Fat Tax le Danemark a testé... et y a renoncé !

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Fat Tax
Publié le 13 novembre 2012

Taxe sur l’huile de palme : le Danemark a testé... et y a renoncé !
Alors que la France s'apprête à faire passer sa taxe sur les produits contenant de l'huile de palme, le Danemark annonce qu'il abroge une taxe sur les graisses dont l'objectif était similaire. La lutte contre l'obésité relève de problèmes plus vastes, qu'ils soient sociaux ou psychologiques et nécessite une législation globale et bien pensée.

Atlantico : Le ministre danois de la fiscalité vient d'annoncer qu'il renonçait à la taxe sur les produits gras, cette dernière s'avérant selon lui coûteuse et inefficace. Pourquoi ce revirement
Fabrice Etilé : Pour rappeler de quoi il s’agit cette taxe est une taxe de 2.15 euros / kg de graisse saturée sur tous les produits contenant plus de 2.3% de ces fameuses graisses.

Le ministre concerné évoquait quatre arguments : tout d’abord cela n’a pas réussi à modifier le comportement alimentaire des consommateurs, deuxièmement cette mesure représente un coût administratif lourd pour les entreprises qui sont obligé de mesurer le taux de graisse dans tous ses produits. Troisièmement, un problème de concurrence aux frontières a été évoqué puisque de nombreux Danois vont désormais acheter leur produits gras dans les hyper-marchés allemands. Il y aurait enfin un aspect discriminatoire puisque les pauvres seraient les premiers à payer cette taxe.

Ces arguments ne sont pas forcément tous pertinents : ainsi on oublie que la taxe instaurée en 2011 n’avait pas pour objectif de modifier le comportement des consommateurs, mais bien d’inciter les entreprises agro-alimentaires à produire moins gras pour assainir l’offre. Je ne vois pas de plus comment le comportement des consommateurs pourrait évoluer de manière significative après seulement une année effective d’imposition. Il est toutefois très juste de souligner l’importance des coûts administratifs, en particulier pour les petits producteurs qui ne disposent que de peu de moyens pour mesurer avec précision le taux de graisses saturées présentes dans leurs produits. Cela souligne la mauvaise conception initiale de la taxe en question, puisqu’il serait bien moins coûteux et plus facile de mesurer la graisse ajoutée lors du processus dit de « transformation » de la nourriture, alors que jusque-là la loi danoise prévoyait de mesurer l’ensemble des graisses, même naturelles. Pour ce qui est de la compétition hors-frontières, il serait bon de rappeler que la différence des prix entre les régions frontalières de ces deux pays ne sont pas excessif, ce qui vient modérer cet argument. Enfin sur la question des classes populaires pénalisées, on peut se permettre d’être dubitatif lorsque l’on sait que l’industrie du tabac avance le même argument alors qu’une majorité des populations occidentales sont favorables aux mesures anti-tabac.

La France compte faire passer sa taxe sur l'huile de palme. Prise seule, cette mesure aura t-elle un réel impact ?
On peut déjà, je pense, affirmer qu’il n’y aura aucun impact significatif sur les habitudes des consommateurs, ces dernières relevant d’un problème psychologique et sociétal bien plus large, à savoir la liberté de choix. De nombreuses études se sont ainsi penchées sur le sujet en démontrant que le consommateur pouvait développer, selon sa sensibilité alimentaire, une certaine dépendance aux produits gras, sucrés et salés. Elle risque aussi hélas de n’avoir que peu d’impact sur les habitudes des entreprises, lorsque l’on regarde le comportement actuel des grandes firmes. Le Président de Ferrero a ainsi personnellement annoncé que la fameuse recette du Nutella (qui contient 15 à 20% d’huile de palme) ne serait pas modifiée jusqu’à nouvel ordre. Cela est regrettable lorsque l’on sait que cette fameuse taxe est censée être un signal en direction des entreprises et non pas des consommateurs.

Quelles mesures peut-on donc imaginer pour modérer efficacement les problèmes de sur poids et d'obésité ?

Le défaut de cette taxe est finalement de ne cibler qu’un seul produit, il serait ainsi selon moi plus efficace d’imaginer une taxe globale avec une assiette large et un taux suffisamment faible pour ne pas distordre l’économie et éviter tout phénomène d’usine à gaz administratif. Une telle imposition ne pourrait cependant fonctionner que si elle était incluse dans une combinaison de mesures. En aval d’une taxe sur les entreprises on pourrait ainsi imaginer une politique renforcée de labélisation, avec par exemple des étiquetages « code couleur » qui avertissent sur la qualité du produit acheté. Une limitation de la publicité, comme pour le tabac, ainsi qu’une stratégie incitative à destination des restaurateurs qui ne pratiquent pas de « cuisine d’assemblage » (bain-marie NDLR) auraient selon moi un impact bénéfique sur le long terme.

Il faut de plus prendre en compte l’évolution des habitudes alimentaires, qui tendent de plus en plus à revenir aux produits naturels. Un récent rapport publié par Kantar World Panel révèle ainsi une préférence croissante et durable des consommateurs pour les aliments pas ou peu modifié. Au-delà de l’effet de mode autour du bio, on peut affirmer que les habitudes de consommation évoluent vers une demande en quête de qualité plutôt que de plaisir brut provoqué par les graisses ou le sucre. On se dirige donc logiquement vers une transformation profonde de l’industrie alimentaire, qui pour l’instant se montre toujours réticente, mais qui a terme devra bien finir par satisfaire cette nouvelle demande. Il y a donc selon moi un intérêt véritable à se positionner très tôt, au niveau du marché français, sur des structures agro-alimentaires plus en phase avec ces nouveaux modes de consommation.

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