Si vous êtes en faveur de lois plus libérales en matière de drogues, vous vous faites probablement poser beaucoup de questions et devez faire face à beaucoup de préjugés concernant le cannabis. Voilà pourquoi nous avons préparé cet argumentaire qui vous aidera à répliquer du tac au tac aux inepties de Mononcle Gérard et Matante Gertrude.
Pour répondre efficacement aux mêmes vieilles questions qu'on vous pose tout le temps, et poser en retour les VRAIES questions embarrassantes qui démontrent toute l'absurdité de la prohibition!
Le tabac est aussi une substance dangereuse causant le plus souvent une grave dépendance. L'alcool est une substance dangereuse causant parfois une dépendance. Le sel présente aussi des dangers, de même que le cholestérol, la sédentarité, le manque de sommeil et le surménage! Doit-on criminaliser tout cela? Est-il même possible d'interdire tout cela? La vérité est que nous avons tenté de restreindre la circulation du cannabis au Canada et nous avons échoué. Le cannabis est consommé à plus grande échelle que jamais. Il serait peut-être temps d'essayer d'autres approches.
Quant à la substance elle-même, il n'existe aucune preuve convaincante qu'elle pousse à la consommation de drogues plus fortes. Environ 8 à 10% des consommateurs de cannabis en deviendront dépendants, des taux inférieurs à ceux mesurés pour l'alcool et le tabac. Et ses effets négatifs sur la santé sont mineurs chez la plupart des usagers.
Le vin, produit de dégustation, possède un taux d'alcool deux fois plus élevé que la bière. De plus, la fumée de cannabis étant néfaste pour les poumons, un taux élevé de THC peut même être souhaitable, le consommateur ayant besoin d'absorber moins de fumée pour atteindre le niveau de THC désiré. L'important est que les gens connaissent d'avance la concentration du produit pour gérer adéquatement leur consommation.
De plus, rien n'empêchera les compagnies de produire du cannabis moins fort une fois celui-ci légalisé. C'est pas tout le monde qui boit de la vodka. La prohibition est en partie responsable de l'augmentation de la concentration. En tant que producteur de THC, pourquoi faire pousser 100 plants à 5% de THC si on peut en faire 100 à 15% ? La production devant demeurer clandestines, on augmente la concentration plutôt que le volume pour éviter d'être pris.
Vivre ne demande presque littéralement que de l'amour et de l'eau fraîche. Va-t-on interdire la lecture, le hockey, les mets chinois et Céline Dion parce qu'on a pas besoin de ça pour vivre? La légalisation du cannabis n'oblige personne a en consommer. Elle permet simplement à ceux qui le veulent de le faire. Si cela leur apporte du malheur, tant pis pour eux. S'ils en retirent du plaisir, tant pis pour vous.
Promouvoir la légalisation du cannabis n'est pas promouvoir la consommation du cannabis. Rien ne nous empêche par la suite de faire des campagnes de sensibilisation comme celles faites sur l'alcool et le tabac. Les campagnes de peur ne présentant que les cotés négatifs de la substance laissent penser qu'il y a anguille sous roche et peuvent même inciter certains à consommer, ne serait-ce que par défi.
Il ne s'agit pas d'introduire une nouvelle drogue au pays. Le cannabis y est déjà largement disponible. Nul besoin d'être un proche parent d'un motard pour y avoir accès. Il est assez fréquent de s'en faire offrir dans les rues des grandes villes. En fait, dans certains cas, la légalisation risque de réduire l'accessibilité du cannabis. Il y aurait probablement un âge minimal pour l'achat, ainsi qu'une restriction sur les lieux et les heures de vente.
Premièrement, on a réussi par la sensibilisation à réduire la consommation de tabac. Par contre, on a lamentablement échoué à réduire la consommation de cannabis. La consommation chez les jeunes Québécois a augmenté de 70% de 1993 à 1998. Ensuite, on aurait pu interdire le tabac pour tenter de réduire sa consommation. Pourquoi interdire le cannabis et pas le tabac ? Et pourquoi pas interdire le sel, le pain blanc, la sédentarité? Dans une telle société, les effets négatifs sur la santé mentale dépasseraient de beaucoup les effets positifs sur la santé physique.
Le but de la légalisation n'est pas de mettre fin au crime organisé. Mais cela serait certes un « effet secondaire » intéressant. Le crime organisé ne disparaîtra pas, il risque simplement voir son ampleur réduite. Comme pour le tabac, si les taxes sont trop élevées, il y aura de la contrebande. C'est au gouvernement à contrôler sa gourmandise. Quant à la vente au mineurs, le marché n'est pas très grand et la concurrence venant des grands frères risque d'être féroce. Est-ce que le crime organisé vend de l'alcool aux mineurs, à grande échelle? À notre connaissance, non!
Considérant les coûts sociaux de l'alcool et du tabac, songez-vous à les interdire? Considérant les coûts sociaux de la sédentarité et de la mauvaise alimentation, songez-vous à les interdire?
Le coût de la prohibition actuelle dépasse les 500 millions par années au fédéral uniquement et les corps policiers estiment saisir 10% de la drogue circulant sur leur territoire. Considérez-vous cette prohibition comme un succès?
Considérant que la consommation de cannabis chez les jeunes Québécois a augmenté de plus de 70 % entre 1993 et 1998 et que 49,9% des filles et 44,2% des garçons âgés entre 14 et 17 ans ont déjà essayé la marijuana, jugez-vous que le système actuel protège bien les enfants?
Chaque année, 30 000 Canadiens sont condamnés pour possession simple de cannabis et 1,5 millions de Canadiens possèdent présentement un dossier criminel relié à ce genre d'infraction. Jugez-vous que ces criminels représentent un danger pour la société? Dans l'affirmative, considérant que moins de 1% des utilisateurs de cannabis sont arrêtés à chaque année, jugez-vous la situation actuelle alarmante?

Ce pamphlet est produit par le Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP) avec la collaboration des avocats Pascal Lescarbeau et Julius Grey. Il nous propose des conseils pour réagir aux abus de pouvoir des policiers. Il nous informe de nos droits face à la police et nous propose, avant tout, des moyens d'action pour établir un rapport de force avec la police. La police abuse de ses pouvoirs presque systématiquement et particulièrement envers les personnes non-conventionnelles, les pauvres, les jeunes et celles qui remettent en question les autorités. Ces informations sont inspirées des lois canadiennes ainsi que des codes et règlements s'appliquant à la police au Québec. Ce pamphlet peut nous tirer d'affaire, il est donc pratique de l'avoir avec soi. Sa reproduction est fortement encouragée.
L'identité de chacun lui appartient. Une personne n'a l'obligation de révéler son identité à un policier que dans les cas d'exception suivants :
À part ces cas d'exception, absolument rien n'oblige une personne à adresser la parole à la police. Si un policier procède à une interpellation on peut faire la sourde oreille et continuer paisiblement son chemin. Si celui-ci insiste et demande à une personne de s'identifier ou de le suivre, il faut poser la question « Est-ce que je suis en état d'arrestation? » Si ce n'est pas le cas, on lui dit poliment mais fermement qu'on ne désire ni s'identifier, ni le suivre.
Selon son propre code de déontologie, un flic est, lui, obligé de s'identifier et/ou de porter son badge avec son nom et son matricule. On ne doit pas hésiter à lui demander son identification, même si on n'obtient pas la réponse qu'on attend. Faire valoir ses droits peut provoquer deux sortes de réactions de la part de la police: L'étonnement; la police n'est pas habituée à s'adresser à des personnes au courant de leurs droits, il est donc possible qu'elle décide de nous laisser aller sans autres questions. La frustration; la police peut se sentir provoquée et en profiter pour nous mettre, en effet, en état d'arrestation (voir p. 4).
Les lois canadiennes n'exigent pas que les citoyens portent sur eux des pièces d'identité, mais en avoir pourrait éviter un tour au poste de police en cas d'infraction mineure.
Toute information fournie à la police peut être utilisée contre nous et/ou nos amis. Si un policier tente d'engager la conversation, on peut se détourner, changer de place, faire comme s'il n'existait pas. Mais surtout on ne tombe pas dans leur piège. Depuis l'implantation de la police de quartier, ce genre de tentative se fait régulièrement et même si le policier en question fait un grand sourire et a un air sympathique, il reste un policier et son sourire peut très vite se changer en harcèlement, intimidation, chantage etc.
À moins qu'une personne soit accusée d'un crime, la police n'a pas le droit de la détenir ou de l'arrêter. Si une personne n'est ni accusée ni en état d'arrestation et que la police lui demande de s'identifier, elle l'ignore (voir exceptions p.1). Si la police insiste, la personne leur demande si elle est accusée de quelque chose, ou si elle est en état d'arrestation. Si ce n'est pas le cas, elle doit insister pour qu'ils cessent de la harceler. Si la police ne lui dit pas qu'elle est en état d'arrestation, mais que les flics continuent de la détenir, la personne leur dit qu'elle veut partir et elle insiste, idéalement devant témoins. Personne n'est obligé de suivre les policiers, de leur obéir ou de leur parler si elle n'est pas en état d'arrestation.
Depuis janvier 1996, une directive du SPCUM stipule que les flics peuvent utiliser le poivre de cayenne contre des personnes résistant verbalement ou physiquement à leur arrestation, avant l'usage de la force physique. Si on est aspergé de poivre de cayenne :
Je suis accusé de quoi? Si une personne est en état d'arrestation, la police est légalement obligée de lui dire de quoi elle est accusée. Les accusations les plus courantes sont : méfait, voie de fait, entrave au travail d'une policier, troubler la paix, attroupement illégal. Il faut demander à la police quels sont les chefs d'accusation.
La police est obligée de s'identifier. Normalement leur nom et leur matricule sont indiqués sur leurs badges qu'ils portent en général sur leur veste. Il faut écrire le nom, le matricule, le grade des policiers qui procèdent à l'arrestation. Si on a ni papier, ni crayon on essaie de mémoriser ces informations. Si les policiers refusent de s'identifier, on doit garder en mémoire leur apparence physique (corpulence, couleur des cheveux, tout trait distinctif), le numéro de la voiture de police (le deux premiers chiffres indiquent parfois le poste de police), ainsi que l'heure de l'arrestation.
On peut être arrêté sans mandat dans les situations suivantes : - si on est pris en flagrant délit - si la police a des motifs raisonnables de croire qu'on vient de commettre un délit - si la police a des raison de croire qu'il y a un mandat contre une personne, des tickets impayés par exemple
Un mandat d'arrestation est un papier que la police obtient d'un juge. Si on demande à voir le mandat, la police est obligée selon la loi de le montrer. Un mandat doit au moins comporter le nom, la description du délit, il doit être daté et signé par un juge. En état d'arrestation on doit fournir :
Dans la majorité des cas on va devoir signer une promesse de comparaître. Il faut la lire attentivement avant de la signer, et exiger une copie. Une règle d'or, le droit au silence À part les informations mentionnées ci-dessus, on doit garder le silence. Une personne détenue ne devrait absolument rien dire d'autre à la police. Pour le reste, se contenter de « je n'ai rien à dire » ou « je ne parlerai qu'en présence de mon avocat. »
Il faut garder le silence, ne rien dire à la police et/ou ne parler qu'en présence d'un avocat et ne pas laisser paraître ses sentiments.
On est en état d'arrestation et la police aura pour seul et unique but de soutirer des informations.
Il est mieux de ne rien dire, ne pas se laisser intimider, faire comme si on n'entend pas. La police a des méthodes d'interrogatoire et elle tentera de les appliquer.
Le « bon flic » joue un rôle : il est poli et compréhensif. Le mauvais flic est agressif et menaçant. Le but est que le bon flic gagne la confiance du suspect.
Les flics vont nous promettre de laisser tomber des accusation si on coopère. Ces promesses ne sont que mensonges et chantage; rien ne les oblige à tenir parole.
La police peut nous demander d'identifier des objets nous appartenant ou pas. Il est prudent de répondre simplement qu'on n'a rien à déclarer.
Lors d'une séance d'identification un « témoin » peut prétendre reconnaître une personne. La police utilise ce faux témoignage pour soutirer des informations au suspect. Ne pas tomber dans le panneau et si on n'a pas encore parlé à son avocat, on doit insister sur le droit d'en rencontrer un de notre choix.
La police fait parfois croire que des amis ont parlé, qu'ils ont dit des choses sur une personne détenue. Il est préférable de ne rien confirmer, ne pas se compromettre, la plupart du temps ce sont des mensonges pour faire parler.
Les policiers peuvent utiliser toutes sortes de menaces pour faire peur, pour faire craquer. Ils mentent ou abusent de leurs pouvoirs et s'exposent ainsi à des poursuites au civil ou au criminel (immensément difficiles pour la personne portant plainte). Il est mieux de garder son calme, on ne restera pas longtemps en prison et on a des amis à l'extérieur.
Tout traitement rude ou même si la police pousse la personne, c'est de la violence physique. On doit évitez de répliquer physiquement, mais on peut se protéger de leur agression. Il ne fait pas craquer. Leur dire ce qu'ils veulent entendre prouve que l'utilisation de la violence marche. La plupart du temps la violence policière ne laisse pas de trace.
On doit aller voir un médecin et exiger un rapport médical physique et mental (anxiété, peur, dépression).
On n'est pas seul, il y a des gens pour nous aider. Prenons le temps et ayons le courage de dénoncer la brutalité policière. Notre dénonciation peut aider d'autres personnes.
La seule situation dans laquelle les policiers sont autorisés à fouiller sans avoir d'abord arrêté est s'ils ont des motifs raisonnables de croire qu'on est en possession d'une arme à feu ou de drogue.
Des motifs raisonnables de croire est un concept assez vague, qui laisse la place aux fouilles abusives. Mais il ne permet certainement pas aux policiers de faire des fouilles parce qu'on est habillé d'une certaine manière, ou qu'on traîne avec des gens qu'ils n'aiment pas.
Si une personne n'est pas en état d'arrestation et que la police veut la fouiller, elle ne devrait pas se sentir obligée de coopérer. La personne ne vide pas ses poches tout de suite; elle fait savoir aux policiers qu'elle n'est pas d'accord et qu'ils abusent de leurs pouvoirs.
Lors d'une fouille, il est très pratique de se rappeler des noms et matricules des policiers, ou de leur demander de s'identifier. Ils sont obligés de s'identifier. Ainsi, il est plus facile de déposer une plainte ou de poursuivre les policiers en question. Si une personne a besoin d'aide pour le faire, elle peut contacter COBP.
Si une personne est arrêtée, la police peut la fouiller et examiner ses affaires. Ils doivent avoir de bonnes raisons pour l'arrêter, le simple fait de vouloir le fouiller n'est evidemment pas une raison légitime. En état d'arrestation, ils peuvent fouiller la personne pour s'assurer qu'elle ne représente pas un danger pour eux ou pour elle-même, ou encore pour trouver des preuves qui pourraient l'incriminer.
Seule un policier du même sexe peut fouiller la personne.
Si on a la visite des policiers, on ne doit pas les laisser entrer chez soi. On peut sortir sur son palier, leur parler à travers la porte et leur demander pourquoi ils sont là. Il faut être ferme mais poli.
Pour pouvoir entrer dans un domicile, la police doit être munie d'un mandat de perquisition signé par un juge et comportant les motifs de la perquisition. On doit demander à voir le mandat, le lire attentivement et essayer de retenir le plus de détails possible (les signatures par exemple). Si tout est correct, on est obligé de laisser entrer.
Si on fait obstruction à la perquisition, on peut être accusé d'entrave. Exercer plutôt son droit au silence, ne rien dire, ne pas répondre à leurs questions. On ne doit pas se laisser intimider par leurs remarques. Ils peuvent prétendre détenir de l'information; laissez-les mentir, inventer des histories.
Il faut surveiller les policiers attentivement; chez soi rien ne nous oblige à rester dans une pièce. Il est risqué de laisser les flics se promener seuls dans son domicile. On doit s'assurer qu'ils ne dépassent pas les limites prescrites dans leur mandat. Conserver un compte-rendu détaillé de ce qu'ils ont pris, fait et dit.
Si on a des papiers, des informations, de la documentation qui pourraient intéresser la police, il faut s'assurer de toujours en avoir au moins une copie en lieu sûr. Il en est de même pour l'ordinateur. Si la situation générale fait qu'on s'attend à plus ou moins longue échéance à une perquisition, on doit prendre les devants et déménager ce qui pourrait les intéresser. On devrait garder à l'esprit que l'État peut fabriquer des preuves et faire usage de moyens illégaux. Ainsi, on peut préparer des plans d'urgence et des contacts en cas de besoins.
