabis sont-elles réellement recyclables ?
Le Canada a mis en place une infrastructure de recyclage pour de nombreux matériaux entrant dans la composition des dispositifs de vapotage. Le verre, l'acier et l'aluminium sont recyclables. Certains plastiques le sont également. Les batteries lithium-ion peuvent être récupérées. Les appareils électroniques peuvent être traités par des filières spécialisées de traitement des déchets électroniques.

Le problème, c'est qu'une cartouche de vapotage de cannabis n'est pas simplement en verre, en métal ou en plastique. C'est un petit assemblage multi-matériaux contenant des résidus d'huile de cannabis. Séparer ses différents composants de manière économique et sûre est beaucoup plus complexe. Par conséquent, il est important de faire la distinction entre collecter une cartouche de vapotage en vue de son recyclage et recycler la cartouche entière.

Plusieurs entreprises et programmes au Canada et aux États-Unis ont mis en place des systèmes de collecte et de valorisation des produits de vapotage. Ces initiatives constituent un progrès important pour réduire la quantité de ces dispositifs envoyés aux sites d'enfouissement. Cependant, la collecte ne garantit pas la transformation de chaque composant en matière première utile. Dans bien des cas, le dispositif doit encore être démantelé, les matériaux contaminés gérés et les différents composants acheminés vers des filières de traitement distinctes.

La collecte des cartouches de vapotage ne remplace pas le recyclage en circuit fermé. Le Canada n'a pas encore mis en place de système généralisé permettant de récupérer une cartouche de vapotage de cannabis usagée et de transformer la quasi-totalité de ses composants en matière première pour la fabrication de nouvelles cartouches.

Le problème de conception
Le principal obstacle n'est peut-être pas la technologie de recyclage elle-même, mais plutôt la conception même de la cartouche. La plupart des cartouches de vapotage de cannabis n'ont jamais été conçues en tenant compte du recyclage en fin de vie. Une cartouche classique peut combiner verre, céramique, métaux, plastiques, adhésifs et résidus d'huile dans un format minuscule. C'est une excellente conception pour la consommation de cannabis, mais une conception catastrophique pour le recyclage.

Cela soulève une question importante pour l'industrie du cannabis : devons-nous concevoir des cartouches de vapotage de cannabis adaptées aux systèmes de recyclage, ou concevoir des cartouches que nous souhaitons recycler demain ?

Concevoir une industrie du cannabis pour une économie circulaire
L'économie circulaire dans la gestion des déchets est un modèle de récupération en boucle fermée dans lequel les déchets de produits sont éliminés et les matériaux sont maintenus en circulation continue.

Imaginez une cartouche de cannabis spécialement conçue pour une économie circulaire :

La conception du produit privilégierait les réservoirs en verre de haute qualité, la quincaillerie standardisée en acier inoxydable et les éléments chauffants en céramique, tout en éliminant les plastiques mixtes problématiques, les colles permanentes et les assemblages complexes qui entravent un démontage facile.

L'utilisateur dépose la cartouche usagée dans un dispensaire local, intégrant ainsi le dispositif à un réseau national de récupération coordonné.

Tout concentré de cannabis restant est extrait et géré en toute sécurité.

Les composants internes sont systématiquement décomposés en vue de leur traitement.

Les éléments en verre sont acheminés vers des filières de recyclage du verre spécialisées.

Les pièces en acier sont acheminées vers des installations industrielles de recyclage des métaux.

Les radiateurs en céramique sont remis en service lorsque le modèle économique le permet.

Les composants de haute intégrité font l'objet d'une remise à neuf professionnelle en vue d'une réutilisation ultérieure.

Au final, ces matériaux recyclés servent de matières premières de qualité industrielle pour la prochaine génération de produits.

Le changement de paradigme – La réutilisation est peut-être meilleure que le recyclage

Il existe une autre possibilité, potentiellement encore plus intéressante sur le plan environnemental.
Au lieu de se demander : « Comment recycler cette cartouche ? », on pourrait se demander :
« Combien de fois peut-on l’utiliser avant de la recycler ? »

Un système de cartouches réutilisables ou remanufacturables pourrait réduire considérablement la quantité de matériaux nécessaires à chaque achat de vaporisateur de cannabis. Une cartouche standardisée, pouvant être retournée, nettoyée par des professionnels, inspectée, remise à neuf et remplie à nouveau, aurait un impact environnemental bien moindre qu'une cartouche fabriquée, utilisée une seule fois puis jetée.

