40 milliardaires promettent la moitié de leur fortune à des oeuvres caritatives
Zappiste : il doit y avoir une partie de ces dons qui sera pour lutter contre les injustices.
La criminalisation du cannabis, de ses consommateurs et des autoproducteurs qui refusent de financer les terroristes et le crime organisé, est une injustice !
http://www.cdurable.info/The-Giving-Pledge-les-milliardaires-offrent-la-...
The Giving Pledge : 40 milliardaires promettent la moitié de leur fortune à des oeuvres caritatives
Pourquoi l’exemple américain a peu de chances d’être repris en France
samedi 7 août 2010
Posté par David Naulin
Warren Buffett et Bill Gates, respectivement deuxième et troisième plus grosse fortune mondiale d’après le magazine Forbes, ont lancé officiellement le 4 août la campagne Giving Pledge ("la promesse de don"). 40 milliardaires américains se sont déjà engagés à donner au moins la moitié de leur fortune, de leur vivant ou après leur mort, pour les bonnes œuvres. L’esprit de cette entreprise est de mettre en valeur ceux qui donnent et de créer ainsi une émulation incitant encore plus de personnes à devenir philanthrope. Est-ce que Liliane Betancourt et nos autres milliardaires français pourraient suivre le même engagement ? Il y a peu de chances ...
115 milliards de dollars. Voilà ce que vaut la promesse de dons des 40 milliardaires américains qui ont répondu à l’appel de Bill Gates et Warren Buffett. Et ce n’est que le début. Sachant que les 400 Américains les plus riches possèdent 1 200 milliards de dollars, Bill Gates et Warren Buffett espèrent, en les convainquant d’en verser la moitié, récolter environ 600 milliards de dollars (454 milliards d’euros). Soit l’équivalent d’un quart du produit intérieur brut de la France.
La "révolution du philanthrocapitalisme" a commencé en 2006 quand Gates et Buffett, qui disposent de respectivement à 53 et 47 milliards de dollars, se sont publiquement engagés à léguer 99% de leur richesse à de bonnes œuvres.
Le mouvement a fait des émules : Bono, Angelina Jolie et Brad Pitt sont parmi les plus connus. Il faut dire que l’exaltation américaine du self-made-man s’y prête. Ceux qui ont construit leur puissance tout seul considèrent souvent l’héritage comme un frein à la création de nouvelles richesses. Ainsi, en 2009, la philanthropie a rapporté 300 milliards de dollars. "Nous espérons que les États-Unis, qui sont la société la plus généreuse sur Terre, deviendront encore plus généreux avec le temps, a expliqué Warren Buffett. Nous espérons que cette générosité ne sera pas seulement plus grande, mais aussi plus intelligente."
Le "peer pressure", une arme redoutable
En juin, les philanthropes décident de passer à la vitesse supérieure avec l’initiative "Giving Pledge". L’idée est simple : ils demandent directement à leur pairs de les imiter et de s’engager à verser au moins la moitié de leur fortune à une œuvre caritative, de leur vivant ou après leur mort.
Le "peer pressure" joue à fond. Car en publiant la liste de ceux qui acceptent, ils mettent les autres dans une position pour le moins inconfortable. Michael Corkery, le blogueur du Wall Street Journal, ne s’est d’ailleurs pas privé de citer quelques uns des riches récalcitrants, en se concentrant surtout sur le secteur financier. Il fait ainsi remarquer que George Soros, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars, ne figure pas dans la liste. John Paulson, le célèbre gérant du hedge fund qui a su tirer profit de la crise des subprimes et de l’effondrement de l’immobilier, non plus. L’autre nom connu qui brille par son absence est celui de Maurice Greenberg, l’ancien PDG d’AIG.
Les milliardaires veulent améliorer leur image
Le problème avec cette "liste noire", c’est que ce n’est pas parce qu’ils ne se sont pas engagés auprès de Gates et Buffett qu’ils n’ont pas été généreux. Paul Tudor Jones, par exemple, a quand même fondé le Robin Hood Foundation qui s’applique à lutter contre la pauvreté à New York.
En tout cas, l’approche a le mérite d’être efficace. En à peine un mois et demi, près de 40 milliardaires se sont engagés. Parmi eux, le fondateur de CNN Ted Turner, le maire de New York Michael Bloomberg, le co-fondateur d’Oracle Larry Ellison ou encore le réalisateur George Lucas. La liste complète des milliardaires et leurs lettres peuvent être consultées sur www.thegivingpledge.org.
"Depuis la récession, les Américains riches sont à la recherche de nouveaux symboles de prestige, explique le blogueur Robert Franck du Wealth Report. Les yachts, jets privés et villas au bord de la mer sont tellement 2007. Etre assez riche et généreux pour avoir son nom dans la liste "Giving Pledge" pourrait rapidement devenir l’ultime badge de prestige". Au-delà de cet aspect lié à l’image, les dons pourraient se traduire par des rentrées de fonds colossales pour les organismes caritatifs. A en croire un éditorial du Guardian, "si les milliardaires se mettent à suivre l’exemple de Bill Gates, leurs dons pourraient changer le monde".