Si on est victime d'une perquisition, il est bon d'alerter les proches, amis, camarades, l'opinion publique par un autre moyen que le téléphone de la maison, car il peut être « tapé ». Il faut agir!
Tout dépendant du genre de manif ou d'action, il peut être préférable de ne pas en parler au téléphone ou dans tout endroit susceptible d'être écouté.
La section identification du SPCUM « accompagne » les manifs, rassemblements, etc. dans le seul but d'identifier les manifestant-e-s, les militant-e-s, les organisateurs-trices et les animateurs-trices. On a donc le choix de porter un masque ou un déguisement, pour se protéger. Le fait d'être masqué va attirer l'attention de la police, surtout des policiers en civil et celle des médias. Être masqué ou déguisé « dans le but de commettre une infraction » constitue une infraction criminelle spécifique. Cela peut aussi faire peur à certains manifestants.
Pour pouvoir noter en détail tout incident se produisant lors de l'événement. Par exemple, s'il y a des arrestations: le nom de personnes arrêtées, leur numéro de téléphone, les amis à contacter, le déroulement de l'arrestation, les agissements de la police, les numéros d'identification des voitures de police, la description des policiers et si possible leur nom et numéro de badge, les noms et numéros de téléphone de tout témoin de l'arrestation.
Ils sont de première nécessité. Ils sont dissuasifs : la police n'aime pas du tout être prise sur le fait. De plus... ils permettent d'avoir notre propre section d'identification.
Donc, ne surtout pas oublier d'apporter une quantité plus que suffisante de pellicule. Et surtout éviter que les clichés ne se retrouvent entre de mauvaises mains. Il faut donc être très vigilant et essayer d'anticiper.
Ajouter le son à l'image, enregistrer certaines remarques et déclarations de la police est un atout appréciable.
Avant de partir, se poser ces questions : Est-ce que j'ai de bons souliers pour courir? La couleur de mon linge me rend-elle facilement identifiable? Est-ce qu'on peut facilement me prendre par les cheveux ? etc.
Son carnet d'adresse ou tout autre papier qui pourrait fournir quelque renseignement que ce soit à la police. Tout ce que les flics pourraient considérer comme une arme. Toute drogue. Ses cartes d'identité, sauf celles qu'on a choisi d'amener.
La personne à mes côtés peut être un policier. On est prudent dans ses propos.
Si on en démasque un, ne pas en révéler l'identité seul, on pourrait être accusé d'entrave, mais faire discrètement circuler l'information aux personnes qu'on connaît, pour ne pas qu'il se sente débusqué. Puis on peut en groupe, l'encercler en sautant, chantant, le pointant du doigt. En général, il ne s'éternisera pas.
À la fin de la manif, on est plus vulnérable. On se disperse toujours en groupe, car si la police cible des gens, c'est souvent à ce moment qu'elle tentera de les arrêter.
En cas d'attaque de l'anti-émeute :
Voir section Arrestation.
HC - Fumée de dispersion de foule : cette fumée blanche est inoffensive et non-toxique, mais elle a son effet psychologique.
CN - Gaz lacrymogène conventionnel : facile à reconnaître à son odeur de pomme, le CN provoque des sensations de brûlure aux yeux et à la peau ainsi qu'une irritation des muqueuses.
CS - Gaz lacrymogène de remplacement : dix fois plus toxique que le CN, il a les mêmes effets. Ce gaz à forte odeur de poivre peut produire des nausées et des vomissements.
Ne pas paniquer, la panique amplifie les effets des gaz, qui passeront dans 10 à 15 minutes. Aller dans un endroit aéré, face au vent en gardant les yeux ouverts, sans les frotter. Rincer avec de l'eau le visage et les parties exposées au gaz. Ajoutez un peu de sel ou de bicarbonate de soude (la petite vache) à l'eau est plus efficace.
La Commission spéciale sur la Loi électorale (CSLE) a été constituée afin de procéder à une consultation générale et de tenir des auditions publiques en ce qui a trait à l’avant-projet de loi sur la Loi électorale du gouvernement Charest.
Voici un court texte qui fut déposé auprès du secrétariat de la CSLE au sujet du point de vue partagé par le Comité de coordination du Bloc Pot en 2005. La question est régulièrement discutée lors de nos rencontres et de nos activités politiques et je tenterai de vous exprimer les idées générales que nous partageons.
Pour notre part, ce système politique est synonyme de plaisanterie et nous ne sommes pas les seuls à le penser. Nous avons décidé de sortir de notre salon afin d'envahir le monde politique qui est nôtre et de mettre un terme à cette « dictature électorale », où tous les pouvoirs en place s’organisent pour maintenir le « déséquilibre » social entre les adeptes de la « puissance » économique et ceux qui la subissent.
Il nous faut donc investir les institutions politiques de l'État afin de mettre un terme à l'utilitarisme des parlements que les puissances économiques encouragent, maintiennent et utilisent pour médiatiser leur volonté de contrôle sur le vivant. L’exemple particulier de la prohibition du cannabis n’est qu’une des ombres observables de la « puissance » organisée au sein des États libéraux de la planète.
Le texte suivant remettra les pendules à l'heure au sujet de notre organisation et de son combat ainsi que de sa portée au sein de notre démocratie libérale. Et en dernier point, nous proposerons une série d'action qui nous semble des plus importantes afin de redonner un sens pertinent au mot démocratie que nos sociétés occidentales ont travesti à leur propre fin.
Le Bloc Pot est un regroupement de partisanes et de partisans pro-cannabis coincéEs entre le milieu criminel avec ses produits chers et frelatés et l'État avec sa police et sa justice répressive. Cette aliénation causée par les lois prohibitives est improductive et insensée. Elle nous prouve incontestablement l'incompétence générale et la mauvaise foi de nos institutions politiques devant des questions aussi simples et criantes.
En effet, la prohibition du cannabis, qui sévie depuis 1923, est une conséquence directe du racisme de nos institutions qu'ils continuent de justifier à posteriori par une action judiciaire tentant de protéger l'individu contre l'abus éminent de son comportement dit « anti-social ». Depuis plus de 30 ans, plusieurs études, enquêtes et comités ont démontré, et ce de façon indépendante des institutions prohibitionnistes, que le cannabis est moins dommageable que la loi qui l’encadre. Tout ce travail critique est toujours sur des tablettes et ignoré par les Parlements et leurs éluEs.
Dans les faits depuis plus de 80 ans, tous les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont utilisé la prohibition à des fins de persécution, que ce soit :
Malgré que TOUS LES POLITICIENS aient proposé à travers le temps un changement législatif, le système prohibitionniste se maintient et persécute annuellement plus de 70 000 personnes. L'histoire de nos institutions dites démocratiques nous démontre encore son incapacité politique et sa partialité économique.
Voilà pourquoi le Bloc Pot propose de mettre fin à la prohibition en établissant une réglementation qui préviendra les abus par une information objective sur les dangers, qui assurera le contrôle de la qualité des produits, qui émancipera les citoyenNEs de l'État afin de permettre l'autoproduction, et qui établira des normes strictes pour les lieux de distribution.
En deuxième lieu, notre organisation est régie par les règlements de la Loi électorale, ce qui nous oblige à être vigilants envers les abus et les iniquités du processus démocratique. En dernière analyse, le Bloc Pot étant un élément du système électoral actuel, nous devons être extrêmement critique face à l'électoralisme présent dans notre démocratie libérale.
En effet, l'élection d'un représentant à l'Assemblée rompt l'égalité du pouvoir politique entre les éluEs et les citoyenNEs et principalement, retire toute possibilité politique à la collectivité de s'organiser et de se responsabiliser devant les problèmes sociaux. Le système politique dans lequel nous sommes inscrit temporellement dans l'histoire ne sert pas – et n'a jamais servi – les intérêts de la population mais ceux de l'impératif économique de la clique nationale derrière la construction de l'État.
Pour nous, la prohibition est le symbole par excellence de cette dictature politique ambiante que le développement économique a eut besoin pour s'organiser et s'assurer une pérennité. L'étude des politiques prohibitionnistes dévoile au grand jour les jeux du pouvoir tant au niveau de l'exécutif, du législatif, du judiciaire que de l'économique.
La criminalisation du cannabis en 1923 a permis au gouvernement fédéral de s'immiscer dans les différentes juridictions provinciales qui concernent la gestion du cannabis. Depuis, le gouvernement provincial a démontré son irresponsabilité vis-à-vis cette réalité qui concerne directement son pouvoir politique. Mettre fin à la prohibition doit être un rapatriement de la ressource par les producteurs et les productrices à leur propre fin.
En 2003, la Cour Suprême a statué que le Parlement avait le dernier mot sur la prohibition. Elle vient donc de confirmer, assurément sans le savoir, la démarche que nous avons entreprise au cours des dernières années. De plus en 2002, le Rapport sénatorial sur la cannabis, préparé par le Sénateur Pierre-Claude Nolin, stipule que le pouvoir sur la régulation du cannabis dans notre société canadienne est de juridiction provinciale.
Ainsi par notre démarche politique, nous désirons briser la peur, contrecarrer la honte et mettre fin à l'isolement que ce système nous impose tant au niveau prohibitionniste que politique. L'atomisation présente a une fin et cette fin est marquée par l’action des différentes parties de l'ensemble socio-économique dont notre base sensible forme plus de 25% de la population québécoise.
Voilà pourquoi le Bloc Pot propose la mise en place d'un système politique qui préférera les solutions collectives aux rapports de forces stériles et puériles.
Vous vous dites actuellement, pourquoi donc tout ce charabia antiprohibitionniste ? Fort simple, il tente d'expliquer le cheminement de notre compréhension de la situation politique qui nous a engendrés. Car, en plus des lois prohibitionnistes et de ces institutions, nous sommes des individus à part entière impliqués – directement et/ou indirectement – dans un écocide qui prend à partie la diversité biologique ainsi que celle des idées afin de les conformer aux impératifs économiques et sociaux de notre société « dopée » à la croissance.
Pour ainsi dire, nous avons décidé de ne plus attendre les changements de la part de ceux et celles qui, du haut de la pyramide sociale et avec l'aide de l'intelligentsia salarié, coordonnent le cours des événements. L'histoire démontre régulièrement que les éluEs ne représentent jamais les réelles positions de la population mais celles de leurs partis et de leurs bailleurs de fonds. Ils et elles sont les courroies de transmission du gouvernement ou des partis d'opposition et non les représentants du peuple.
Ce système dichotomique entre le pouvoir et les aspirants à celui-ci dénigre toute diversité au sein de l'Assemblée législative et assurément au niveau de l'exécutif du gouvernement. Nous avons donc deux choix selon la coutume : pile ou face.
Cette coutume doit être enterrée avec les vieux préjugés libéraux qui laissent croire à l'incapacité de la population à se gouverner. Nous appelons donc toutes les citoyennes et les citoyens à procéder à une radicalisation de leurs idées et comportements face à l'autorité dépassée et illégitime de l'État. Celle-ci commence par la prise en main de notre responsabilité pour notre présent et notre futur afin de faire mentir l'irresponsabilité du passé.
La Loi électorale n'est qu'une excroissance de l'exécutif et de la chambre législative malgré les changements apportés depuis plus de vingt-cinq ans. Si elle est la loi des lois, elle devrait être décidée et appuyée par l'ensemble des citoyenNEs et non par cette clique de professionnels de la politicaillerie. Pour ce faire, il y a plusieurs méthodes mais ici ce n'est pas le but de l'exercice qui est en cours.
Pour notre parti, ce qui compte c'est la diversité et l'action de tous et toutes au sein de la société. Cette prise en charge de son monde commence dans son quartier, dans son école et au travail. C'est dans cet esprit que le parti prône une réforme électorale qui offrirait des méthodes de démocratie directe pour résoudre le problème de la représentativité parlementaire ainsi que son pouvoir sur la réalité matérielle de notre vie.
Nous proposons donc à la CSLE des changements qui dépasse la procédure ou le maquillage électoraliste des libéraux et qui affecteront chacune des Québécoises et chacun des Québécois dans leur façon d'être avec autrui et son habitat. Cette réforme prend racine dans l'organisation du territoire gouverné par l'Assemblée nationale et de sa distribution en siège de pouvoir.
Le nombre de circonscription ne doit pas être défini selon des normes qui forcent l'intégration de différentes régions, de différents quartiers à l’intérieur de cadre déshumanisant. Disons qu'une circonscription ne devrait jamais avoir plus d’électrices, d'électeur que la communauté réelle possède, il faut donc que les circonscriptions ressemblent à celle des Îles-de-la-Madeleine.
Il y aura assurément une multiplication des députéEs à l'Assemblée mais pour nous cette situation valorisera l’action politique puisque les nouveaux députéEs ne pourront plus se soustraire à leur communauté. Une personne pour représenter plusieurs milliers d'individu comme le système actuel le permet est un leurre que tous et toutes doivent mettre à la poubelle. Leur élection au sein de l'Assemblée devrait être fait selon un scrutin proportionnel qui pourrait être soit régional, préférentiel ou à plusieurs tours afin d'atteindre la majorité absolue (50%+1).
L'élection du législatif devrait permettre l'élection de l'exécutif. Enfin, il faudrait prévoir dans toute réforme du système électoral l'abolition des privilèges du « chef de parti » sur la constitution de l'exécutif gouvernemental. Dans ce cas, l'exécutif devrait être voté par ceux et celles qui représentent les valeurs, les objectifs et les obligations de la population au sein de l'État, soit la nouvelle Assemblée législative libérée des vieilles lignes de partis.
Les salaires de cette nouvelle et améliorée Assemblée nationale ne devront pas être plus élevés que le salaire médian des contribuables québécois. Si ceux-ci doivent se serrer la ceinture – les députéEs doivent donner l’exemple.
En parallèle, cette nouvelle structure s'intégrerait à une décentralisation de l’État en créant des Assemblées régionales où les décisions pourront être discutées et votées par un ensemble de représentants régionaux. Ces lieux de rencontre politique serait – nous l’espérons – un heureux mariage entre le système des municipalités et des Assemblées générales des différentes organisations à tendance libertaire.
Les budgets discrétionnaires ne seront plus de mises, ce qui entraînera une diminution des dépenses que l'ancienne aristocratie électoraliste s’était octroyée. Ces sommes d’argent seront allouées à travers les structures régionales où tous et toutes pourront participer à leur ventilation. Ainsi, l'argent ne sera plus un outil de corruption mais redeviendra un véhicule de développement où la population ne sera plus que vulgaire payeur de taxes mais partie prenante à la vie communautaire, politique et économique.
De plus, il est important d'inclure dans tout système politique une procédure de destitution des éluEs afin de ne plus mettre en place des élites insensible à la réalité car leur tour d'ivoire ne leur permet pas de vivre au niveau de la poussière, celle-là même qui alimente les artistes et les militants des milieux communautaires. La réalité socio-économique est souvent niée par les éluEs car ils et elles se sentent au-dessus mais avec un système où nous pourrions les remettre à leur place, ils et elles n’auront pas d’autre choix que de sortir leur nez de leur environnement conditionné.
En dernier lieu, comme dans cette possibilité que la population aurait de démettre unE députéE, il devrait être possible dans ce contexte que la population puisse mettre en branle des consultations populaires (référendum) tant au niveau national, régional que local. Il est plus que temps que la population prenne en charge leur habitat car les éluEs ne savent que le vendre au plus offrant.

Le Canada a été l'un des premiers pays occidentaux à imposer la prohibition de l'opium puis du cannabis sur son territoire, sans aucun débat parlementaire ni étude scientifique à l'appui, et en fonction d'arguments raciaux et religieux extrêmement douteux. Curieusement, le « père » et la « mère » de la prohibition sont tous deux présents sur le billet de 50 dollars, symbole par excellence de cette politique insensée. Il s'agit du premier ministre William Lyon Mackenzie King (recto), ainsi que la juge Emily Murphy (verso, deuxième du groupe à partir de la gauche).
Nous vous invitons donc à lire le portrait de ces deux personnages controversés, ainsi que l'histoire complète du chanvre au Canada. (Le texte original, A Complete History of Cannabis in Canada par Dana Larsen a été publié dans la revue Cannabis Canada vers 1996, et est maintenant archivé à l'adresse http://www.cannabisculture.com/library/history.html).

William Lyon MacKenzie King est considéré comme l'un des plus grands premiers ministres que le Canada ait connu. Il ne manque d'ailleurs pas de documentation célébrant ses louanges. Toutefois, de nombreuses zones d'ombre méritent d'être soulignées dans sa longue carrière politique (il fut au pouvoir de 1921 à 1930 puis de 1935 à 1948). Voici entre autres pourquoi nous considérons cet homme comme le père de la prohibition au Canada.
