La drogue est légale, mais nous ne le savons pas...

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La drogue est légale, mais nous ne le savons pas
Anxiolytiques, neuroleptiques, antidépresseurs... Pas besoin de dealeur pour se les procurer.
Sélectionné et édité par Hélène Decommer

Les substances modifiant la conscience existent dans toutes les communautés humaines, de l'alcool à la coca en passant par l'amanite tue-mouche (le mycologue Wasson est une source… stupéfiante) ou le cannabis. Pourquoi ?

L'origine de l'usage de ces substances semblait en général "ritualisé" (par exemple les mystères d'Eleusis) et intégré au bon fonctionnement de la société (encadré par un shaman, un guérisseur…). Le Saint Graal rempli du sang du Christ en est le témoignage symbolique et le vin est une des bases des liturgies judéo-chrétiennes. Quant au "corps du Christ" qu'on avale sous forme de pain pour accéder à la révélation, il autorise toute les spéculations sur son origine.

Pourquoi cet usage si commun à toutes les sociétés humaines, partout dans le monde, avec ses plantes spécifiques, a-t-il été dévoyé pour devenir un fléau mondial ?

L'histoire nous montre que les propriétés addictives de l'opium ont été utilisées par le colonialisme comme une arme (l'opium des Indes a déferlé sur la Chine et l'Indochine pour le plus grand profit des colons, notre ami Tintin le raconte très bien). Les Anglais provoquèrent deux guerres de l'opium.

Là où la préparation était utilisée à bon escient (pour un rite initiatique contrôlé ou un acte thérapeutique) par un "initié", prêtre, sorcier ou bien apothicaire, l'usage politique en a révélé les caractères addictifs et la promesse d'un fructueux commerce. L'usage de masse avait ses avantages, alors la boîte de Pandore a été ouverte et l'addiction a envahi le monde.

L'accoutumance à l'opium se développant en Europe, avec ses raffinements comme la morphine, on a dû inventer l'héroïne pour la vendre aux dépendants (un avant-goût de la méthadone). Débordées par un phénomène dont elles connaissaient les dangers, les nations proclamèrent la prohibition.

On va même, aujourd'hui, jusqu'à vendre du sulfate de morphine (Moscontin) pour se désintoxiquer de l'héroïne. Ouroboros, le serpent qui se mord la queue est de retour.

L'histoire de la gestion des drogues est édifiante. Et les deux derniers siècles montrent une incompétence rare dans ce domaine. Est-il stupide de dire que les effets collatéraux de la prohibition sont plus néfastes que l'usage lui-même ? Combien de décès dus aux produits frelatés ou concentrés artificiellement, combien de crimes de sang liés au trafic, que dire de l'énorme flux financier qui échappe à l'impôt et renforce la pègre ?

Pourtant, la science moderne a bien besoin de la connaissance de ces sorciers qui maîtrisaient le secret des plantes, pour créer ses médicaments (le curare des Indiens d'Amazonie n'est-il pas utilisé par la pharmacie moderne ?)…

Mais la boîte de Pandore ne peut pas se refermer et il ne faut pas compter que la société puisse revenir à l'encadrement cérémoniel et ritualisé des origines.

Où en sommes nous aujourd'hui ? La France est en surconsommation de psychotropes "légaux", petites pilules vendues en masse aux travailleurs pressés comme des citrons, enfermés qu'il sont dans cette autre addiction dont on ne parle jamais : la fièvre de la consommation. La drogue est déjà en partie légalisée sous le contrôle du médecin, ou en vente libre pour l'alcool et le tabac.

Les laboratoires pharmaceutiques pourraient donc reprendre le flambeau de la pègre, et nous concocter des pilules du bonheur qui nous fassent rire… Ce serait plus amusant que le Médiator.

Il y a même un chimiste de renom qui est spécialisé dans les psychotropes récréatifs, aux effets variés, plus ou moins hallucinogènes. Il assemble des petites molécules, et crée de nouvelles substances… C'est lui qui a popularisé le MDMA, connu sous le nom d'ecstasy. Il s'appelle Sasha Shulgin, et ses compositions sont légales, puisque non encore répertoriées comme interdites. Et quand enfin elles le sont, il en a déjà inventé de nouvelles.

Le développement de ces nouvelles substances, mortelles si on n'en respecte pas un certain dosage, risque de rendre encore plus floues les frontières de la légalité. Leur fabrication occulte, avec des moyens amateurs, est en plein développement. Proposer un équivalent industriel, contrôlé et réglementé serait un moindre mal face au danger d'une production de contrebande surdosée et frelatée. Le débat sur la légalisation du cannabis semble déjà un combat d'arrière-garde.

L'humanité se passe difficilement de drogue, il faut s'en faire une raison. Mais si ce qu'on ne peut arrêter peut parfois être canalisé, alors il faut le faire sans tarder.

Auteur parrainé par Tristan Berteloot

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