La sociale-démocrate Laura Chinchilla, présidente du Costa Rica : "La guerre contre la drogue n'est pas une solution"
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Laura Chinchilla : "La guerre contre la drogue n'est pas une solution"
LE MONDE | 24.05.2012 à 13h22 • Mis à jour le 24.05.2012 à 13h22
Par Propos recueillis par Paulo A. Paranagua
La sociale-démocrate Laura Chinchilla, présidente du Costa Rica, fait une tournée en Europe. Elle a accordé un entretien au Monde.
Comment analysez-vous la violence qui frappe votre région ?
L'Amérique centrale est victime d'une géopolitique perverse, prise en tenaille entre les principaux producteurs de cocaïne, en Amérique du Sud, et le principal marché consommateur, au Nord. Les pays situés entre le Mexique et la Colombie sont confrontés à une situation dramatique : le crime organisé et le narcotrafic entraînent un convoi de morts et de corruption. Le Costa Rica subit l'impact de cette évolution, même s'il reste une des nations les plus sûres d'Amérique latine.
La "guerre contre la drogue" n'a pas atteint ses objectifs, soit réduire la production et le trafic. Cette stratégie n'est pas une solution, elle déplace les problèmes de certains pays vers d'autres. Ces scénarios de guerre sont coûteux, du point de vue matériel et en pertes de vies humaines. Faire appel à l'armée pour combattre le crime organisé n'est pas notre option. Il faut réfléchir à des alternatives.
Le président du Guatemala propose la légalisation des drogues...
Au récent sommet des Amériques, à Carthagène (Colombie), le débat sur une éventuelle légalisation s'est imposé, ce qui est tout à fait positif. Le Costa Rica considère que la consommation est une question relevant de la santé publique et non pas du code pénal. Mais chaque pays a son rythme. En 2010, l'insécurité avait dominé la campagne présidentielle, à la suite de l'augmentation des indicateurs de délinquance et de victimisation. Nous avons inversé la tendance, tout en refusant la politique de la main ferme [mano dura], qui a donné peu de résultats chez nos voisins. Nous maintenons l'équilibre entre une meilleure performance de la police et la prévention.
Le narcotrafic s'est renforcé en Amérique centrale parce qu'il y avait un déficit historique sur le double plan social et institutionnel. Si le Costa Rica résiste mieux, c'est grâce à notre investissement social et à des institutions plus solides, transparentes et intègres.
Barack Obama a-t-il déçu les Latino-Américains ?
Il faut créditer le président des Etats-Unis d'un tournant conceptuel : le narcotrafic est une responsabilité partagée, il faut à la fois affronter l'offre et les problèmes posés par la demande. Nous avons compris que le président Obama devait relever les défis de l'économie américaine. Cela dit, le Costa Rica dépend de moins en moins de la coopération ou de l'aide au développement, et davantage de son ouverture au libre-échange. Une nation de revenu moyen, comme la nôtre, doit exporter ses produits si elle ne veut pas être obligée d'exporter ses travailleurs et ses cerveaux. Nous avons signé des traités commerciaux avec plus de 50 pays et nous avons donc accès aux marchés américain et chinois.
Quel est votre but en Europe ?
Je voudrais accélérer la signature de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Amérique centrale, négocié il y a deux ans. A Paris, j'ai confirmé notre désir d'adhérer à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et j'ai rencontré des investisseurs. Notre atout n'est pas le coût de la main-d'oeuvre, mais sa qualification. Les Costaricains ont réussi dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Sans oublier une stabilité politique inégalée dans la région, des règles claires, la sécurité juridique.
Qu'attendez-vous de la prochaine conférence des Nations unies sur l'environnement, Rio + 20 ?
Je souhaite que les principaux pollueurs de la planète s'engagent, comme l'ont fait l'Amérique latine et l'Europe. L'absence de décisions a un impact sur le changement climatique. J'attends une avancée significative en matière de protection de la biodiversité et l'adoption d'instruments de vérification plus efficaces pour le respect de l'environnement. Dans les années 1970, le Costa Rica était le champion de la déforestation. Nous sommes devenus le pays le plus vert du monde, le plus couvert de forêt. Nos succès en matière d'écotourisme et d'exportation de produits certifiés neutres en carbone, montrent qu'on peut concilier croissance et respect de la nature.
Pourquoi le Costa Rica demande-t-il l'extradition de Paul Watson, le "justicier des océans" ?
Mon gouvernement ne persécute pas les écologistes. Mais le Costa Rica est un Etat de droit. Les faits remontent à une dizaine d'années. La justice a lancé une procédure, mais M. Watson a quitté le territoire sans prévenir, ce qui a entraîné un mandat d'arrêt international. Il disposera de toutes les garanties d'un procès équitable. Le Costa Rica a les critères de justice les plus exigeants d'Amérique latine, comparables à ceux des pays développés.
Propos recueillis par Paulo A. Paranagua
















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