En septembre 1907, une manifestation organisée par la Asiatic Exclusion League rassemblant plus de 10 000 personnes – pour la plupart des travailleurs et des gens de la classe moyenne frappés par le chômage – s’est transformée en émeute lorsque la foule en colère s’est dirigée dans le quartier chinois de Vancouver, causant des dégâts matériels importants. Après avoir convaincu le Premier ministre Laurier du bien-fondé de dédommager les Chinois, Mackenzie King, alors sous-ministre du Travail, s'est rendu à Vancouver au printemps 1908 et rédigea un rapport fondé principalement sur des considérations d’ordre moral et ethnique. Ce rapport, plutôt que de s’attaquer au conflit de travail entre les travailleurs blancs et chinois, a fait porter le blâme sur l’usage de l’opium par les gens d’origine asiatique.
[L]a quantité [d’opium] qui se consomme au Canada, si elle était connue, épouvanterait la moyenne de nos concitoyens canadiens qui est portée à croire que l’habitude de l’opium se borne aux Chinois et que ceux-ci ne s’y adonnent que dans une mesure restreinte. […] il se vend presque autant d’opium aux Blancs qu’aux Chinois et […] l’habitude de fumer de l’opium fait des progrès parmi les garçons de race blanche mais aussi parmi les femmes et les jeunes filles. [1]
Autrement dit, tant que les Chinois fumaient entre eux, il n'y avait pas de problème! Or le fait que des jeunes femmes blanches s'adonnent désormais à l'opium rendait les violences envers les Chinois légitimes!
Bref, les commerçants sino-canadiens ne furent jamais dédommagés. Au contraire, la réponse du gouvernement fédéral fut l'adoption de la Loi sur l'opium de 1908. Le 10 juillet, le nouveau ministre du Travail (Mackenzie King lui-même) proposa à la Chambre des communes l’adoption d’une motion pour interdire l’importation, la fabrication et la vente de l’opium à des fins autres que des fins médicales. Cette motion fut adoptée sans débat. Le ministre déposa ensuite le projet de loi 205, la Loi prohibant l’importation, la fabrication et la vente de l’opium à toutes fins autres que celles de la médecine (Loi sur l’opium de 1908). Cette loi visait avant tout les commerçants d’opium, en majorité d'origine chinoise, et non les simples usagers.
Entre 1914 et 1919, Mackenzie King fut employé de la Fondation Rockefeller aux États-Unis:
En août 1914, pendant que la grève [à la Colorado Fuel and Iron Co.] continue de sévir, la Fondation Rockefeller embauche Mackenzie King pour mener une recherche et concevoir un plan d'amélioration des relations entre patrons et travailleurs. King devient également chef d'un service des relations industrielles nouvellement formé au sein de la Fondation. En cours de route, King côtoie de près John D. Rockefeller fils et les deux hommes en viennent à s'apprécier mutuellement et à s'admirer grandement. [2]
Notons que les Rockefeller ont été d'ardents défenseurs de la prohibition de l'alcool aux États-Unis, avant de changer d'idée au début des années 1930, vu le climat de désobéissance généralisée et de non-respect de l'autorité que cela engendrait.
Sitôt revenu des États-Unis, Mackenzie King est devenu chef du parti Libéral du Canada en 1919, puis premier ministre en 1921. Le cannabis a été ajouté à la liste des substances interdites sous son mandat en 1923, sans que cela ne soit l'objet d'aucun débat parlementaire encore une fois.
John D. Rockefeller père, fondateur de la Standard Oil, avait compris que le chanvre était le seul concurrent véritable au pétrole dont il contrôlait la presque totalité de la production aux États-Unis. Il savait aussi que la marijuana (à haute teneur en THC) était un compétiteur potentiel à tous ses investissements dans le domaines des médicaments de synthèse. Le rôle de cet homme d'affaires dans l'établissement de la prohibition du chanvre aux États-Unis est bien connu. Il est donc fort probable que celui-ci ait influencé le comportement de Mackenzie King durant ses mandats de premier ministre du Canada.
Mackenzie King espérait que le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale puisse être évité, et il appuyait la stratégie britannique de conciliation. En juin 1937, il rencontra Adolf Hitler, qu'il jugeait être un homme raisonnable qui s'efforçait d'améliorer le sort de son pays durant la grande dépression. D'ailleurs, les pages de son journal intime [3] (dans les années 1937-1938) ne tarissent pas d'éloges sur le dictateur allemand.
Une fois la Seconde Guerre mondiale déclenchée, Mackenzie King fit la promotion de la « tempérance » (abstinence), car il jugeait que la consommation d'alcool nuisait à l'« effort de guerre total » du peuple canadien! [4] Autrement dit, les soldats, travailleuses et travailleurs canadiens se devaient d'être en grande forme pour mieux écraser les soldats, travailleuses et travailleurs allemands!
Mackenzie King n'aurait-il pas fait mieux de se méfier de Hitler dès le début des années 30, plutôt que passer sa vie à vilipender l'alcool, l'opium et le cannabis? Non, car il était puritain, c'est-à-dire qu'il aspirait à une société racialement pure et exempte de vices, au même titre que les Nazis!

De son vivant, Emily Murphy (1868-1933) fut une activiste qui a défendu avec acharnement les droits des femmes. Elle fut nommée magistrat de police dans la ville d'Edmonton en 1916 et devint la première juge de sexe féminin de tout l'Empire britannique. Elle est désormais immortalisée sur le billet de 50 dollars, ainsi que sous forme de statue devant l'édifice du Parlement canadien à Ottawa, en compagnie de quatre autres militantes féministes connues sous le surnom des « Célèbres cinq ».
Malheureusement, les accomplissements d'Emily Murphy sont entachés par des déclarations très stéréotypées et remplies de préjugés qu'elle a émises à propos de diverses races et groupes ethniques. Comme beaucoup d'anglo-protestants vivants à cette époque, Emily Murphy croyait que les problèmes sociaux de son temps (la pauvreté, la prostitution, l'alcoolisme et la toxicomanie) étaient liés à la présence d'immigrants dans l'Ouest canadien.
À ses dérives plus ou moins racistes s'ajoute la démonisation de la « marihuana », un terme jusqu'alors inconnu, qu'elle a contribué à propager au Canada dans le but d'effrayer la population. Si on peut la considérer comme mère de la prohibition au Canada, c'est que les mensonges qu'elle a tissé tout au long de sa carrière au sujet du cannabis ont considérablement influencé le législateur et l'opinion publique.
Le livre The Black Candle (La Chandelle noire), publié en 1922, était à l'origine une série d'articles parus dans la revue MacLean's sous le pseudonyme Janey Canuck. Ces articles avaient pour but de promouvoir un renforcement de la loi sur les « narcotiques ». Cette série d'articles colportait des histoires d'horreur déjà publiées quelques années plus tôt aux États-Unis. Par exemple, avec pour seul fondement scientifique les allégations d'un certain Dr. Warnock datant de 1903, la consommation de haschisch y fut dépeinte comme entraînant un « comportement d'excitation maniaque, pouvant parfois se prolonger en un délire se terminant par l'épuisement et même la mort ».
Emily Murphy était fortement préocuppée par la dégénérescence de la race blanche, et dans de nombreux passages de The Black Candle elle met en garde contre « les Assyriens (Arabes), les Nègres et les Grecs alliés aux Chinois dans le trafic de drogue ». Et que dire des quelques lignes ci-dessous, tirées du chapitre VIII?
Bon nombre de ces Nègres sont des personnes respectables et obéissant à la loi, mais beaucoup d'autres sont des personnes obstinément mauvaises, gagnant leur vie comme vendeurs de drogues empoisonnées. Même lorsqu'on les déporte, ils trouvent le moyen de revenir au Canada et recommencent leurs opérations dans une autre partie du pays.
[...]
[Il] existe parmi les étrangers de couleur, de la propagande bien définie visant à entraîner la dégénérescence de la race blanche.
Voilà donc des extraits parmi tant d'autres qui, ajoutés aux agissements du premier ministre William L. Mackenzie King vers la même époque, démontrent que le véritable fondement de la prohibition au Canada, ce n'est ni la science, ni des questions sanitaires, mais bien un racisme profondément enraciné dans la mentalité anglo-saxonne protestante du début du XXe siècle.
Il y a beaucoup de controverse à savoir si le chanvre est natif du continent américain ou s'il fut amené par des immigrants européens au Nouveau Monde. Même si Jacques Cartier a mentionné dans son journal qu'il avait vu pousser de la hempe au Canada, il s'agit de savoir s'il voulait dire cannabis ou simplement longues plantes fibreuses.
Il est connu que le chanvre faisait partie des premières plantations faites par un Européen en Amérique. Celui-ci était cultivé par Louis Hébert, un apothicaire (pharmacien) parisien respecté qui fut convaincu de venir au Canada par son bon ami explorateur, Samuel de Champlain. Hébert émigra en Nouvelle France (maintenant le Nouveau-Brunswick) en 1606, avant de retourner s'installer pour de bon sur les hauteurs de Québec en 1617, avec sa femme et ses enfants cette fois, emportant avec lui son grand savoir sur les herbes et potions.
À la fin du XVIe siècle, le cannabis était devenu une denrée rare en Europe. La Hollande possédait un monopole sur l'importation du chanvre bon marché de l'Inde orientale (auj. l'Indonésie), et les embargos navals avaient coupé les approvisionnements de chanvre Russe qui avaient été facilement obtenus depuis les beaux jours de l'Empire romain.
Comme d'énormes quantités de chanvre étaient demandées par toutes les forces navales européennes pour équiper leurs vaisseaux et leurs cargos, les monarchies européennes se tournèrent vers le Nouveau Monde comme une source alternative de cannabis. Au début du XVIIe siècle, l'Espagne semait du chanvre au Chili, la Nouvelle-Angleterre cultivait du chanvre pour l'Angleterre et les marchands de la Couronne française promettaient d'acheter tout le chanvre que les fermiers canadiens pouvaient produire. Durant cette période, des bonus étaient accordés pour la culture du chanvre. Beaucoup de taxes pouvaient ainsi être acquittés en ballots de chanvre et des pénalités sévères étaient souvent imposées aux fermiers qui ne produisaient pas une quantité suffisante de cannabis. Beaucoup de villes modernes ont d'ailleurs tiré leur nom de leur principale ressource économique. Ce qui donna de nombreux Hampshire, Hempstead et Hampton (du mot anglais hemp qui se traduit par chanvre) de part et d'autre de l'Atlantique.
À cette époque, la difficulté n'était pas de cultiver le cannabis mais plutôt de le transformer pour ensuite le mettre en marché. Des machines sophistiquées pour filer le chanvre ne furent inventées qu'en 1920. Avant cette époque, la culture du cannabis était intensive et laborieuse, demandant un procédé appelé rouissage pour préparer son usage. Les longues fibres extérieures du plant de cannabis devaient être séparés de la pulpe chènevotte interne, et cela était accompli en trempant les plants dans l'eau jusqu'à ce que la chènevotte soit pourrie, de manière à ce que la fibre soit ensuite facilement détachable.
L'importance du chanvre diminua quelque peu au XIXe siècle, bien que les arbres n'aient remplacé le chanvre qu'à la fin des années 1800 comme source principale de papier. Le déclin du chanvre fut précipité par la venue des moteurs à vapeur, qui réduisit considérablement la demande de voile faites de canevas (toile de cannabis) dans le domaine maritime, ainsi que par l'invention de machines spécialisées qui ont permis de récolter la fibre de coton avec moins de travail manuel que le chanvre. Le XIXe siècle a aussi vu naître les premiers échanges internationaux de substances qui altèrent les pensées (psychotropes).
Le commerce mondial de la drogue a commencé à prendre de l'ampleur durant le XIXe siècle. Un des pionniers dans ce commerce fut la Grande-Bretagne, dont la suprématie de la flotte navale lui permettait de faire un commerce intensif du thé, de l'alcool, du tabac et de l'opium partout dans le monde.
Une manifestation de ce trafic de drogue était la West Indies Trading Company, qui était une compagnie de commerce britannique créée pour aider l'Inde à rembourser sa dette aux Britanniques en vendant de l'opium aux Chinois. Il faut ajouter à cela que la Chine possédait un monopole mondial sur le thé que les des millions d'Anglais buvaient quotidiennement. Vers 1820, le déficit commercial de l'Angleterre envers la Chine était catastrophique. Avec une campagne de propagande massive pour promouvoir l'utilisation de l'opium chez la population chinoise, celui-ci est rapidement devenu une drogue récréationnelle très populaire, ce qui permit de renflouer les coffres de Sa Majesté.
L'utilisation de l'opium sans cesse grandissante parmi la population chinoise a alarmé le gouvernement chinois, qui a finalement décidé de bannir son commerce. Cette action mit fin à un très lucratif marché pour les Britanniques. En 1839 la Grande-Bretagne prit donc les grands moyens et déclara la guerre aux Chinois pour maintenir le droit de vendre de l'opium. Une fois que les britanniques eurent gagné les deux Guerres de l'Opium, ils créèrent ce que les Chinois appellent « Traités inégaux », qui statuaient entre autres que la Chine devait payer tout les coûts de réparation, et qui concédaient aux Britanniques le port de Hong Kong.
En 1871 de l'or fut découvert le long de la rivière Fraser en Colombie-Britannique. Environ deux mille Chinois sont venus des mines d'or californiennes épuisées, pour venir travailler dans les nouvelles mines sur le littoral de la rivière Fraser. En 1881, la Onderdonk Construction Company se vit accorder la permission par le Gouvernement canadien de faire venir dix-sept mille travailleurs chinois de la province méridionale de Guangdong pour travailler sur la voie ferrée de la Colombie-Britannique. La Onderdonk Construction Company usa d'un stratagème pour faire des profits rapidement, en trompant les travailleurs et en leur faisant croire qu'ils retourneraient dans leur pays très rapidement et riches au-delà de leurs espérances. L'exploitation mesquine de ces hommes qui ont par la suite fait face aux gangs de travailleurs brutaux, est l'un des moments le plus sombres de l'histoire canadienne.
Lorsque le chemin de fer fut complété et que les mines d'or furent épuisées, la ville de Vancouver se retrouva avec des milliers de chinois appauvris vivant dans des tentes et des bidonvilles. Ces hommes étaient prêts à accepter tout travail disponible, souvent à un salaire de quatre dollars par mois. Exclus de la plupart des groupes sociaux et ayant le dédain pour l'alcool, les chinois vécurent une vie de ghetto dans le Chinatown. Comme l'Amérique du Nord était essentiellement britannique à leurs yeux, les Chinois ne voyaient pas d'inconvénient à importer l'opium au Canada puisqu'il leur était vendu à Shanghaï ou Hong Kong par ces mêmes Britanniques. La consommation d'opium est rapidement devenu un moyen pour la population sino-canadienne de soulager la triste réalité de son existence.
Pendant ce temps, les associations de travailleurs de la Colombie-Britannique s'inquiétaient des salaires à la baisse ainsi que d'un marché du travail saturé, et ont rapidement perçu les coolies chinois comme des ennemis. Ils firent pression sur le gouvernement pour qu'il restreigne le nombre d'immigrants et le gouvernement canadien répondit en instaurant une taxe de cinquante dollars par immigrant chinois. Cette taxe n'a cessé d'augmenter jusqu'à ce qu'elle atteigne une somme de cinq cent dollars par tête en 1904. La haine de la population chinoise à Vancouver se traduisit, en 1907, par des émeutes de travailleurs. À ce moment-là, le sous-ministre du Travail, William Lyon MacKenzie King, fut désigné pour enquêter et régler les réclamations en dommages sur la propriété chinoise. Pendant son enquête, MacKenzie King découvrit l'usage d'opium parmi la population chinoise et trouva une solution toute particulière à la crise du travail.
MacKenzie King décida que la seule facon de calmer l'agitation sociale était d'éliminer les Chinois. En sa qualité de citoyen, il soumit un rapport intitulé « Le besoin de supprimer le trafic d'opium au Canada ». Ce rapport était essentiellement basé sur des articles de journaux à sensation relatant la ruine de femmes blanches ayant consommé de l'opium. Le rapport de MacKenzie King conduisit à la création de la Loi sur l'opium de 1908, laquelle prohibait l'importation, la fabrication et la vente d'opiacés pour usage non médical.
La Loi de 1908 devint un modèle pour toutes les autres législations canadiennes concernant l'usage de drogues illicites jusqu'à nos jours, malgré le fait qu'elle fut créée dans le seul but d'éliminer les éléments indésirables de la main-d'oeuvre et qu'elle ne s'appuyait sur aucune donnée médicale, sociale ou aucune étude scientifique que ce soit pour démontrer son bien-fondé. En fait, on peut raisonnablement croire que MacKenzie King n'avait jamais eu l'intention que cette loi soit appliquée à des segments de la population blanche.
