Deux ados sur trois souffrent d’anxiété de performance en première secondaire

Deux ados sur trois souffrent d’anxiété de performance en première secondaire
65% des élèves en souffrent, ce qui préoccupe le monde de l’éducation

Daphnée Dion-Viens
Mercredi, 22 janvier 2020 00:00 MISE À JOUR Mercredi, 22 janvier 2020 00:00
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L’anxiété de performance est largement répandue parmi les élèves de première secondaire: 65 % en souffrent, selon la toute première enquête québécoise réalisée à ce sujet.

«C’est préoccupant», affirme Isabelle Plante, professeure au Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM.

Dans les écoles, la situation inquiète plusieurs directions. «C’est notre première préoc­cupation. C’est la situation que l’on gère le plus au quotidien», affirme Jean-Pierre Tremblay, directeur de l’école secondaire Saint-Stanislas, à Saint-Jérôme.

Dans le cadre de ses travaux de recherche, Mme Plante et son équipe ont interrogé 1500 jeunes de première secondaire provenant de 11 écoles situées dans les régions de Saint-Hyacinthe et Joliette. Résultat : 42 % d’entre eux vivent de l’anxiété de performance à un niveau modéré, et 23 % à un niveau élevé.

Pendant un examen, les premiers se sentent «souvent» très paniqués ou oublient «souvent» ce qu’ils savent à cause de la nervosité, alors que les élèves qui vivent de l’anxiété à un niveau élevé se sentent «presque toujours» ainsi en contexte d’évaluation. Ce sont surtout les filles qui se retrouvent dans cette catégorie.

Au quotidien, le personnel de l’école Saint-Stanislas doit gérer des crises de panique et des signes de détresse sur les réseaux sociaux, indique M. Tremblay.

Dans son école, plusieurs mesures ont été mises en place pour aider les élèves à mieux gérer leur stress.

De son côté, Isabelle Plante souligne que l’augmentation de l’anxiété est un phénomène «qui n’est pas du tout réservé au Québec».

Les garçons aussi touchés

La professeure de l’UQAM a toutefois été étonnée de constater que l’anxiété de performance, lorsqu’elle est ressentie à un niveau modéré, touche autant les garçons que les filles qui ont participé à cette étude, contrairement à ce qu’ont démontré d’autres enquêtes. C’est notamment le cas de Noé Poblete, qui a changé d’école afin de vivre moins de stress.

Les impacts néfastes sur les notes et l’estime de soi seraient toutefois moins importants chez les garçons que chez les filles. L’anxiété «affecte moins le cheminement scolaire des garçons», précise Mme Plante.

École axée sur la performance

Parmi les facteurs qui peuvent expliquer que l’anxiété de performance soit si répandue, la professeure de l’UQAM montre du doigt le contexte scolaire québécois.

«Avec la multiplication des programmes sélectifs, l’école est quand même très axée sur la performance. On sélectionne sur le rendement scolaire», souligne-t-elle.

Dès la cinquième année du primaire, les élèves doivent bien performer s’ils veulent être admis dans un programme particulier sélectif au secondaire.

«Ça ne peut pas faire autrement que de générer de l’anxiété de performance», lance Mme Plante.

► Des chiffres inquiétants

Anxiété de performance faible : 35 %
Anxiété de performance modérée : 42 %
Anxiété de performance élevée : 23 %

► Méthodologie

1500 élèves de première secondaire interrogés provenant de 11 écoles secondaires des régions de Saint-Hyacinthe et Joliette. Taux de réponse supérieur à 95 %.

Des élèves trop angoissés doivent être scolarisés à domicile
Dans une école secondaire des Laurentides, des élèves sont scolarisés à domicile ou ont un horaire allégé à cause de troubles d’anxiété.

Le directeur, Jean-Pierre Tremblay, qui a dû faire face à des situations similaires l’an dernier, constate une augmentation du phénomène.