Les mauvaises langues argueront qu’il ne s’agit pour l’instant que d’un engagement moral qui ne les oblige en rien légalement. "Certes, précise Aurore LARTIGUE dans La Croix, mais se dédire risquerait de leur coûter cher en termes d’image. Et ces milliardaires jugent peut-être nécessaire de redorer leur blason, sérieusement terni par la crise financière qui a plongé dans la crise des dizaines de millions d’Américains".
Pourquoi l’exemple américain a peu de chances d’être repris en France
L’engagement public de ces quarante milliardaires américains à verser la moitié de leur fortune à des organisations caritatives a peu de chances de se produire en France, même si les mentalités et la législation ont évolué au cours des dernières années.
Les "grandes fortunes qui ont bon cœur sont bien plus présentes aux Etats-Unis qu’en France, c’est une tradition anglo-saxonne", remarque Valérie Daher, directrice de la communication d’Action contre la faim (ACF). "On imagine mal Bernard Arnault (patron du groupe de luxe LVMH, première fortune de France) ou Gérard Mulliez (groupe Auchan, deuxième fortune) faire la même chose", poursuit-elle.
"Je ne suis pas sûre que l’exemple des grandes fortunes américaines soit suivi en France, car nous n’avons pas le même rapport à l’argent", renchérit Marie-Charlotte Brun, responsable du marketing et des dons à Médecins sans frontières (MSF). "L’argent n’est pas un sujet tabou aux États-Unis", souligne-t-elle.
De fait, un fossé culturel sépare la France des États-Unis au sujet du "charity-business". Outre-Atlantique, le don fait partie de la norme, voire de l’obligation sociale pour les plus aisés, et s’en trouve d’autant plus médiatisé.
"La culture est différente", explique Agnès Lamoureux, directrice de la communication à la Fondation de France. "En France, il y a une grande générosité, mais ça se fait dans la discrétion par rapport aux États-Unis où le rapport à l’argent et à la fortune n’est pas du tout le même." "Et puis, c’est la culture anglo-saxonne", poursuit-elle, "où l’État est moins présent et donc la tradition de redonner à la société est quelque chose de plus courant qu’en France."
A titre d’exemple, elle indique que la Fondation de France a récemment reçu un legs de 130 millions d’euros d’une généreuse donatrice sans héritier, ce qui est "exceptionnel", relève-t-elle. Or, les fortunes de Bill Gates et Warren Buffet, les initiateurs du "giving-pledge", sont respectivement évaluées à 53 et 47 milliards de dollars, ce qui porterait le montant de leur don commun à 50 milliards de dollars s’ils tiennent promesse.
Par ailleurs, alors que les Américains donnent leur argent pour financer les hôpitaux, les écoles ou simplement les parcs publics, il est acquis en France que c’est l’État qui est chargé de la redistribution sociale, souligne Monique Pinçon-Charlot, sociologue et coauteure avec Michel Pinçon du livre "Les Ghettos du Gotha", paru au Seuil. "La France est un pays républicain où la solidarité citoyenne, à travers l’impôt, donne à l’État la responsabilité de répartir les richesses accumulées dans les familles les plus riches au bénéfice de celles qui n’ont pas cette chance", relève la sociologue. Enfin, elle estime que les milliardaires américains qui ont pris cet engagement "vont retirer un capital social qui n’a pas de prix, c’est-à-dire une reconnaissance de leur place dans la société, dans la classe dominante".
Alors qu’en France, cette reconnaissance de "l’excellence sociale" passe en grande partie par l’appartenance à des dynasties de grandes familles fortunées, ce "qu’on ne peut pas acheter".
Reste que "la philanthropie se développe" dans l’Hexagone depuis plusieurs années, grâce notamment à une législation fiscale plus favorable, observe Agnès Lamoureux. Et que malgré une culture de la discrétion plus prégnante en France, les donateurs hésitent moins désormais à faire apposer une plaque rappelant leur don, assure-t-elle.
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http://www.ledevoir.com/non-classe/126100/la-generosite-des-milliardaires
La générosité des milliardaires
L'envers de la charité
Claude Vaillancourt - Professeur au collège André-Grasset et auteur de Mainmise sur les services (Éditions Écosociété, 2006) 30 décembre 2006
On ne peut que se réjouir de voir le milliardaire Guy Laliberté donner une partie de son argent pour de bonnes causes (Stéphane Baillargeon, «La générosité des milliardaires», Le Devoir, 23 décembre 2006). Il faut ainsi voir d'un oeil positif sa volonté de créer la fondation One Drop (merci pour le joli nom français!), annoncée en grande pompe, dont l'un des objectifs est de rendre l'eau plus accessible dans les pays qui en ont le plus besoin. Cet acte de charité se rattache à plusieurs autres de milliardaires très connus qui semblent découvrir les malheurs de la planète.
Mais avant de nous lancer dans un concert de louanges, peut-être vaut-il mieux regarder attentivement quelles sont les conséquences de pareils actes de charité.