Les difficultés à faire appliquer la nouvelle loi, et le développement du marché noir pressèrent l'établissement d'une commission royale d'enquête sur la contrebande d'opium chinois. Des recommandations de ce comité naquit la Loi sur l'opium et autres drogues de 1911. Cette loi agrandit la liste des drogues prohibées, fit du simple usage et possession de ces drogues prohibées un acte criminel et augmenta le pouvoir des policiers en matière de fouille et saisie. En 1920, une année avant que MacKenzie King ne devienne Premier Ministre du Canada, le Ministère de la santé fonda le Bureau des drogues dangereuses et fut chargé de mettre en application la législation sur les narcotiques. La GRC entretint une coopération très étroite avec ce département, et ses loyaux services furent récompensés avec des lois encore plus permissives quant à ses droits de saisir et de fouiller les propriétés de consommateurs présumés.
Jusqu'aux années 20, les extraits de cannabis étaient utilisés dans des médicaments brevetés pour traiter près de vingt maladies. Au cours de cette période, trois États américains avaient interdit le cannabis et ce, sans expertises scientifiques. Ces lois furent mises en place pour intimider et déporter les groupes minoritaires (hispaniques, noirs) qui consommaient des drogues différentes de celles prisées par la population de souche européenne.
Ces lois racistes et non-fondées ont fait leur chemin au Canada avec l'aide du magazine Maclean's qui, au début des années 20, publia une série d'articles sur le commerce de drogues illicites au Canada. Ces articles furent écrits par Mme Emily Murphy sous le pseudonyme Janey Canuck et furent plus tard compilés dans un livre intitulé The Black Candle. Mme Murphy fut la première femme juge en matière criminelle au Canada et fut également chef de l'Ordre d'Orange d'Ulster (Irish Orange Order), un groupe religieux qui voulait à cette époque une race canadienne blanche et pure.
Les articles de Mme Emily Murphy étaient biaisés et sensationnalistes. Dans un des chapitres, un chef de police d'un comté de Los Angeles est cité ainsi:
Les personnes utilisant ce narcotique fument les feuilles séchées de la plante, ce qui a pour effet de les rendre complètement démoniaques. Les personnes qui s'adonnent à cette drogue perdent toute morale et tout sens de responsabilité. Les consommateurs sous l'influence de cette drogue sont immunisés contre la douleur. Dans cette condition, ils deviennent des maniaques fanatiques capables de tuer ou d'infliger à n'importe qui toutes les formes de violence imaginables, en utilisant les méthodes les plus sauvages sans jamais, comme mentionné auparavant, ressentir le moindre remords.
Lorsque The Black Candle (La Chandelle noire) fut publié en 1922, son principal objectif était de fausser l'opinion publique et de faire ainsi pression sur le gouvernement pour qu'il adopte des lois plus sévères contre la drogue. La GRC utilisa ce livre pour augmenter son pouvoir rendant par le fait même le cannabis illégal, sous le nom de marihuana, dans la Loi sur l'opium et autres drogues de 1923.
En 1938, le maire de New-York, Fiorello La Guardia, conseilla à l'Association médicale du New-York métropolitain d'étudier l'usage et les effets de la marijuana. Le rapport fut publié en 1944 et reste encore de nos jours l'une des études les plus exhaustives a avoir été réalisées, en ce qui a trait aux effets de la marijuana sur la santé et le comportement social des usagers. Entre autres sujets, l'étude a démontré que le comportement du fumeur en est un d'aimable, de sociable et que l'agressivité et la bélligérance en sont pratiquement absents. Elle démontra également qu'il n'y a aucun rapport entre les crimes violents et l'usage de la marijuana. Les recommandations du rapport furent ignorées.
En 1954, un nouvel acte criminel fut crée au Canada: la possession dans le but d'en faire le trafic. La sentence maximum pour ce crime fut subitement augmentée l'année suivante, passant de sept à quatorze ans d'emprisonnement.
Vers la fin des années 50, une fédération d'agences de bien-être social, appuyée par l'Association médicale de la Colombie-Britannique, fit pression sur le gouvernement fédéral afin qu'il adopte une vision plus réaliste quant à la nécessité de lois anti-drogues sévères au Canada. Ils insistèrent pour que les lois soient réécrites, afin de faire au moins une distinction entre les soi-disant drogues « douces » et drogues « dures ». L'Association médicale nationale ne donna pas son appui à cette recommandation qui fut ignorée une fois de plus. La Loi sur les stupéfiants entra en vigueur en 1961. Alors même qu'elle éliminait le recours au fouet – dernier symbole des jours anti-chinois –, elle augmentait la peine de prison minimum à sept ans pour la culture de cannabis et à quatorze ans pour son importation et exportation. Cela a fait de la loi sur la marijuana la seconde peine minimum la plus sévère dans le Code criminel canadien, surpassée seulement par ce qui etait prévu en cas de meurtre au premier et second degré.
Les années soixante ont vu l'usage de la marijuana s'accroître chez les jeunes comme jamais auparavant. La gouvernement canadien semblait être plus souple à l'égard de la prohibition de la marijuana. Le Ministre de la santé et du bien-être affirma même que : « Les gouvernements canadien et américain, en employant la peur comme moyen de pression, se sont rendus coupables d'abus disproportionnés qui n'ont réussi en fin de compte qu'à miner leur propre crédibilité. »
Au début des années 70, l'Association médicale canadienne et son pendant américain se sont entendues sur le fait que la marijuana n'était pas un narcotique. Au Canada, la Commission d'enquête sur l'usage des drogues à des fins non médicales (Commission LeDain) reçut comme mandat d'effectuer une étude complète et réelle sur l'usage de la marijuana et ses effets. Les résultats de l'étude furent présentés au gouvernement quatre ans plus tard, pour un total de près de quatre millions de dollars. Tout comme le New York Mayor’s Committee on Marihuana de 1944, la Commission LeDain a reconnu que l'usage de la marijuana n'est en aucun cas relié aux crimes violents. Elle conclut également que les lois prohibitionnistes n'avaient réussi qu'à créer une contre-culture très peu respectueuse de la loi et l'ordre ainsi qu'à engorger le système judiciaire et financer indirectement le crime organisé, tout en détournant les forces policières de leur mission première. Les recommandations de la commission LeDain allaient de la légalisation pure et simple à une décriminalisation partielle, soit des amendes minimes pour la possession marijuana.
En 1971 eut lieu un smoke-in dans le quartier Gastown de Vancouver. L'événement fut baptisé Grasstown (ville de l'herbe) et attira quelques centaines d'activistes, hippies et curieux. Même si cet événement débuta calmement, avec des chants et un joint de vingt pieds circulant de main en main, le chef de police de l'époque ne pouvait pas tolérer cette flagrante violation de la loi et fit appel à des policiers à cheval, suivis de l'escouade anti-émeute. Il en résulta de nombreuses blessures subies autant par les participants que par des passants innocents ou des commerçants qui n'avaient pas pu s'identifier assez rapidement. Ce fut le dernier smoke-in tenu à Vancouver jusqu'en 1993.
Vers la fin des années 70, la légalisation de la marijuana semblait faire consensus. Beaucoup de politiciens de l'époque, incluant Joe Clark et Pierre-Elliott Trudeau ont affirmé publiquement qu'ils adopteraient des mesures pour décriminaliser celle-ci aussitôt que possible. Au États-Unis, la National Organization for the Reform of Marijuana Laws (NORML) fut créée en 1971 et devint une puissante force pour le changement au cours de la décennie. Malheureusement, l'élection de Ronald Reagan comme Président des États-Unis en 1980 ruina toute les chances que soit légalisée la marijuana. Avec Nancy Reagan à la barre, la Guerre contre la drogue recommença de plus belle, et le Canada ne fit qu'emboîter le pas docilement.
Au cours des douzes années suivantes, sous l'administration Reagan-Bush, on a vu le budget de la DEA (Drug Enforcement Agency) monter en flèche, on a vu la création de sentences minimales obligatoires pour la possession de drogue, et l'introduction des troupes américaines en sol étranger, notamment en Amérique du Sud et au Panama où la Guerre contre la drogue remplaça peu à peu la lutte contre le communisme. Le Canada mit de côté toute velléité de légalisation, pour ne pas nuire aux bonnes relations avec nos voisins du Sud. Cette politique se poursuit encore de nos jours, tout comme la lutte armée en Amérique latine d'ailleurs.
Cet essai n'est même pas près d'être assez long pour énumérer le compte exact des atrocités commises au nom de la Guerre contre la drogue, ou de la « Guerre contre certaines drogues » comme il serait plus juste de l'appeler. Des programmes comme la vaporisation de paraquat (agent orange) ainsi que d'autres poisons au-dessus des plantations extérieures de marijuana en Jamaïque et au Mexique, causèrent une contamination des réserves d'eau locales et causèrent également des dommages biologiques au enfants. Ces dommages sont irréversibles. Au cours d'autres opérations entreprises en Amérique du Sud, les troupes Américaines ont brûlé des villages et tué des fermiers afin de couper l'approvisionnement en drogue. Un véritable Viêt-Nam silencieux se déroule encore ainsi, loin des caméras, au moment où vous lisez ces lignes. L'administration Reagan-Bush fut, de plus, responsable de la vente d'énormes quantités de cocaïne pour financer cette guerre et éviter d'avoir recours aux fonds légaux approuvés par le Congrès américain. George Bush était aussi, faut-il s'en étonner, un des directeurs de Eli-Lilly, une grande compagnie pharmaceutique, et il en demeura un actionnaire majeur tout au long de sa carrière politique.
L'Amérique a surpassé dans les années 80 toutes les autres nations du monde en ce qui a trait au nombre de prisonniers par habitant, un autre fait qui continue à ce jour. L'Afrique du Sud et l'ex-Union Soviétique suivaient alors loin derrière, en deuxième et troisième position. Ainsi, le nombre d'américains emprisonnés pour des infractions relatives à la drogue durant les années 80 a dépassé le nombre total de prisonniers recensés au tout début de la décennie.
Toutes ces activités ont eu du succès à réprimer le trafic international de cannabis, mais il en résulta une augmentation de la popularité de la cocaïne, plus petite et beaucoup plus facile à cacher et à transporter, ainsi que de la culture de cannabis effectuée localement au Canada.
En 1993, les résidents de Vancouver ont tenu le premier smoke-in dans cette ville depuis 1971. Plus de 3000 personnes se sont réunies à la Galerie d'art de Vancouver et ont marché jusqu'à l'Hôtel de ville pour protester contre le manque de justice de la loi canadienne sur les stupéfiants. Des organisations populaires ont vu le jour partout en Amérique du Nord, demandant que la législation sur les drogues soit changée. Les gens commencent à se rendre compte des coûts exorbitants de la soit-disant guerre contre la drogue. Le gaspillage de ressources économiques, les conflits sociaux et l'oppression gouvernementale résultant de cette situation sont devenus de plus en plus apparents à mesure que nos gouvernements adoptent des attitudes extrêmes pour empêcher l'utilisation du cannabis et d'autres herbes et intoxicants.
Le gouvernement de Brian Mulroney introduisit en 1992 un le projet de loi C-85, qui aurait doublé les pénalités pour la possession de marijuana, en plus d'agrandir la liste des substances interdites. Le projet de loi n'a pas passé en raison de la défaite électorale des conservateurs. Le nouveau gouvernement libéral présenta alors le projet de loi C-7 devenu plus tard projet de loi C-8, très semblable au projet conservateur. La nouvelle Loi réglementant certaines drogues et autres substances (chapitre C-38.8) est finalement entrée en vigueur le 14 mai 1997, après que le Sénat y ait apporté quelques changements mineurs. Cette loi vient remplacer l'ancienne Loi sur les stupéfiants ainsi que certaines parties de la Loi sur les aliments et drogues.
Les consultations que firent les sénateurs auprès de nombreux organismes demandant une révision en profondeur du projet de loi C-8 n'ont été faites que pour la forme. Résultat : la nouvelle loi bafoue les droits les plus fondamentaux des citoyens de ce pays, notamment en augmentant (encore) les pouvoirs de fouille et de saisie des policiers, et en utilisant de subtiles manoeuvres de manière à ce que plus de gens se retrouvent en prison plus rapidement. À titre d'exemple, le Barreau canadien, le Barreau du Québec, l'Association canadienne des avocats en matière criminelle, et l'Association médicale canadienne sont quelques uns des nombreux organismes à s'être opposés (en vain) à son adoption.
Une lueur d'espoir cependant : depuis mars 1998, le chanvre industriel (hemp) est légal, et a maintenant de beaux jours devant lui. Partout au pays, des entreprises dédiées au chanvre se sont installées, ont prospéré, et ont parfois été fermées pour avoir contrevenu à la loi. Ces boutiques qui vendent pipes, graines et bongs, ainsi que des vêtements, tissus, savons, bijoux à base de chanvre ou d'huile de chanvre sont le reflet d'une industrie en plein essor, tant en Europe que de ce côté-ci de l'Atlantique. Et ce n'est pas tout: elles sont l'exemple le plus probant d'un mode de vie respectueux de l'environnement.
Malheureusement, le cannabis dans son ensemble demeure une plante très contrôlée, devant être cultivée sur des fermes dans des conditions très strictes. Et bien que le débat sur la marijuana médicale ait repris de plus belle en 1997-98, nous sommes loin du jour où chacun pourra faire pousser le cannabis dans sa cour, pour en faire l'usage que bon lui semble : le manger, le fumer, le transformer en produits d'utilité courante. Nous croyons que l'accessibilité de cette ressource à l'ensemble de la population est primordiale.
On peut dire que les mouvements d'opposition à la prohibition se sont réellement structurés depuis le début des années 90. Le Canada, et plus précisément les provinces de Québec et de Colombie-Britannique, sont devenus des chefs de file dans ce secteur. Au Québec, le Bloc Pot fut le tout premier parti politique à avoir eu pour revendication principale la légalisation du cannabis. Le Parti marijuana, créé dans le sillon du Bloc Pot, a récolté un score impressionnant de 66 000 voix aux élections générales fédérales de novembre 2000. Par la suite, de nombreux partis provinciaux ont essaimé d'une mer à l'autre.
Tout cet activisme a bien entendu influencé le gouvernement libéral à Ottawa, qui a mis sur pied le Comité spécial sur les drogues illicites au Sénat, et a promis à maintes reprises de légiférer pour décriminaliser la possession de marijuana.
Après les attentats du 11 septembre 2001, la « Guerre au terrorisme » de George W. Bush est venu éclipser la Guerre contre la drogue (terme inventé par Richard Nixon en 1968). Mais malgré que les médias en parlent peu, cette dernière se poursuit de plus belle, avec l'augmentation des budgets liés aux saisies et à la répression un peu partout dans le monde. De plus, de nouvelles substances tombent sans cesse dans la mire des autorités. C'était le cas de l'ecstasy dans les années 1980. C'est maintenant au tour du khat en provenance d'Afrique de l'est, ainsi que du crystal meth produit dans des laboratoires de fortune en Amérique du nord.
La vérité est que les substances psychoactives d'origine naturelle ou synthétique sont tellement nombreuses, qu'il sera impossible de toutes les contrôler par la prohibition. En fait, tout ce que la prohibition a réussi à créer est une incroyable violence entre bandes criminalisées concurrentes, ou entre bandes criminalisées et la police, sans oublier la violence des policiers envers des citoyens innocents qu'ils ont pourtant le mandat de protéger et l'incarcération injuste de centaines de milliers de personnes.
Par ailleurs, les années 2000 ont vu un retour marqué du conservatisme moral et du puritanisme qui avaient été à l'origine de la prohibition au début du XXe siècle. La droite religieuse a de nouveau le vent dans les voiles, tant aux États-Unis qu'au Canada, comme on l'a vu avec l'élection en janvier 2006 du premier ministre Stephen Harper. Qu'on se le tienne pour dit: il n'y a pas que dans les pays qu'on associe à tort ou à raison au « terrorisme » que le fanatisme règne!
Par conséquent, beaucoup de chocs, de tensions et de tiraillements vont encore se faire sentir à l'avenir. Mais il ne faudrait pas que ce regain de tension au plan mondial ne nous décourage et ne nous fasse perdre les acquis des trente dernière années. Nous sommes suffisamment outillés au plan politique, médiatique et scientifique pour tenir tête à tous ces vertueux hypocrites qui nous gouvernent. Il est clair que les solutions pragmatiques que nous proposons sont bien meilleures que leur idéal d'une société « pure » qui n'existera jamais!