Photo courtoisie
Jean-Pierre Tremblay
Directeur de l’école Saint-Stanislas«On en a plus cette année et ça survient plus tôt dans l’année scolaire», indique celui qui dirige l’école Saint-Stanislas à Saint-Jérôme, un établissement public qui compte 730 élèves.

Mieux gérer le stress

Dans cette école où il n’y a aucun programme sélectif, l’anxiété vécue par les élèves est «la première préoccupation», affirme M. Tremblay.

À un point tel qu’une série d’initiatives ont été mises en place au cours des deux dernières années pour aider les élèves à mieux gérer leur stress.

Depuis l’an dernier, tous les élèves de première et deuxième secondaire participent à des ateliers sur la gestion du stress pendant leur cours, à raison de quelques heures par année.

Par la suite, des rencontres en sous-groupes sont réalisées avec des élèves qui présentent des problématiques plus particulières.

Yoga et méditation

Des ateliers de yoga et de méditation sont aussi maintenant offerts aux élèves chaque semaine.

«On essaie aussi de voir comment on peut insérer dans notre grille de cours des moments où on peut juste jaser avec eux» afin qu’ils aient un endroit «pour exprimer leurs difficultés» et «juste relaxer», indique M. Tremblay.

Le personnel doit aussi être accompagné afin de mieux intervenir auprès de ces élèves anxieux, ajoute-t-il.

Récemment, plusieurs membres de son personnel ont participé à une formation sur la gestion du stress.

«On n’est clairement pas habilités à gérer des situations extrêmes. Les gens peuvent vite en arriver à un sentiment d’impuissance», lance M. Tremblay.

Des ateliers aux parents

L’équipe de cette école aimerait aussi offrir des ateliers aux parents, pour les sensibiliser à cette problématique.

«Des parents nous disent qu’ils ne mettent pas de pression sur leurs enfants, mais plusieurs élèves nous nomment qu’ils ont peur de les décevoir», précise le directeur.

Un surdoué frôle l’échec à cause du stress de performance
Un jeune de 15 ans surdoué a frôlé l’échec au début du secondaire, subissant les contrecoups de son anxiété de performance.

Noé Poblete a toujours eu de bons résultats scolaires. Le passage au secondaire a toutefois été difficile pour lui.

Admis dans un collège privé de Montréal « centré beaucoup sur les notes », il a commencé à faire de l’évitement en raison de son anxiété de performance, raconte ce jeune homme qui ressentait « beaucoup de pression ».

« Quand je pensais que je n’avais pas les connaissances requises pour avoir une très bonne note dans un travail, je ne faisais pas le travail. Si je n’étais pas confiant à 100 % d’avoir une bonne note, je ne me forçais pas du tout », explique-t-il.

Résultat : il a frôlé l’échec dans plusieurs matières, à de nombreuses reprises.

Moins de sommeil

À l’opposé, l’anxiété de performance était à son comble lorsqu’il savait qu’il pouvait avoir une bonne note.

Il pouvait étudier sans compter les heures de sommeil manquées, et le stress était à son comble lors d’un examen.

«Je devenais vraiment, vraiment perfectionniste», lance celui qui a récemment reçu un diagnostic de douance.

Des «montagnes russes»

Pour mettre fin aux «montagnes russes» qui ont marqué le début de son parcours au secondaire, Noé a consulté des psychologues qui l’ont beaucoup aidé à comprendre ce qui se passait dans sa tête.

«Quand on réalise ce qui se passe, on peut trouver des solutions», dit-il.

Il a aussi changé d’école en début d’année scolaire et se sent beaucoup mieux.

«J’ai trouvé une école où on peut mieux me comprendre au lieu de juste me taper dessus comme on l’a fait dans l’autre collège», lance-t-il.

Noé a tenu à raconter publiquement son histoire pour s’attaquer à certains «mythes» entourant l’anxiété de performance.

«On pense souvent que c’est un élève qui a déjà de très bons résultats scolaires et qui vise toujours à en avoir de meilleurs, dit-il. Mais ça peut aussi se traduire de plein d’autres façons.»

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