Sahara marocain : Résoudre le conflit, contrer les visées d'Aqmi. Comment répondre à Aqmi ?
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Expert US - Sahara marocain
Résoudre le conflit, contrer les visées d'Aqmi
Publié le : 01.02.2011 | 12h13
Le directeur du Centre international pour les études sur le terrorisme, relevant du Potomac Institute, Yonah Alexander, a souligné, lundi à Washington, la nécessité de parvenir à une solution politique au conflit du Sahara afin de contrer les visées déstabilisatrices d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) sur la région.
Intervenant dans le cadre du 13e séminaire annuel sur le «Terrorisme : analyse 2010 et évolutions possibles en 201», Alexander a averti qu'Aqmi, dont les attaques ont connu une augmentation vertigineuse de 558% au cours des neuf dernières années, ne peut que mettre à son profit la perpétuation de ce conflit, relevant que cette branche locale d'Al-Qaida recrute à tour de bras parmi les militants du polisario.
L'expert américain, qui est l'auteur d'une centaine de publications sur la question du terrorisme, a, également, relevé le lien de plus en plus apparent entre Aqmi, le polisario et les cartels de drogue sud-américains qui cherchent à faire du Sahel une plaque tournante du trafic de drogue et des êtres humains vers l'Europe.
Pour sa part, l'ancien assistant au directeur de l'Agence de renseignement américaine (Cia) et sous secrétaire au renseignement au Département de la sécurité intérieure, Charles Allen, a aussi souligné le danger que représente Aqmi pour la région du Maghreb et l'Europe, faisant remarquer que ce groupe terroriste s'est spécialisé dans les prises d'otages et la demande de rançons comme moyen de financer ses opérations.
Il a dans ce sens rappelé que plusieurs ressortissants occidentaux avaient été enlevés dans la région au cours des dernières années par les militants d'Aqmi, qui continuent de tenir en otage des ressortissants européens, soulignant l'intérêt de garder un £il attentif sur les activités de cette organisation terroriste qui projette, à terme, des attaques contre le territoire européen.
L'ambassadeur du Maroc aux Etats-Unis, Aziz Mekouar, a, de son côté, mis l'accent sur la nécessité d'intensifier la coopération régionale et interrégionale afin de contrer Aqmi, soulignant l'inquiétude que suscitent les actes de kidnapping et de demande de rançons pratiqués par ce groupe terroriste au Sahel et son intention de lancer des attentats contre les pays du Maghreb.
Mekouar a, dans ce sens, plaidé pour l'intensification des échanges d'informations et de renseignements entre les pays de la région, tout en relevant l'importance du développement socio-économique et de la promotion des échanges régionaux comme moyens de lutter contre l'extrémisme et le terrorisme.
L'ambassadeur d'Espagne à Washington, Jorge Dezcallar de Mazarredo, a, également, fait part, lors de cette rencontre, de l'inquiétude de son pays des activités d'Aqmi dans la région du Sahel et des liens de plus en plus étroits entre ce groupe terroriste et les trafiquants de drogue, soulignant l'importance d'une coopération plus étroite entre les différents services de renseignement afin de contrer cette menace.
Par MAP
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Le Point.fr - Publié le 27/01/2011 à 20:35 - Modifié le 28/01/2011 à 10:59
Comment répondre à Aqmi ?
Trois semaines après la mort de deux otages français au Niger, la façon de riposter au groupe terroriste demeure un casse-tête.
Par Jean Guisnel
Près de trois semaines après l'opération conduite contre Aqmi (Al-Qaeda au Maghreb islamique) par la gendarmerie nigérienne et les forces spéciales françaises, bien des zones d'ombre demeurent. Elles concernent les conditions dans lesquelles le commando d'Aqmi a été détruit, les circonstances et la chronologie de la mort des deux otages français, mais aussi celles du décès des gendarmes nigériens dont les sources militaires françaises affirment qu'ils ont été vus les armes à la main tirant contre les hélicoptères du COS.
Les conditions dans lesquelles Aqmi est entré à Niamey et en est ressorti doivent également être précisées, avec une question lancinante : le commando a-t-il été guidé voire "protégé" durant son bref séjour dans la capitale ? Y a-t-il bénéficié de complicités ? Autant de questions qui demeurent pour l'instant des énigmes. S'il paraît acquis que le commando appartenait à la "katiba" de Mokhtar Belmokhtar, les interrogations sont, là encore, nombreuses : que représente vraiment cette organisation, qui en détient les commandes ?