En résumé, la criminalisation de la drogue est donc un problème mondial, mais c'est au niveau local et national que nous pouvons y changer quelque chose. Nous sommes à la croisée des chemins : le développement de l'industrie du chanvre et du cannabis médical est plus qu'encourageant, cependant beaucoup de travail reste à faire pour éduquer le public, en arriver à un consensus quant aux modalités de la légalisation de la marijuana, et finalement adapter la loi aux nouvelles réalités. (La loi suit toujours la société; jamais elle ne la précède!) Voilà pourquoi nous vous invitons à vous joindre au mouvement antiprohibitionniste, à garder la tête haute et à continuer de vous renseigner sur le sujet.
Cette section présente un panorama du régime de contrôle des drogues en droit international, d’inspiration anglo-américaine et qui a pris une tangente répressive dès le début du XXe siècle. Il sera aussi question des trois piliers du droit de la drogue, c'est-à-dire les trois grandes conventions adoptées dans le cadre de l'ONU (et ratifiées par le Canada). Il est de plus en plus clair qu'une interprétation trop rigide de ces conventions nuit à la santé et au bien-être de l'humanité, bien que la première d'entre elle fut adoptée en son nom en 1961. Du coup, c'est toute la crédibilité et la cohérence du système des Nations unies qui est menacée.
Il est intéressant de constater que les premiers traficants de drogue à grande échelle de l’ère moderne furent les Anglais, qui souhaitaient, dès le XVIIIe siècle, rétablir par tous les moyens leur balance commerciale déficitaire avec la Chine en inondant l’Empire du milieu d’opium produit dans leurs colonies. « La Chine cherche à limiter l’usage de l’opium dès 1729 et en interdit l’importation depuis 1792; néanmoins, les marchands anglais y introduisent des quantités croissantes. » [1] En 1839, la Chine s’adresse officiellement à la Reine Victoria et demande la fin de ce trafic, mais la Chambre des communes s’y oppose et la situation dégénère rapidement en ce qu’il est convenu d’appeler la « première guerre de l’opium ». Avec le Traité de Nankin de 1842, les Chinois défaits sont contraints de céder à l’Angleterre l’île de Hong-Kong et le remboursement de l’opium saisi. En 1856, les autorités chinoises arraisonnent le navire Arrow, et un nouveau conflit éclate rapidement. La France et l’Angleterre s’allient pour venir à bout des Chinois, alors que la Russie et les États-Unis offrent leur appui logistique. En juin 1858, le traité de Tientsin (Tianjin), auquel sont partie prenante la Russie, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, prévoit l’ouverture de dix ports au commerce étranger — en plus de la Cité jusqu’alors interdite de Pékin. Ce traité prévoit également que les missionnaires chrétiens pourront sillonner la Chine comme bon leur semble pour répandre leur foi, et que les convertis auront les pleins droits civils. Les autorités chinoises n’accepteront de le ratifier qu’en 1860.
C’est à partir de ce moment que les Chinois revirent leur veste et optent pour une augmentation de leur production domestique de pavot. Par un retournement logique de situation, l’opium chinois gagne progressivement la côte ouest de l’Amérique du Nord, et son usage limité aux quartiers portuaires cosmopolites risque de déborder vers les quartiers huppés. Au même moment, un mouvement hygiéniste et moraliste anti-opium et anti-alcool se répand dans les pays anglo-saxons, sous l’influence de l’Église anglicane et des ligues de tempérance. Par ailleurs, l’usage de la morphine gagne en popularité dans les capitales européennes et commence à inquiéter les autorités. La voie est pavée pour une prohibition des opiacés à l’échelle mondiale.
Pendant un certain temps, la Grande-Bretagne et la France essaient tant bien que mal de protéger leurs intérêts commerciaux acquis de haute lutte. La première Conférence internationale sur l’opium de Shanghaï (1909), organisée sous l’impulsion de Mgr Brent, évêque de Manille, réunit treize États et se termine par l’adoption de neuf résolutions non contraignantes, mais qui constituent néanmoins une victoire morale de la croisade prohibitionniste des États-Unis. Il faut mentionner que les États-Unis ont bien plus que des intérêts moraux ou de santé publique dans la prohibition : celle-ci constitue en effet l’occasion parfaite d’affaiblir économiquement la France et l’Angleterre dans la région Asie-Pacifique, et d’expulser du territoire américain les coolies (ex-employés de la construction des chemins de fer dont on n’a plus besoin). « En définitive, les motifs de l’initiative américaine se divisent équitablement en trois branches : un tiers de morale humanitaire, un tiers de xénophobie raciste et un tiers d’intérêts géopolitiques. » [2] Toujours est-il que les Résolutions de Shanghaï sont, en droit international, à l’origine de l’idée désormais omniprésente de limiter le commerce de certaines substances à des fins médicales.
Non content de ces voeux pieux, Mgr Brent revient à la tête d’un délégation américaine à La Haye, aux fins de la Convention de 1912. Cette fois, les substances visées sont non seulement l’opium, mais aussi la coca et tous leurs dérivés respectifs. Les pays européens défendent farouchement leurs industries chimiques et pharmaceutiques et prônent une distribution réglementée, alors que la Chine et les États-Unis penchent du côté d’une prohibition à l’échelle mondiale; avec pour résultat que cette Convention, finalement, n’est guère plus contraignante que les Résolutions de Shanghaï. À la demande de l’Allemagne, la ratification de la Convention doit être effectuée par les 45 pays souverains de l’époque pour entrer en vigueur, et non pas par les seuls pays en présence (toujours au nombre de treize). Or la Première Guerre mondiale viendra retarder ce processus.
Le Traité de Versailles de 1919 [3] donne cependant à la Société des Nations (SDN) le mandat de contrôler l’exécution des mesures prises dans la Convention de 1912. Ainsi, selon l’article 23 (c) :
[les Membres de la Société] chargent la Société du contrôle général des accords relatifs à la traite des femmes et des enfants, du trafic de l’opium et autres drogues nuisibles;
De plus, selon l’article 295 :
Celles des Hautes Parties Contractantes qui n’auraient pas encore signé ou qui, après avoir signé, n’auraient pas encore ratifié la Convention sur l’Opium, signée à La Haye le 23 janvier 1912, sont d’accord pour mettre cette convention en vigueur, et, à cette fin, pour édicter la législation nécessaire aussitôt qu’il sera possible et, au plus tard, dans les douze mois qui suivront la mise en vigueur du présent Traité.
Les Hautes Parties Contractantes conviennent, en outre, pour celles d’entre elles qui n’ont pas encore ratifié ladite Convention, que la ratification du présent Traité équivaudra, à tous égards, à cette ratification et à la signature du Protocole spécial ouvert à La Haye conformément aux résolutions de la troisième Conférence sur l’opium, tenue en 1914 pour la mise en vigueur de ladite Convention.
C’est ainsi que la SDN organise en 1925 la conférence de Genève, donnant naissance à deux Conventions : 1) la Convention du 11 février 1925 relative à la suppression du commerce et de l’usage de l’opium préparé, moins axée sur la prohibition que son nom ne l’indique; et 2) la Convention internationale sur l’Opium, s’appliquant aux trois grandes cultures naturelles (pavot, coca et cannabis) ainsi qu’à leur dérivés, et mettant sur pied un Comité central permanent de contrôle des stupéfiants.
Par la suite, six autres conventions seront adoptées entre 1931 et 1953. Les buts visés sont, entre autres, la classification et l’ajout de nouvelles substances; le transfert des compétences en matière de lutte contre les stupéfiants de la SDN à l’ONU; l’instauration d’une réelle coopération policière; et enfin, en 1953, la restriction de l’offre « à la source ». Le Protocole de New-York de 1953 n’entrera en vigueur qu’en 1963, car les pays issus de la décolonisation sont réticents au principe des inspections et du contrôle de l’agriculture, interprété comme une ingérence inacceptable dans le domaine de leurs ressources naturelles.
Les pays anglo-saxons ont joué un rôle de premier plan dans l’élaboration des grandes conventions internationales en matière de lutte contre la drogue. Or la langue anglaise ne brille par par sa précision, puisque le terme drugs rassemble tout autant les médicaments sur ordonnance que les substances illicites. Un autre problème a trait au terme drug abuse, qui est graduellement devenu, au fil des années, synonyme de drug use. En français, le mot abus signifie « usage mauvais, excessif ou injuste » [4]. L’acception générale du mot anglais abuse va dans le même sens. L’utilisation des drogues a donc été teinté d’un sens général assez péjoratif, faisant état de préjugés et ne tenant absolument pas compte de ses usages médicaux, religieux et culturels potentiellement bénéfiques.
Les termes préconisés ici sont usage abusif, lorsque l’usage des drogues est néfaste pour la santé; et usage ou utilisation, sans plus, dans tous les autres cas.
La définition internationale des drogues est essentiellement une question de classification. On peut retenir principalement les classifications scientifiques, sanitaires et juridiques. [5] En droit international, tout comme dans le Code criminel canadien d’ailleurs, les termes en vogue pendant une grande partie du XXe siècle étaient « stupéfiants » et « narcotiques ». Ces termes ne correspondent malheureusement à aucune réalité autre que celle de leur « définition circulaire » :
[L]a Convention [de 1961], pourtant fort peu avare de définitions, n’en donne aucune du terme « stupéfiant ». Elle se borne à renvoyer à des listes de substances classées figurant dans ses annexes (art.1, §1, u). […] Est donc un stupéfiant toute substance naturelle ou synthétique figurant sur la liste des stupéfiants. [6]
Dans un même ordre d’idées, l’article premier de la Convention de 1971 sur les substances psychotropes (Convention de Vienne) stipule par exemple que :
L’expression « substance psychotrope » désigne toute substance, qu’elle soit d’origine naturelle ou synthétique, ou tout produit naturel du Tableau I, II, III ou IV.
Cela nous amène à la question de la définition conceptuelle des drogues dites « dures » et « douces », qui fait depuis longtemps l’objet d’un grand débat politique, doctrinal et médiatique :
Ni le Canada, ni les États-Unis n’ont vraiment contesté la liste des stupéfiants ou celle des psychotropes imposée par les Conventions. Ni l’un ni l’autre de ces pays n’a manifesté le bon sens dont ont fait preuve la Grande-Bretagne et la Hollande qui ont jugé nécessaire de distinguer, parmi les stupéfiants, les drogues dures (héroïne, par exemple) des drogues douces (cannabis, par exemple), invalidant du même coup la fausse homologie entre ces substances créée par leur présence commune dans la liste des stupéfiants. [7]
La distinction entre drogues dures et douces n’existe pas en droit international, et elle est au demeurant assez simpliste. Différentes échelles de gradation ont cependant été proposées au fil des années par les scientifiques de nombreux pays. Caballero, après avoir examiné quelques études disponibles à la fin des années 1980, affirme que
[P]resque toutes les drogues douces (sauf les tranquilisants) sont des drogues naturelles, toutes les drogues dures sont des drogues synthétiques (LSD, amphétamines, barbituriques...) ou semi-synthétiques (morphine, héroïne, cocaïne). La distinction entre drogue dure et drogue douce recoupe donc presque parfaitement celle entre drogues naturelles cultivées et drogues industrielles fabriquées. Il en résulte que les drogues douces sont généralement des matières premières agricoles. Le droit positif reconnaît d’ailleurs cette spécificité. Il prévoit des dispositions spéciales à la culture tant au niveau international qu’au niveau européen ou national. Il reconnaît dans certains cas, et pour certains produits, le caractère culturel des consommations traditionnelles de drogues douces. [8]
Ces « dispositions spéciales » ont été acquises de hautte lutte, mais ont pour effet de recréer un autre type d’exclusion : qui, en effet, est un indigène apte à consommer ou produire certaines substances? Qui est un non-indigène devant être sanctionné?
Les termes narcotique et stupéfiant sont désuets et ne correspondent plus à la réalité scientifique actuelle. L’OMS préfère utiliser le terme substances psychoactives, sans égard pour leur statut licite ou illicite :
psychoactive drug or substance A substance that, when ingested, affects mental processes, e.g. cognition or affect. This term and its equivalent, psychotropic drug, are the most neutral and descriptive terms for the whole class of substances, licit and illicit, of interest to drug policy. "Psychoactive" does not necessarily imply dependence-producing, and in common parlance, the term is often left unstated, as in "drug use" or "substance abuse". [9]
Le terme « drogue », selon l’OMS, couvre par ailleurs une variété beaucoup plus grande de substances, utilisées en médecine et pharmacologie, notamment, et n’ayant pas toujours d’effets sur les processus mentaux. Enfin, il ne faut pas oublier le débat qui entoure les notions d’accoutumance (habituation) et l’assuétude ou toxicomanie (addiction). L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a défini pour la première fois la toxicomanie en 1952, mais a rapidement fait place aux notions de dépendance physique et psychique en 1963. « Il en résulte que la définition officielle de la drogue n’est plus liée à la notion de toxicomanie […] L’équation admise par tous les spécialistes, drogue = toxicomanie, est devenue techniquement fausse pour le juriste. » [10]
La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 (Convention unique) [1] a abrogé et remplacé les dispositions de toutes les conventions en matière de contrôle des drogues existant au moment de son adoption. Elle a mis en place tout un attirail de contrôle et de supervision faisant appel, entre autres, à la Commission des stupéfiants (CDS-CND) et l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS-INCB).
Pour l’essentiel, la Convention unique limite exclusivement à des fins médicales et scientifiques l’emploi, la détention et la production de substances répertoriées :
Les Parties prendront les mesures législatives et administratives qui pourront être nécessaires
[...]
c) Sous réserve des dispositions de la présente Convention, pour limiter exclusivement aux fins médicales et scientifiques la production, la fabrication, l’exportation, l’importation, la distribution, le commerce, l’emploi et la détention des stupéfiants. [2]
La Convention unique ne précise pas la notion de « fins médicales et scientifiques » et ne désignent pas quelles seraient les substances pouvant déroger à la règle d’interdiction totale, même pour des raisons médicales. [3] Nous pouvons également en déduire que l’intention du législateur était d’autoriser l’emploi à des fins médicales dans l’unique but de soulager la douleur (et non à des fins préventives) à en juger par ces quelques lignes du préambule:
Les Parties,
[...]
Reconnaissant que l’usage médical des stupéfiants demeure indispensable pour soulager la douleur et que les mesures voulues doivent être prises pour assurer que des stupéfiants soient disponibles a cette fin,
[...]
La suite du préambule stipule par ailleurs que la « toxicomanie » (terme tombé en désuétude à l’OMS) [4] est « un fléau pour l’individu et constitue un danger économique et social pour l’humanité » et en appelle à une lutte coordonnée au plan mondial. C’est malheureusement cette interprétation qui a dominé le discours et la pratique depuis plus de 40 ans et sème la discorde, au sein de l'ONU, entre les partisans de la ligne dure (États-Unis en tête) et les pays plus pragmatiques prônant l'approche de réduction des méfaits.
La classification de substances extrêmement disparates sous le vocable unique de stupéfiants (voir la liste en pièce jointe) n’a jamais cessé d’être une source de controverse :
Croyez-le ou non, le cannabis et la résine de cannabis figurent aussi au tableau IV et sont donc considérés très dangereux et sans valeur thérapeutique notable! En fait, ce système de classification complètement ridicule remonte à il y a au moins 75 ans:
En 1931, la Convention pour limiter la fabrication et réglementer la distribution des stupéfiants (Convention de Genève) a entraîné la mise en place d’un système de prévisions obligatoires ayant pour objet de limiter la fabrication mondiale de drogues aux quantités nécessaires à un usage scientifique et médical. C’est en vertu du Protocole de Paris de 1948 que l’OMS fut habilitée à établir quelles sont les nouvelles drogues qui constituent des « drogues dangereuses » pour les besoins de la Convention de 1931. [5]
Selon l’article 3 de la Convention unique, il revient à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’évaluer les substances et de juger de la pertinence de leur classification dans l’un ou l’autre de ces tableaux. Pour ce faire, l’OMS convoque un Comité d’experts pour la pharmacodépendance à tous les deux ans, pour ensuite faire des recommandations à la CDS. Malheureusement, la forme de classification en vigueur est incompatible avec la classification établie par l’OMS. En fait, les termes narcotiques, stupéfiants et substances psychotropes sont désuets et ne correspondent plus à la réalité scientifique actuelle. Les recommandations de l’OMS sont non-contraignantes, ne concernent que la classification des substances (et non le texte des conventions elles-mêmes), et peuvent être rejetées à tout moment par les 53 membres de la CDS. On peut malheureusement conclure de tout ceci que l’OMS a été marginalisée politiquement dès l’adoption des conventions, et que ses progrès scientifiques n’ont jamais été traduits juridiquement.