Ce même principe a déjà transformé d'autres secteurs. On ne recycle pas une bouteille de bière en verre après chaque utilisation ; on la réutilise. Peut-être que le vapotage de cannabis devrait s'inspirer de cette approche.

Le Canada a une opportunité
Le Canada possède un atout unique pour résoudre ce problème.
Contrairement aux États-Unis, où la réglementation du cannabis est fragmentée entre des dizaines de juridictions, l'industrie canadienne du cannabis légal s'inscrit dans un cadre réglementaire national. Cela ouvre la voie à l'élaboration de normes nationales pour la conception et la récupération durables des dispositifs de vapotage.

Imaginez si les producteurs agréés, les fabricants de cigarettes électroniques, les détaillants et les entreprises de recyclage s'accordaient sur une architecture de cartouche commune. Au lieu de dizaines, voire de centaines, de modèles de cartouches propriétaires, l'industrie pourrait s'orienter vers un nombre limité de composants standardisés et facilement séparables.

Cela pourrait considérablement améliorer la rentabilité de la collecte et du recyclage. Les détaillants pourraient devenir des points de collecte. Les consommateurs pourraient être incités à rapporter leurs cartouches usagées. Les fabricants agréés pourraient intégrer des matériaux recyclés dans leurs nouveaux emballages et appareils. Enfin, les entreprises de recyclage pourraient traiter des flux de matériaux prévisibles et standardisés, au lieu de tenter de démanteler des dizaines de produits incompatibles.

Du détournement des déchets à l'économie circulaire
Le débat sur la durabilité dans l'industrie du cannabis s'est traditionnellement concentré sur l'emballage.

C’est compréhensible. Les contenants pour fleurs, les tubes de pré-roulés, les emballages de produits comestibles et les sachets en plastique représentent collectivement un flux de déchets important. Mais les vaporisateurs de cannabis méritent une attention particulière car ils combinent un volume de ventes élevé avec de nombreux matériaux difficiles à recycler — et, dans le cas des appareils jetables, des piles et des composants électroniques.

Avec la croissance continue du marché des cigarettes électroniques, le problème des déchets s'aggravera. Le Canada a déjà démontré que les détaillants et les producteurs de cannabis peuvent participer à des initiatives de recyclage novatrices. La prochaine étape est plus ambitieuse. L'objectif ne devrait pas se limiter à empêcher l'enfouissement des cigarettes électroniques de cannabis ; il devrait s'agir de maintenir les matériaux au sein de l'économie du cannabis. C'est là toute la différence entre le simple détournement des déchets et une économie circulaire.

Avec les vaporisateurs représentant environ 19 % du marché canadien légal du cannabis, l'intérêt économique de résoudre ce problème devient indéniable. L'industrie du cannabis a consacré des années à bâtir un marché légal florissant pour le vapotage. La prochaine étape devrait consister à mettre en place une économie circulaire pour le recyclage des dispositifs utilisés.

Marshall Posner

Marshall est actif dans l'industrie canadienne du cannabis depuis 2013, ayant participé à l'essor du cannabis médical et à sa légalisation récréative, notamment dans le cadre des programmes MMAR, MMPR et ACMPR. En tant que directeur du marketing chez Delta 9 Cannabis jusqu'en 2025, il a contribué à l'élaboration et au lancement d'un programme de recyclage dans les Prairies pour plus de 40 points de vente de cannabis à partir de 2020. Marshall offre maintenant des services de consultation en affaires et en marketing par l'intermédiaire de sa société FLYT Media.

Articles connexes
Revaloriser les rayons : comment CR Collective comble le fossé entre la conception des emballages de cannabis et la conformité réglementaire
28 novembre 2025

Relever le défi du recyclage des cigarettes électroniques
26 juillet 2021

Le rôle de l'industrie du cannabis dans la crise des déchets au Canada
26 août 2022

État actuel du recyclage des déchets de cannabis
9 juin 2025

Le programme de recyclage des cigarettes électroniques prend fin faute d'utilisation.
11 juin 2022
recyclage
vapes

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.