Flux multiples
Pour répondre à ces questions sur Aqmi, quelques études récentes seront d'une lecture utile. Il convient de les aborder avec prudence : l'organisation est mal connue, et il demeure difficile de la comprendre. De plus, les avis des spécialistes divergent. Dans une étude récemment publiée par la Fondation pour la recherche stratégique, le chercheur Jean-Luc Marret vante ainsi les "coups de butoir" et les "réussites sécuritaires des autorités algériennes" contre cette organisation : "Aqmi ne contrôle plus les zones que les GIA (groupes islamiques armés), voire le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), contrôlaient plus ou moins régulièrement dans les années 1990."En se déployant dans l'immense zone sud-saharienne, Aqmi - que dirige toujours Abdelmalek Droukdal depuis l'Algérie - ne s'est pas installé dans un désert : "La zone sahélienne est traversée de flux informels multiples, au milieu desquels Aqmi peut prospérer dans une sorte de relation symbiotique complexe. Certains sont traditionnels, voire ancestraux (ainsi les Touaregs, à la fois défi et solution au problème Aqmi), d'autres plus récents (la drogue ou l'immigration clandestine) qui passent parfois par les mêmes axes routiers en provenance de pays plus méridionaux (...) D'autres, présents sur zone de longue date, en particulier pour des activités de trafics illégaux, ont fini par fonder des familles dans des clans touaregs ou autre."
L'affiliation affichée à l'organisation d'Oussama Ben Laden a bon dos : s'ils avancent des revendications fondamentalistes, les militants d'AQMI pratiquent la prise d'otages, soit pour obtenir des fonds "en s'en prenant à des cibles faciles", les expatriés, soit pour "mobiliser les médias occidentaux en vertu du principe cynique qu'un otage occidental attire davantage l'attention qu'un otage local".
La France, ennemi prioritaire d'Aqmi
Le groupe Orion, animé par Louis Gautier, ancien conseiller pour les affaires de défense de Lionel Jospin à Matignon, est affilié à la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste. Dans une note titrée Aqmi ? un problème régional, Orion se focalise sur le fait que la France est "l'ennemi prioritaire" d'Aqmi, dans un texte non signé, mais rédigé par des personnes proches des services de renseignement français. Ceux-ci estiment que Mokhtar Belmokhtar "n'a pas été à la hauteur des ambitions placées par Ben Laden et les dirigeants d'Al-Qaeda. Ceux-ci nourrissaient, il est vrai, une méfiance ancienne envers les jihadistes algériens, jugés incontrôlables et trop intéressés par des activités parfois peu liées au djihad...
Mais l'échec de toutes les tentatives d'attentats sur le sol européen, qui étaient pourtant un objectif prioritaire assigné à la transformation du GSPC en Aqmi dès 2007, a renforcé cette défiance". Les auteurs voient d'ailleurs une raison de l'activisme actuel d'Aqmi dans la rivalité opposant Belmokhtar à un autre chef local, Abou Zeid, qui serait pour sa part plus proche des directives d'Al-Qaeda et de leur "idéologie globaliste". Cette division aurait favorisé l'émergence d'un "nouvel acteur placé sous les ordres d'Abou Zeid, Abou Abdelkrim, qui détiendrait une partie au moins des sept otages d'Areva, et qui a surtout la particularité d'être malien".
Système de communication contesté
La note du groupe Orion s'engage en critiquant la façon dont la France traite cette crise. Non pas sur le volet militaire de la réponse, mais plutôt sur l'absence de capacité de réelles négociations : "Pour l'instant, elles sont pilotées directement par la cellule militaire de l'Élysée, qui n'est pas experte en la matière. Mener ces négociations dans leur configuration particulière enferrée dans le droit islamique demande de mobiliser de très bonnes connaissances de l'idéologie et de la théologie dont se revendiquent ces groupes."
Enfin, Orion conteste la conduite médiatique de la crise par l'Élysée, en lui reprochant de ne concerner que le public français, donc de se tromper de cible : "Telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, la communication française est motivée par l'actualité (enlèvement ou assassinat) et ne concerne que le public national. Et elle ne s'intègre jamais dans une stratégie de contre-offensive, sauf parfois de la pire des façons, en reprenant le discours de guerre contre le terrorisme qui s'emboîte tellement parfaitement avec celui d'Al-Qaeda qu'il correspond exactement à ce que ces derniers attendent afin de justifier en réponse leur concept de jihad global." Alors que l'heure n'est pas au débat public sur ces questions, celles que soulèvent les amis de Louis Gautier ont au moins le mérite de rompre le tabou. Pourquoi pas ?
















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