L’idée de réduction de l’offre de stupéfiants à la source, par l'éradication des cultures illicites, apparue dans le Protocole de New York de 1953, a été reprise dans la Convention unique sur les stupéfiants de 1961:
La Partie qui interdit la culture du pavot à opium ou de la plante de cannabis prendra les mesures appropriées pour saisir les plants cultivés illicitement et pour les détruire, sauf pour de petites quantités nécessaires pour la Partie aux fins de recherches scientifiques. [1]
Le pilier principal de la « Guerre contre certaines drogues » est aussi une guerre contre l'agriculture traditionnelle et les agriculteurs des pays en voie de développement. On pourrait même parler d'un véritable écocide puisque, sur le terrain, les mesures d'éradication se sont parfois traduites par des épandages aériens de produits défoliants tels que le paraquat ou le glyphosate (herbicide de marque Roundup Ultra de la firme Monsanto), au détriment de l'environnement ainsi que de la santé des populations.
Au Québec, les mesures d'éradication comme l'Opération Cisaille sont heureusement limitées à l'arrachage manuel des plants.
Parfois qualifiée de « Convention inique », [2] la version initiale de 1961 ne prévoyait aucune mesure d’indemnisation ou de reconversion des cultures afin de venir en aide aux paysans privés de leur gagne-pain.
En 1972, la Convention unique a été amendée par le Protocole de Genève, qui en a accentué la rigueur. Le Protocole a cette fois prévu une aide financière aux pays dans lesquels l’application de la Convention pose problème. L’idée de développement alternatif, pour lequel a été créé le Fonds des Nations unies pour la lutte contre l’abus de drogues (FNULAD) en 1971, a donc commencé à faire son chemin.
Malheureusement, 35 ans plus tard, il apparaît évident que le développement alternatif n'a jamais vraiment pris son envol, car les sommes qui y ont été allouées ont toujours été absolument dérisoires par rapport aux sommes allouées à l'éradication ou aux interventions policères et militaires de toutes sortes. Les problèmes vécus en Colombie et en Afghanistan depuis 2000-2001 en témoignent.
Alors que la Convention unique de 1961 visait en priorité les substances d'origine naturelle, la Convention de 1971 sur les substances psychotropes (Convention de Vienne) [1] s’en est prise avant tout aux substances synthétiques ou d’origine industrielle. Au moment de sa négociation, il y eut un revirement de situation, puisque les pays développés se sont retrouvés pour la première fois dans le rôle des producteurs! Faut-il s’étonner alors que les États-Unis et l’Europe aient réclamé un allégement des contraintes concernant ces substances, alors que les pays en voie de développement (PED) exigeaient au contraire leur alourdissement?
Le principe de la restriction de la production et de la consommation des psychotropes à des fins médicales et scientifiques est le pivot de la Convention de Vienne qui, exception faite des nouvelles substances contrôlées, est grosso modo assez semblable à la Convention unique qui lui a servi de modèle. Les nouvelles substances contrôlées furent classées, encore une fois, en quatre tableaux dont la cohérence scientifique est extrêmement discutable :
L’une des sources scientifiques principales à la base de ces tableaux est la classification de Delay et Deniker, datant de 1957 et fondée sur la « distinction tripartite entre dépresseurs (tranquilisants), antidépresseurs (stimulants), et hallucinogènes ». Cette classification fut réalisée dans l’optique d’une utilisation médicale des drogues. Elle excluait par le fait même le tabac, l’alcool et les stupéfiants utilisés à des fins récréatives, tels que le cannabis. « Cela suffit à la rendre obsolète ». [2]
Il est bien évident, pour tout fumeur de cannabis, que la classification des cannabinoïdes dans les tableaux I et II n'a absolument aucun sens. Même si la méthodologie des tableaux de 1971 est plus conforme aux standards scientifiques que les tableaux de 1961, de par la désignation chimique des substances visées, il n'en demeure pas moins que la manière de classer les substances résulte d'un choix politique et non scientifique.
Alors que la Convention unique de 1961 n’avait en matière pénale qu’une valeur incitative, la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite des stupéfiants et des substances psychotropes (Convention de 1988) [1] rend contraignante l’adoption de mesures pénales :
Sous réserve de ses principes constitutionnels et des concepts fondamentaux de son système juridique, chaque Partie adopte les mesures nécessaires pour conférer le caractère d’infraction pénale conformément à son droit interne, lorsque l’acte a été commis intentionnellement, à la détention et à l’achat de stupéfiants et de substances psychotropes et à la culture de stupéfiants destinés à la consommation personnelle en violation des dispositions de la Convention de 1961, de la Convention de 1961 telle que modifiée ou de la Convention de 1971. [2]
En réalité, au-delà de la culture, de la détention et de l’achat, c’est tout un ensemble de gestes reliés de près ou de loin à la consommation de substances illicites (vente, achat, fabrication, exportation) qui sont devenus l’objet de sanctions pénales. Cette nouvelle réalité a compliqué grandement l'implantation de mesures de traitement et de réhabilitation qui tenteraient de tolérer une certaine consommation de psychotropes, de même que toute utilisation de substances illicites à des fins médicales. La Convention de 1988 est véritablement l'outil d'application principal de la « Guerre contre certaines drogues » alors que les Conventions de 1971 et 1971 en sont plutôt la justification.
Au Canada, il a fallu l’intervention des tribunaux dans plusieurs causes médiatisées pour que soit adopté un système d’exemptions permettant la détention de cannabis à des fins médicales, en vertu des « principes constitutionnels » de ce pays, et pour que soit minimalement modifée la perception de cette plante.
Face à l'expansion continue du trafic international des drogues, les Parties ont décidé d'adopter des mesures pouvant éventuellement mener à l'arrestation des « gros bonnets », caïds et autres narcotraficants, bien que l'article 3 fasse en sorte que la majeure partie des efforts de répression vise l'arrestation de petits consommateurs et producteurs. Par exemple, les États doivent prendre des mesures pour faciliter l’extradition. L’article 7 énonce diverses mesures d’entraide judiciaire, dont l’interdiction d’invoquer le secret bancaire pour refuser d’accorder de l’aide dans l’enquête ou les procédures judiciaires. Des mesures bilatérales de coopération peuvent être entreprises selon l’aticle 10, notamment l’aide financière aux États par où transitent les substances prohibées. Des mesures administratives, ayant trait à la fourniture de renseignements, sont prévues aux articles 12, 16 et 20. Ces mesures permettent à l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS-INCB) de produire son rapport annuel, selon ce qui est prévu à l’article 23. Or l’analyse des rapports récents de l’OICS démontre que de nombreux États déliquescents (Haïti, pour ne nommer que cette plaque tournante du trafic de drogue dans les Caraïbes) sont absolument incapables de fournir les statistiques exigées, faute de moyens.
Toutes les conventions antidrogue de l'ONU présentent des tableaux en annexe. La Convention de 1988 ne fait pas exception puisque ses Tableaux I et II recensent les précurseurs prohibés, c’est-à-dire les substances chimiques fréquemment utilisées dans la fabrication illicite de stupéfiants ou de substances psychotropes.
La légalisation de la cocaïne ne fait pas partie du programme du Bloc Pot. Nous reconnaissons toutefois que la logique perverse de la prohibition a des effets tout aussi dévastateurs lorsqu'elle cible d'autres substances d'origine naturelle.
Loin du Québec et du Canada, les mesures de lutte contre les psychotropes ne cessent de causer des dommages plus grands que le « mal » qu'elles sont censées combattre. Cette section a donc pour but d'alimenter un débat informé sur la gestion de la biodiversité, et d'insérer la question du cannabis dans le contexte mondial de la Guerre contre certaines drogues.
Nous pourrons un jour élaborer davantage sur la question du pavot (Papaver somniferum) en Afghanistan, ou du khat (Catha edulis) en Afrique de l'Est. Mais pour l'instant, nous croyons que la situation qui prévaut dans les pays andins est la plus comparable avec celle prévalant dans certaines régions économiquement défavorisées du Québec. Nous espérons donc que ce dossier pourra vous éclairer.
En Amérique du Nord, la cocaïne raffinée (hydrochlorure de cocaïne) est bien connue pour être la drogue récréative préférée des riches et célèbres. Sous forme de crack, elle a aussi contribué à affaiblir et à stigmatiser les populations pauvres (généralement d'ethnies hispanique et afro-américaine). Or cette plante, lorsque consommée à l'état naturel, est dotée de vertus tonifiantes et curatives exceptionnelles. Il est donc important d'effectuer un retour à la source, dans les pays andins où s'effectue la culture traditionnelle du la coca (Erythroxylum coca), plante considérée comme fille de Pachamama (déesse-terre) par les autochtones.
En Colombie, la culture de la coca a remplacé celle du cannabis au tournant des années 1980, principalement à des fins d'exportation. Malheureusement, le gouvernement corrompu de ce pays autorise l'éradication des cultures illicites à l'aide de produits chimiques extrêmement toxiques. Loin de régler le problème – puisque la cocaïne est toujours disponible en abondance aux États-Unis et au Canada – cette politique s'insérant dans le cadre militariste du Plan Colombie ne fait qu'envenimer une guerre civile perdurant depuis plus de 40 ans.
En Bolivie au contraire, l'énergie déployée par le peuple et le gouvernement pour défendre le mode de vie autochtone et la culture traditionnelle de la coca est un symbole éclatant de la résistance à l'impérialisme économique anglo-américain, dont la prohibition constitue l'un des leviers principaux depuis plus de 200 ans. Le président actuel du pays, M. Evo Morales, n'était-il pas lui-même leader du mouvement des cocaleros?
Louis Jean,
Alternatives, 29 mars 2007
En Bolivie et dans les Andes, la feuille de coca fait partie de la vie de tous les jours, un peu comme le café en Occident. Mais plus au Nord, on continue de l’associer à son puissant dérivé, la cocaïne. Au point où la question est devenue un sujet de friction international.
Depuis six heures du matin, la soixantaine de soldats du peloton Amarillo patrouillent dans une région reculée du Chapare, à la recherche de plantations de coca. Il est près de midi lorsqu’ils découvrent finalement une petite parcelle de terre sur laquelle pousse le fameux arbuste, qui sert de matière première à la cocaïne. Sur l’ordre du caporal Chambi, qui dirige le peloton, les soldats se mettent aussitôt à arracher chaque petite pousse avec acharnement. Tout cela, alors même qu’ils mâchent... de la coca, la plante qu’ils sont justement en train d’éradiquer.
La situation des soldats illustre le dilemme devant lequel se trouvent les Boliviens. D’un côté, la feuille de coca joue un rôle central dans la culture locale. On l’utilise depuis des millénaires à des fins alimentaires, médicales, rituelles et sociales. D’un autre côté, le pays a besoin du support économique des Etats-Unis. Et celui-ci est conditionnel au respect de la politique d’éradication prévue dans leur ambitieux programme de lutte contre la drogue.
Depuis 1988, le gouvernement bolivien tolère la production d’une certaine quantité de coca, destinée à la mastication et à l’usage traditionnel. Mais au-delà de ce quota national, l’armée éradique des champs entiers, comme vient de l’apprendre à ses dépens Gregorio Udaeta, le petit producteur du Chapare dont les soldats s’affairent à détruire la récolte. « On a besoin de la coca parce que rien d’autre ne pousse dans cette terre, proteste-t-il. Il n’y a aucune autre plante qui puisse me donner un revenu pour faire vivre ma famille. »
Rien en faire. En 10 minutes, le vieil homme vient de perdre les trois quarts de son revenu annuel.
Dans une région comme celle du Chapare, la coca est avant tout une histoire de survivance. Le territoire, situé au centre du pays, a été peuplé par des gens qui, comme Gregorio Udaeta, se sont retrouvés sans emploi après la chute du prix de l’étain et la privatisation des entreprises d’État, au cours des années 1980. Confrontés à un sol peu fertile, en quête d’un revenu immédiat, plusieurs cultivateurs se sont tournés vers la coca. La plante était idéale. Contrairement aux arbres fruitiers, elle produisait une récolte dès la première année. La coca possédait aussi l’avantage de fournir trois récoltes par an. Sans compter qu’on pouvait la transporter assez facilement.
Reste que le principal attrait de la coca demeure son prix de vente. En raison de la demande élevée et du contrôle de la production, une livre de feuille de coca se vend environ 20 bolivianos (3 $) dans les marchés locaux. En comparaison, une livre de banane rapporte rarement plus que 50 centavos (7 cents). Voilà qui explique pourquoi, même si notre Gregorio Udaeta possédait une bananeraie de deux hectares, soit environ la superficie de quatre terrains de football américain, il tirait la majorité de son revenu d’une plantation de coca de la taille d’une patinoire de hockey.
En Bolivie, le parfum caractéristique de la coca flotte un peu partout dans les maisons et dans les marchés. Les habitants l’ont totalement intégrée à leur mode de vie. Ils lui attribuent aussi de multiples vertus. « La coca aide mes hommes à travailler plus fort et elle leur permet de travailler plus longtemps », explique le caporal Chambi. « Et lorsque tu reviens à la maison avec un sac de coca, ta femme est contente, ajoute-t-il à la blague. Ça te permet d’accomplir ta mission. »
N’en déplaise au caporal Chambi, les vertus aphrodisiaques de la coca restent à prouver. Mais plusieurs des propriétés attribuées à la plante reposent sur des bases scientifiques. L’étude la plus exhaustive sur le sujet, réalisée par une équipe franco-bolivienne et publiée dans le Journal of Physiology en 1995, rapporte plusieurs effets positifs pour les « mastiqueurs ». Par exemple, en raison d’une augmentation du taux d’adrénaline dans le sang, ces derniers tolèrent mieux la fatigue et ils peuvent travailler plus longtemps. L’étude indique également que la coca permet de tolérer davantage la faim, le froid et le manque d’oxygène en altitude.
En Bolivie, les étudiants et les chauffeurs de taxi utilisent d’abord la coca pour vaincre la fatigue, un peu comme nous le faisons avec le café. Mais l’échelle mondiale, la coca n’est pas à la veille de remplacer le café. Depuis 1961, la plante sacrée des Incas est considérée comme un stupéfiant par le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime. Au même titre que l’héroïne. En Occident, on l’associe immanquablement à la cocaïne, son puissant dérivé. Tout cela même si la feuille de coca ne contient que de très faibles quantités de l’alcaloïde cocaïne, l’élément qu’on extrait pour produire la drogue.
Dans les faits, une chique de 12 grammes de coca permet d’ingérer l’équivalent de 60 mg de cocaïne. Mais comme l’absorption est très lente, l’effet sur le corps est assez limité. L’euphorie recherchée par les cocaïnomanes ne se produit pas, selon Hilde Spielvoguel, principale auteure de l’étude publiée dans le Journal of Physiology. « C’est dommage qu’il y ait tant de désinformation à propos de la coca. Dans les études que nous avons faites, nous n’avons rien trouvé de dangereux [...] La coca n’est pas plus une drogue que le café. L’effet de la coca est même très semblable à celui du café, mais sans produire de l’acide dans l’estomac », explique-t-elle.
On le devinera, la lutte contre la drogue menée par Washington, depuis les années 1980, n’est pas très populaire en Bolivie. Même le caporal Chambi, dont le travail consiste à détruire des plantations de coca, semble avoir des réserves. « S’il y a de la demande pour la cocaïne, il y aura toujours de l’offre. Et la demande, elle ne vient pas d’ici. Les Boliviens ne consomment pas la cocaïne », dit-il.
En attendant la suite, la lutte contre la drogue a fait naître l’un des mouvements politiques les plus puissants en Bolivie : les cocaleros. Organisés autour d’une structure syndicale héritée de l’époque minière, ces producteurs de coca ont orchestré plusieurs révoltes populaires. Au point d’être en partie responsables de la démission de cinq présidents boliviens au cours des six dernières années.
Faut-il s’en étonner ? L’actuel président, Evo Morales, est lui-même un ancien cocalero. Tabassé, emprisonné et qualifié de narco-terroriste par Washington, Morales a continué à lutter pour la reconnaissance de la coca. Il est vite devenu le chef de file du mouvement. En 2001 à Cochabamba, il a entrepris une marche de 384 km vers la capitale, devant des milliers de manifestants qui scandaient : « Vive la coca, mort aux Yankees ». Cinq ans plus tard, en décembre 2005, dans un revirement de situation totalement inattendu, le même Evo Morales a remporté les élections nationales. Avec 53,7 % des suffrages !
