Drogue cachée dans l'école
http://fr.canoe.ca/infos/societe/archives/2010/06/20100612-071900.html
Dans les rideaux et les plafonds
Drogue cachée dans l'école
Sébastien Ménard
12/06/2010 07h19
Au moins cinq commissions scolaires ont eu recours à des chiens renifleurs pour détecter de la drogue dans neuf écoles, depuis l'an dernier, une pratique qui a permis de retrouver des substances illicites jusque dans des rideaux ou derrière des faux plafonds.
«Si je vous disais où les jeunes mettent de la drogue, vous seriez surpris quelquefois», confie Jocelyne Tremblay, directrice de l'École secondaire Dr. Alexis-Bouthillier, à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Depuis l'an dernier, des chiens renifleurs se sont rendus au moins 18 fois dans cet établissement accueillant des élèves de la première à la troisième secondaire.
Ils y ont trouvé de la drogue dissimulée jusque dans des salles de classe, tantôt dans des ourlets de rideaux, tantôt dans des faux plafonds, raconte Mme Tremblay.
«[Les jeunes] vont essayer de cacher leur drogue à quelque part, dit-elle. Il faut attendre que les classes soient vides, pour que le chien puisse y entrer si on soupçonne quelque chose.»
Le cas de cette polyvalente est loin d'être unique. Dans d'autres écoles du Québec, de la drogue a été trouvée cachée à l'extérieur, ainsi que dans des crayons ou des gommes à effacer, relate le conseiller canin André Bernier ( voir autre texte).
«Toutes les écoles» sont touchées
Des documents obtenus par le Journal révèlent qu'au moins neuf écoles secondaires situées dans cinq commissions scolaires de la province ont reçu la visite de chiens renifleurs, depuis septembre 2008, afin d'y détecter de la drogue.
Durant cette période, la Commission scolaire de la Jonquière, au Saguenay, a versé plus de 54 000 $ à une firme de conseillers canins pour qu'elle effectue de la détection et de la prévention à la polyvalente Arvida, à l'École secondaire Kénogami et à la polyvalente de Jonquière.
«On veut être dissuasifs, pas répressifs», insiste le porte- parole de l'organisme, Christian St-Gelais.
L'équipe «cynophile» qui s'est rendue dans ces écoles y a trouvé de la drogue, mais c'était davantage dans des casiers que dans des endroits inusités, laisse entendre M. St-Gelais.
Chose certaine, «toutes les écoles secondaires du Québec sont aux prises avec le phénomène de la toxicomanie et chacune utilise des moyens pour le contrer», dit Hélène Duchaine, de la Commission scolaire des Hautes-Rivières.
Depuis deux ans, l'organisme a versé 23 000 $ à une firme de conseillers canins pour qu'elle cible quatre établissements, dont l'école Dr. Alexis-Bouthillier.
Lorsque Jocelyne Tremblay est arrivée à la barre de l'institution, il y a un an, elle avait des réticences face à cette méthode de détection. «Par contre, après avoir vu que ça s'insère dans un processus qui vise aussi à apporter de l'aide à l'élève, [ç'a changé], dit la directrice. Je suis très fière de ce qui est mis en place dans l'école.»
Sensibilisation et soutien
Pour que le recours à des chiens renifleurs soit efficace, il faut qu'il soit accompagné de mesures de sensibilisation et de soutien, avertit une experte.
Jocelyne Tremblay l'a bien compris. «[Les chiens pisteurs], ce n'est pas une finalité en soi, dit-elle. On ne veut pas juste sanctionner, on veut aussi soutenir les personnes impliquées.»
Les élèves qui se font ainsi pincer avec de la drogue sont encadrés par des professionnels ou orientés vers des organismes de prévention de la toxicomanie, assure la directrice d'école. Ceux qui sont soupçonnés de trafic sont toutefois référés à la police, «qui a son propre processus, allant de l'avertissement au renvoi et à la judiciarisation», explique Mme Tremblay.
Un effet pervers?
Une experte en toxicomanie se demande si la découverte de drogue cachée dans des écoles ne prouve pas qu'il y a un «effet pervers» à recourir aux chiens renifleurs.
«Qu'est-ce qui a amené des jeunes à placer de la drogue là?, demande la professeure Myriam Laventure, de l'Université de Sherbrooke. Est-ce qu'auparavant ils la mettaient dans leur case, mais qu'avec l'arrivée des chiens renifleurs, ils se sont tournés vers les plafonds et les ourlets de rideaux [en croyant qu'elle ne serait pas retrouvée]?»
«Je vois ça comme un effet pervers des chiens renifleurs, tranche la chercheuse. Les jeunes ne sont pas en manque de ressources quand ils veulent consommer.»
À son avis, le recours à cette stratégie entre dans la catégorie «des pratiques punitives», c'est-à-dire des actions qui ont un «effet à court terme» sur les utilisateurs de drogues. «Ce qu'on sait, c'est qu'à moyen et à long termes, ces pratiques n'ont aucun effet», avertit Mme Laventure.
Il ne faut pas seulement punir
Selon la chercheuse, il ne faut pas se fier uniquement aux chiens renifleurs pour enrayer la drogue dans les écoles. «Si on utilise les chiens renifleurs comme un one shot deal et qu'on punit les élèves fautifs sans prévoir rien d'autre, ce n'est pas une stratégie gagnante», explique-t-elle.
La professeure reconnaît toutefois que les stratégies déployées par les écoles interrogées par le Journal, qui consistent à jumeler la détection de la drogue à des mesures de soutien des élèves, donnent «de meilleurs résultats».
La prévention ne suffit pas
«Juste de la prévention, ce n'est peut-être pas suffisant pour dissuader des élèves de consommer de la drogue à l'école. Ça prend aussi un outil, qui permet à la direction de trouver la drogue et d'agir.»
André Bernier a été maître de chien pendant 20 ans au sein de la Sûreté du Québec, avant d'offrir ses services au réseau scolaire.
Les établissements qui ont confirmé au Journal avoir recours à des chiens renifleurs font tous affaires avec sa firme de conseillers canins. Des écoles privées figurent aussi parmi ses clients.
À son avis, la seule présence d'une «équipe cynophile» à l'intérieur des murs d'une polyvalente permet d'y réduire de 50% la présence de drogues. «Après ça, il nous reste à travailler avec les récalcitrants et ceux qui ont plus de problématiques de drogues», dit André Bernier.
Le maître de chien voit son service comme «un outil» à la disposition des écoles pour lutter contre la toxicomanie.
«On est là pour éduquer les élèves, dit M. Bernier. Les écoles n'ont pas beaucoup de moyens [pour contrer le phénomène].»
«Plus on attend, plus c'est difficile de sortir un jeune du cercle de la drogue», souligne-t-il.
Des cachettes partout
Cet ex-policier n'est pas sur-pris des trouvailles faites par ses chiens renifleurs, dans les écoles qu'ils visitent.
«C'est révélateur du problème», lance André Bernier, selon qui des substances illicites peuvent être cachées «partout, dans une école».
Ceux qui croient que les jeunes pourraient échapper au flair des chiens renifleurs en se tournant vers des pilules ou des drogues de synthèses ont tort, assure le maître de chien.
Rien ne leur échappe, insiste-t-il.
















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