La question de la charité nous ramène à un sujet beaucoup plus large: celui de la redistribution de la richesse. La charité est sans aucun doute le système de redistribution qui valorise le plus le donateur. Mais en même temps, il soumet celui qui en bénéficie aux humeurs du donateur et l'oblige à exprimer une certaine reconnaissance. Et quand le donateur est indirectement responsable de l'état d'indigence dans lequel se trouve la personne secourue, l'expression de marques de reconnaissance devient un jeu cynique.
Des interrogations
Certes, il vaut beaucoup mieux qu'un milliardaire consacre une partie de son temps et de sa fortune à des oeuvres charitables plutôt qu'à accumuler des sommes faramineuses d'argent qui ne servent plus à rien. Mais la démarche de certains grands donateurs soulève certaines interrogations.
Prenons trois cas dont on a beaucoup parlé: ceux de Bill Gates, de Warren Buffett et de Lucie et André Chagnon.
La fortune de Bill Gates s'est faite dans un irrespect total des règles de la concurrence. Bien avant de faire la charité, la compagnie de Bill Gates,
Microsoft, a payé des milliards en règlements de procès antitrust. Le monopole de Microsoft a eu pour effet de limiter l'innovation et, surtout, de contrôler les prix, donc de faire payer chèrement aux usagers les atteintes à la concurrence de la grande compagnie.
Les sources de l'immense fortune de Warren Buffett sont très diversifiées. Mais on peut retenir de lui, entre autres, que sa compagnie Berkshire Hathaway a été la principale actionnaire de Coca Cola, dont le bilan reste plutôt lourd sur le plan de l'éthique, d'après plusieurs observateurs et groupes de pression: pratique monopolistique et discriminatoire, atteintes aux droits du travail, épuisement de la nappe phréatique dans le Kerala en Inde, accusations d'avoir fait assassiner des syndicalistes par des groupes paramilitaires en Colombie.
La générosité de Lucie et André Chagnon a elle aussi son prix. La création de leur fondation leur a permis de soutirer plus d'un milliard de dollars à l'impôt lors de la vente des actions de Vidéotron. La fiscaliste Brigitte Alepin a révélé que la Fondation Lucie et André Chagnon a été financée aux trois quarts par les contribuables. C'est donc de l'argent qui aurait dû revenir en grande partie à l'État que la fondation distribue avec générosité.
Il semble que, chez bien des donateurs, la démarche soit la suivante: d'abord accumuler le plus d'argent possible, par tous les moyens, en demeurant très peu scrupuleux quant à l'éthique; puis, lorsque la fortune devient gigantesque, la redistribuer, avec parfois un sens spectaculaire de la charité, comme dans le cas de Warren Buffett, qui ne laissera presque rien de son immense fortune à ses héritiers.
Nouvelle forme d'injustice
Alors que l'écart entre les riches et les pauvres s'accroît d'année en année, il est difficile de croire que ces dons parviennent efficacement à compenser les injustices de notre système économique.
Ces actions admirables ont deux inconvénients majeurs. D'abord, elles demeurent l'exception et ne peuvent certes pas s'ériger en système, malgré les appels de Lucien Bouchard — et de George W. Bush — à développer une «charité compassionnelle». La charité établit un rapport basé sur une forme d'humiliation et parvient très souvent, par une curieuse déformation, à nier l'existence de droits fondamentaux. Elle place une partie des populations du monde dans le rôle peu valorisant de quémandeur. La charité est variable, fondamentalement instable, et se transforme au gré des préoccupations personnelles des donateurs. Elle sert souvent de pansement pour une blessure alors qu'on ne soigne pas l'hémorragie qui tue.
Et devant la satisfaction des donateurs, la charité empêche qu'on se penche sur les véritables causes du mal qu'elle croit soigner et qu'on envisage des solutions durables aux problèmes. Qu'on le veuille ou non, l'impôt progressif sur le revenu reste le meilleur moyen de distribuer la richesse. Or les riches donateurs se défilent largement de l'impôt, par de multiples moyens (création de fiducies dans les paradis fiscaux, de fondations, etc.).
De nouveaux moyens pourraient aussi être envisagés pour lutter contre la pauvreté. Selon certains calculs, par exemple, une seule taxe de 0,1 % sur le marché des devises pourrait rapporter en une seule année plus que toute la fortune de Warren Buffett. Or cette taxe, soutenue par plusieurs organisations de la société civile et par certains pays comme la France et le Canada, est durement combattue par le milieux des affaires d'où viennent les généreux donateurs.
La charité se fait très souvent au détriment — ou en remplacement — des services publics et de l'aide sociale, mal financés, affaiblis par les contributions fiscales de plus en plus restreintes des citoyens les plus riches et des grandes compagnies. Or des services publics bien organisés et financés adéquatement restent beaucoup plus justes et profitables à l'ensemble des populations que des dons à la pièce. Ils se planifient à l'échelle de l'État, doivent voir aux besoins de tous et traitent tous les citoyens équitablement, peu importe le revenu, l'origine ethnique ou la religion de la personne.
La charité des milliardaires, et encore plus celle des grandes entreprises, a donc un prix, parfois élevé; le plus souvent, ce prix est à la fois une perte d'indépendance (on ne donne rien sans retour) et une nouvelle forme d'institutionnalisation de l'injustice.
















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