Devenu président, Morales a dû adapter quelque peu son discours. Il mène aujourd’hui une campagne internationale pour la décriminalisation de la coca sous la bannière : « oui à la coca, non à la cocaïne ». Autrement dit, il tente de convaincre le monde que la coca n’est pas de la cocaïne, tout comme le raisin n’est pas du vin. L’enjeu n’est pas négligeable. Une éventuelle reconnaissance internationale permettrait à la Bolivie d’industrialiser et d’exporter plusieurs produits à base de coca, comme des boissons énergisantes, du thé, de la farine et des cosmétiques.
« Nous exportons déjà à Cuba et au Venezuela » nous dit le porte-parole de la présidence, Alex Contreras. « Et nous comptons bientôt élargir notre marché à la Chine et à l’Afrique du Sud, qui sont particulièrement intéressées », ajoute-t-il. Selon lui, l’industrialisation de la coca s’inscrit même dans la nouvelle stratégie de lutte contre la drogue du gouvernement Morales. « L’industrialisation utilisera les excédents de coca, qui n’iront plus au narcotrafic », explique-t-il.
Pour mener à bien son projet, le président Morales a fait passer le quota national de coca de 12 000 à 20 000 hectares, en décembre dernier. Du même coup, il a légitimé la production de milliers de paysans qui, comme Gregorio Udaeta, étaient jusqu’alors considérés comme des narcotrafiquants.
Il n’empêche. La Bolivie a un long chemin à parcourir pour rallier les États-Unis à cette nouvelle stratégie. Depuis l’annonce de l’augmentation du quota de coca, en guise de représailles, les États-Unis ont réduit leur aide à la Bolivie pour le contrôle de la drogue de 25 %. Un dur coup pour l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud, qui est aussi l’un des plus grands bénéficiaires per capita de l’aide américaine au monde.
Le président Morales se retrouve donc coincé entre la volonté de Washington et les revendications du mouvement cocalero, qu’il dirige encore. Jusqu’à maintenant, il a réussi à convaincre les syndicats d’éradiquer une certaine quantité de coca, espérant ainsi pouvoir sauver les liens commerciaux privilégiés avec les États-Unis. On estime que le commerce avec le partenaire américain assure un emploi à environ 100 000 Boliviens, en plus de permettre l’exportation de produits d’une valeur de 300 millions de dollars.
Mais revenons à la plantation de notre Gregorio Udaeta, où les soldats du caporal Chiambi ont achevé la destruction de la récolte de coca. Tout s’est passé dans le calme. Même que le caporal ne cache pas sa satisfaction. « Avant, c’était des commandos [qui détruisaient les plantations], explique le caporal. Nous étions masqués et il y avait souvent des confrontations violentes avec les paysans. »
Comble de l’ironie, au moment où les soldats s’apprêtent à partir, Gregorio Udaeta leur tend un petit sac de coca, selon le rituel d’usage en Bolivie. Ce geste est central à toute une culture : on le fait par fraternité - comme les Occidentaux s’offrent un verre - mais aussi pour communier avec les ancêtres et la Pachamama, la Terre mère. Pour les soldats, qui viennent pourtant de détruire la plantation de coca du vieil homme, il ne saurait être question de refuser.
Les dossiers de l'Institut transnational (Amsterdam) sont une source inestimable d'informations concernant la problématique des cultures illicites, du trafic de drogue et des conflits armés qui affectent généralement les zones de production.
Les régions couvertes sont l'Amérique latine (Colombie, Bolivie, Pérou, en lien avec la culture de la coca) ainsi que l'Asie (Afghanistan, Myanmar, en lien avec la culture du pavot).
Articles en anglais et en espagnol.

Photo: Jeremy Bigwood
L’arroseur arrosé, titre inspiré du court métrage des frères Lumière, fait référence à la visite en Colombie, en novembre 2000, d’une délégation présidée par le sénateur du Minnesota, M. Paul Wellstone. L’une des étapes de cette visite, organisée par l’ambassade américaine à Bogotá, consistait en une démonstration d’épandage aérien d’herbicide au-dessus d’un champ de coca, et avait pour but de convaincre le sénateur de la précision et de la sûreté de ce procédé. Toutefois, le vent transporta un fin nuage d’herbicide jusqu’au poste d’observation où se trouvaient M. Wellstone et ses conseillers. Suite à cette douche chimique, l’arroseur arrosé ne fut donc pas tant M. Wellstone que l’administration Bush, qui avait réussi à démontrer le peu d’efficacité d’un volet essentiel de l’aide versée à la Colombie! À son retour aux États-Unis, M. Wellstone insista pour que cette aide soit interrompue, tant et aussi longtemps que la situation des droits de la personne dans ce pays ne s’améliorerait pas. L’ironie de cette histoire ne doit pas nous faire oublier qu’en 2002, le contrôle du Sénat par les Démocrates dépendait grandement de la réélection de ce politicien farouchement opposé au projet d’intervention militaire en Irak. Le 25 octobre, alors que les sondages le donnaient vainqueur, M. Wellstone périt dans un mystérieux accident d’avion en compagnie de son épouse, sa fille, trois conseillers et deux pilotes.
Les cinq pays de la Communauté andine (Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou et Venezuela) constituent l’un des trois principaux foyers de la production mondiale de substances illicites d’origine naturelle — bien que l’une d’entre elles, le cannabis, soit désormais cultivé à peu près partout sur la planète. Les autres foyers importants sont le « Triangle d’Or » (espaces frontaliers contigus de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande) et le « Croissant d’Or » (espaces frontaliers contigus de l’Afghanistan, de l’Iran et du Pakistan). Un point commun à toutes ces régions est leur grande instabilité politique, ainsi que leur histoire ponctuée d’épisodes de violence (coups d’État, guerres civiles, etc.)
Si ces violences, qui perdurent depuis des décennies, trouvent souvent leur source dans les rivalités ethniques, l’injustice économique ou les intérêts géopolitiques des grandes puissances, il n’en demeure pas moins que la prohibition des drogues a contribué à les envenimer. En effet, il est largement admis que l’argent provenant du trafic de substances illicites sert à financer les activités des groupes armés de toutes sortes. Le démontrer ne fera toutefois pas partie des objectifs de ce document, non plus qu’exposer les fondements religieux, moraux ou hygiéniques justifiant la prohibition de certaines substances plutôt que d’autres. Toujours est-il qu’une analyse simpliste de ce lien entre drogue et conflit armé sert à légitimer les mesures d’éradication, alors que les fondements de la prohibition ne sont presque jamais remis en question.
Quant aux informations concernant l’impact environnemental de la production de substances illicites, elles sont rarissimes. En Afghanistan ou au Myanmar, cela s’explique non seulement par l’opacité des régimes politiques en place, mais aussi par les dangers inhérents à effectuer des recherches scientifiques indépendantes dans ces régions. Dans les pays d’Amérique du Nord, le manque de données fiables semble plutôt relié à une certaine hypocrisie, qui porte les milieux politiques et académiques à minimiser l’ampleur du phénomène.
Heureusement, les données concernant les pays de la Communauté andine sont plus abondantes. Dans une optique comparative entre la Colombie — épicentre de toutes les violences — et les pays avoisinants, ce document étudiera plus spécifiquement : 1) les fondements en droit international de l’éradication des cultures illicites; 2) la relation entre l’environnement et les mesures d’éradication; et 3) la protection de l’environnement en temps de conflit armé (puisqu’il est quasiment impossible de dissocier les mesures d’éradication des conflits armés dans lesquels elles s’insèrent). Le droit international humanitaire peut-il être un rempart efficace contre la dégradation de l’environnement? Son respect pourrait-il favoriser une amélioration de la situation sociopolitique des pays concernés une fois la paix revenue?
Si l’on exclut les tentatives de la Chine d’interdire l’importation d’opium à partir de 1792, le régime international de prohibition de certaines drogues aura bientôt cent ans. En effet, les jalons de ce régime ont été posés en 1909 lors de la Conférence de Shanghaï, et concrétisés en 1912 par la Convention sur l’Opium de La Haye. Ce régime s’est graduellement transformé en échafaudage complexe de conventions spécialisées dont le motif principal était — officiellement du moins — la restriction de l’usage de certaines plantes et « stupéfiants » à des fins médicales et scientifiques.
L’éradication des cultures illicites à la source — concept qui fera l’objet d’une attention particulière dans ce document — fit son apparition dans le Protocole visant à limiter et a réglementer la culture du pavot, ainsi que la production, le commerce international, le commerce de gros et l’emploi de l’opium (Protocole de New York) de 1953. Ce concept fut assez mal reçu par les pays du Sud, alors en voie de décolonisation et peu enclins à accepter une ingérence étrangère dans le domaine de leurs ressources naturelles. En 1961, l’adoption de la Convention unique sur les stupéfiants [4] (Convention unique) a abrogé le Protocole de New York et toutes les conventions précédentes, en recyclant néanmoins un système de classification à la méthodologie douteuse et datant de 1931, et en ciblant particulièrement trois stupéfiants d’origine naturelle — la feuille de coca, le pavot à opium, le cannabis et leurs dérivés. La Convention unique avait aussi pour but d’abolir la mastication de la feuille de coca dans un délai de vingt-cinq ans à compter de son entrée en vigueur, objectif qui apparaît aujourd’hui complètement irréaliste.
La Convention unique a été amendée et renforcée par le Protocole du 25 mars 1972 portant amendement de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 (Protocole de Genève). C’est à ce moment que le concept d’éradication à la source des cultures illicites a refait surface, par l’ajout de ces quelques lignes à l’article 22 §2 :
La Partie qui interdit la culture du pavot à opium ou de la plante de cannabis prendra les mesures appropriées pour saisir les plants cultivés illicitement et pour les détruire, sauf pour de petites quantités nécessaires pour la Partie aux fins de recherche scientifique.
Le Protocole de Genève a prévu en outre une aide financière aux pays dans lesquels l’application de la Convention pose problème (article 14 bis). Le concept de « développement alternatif » a donc fait son apparition pour la première fois en droit conventionnel. La responsabilité de son application pratique fut attribuée au Fonds des Nations unies pour la lutte contre l’abus de drogues (FNULAD, fondé en 1971), auquel succéda le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) à partir de 1990.
Enfin, le régime de prohibition a pris une tournure beaucoup plus sévère à partir de 1988. Bien que des sanctions pénales aient été suggérées ou appliquées dès le début du XXe siècle, la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite des stupéfiants et des substances psychotropes [5] a considérablement restreint la marge de manœuvre des États en ce qui concerne les moyens déployés pour contrôler les substances, à en juger par l’article 3 §2:
Sous réserve de ses principes constitutionnels et des concepts fondamentaux de son système juridique, chaque Partie adopte les mesures nécessaires pour conférer le caractère d’infraction pénale conformément à son droit interne, lorsque l’acte a été commis intentionnellement, à la détention et à l’achat de stupéfiants et de substances psychotropes et à la culture de stupéfiants destinés à la consommation personnelle en violation des dispositions de la Convention de 1961, de la Convention de 1961 telle que modifiée ou de la Convention de 1971.
Bien que cette convention stipule, à l’article 14 §1, que les mesures prises par les Parties « ne seront pas moins strictes » que les dispositions applicables aux termes des conventions précédentes, deux échappatoires permettent toutefois à un État d’éviter le recours aux sanctions pénales. Il s’agit bien entendu de ses « principes constitutionnels », mais aussi de l’utilisation des stupéfiants dans un cadre traditionnel, mentionnée à l’article 14 §2:
2. Chaque Partie prend des mesures appropriées pour empêcher sur son territoire la culture illicite de plantes contenant des stupéfiants ou des substances psychotropes comme le pavot à opium, le cocaïer et la plante de cannabis, et pour détruire celles qui y seraient illicitement cultivées. Les mesures adoptées doivent respecter les droits fondamentaux de l’homme et tenir dûment compte des utilisations licites traditionnelles — lorsque de telles utilisations sont attestées par l’histoire — ainsi que de la protection de l’environnement.
En rapport avec ces échappatoires, la position officielle de trois pays andins mérite d’être étudiée. D’une part, la Bolivie a clairement rejeté la voie de la criminalisation, comme en témoignent les déclarations suivantes [6], émises lors de la signature de la Convention, et confirmées lors de sa ratification:
La République de Bolivie formule une réserve expresse à l’égard du paragraphe 2 de l’article 3 et déclare que lesdites dispositions, qui pourraient s’interpréter pour qualifier de criminelles l’utilisation, la consommation, l’acquisition et la culture de la feuille de coca pour l’usage personnel, lui sont inapplicables.
Pour la Bolivie, une telle interprétation desdites dispositions est contraire aux principes de sa Constitution et aux règles fondamentales de son ordre juridique qui consacre le respect de la culture, des utilisations licites, des valeurs et de la personnalité des nationalités qui composent la population bolivienne.
L’ordre juridique bolivien reconnaît le caractère ancestral de l’utilisation licite de la feuille de coca, qu’une grande partie de la population bolivienne utilise depuis des siècles. En formulant cette réserve, la Bolivie considère:
[...]
- qu’elle est largement utilisée et consommée en Bolivie et que, par conséquent, si l’on acceptait d’interpréter ainsi la disposition en question, une grande partie de la population bolivienne pourrait être qualifiée de criminelle et sanctionnée comme telle; c’est pourquoi l’interprétation de l’article dans le sens indiqué est inapplicable à la Bolivie;
[...]
Par cette prise de position, la Bolivie ne laisse aucun doute quant à l’interprétation des échappatoires. La position du Pérou, plus laconique, reflète tout de même celle de la Bolivie:
Le Pérou formule une réserve expresse à l’égard de l’alinéa a) ii) du paragraphe 1 de l’article 3 relative aux infractions et aux sanctions qui cite la culture parmi les activités qualifiées d’infractions pénales sans établir la distinction nécessaire et précise entre culture licite et culture illicite. En conséquence, il formule également une réserve expresse à l’égard de la portée de la définition du trafic illicite donnée à l’article premier où il est fait allusion à l’alinéa a) ii) du paragraphe 1 de l’article 3.
D’autre part, la Colombie a choisi de légitimer la « criminalisation de la culture de la feuille de coca » à condition qu’elle soit jumelée avec des mesures de développement alternatif, ce qui est tout à fait dans l’esprit de la Convention unique telle que modifiée par le Protocole de 1972:
2. La Colombie estime que la criminalisation de la culture de la feuille de coca doit aller de pair avec une politique de développement de remplacement qui tienne compte des droits des collectivités indigènes concernées et de la protection de l’environnement. Dans le même sens, elle considère que le traitement discriminatoire, inéquitable et restrictif réservé à ses produits agricoles d’exportation sur les marchés internationaux, loin de favoriser la lutte contre les cultures illicites est, au contraire, à l’origine de la détérioration de la situation sociale et écologique dans les zones visées. De même, l’État colombien se réserve le droit d’évaluer en toute autonomie l’incidence sur l’environnement des politiques de lutte contre le trafic des stupéfiants dans la mesure où celles d’entre elles qui ont des conséquences néfastes pour les écosystèmes vont à l’encontre de sa constitution.
Cette déclaration démontre par ailleurs que la protection de l’environnement et des écosystèmes était au coeur des préoccupations de la Colombie, ce qui est plutôt positif. Toutefois, l’échec des mesures de développement alternatif est implicitement annoncé par l’admission du « traitement discriminatoire, inéquitable et restrictif réservé à ses produits agricoles ».
On peut supposer que le succès du développement alternatif dépend minimalement de deux facteurs : 1) que les sommes qui y sont consacrées soient égales ou supérieures à celles allouées à l’éradication, et 2) que les débouchés internationaux rendent les cultures de remplacement aussi attrayantes économiquement que les cultures illicites. Malheureusement, ces conditions qui apparaissaient plausibles en 1972 ne se sont pas matérialisées. La déclaration faite par la Colombie en 1988 laissait donc entrevoir qu’elle considérerait légitime d’appliquer des mesures de criminalisation, malgré l’insuffisance et l’inefficacité des cultures de remplacement.
Au moment d’écrire ces lignes, les cocaleros de Bolivie forment un groupe politique incontournable de la vie politique et de la société bolivienne. Appauvris mais organisés, les paysans ont porté leur leader Evo Morales jusqu’à la présidence du pays. La Colombie, quant à elle, s’enlise dans un conflit sans issue prévisible. Attentats à la bombe, populations déplacées, assassinats et prise d’otages sont le lot quotidien de sa population. Le Venezuela et l’Équateur, relativement moins touchés par les cultures illicites, résistent tant bien que mal à la déstabilisation dans leurs zones frontalières. Enfin, le Pérou a pour sa part obtenu « une apparence de bons résultats » en alliant des mesures d’éradication respectueuses des paysans et de vastes programmes de cultures de remplacement. Mais cela est sans doute dû au fait que ce pays fut le premier à mettre de telles mesures en place, ce qui a entraîné une hausse de la production de coca et de pavot dans les pays voisins, par effet de vases communicants.
Le régime prohibitionniste mondial institué entre 1961 et 1988 a créé une économie parallèle dont les effets sur l’environnement sont indéniables, bien que peu étudiés scientifiquement. À l’échelle mondiale, une manière aisée de les recenser est la géographie.
Les dommages infligés à l’environnement dans les pays de la Communauté andine seront détaillés un peu plus loin. Mais une chose à préciser d’entrée de jeu est que la distinction entre pays producteurs et consommateurs, qui était assez nette à l’époque de l’adoption des conventions, a tendance à devenir de plus en plus floue. Alors que les pays du Sud étaient généralement des lieux de production et de transit des substances illicites, de nombreux facteurs (guerres, effondrement économique, déplacements de populations) ont destructuré les sociétés traditionnelles et donné lieu à une explosion de la dépendance aux drogues sur tous les continents. Ainsi, le Brésil est devenu le second marché mondial en importance derrière les États-Unis en ce qui a trait à la cocaïne, alors que les pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord ont développé une véritable industrie parallèle de production de cannabis, d’ecstasy, etc. [7]
Une autre distinction géographique traditionnelle, cette fois entre les campagnes « productrices » et les villes « consommatrices », ne tient pas la route non plus. Le phénomène des grow ops (cultures hydroponiques de cannabis en milieu urbain) en témoigne, tout comme l’usage du crystal meth (métamphétamines) dans les petites communautés rurales d’Amérique du Nord. Cette drogue de synthèse est obtenue à peu de frais à l’aide de précurseurs bon marché :
One method combines red phosphorous, usually taken from the strips on matchboxes; pseudoephedrine, from cold tablets; and iodine. The other method, more common in farming country, involves anhydrous ammonia, a liquid fertilizer, cooked with pseudoephedrine and lithium, taken from car batteries. [8]
Ces méthodes de production dégageraient 6 parties de résidus toxiques pour chaque partie de drogue stimulante obtenue, selon des sources policières :
DEA officials estimate that for each pound of meth produced, a lab operator winds up with 6 pounds of toxic waste, including leftover chemicals such as anhydrous ammonia and lye, and solid meth residue. [...] In fiscal 2002, the DEA reported more than 9,000 lab raids, up from just more than 800 in 1995. [9]
En résumé, les activités de production de drogues illicites ont lieu autant dans les villes que dans les campagnes, au Nord comme au Sud. Alors que le crystal meth a suscité un début de prise de conscience environnementale en Amérique du Nord, les pays de la Communauté andine demeurent encore de grands producteurs fortement associés à la cocaïne dans l’imaginaire collectif nord-américain. Pour des raisons historiques, la Colombie est littéralement stigmatisée, ce qui contribue à légitimer, auprès de l’opinion publique, les programmes d’éradication entrepris dans ce pays.
Comme il a été mentionné plus haut, la consommation de drogues de par le monde affecte surtout les grandes villes, sans que cela ne leur soit exclusif. Mais comment ce phénomène social affecte-t-il l’environnement? Il semble en tout cas que les dommages causés par la consommation en contexte prohibitionniste vont beaucoup plus loin que les seringues abandonnées dans les ruelles ou la propagation du VIH, à en croire le chercheur Avi Brisman. Celui-ci a tenté d’illustrer le lien causal existant entre 1) la peur de la criminalité chez l’Américain moyen; 2) le déclin des centre-villes (et son corollaire, le phénomène d’expansion sans fin des banlieues); et 3) l’engouement pour les véhicules utilitaires sport (VUS) aux allures de chars d’assaut, dans le but de démontrer que la criminalisation et la marginalisation des usagers de drogues est un frein au développement durable! [10]
Cet exemple, tiré d’une réalité nord-américaine certes très différente de celle vécue par le paysan péruvien, nous invite tout de même à considérer l’impact à long terme des activités de production et d’éradication des drogues dans un contexte de criminalisation. Se pourrait-il que ces activités finissent par destructurer de manière irréversible la société et l’environnement des pays andins?
La dissimulation des activités d’acheminement des substances illicites à destination, via de nombreux points d’entrée et de sortie (centres régionaux, ports internationaux, etc.) rend l’évaluation objective de leurs effets quasi impossible. On peut parier que les dommages environnementaux les plus grands sont dûs à la déforestation et à la dispersion de produits chimiques reliées à l’existence de dizaines, voire de centaines de pistes d’atterrissage construites en pleine jungle.
À cela s’ajoute l’impact des Forward Operating Locations (FOL), bases militaires dont la raison d’être officielle est d’intercepter les avions servant au trafic des substances illicites. Des FOL ont été construites à Curaçao, Aruba et Manta (Équateur), afin de lancer les quelque 2000 missions annuelles de surveillance aérienne qui partaient de la base aérienne d’Howard (Panama) jusqu’en 1999. [11] Or, les problèmes environnementaux qu’ont affrontés courageusement les résidents de l’île de Vieques, au large de Porto Rico, en disent long sur le peu de cas que les forces américaines (en l’occurrence, la U.S. Navy) font du principe de précaution sur les territoires qu’ils occupent. [12] Enfin, un « incident isolé » comme l’immunité accordée à 5 soldats américains, arrêtés en mars 2005 pour avoir tenté d’importer 16 kg de cocaïne [13] — lorsque confronté aux propos de l’ex-détective Michael Levine [14] — donne l’impression que l’utilisation des bases américaines à des fins de trafic de stupéfiants est plutôt monnaie courante. Une fois de plus, la distinction devient floue entre les installations servant au narcotrafic, et les installations servant à contrer ce trafic. Et puisque les FOL servent aussi des intérêts géostratégiques plus généraux comme le contrôle des ressources énergétiques, une évaluation objective de l’impact des activités strictement reliées aux drogues devient quasiment impossible.
Ce panorama général nous amène au contexte particulier de la région andine. Les impacts environnementaux peuvent être reliés à deux sources principales, soit : 1) la production elle-même, et 2) les programmes d’éradication des cultures illicites.
À l’instar de la production de crystal meth dans des laboratoires clandestins d’Amérique du Nord, l’extraction des principes actifs du pavot ou du cocaïer dans des installations qui ne sont soumises à aucune réglementation, a engendré une dispersion incontrôlée des précurseurs chimiques, qui a résulté le plus souvent en la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques :
[T]he runoff from Colombian prohibited drug processing facilities [is estimated] at a total of 20 million litres per year of ethyl ether, acetone, ammonia, sulfuric acid, and hydrochloric acid. The environmental effects of pollution from illicit crops and their economy remain the subject of much speculation and little systematic research. [16]
À cela s’est ajoutée l’action de pesticides et fertilisants employés à des fins agricoles. Mais puisque les plantations illégales sont souvent entrecoupées de cultures vivrières (au Pérou, cela était même encouragé par le Sentier Lumineux) [17], il devient très difficile de déterminer avec certitude quel en est leur impact réel sur les ressources aquatiques.
Une autre conséquence importante des cultures illicites est la déforestation :
A substantial proportion of the coca and poppy crop expansion in the Andean countries has been done at the expense of primary tropical forests. Low-altitude humid forests have been destroyed to plant coca, and high-altitude forests have been cut to plant opium poppies. The environmental loss exceeds the area planted with illegal crops because for each hectare of coca or poppy peasants cut down 3 or 4 hectares of forest. [18]
A priori, la déforestation semble être une réalité plus facilement quantifiable que la pollution des cours d’eau. En effet, avec la géomatique il devient possible de calculer précisément le nombre d’hectares de forêt tropicale sacrifiée à des fins agricoles, et de déterminer dans quelle proportion les zones déboisées sont consacrées aux cultures illicites, sans que des chercheurs ne doivent mettre leur vie en danger en allant prélever des échantillons dans les zones à risque.
Toutefois, Maria Álvarez, de l’Université Columbia, remet en question beaucoup de certitudes en posant la question : « la paix pourrait-elle être pire que la guerre pour les forêts colombiennes? » [19] En effet, en contexte de conflit armé, le couvert forestier est d’une importance stratégique capitale, tant pour la guérilla que pour les paramilitaires, et ces groupes jouent un rôle de conservation des forêts non négligeable. De plus, les impacts écologiques des cultures illicites doivent être comparés non pas avec un utopique « impact zéro », mais avec l’impact qu’auraient les activités licites initiées en temps de paix, comme l’exploitation minière, les coupes à blanc, l’agriculture extensive, etc. Les cas de l’Amazonie brésilienne et de certaines îles indonésiennes (Bornéo, Irian Jaya) nous rappellent à juste titre que la déforestation massive survient le plus souvent en temps de « paix ». Par conséquent, il se pourrait que le conflit qui affecte présentement la Colombie (malgré les effets environnementaux néfastes des routes construites illégalement, des pipe-lines éventrés ou des activités d’éradication par épandages aériens) soit la moins néfaste des situations. Les autorités devront donc se préparer à mettre sur pied des mesures de conservation efficaces, dans les zones présentement « protégées à la pointe du fusil » (under ‘gunpoint conservation,’), car la protection dont elles jouissent disparaîtra lors du retour des guerilleros à la vie civile. [20]
Il n’en demeure pas moins que la pollution des cours d’eau et la déforestation qui affligent les pays andins ont été récupérés dans le discours prohibitionniste nord-américain. Par exemple, lors du Jour de la Terre de 2002, le journal The Oregonian a publié une lettre d’opinion du Drug Czar (directeur de l’Office of National Drug Policy des États-Unis) dont voici quelques extraits :
Consider the Andes and Amazonian regions of South America. In countries such as Colombia and Peru, astonishing environmental riches abound. [...]
But that diversity is rapidly being destroyed. Environmental journalist Stephanie Joyce, reporting in International Wildlife, described what she saw in the Andean region: "a devastated landscape… an accordion of scarred red hillsides dotted with rotting tree stumps. The forest has disappeared as far as the eye can see."
Who cut down the forest, wiped out the fragile wildlife, depleted the soil and left behind a chemically poisoned scar that had once been rain forest? It’s a tragic story of greed and dependency. But the culprit here isn’t a rapacious corporation. It’s our demand for illegal drugs.
[...]
The nations and our own government have tried to curtail cocaine production by spraying coca fields with glyphosate, the chemical compound that has been used safely by millions of Americans for years. But our spraying is not the engine driving all this environmental destruction; it’s the growing and processing of cocaine itself. Illegal drug manufacturers, obviously, follow no environmental or safety rules. [21]
Dans les pays de la Communauté andine, les épandages aériens d’herbicides ont commencé dès 1978. Les substances utilisées à l’époque étaient non seulement le glyphosate, mais aussi le paraquat (interdit aux États-Unis depuis). Au cours des années 1980, des tests furent effectués au Pérou, en Colombie, au Guatemala et à Panama contre les plantations de coca, de pavot et de cannabis. Les herbicides testés portaient des noms tels qu’imazapyr, tebuthiuron, 2,4-D, hexaxinone. [22]
Ce que le Drug Czar ne mentionne pas dans sa lettre à saveur environnementaliste est que l’éradication actuelle des cultures illicites, lorsqu’effectuée par le biais d’épandages aériens (donc à une grande distance de la cible), ne respecte pas le mode d’emploi énoncé par les fabricants. Cette lettre laisse également entendre que le glyphosate est peu dommageable lorsqu’appliqué correctement, ce qui est de moins en moins certain :
According to a 2002 report by the California EPA Department of Pesticide Regulation, unintentional worker exposure to small amounts of glyphosate herbicides caused burning of eyes, blurred vision, dizziness, skin rashes, rapid heartbeat, difficulty breathing, headaches, nausea, and diarrhea, among other symptoms. Studies of farmers and others workers exposed to glyphosate herbicides found associations with the cancer non-Hodgkin’s lymphoma and increased risk of miscarriages and premature births in farm families. Chronic toxicity studies have not been conducted for glyphosate herbicide formulations, which are known to be more toxic than glyphosate alone, and therefore no suitable data exists to predict possible long-term health effects. [23]
Il est à noter que la formule employée en Colombie contient aussi de l’eau ainsi que du Cosmoflux-411F et du Cosmo-InD. Ces derniers sont des agents de surface (composés tensioactifs) destinés à faciliter l’absorption du glyphosate par les plantes visées. [24]
Par ailleurs, un effet pernicieux des programmes d’éradication, rapporté par plusieurs auteurs, est l’abandon des terres contaminées et la colonisation de nouvelles terres situées loin des zones sujettes aux épandages. Par conséquent, les programmes d’éradication aggravent les problèmes environnementaux de la région en causant un déboisement supplémentaire! Sinon, les cultures extensives sont parfois remplacées par de minuscules parcelles en milieu forestier, y compris dans les parcs nationaux.
L'exercice de recensement des faits présenté dans les pages précédentes ne pourrait être complet, sans que l’on établisse les liens avec au moins deux grands principes du droit international de l’environnement.
À la lumière des informations recensées ci-haut, il faut se demander ce qu’il advient du principe de précaution, d’une importance capitale en droit de l’environnement. Curieusement, celui-ci semble jusqu’à maintenant avoir été appliqué plus volontiers par les firmes transnationales, dans la ligne de mire des ONG et autres membres de la société civile, que par les acteurs étatiques!
In May 1988, following protests by Peruvian ecologists and peasants, U.S. Ely Lilly Co. decided to stop selling Tebuthiuron, or “Spike,” to the U.S. government for the coca eradication program in Peru, on the basis that it had not been tested for use in Peru’s environment. Likewise, in the late nineties, a U.S. proposal to begin using Spike to eradicate coca crops in Colombia was strongly opposed by environmental groups and the manufacturer, Dow Chemical. According to Dow, “…it is our desire that this product not be used for illicit crop eradication. It can be very risky in situations where the territory has slopes, rainfall is significant, desirable plants or trees are nearby, and application is made under less-than-ideal circumstances.” In July 2003, the British company Imperial Chemical Industries (ICI) requested that authorities stop using the additive Cosmoflux in the spray mixture in Colombia. According to ICI, which manufacturers one the key ingredients in Cosmoflux, the additive had not been properly tested for use in eradicating illicit crops. [25]
Dans un autre ordre d’idées, le Congrès des États-Unis a envisagé à la fin des années 1990 un projet d’éradication du cocaïer à l’aide du mycoherbicide Fusarium oxysporum. Des expériences ont été menées dans un laboratoire d’Ouzbékistan en ce sens. Cela a entraîné une levée de boucliers de la part de la société civile colombienne et de la communauté internationale (voir au point 3.3.1) et une position défensive de la part de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) :
The UNODC’s position now is more nuanced. According to Howard Stead, head of the organization’s scientific section, although “to date, studies have offered no evidence that the fungus can cause environmental damage,” the mere possibility of such harm is still serious cause for concern, and the office recommends further study before the substance is considered for widespread use. The U.N. agency also stated that it is not considering use of the fungus in its programmes or continued research in this area. [26]
Il est à noter qu'en 1999, l'État de Floride a refusé d'utiliser le Fusarium sur son territoire aux fins de lutte contre le de cannabis, vu la grande longévité de ce champignon dans les sols chauds, et les risques de mutation que cela pourrait causer. Toutefois, les faits établis ci-haut n’ont pas empêché les États-Unis de refaire des pressions sur la Colombie, à la fin de 2003, pour que ce pays consente à reprendre lui-même les tests.
Enfin, il faut mentionner que les épandages aériens dans la région de Putumayo (sud de la Colombie) ont causé des dommages transfrontières étendus. De 2000 à 2004, environ 37 000 hectares de cultures vivrières situées à la frontière nord de l’Équateur ont en effet été touchés par des nuages toxiques, voyageant à partir de la Colombie sur des distances de plusieurs kilomètres. De nombreux problèmes de santé ont été rapportés chez les paysans. [27] Bien que le lien de causalité soit difficile à établir entre les témoignages des paysans et les activités menées outre-frontière, la stratégie initiale de l’Équateur a été de demander que soit établie une zone-tampon de 10 km, ce qui a donné lieu à un accord verbal et de nombreuses séances bilatérales de consultation et d’information, « destinées à gagner du temps » selon certains.
La catégorisation des conflits armés dépend beaucoup du caractère interétatique ou interne des hostilités. C’est pourquoi il convient de rappeler rapidement les origines du lien entre les drogues illicites, l’ingérence des États-Unis et les violences qui secouent les pays de la Communauté andine depuis plusieurs décennies.
La guerre à la drogue (War On Drugs), que certains militants n’hésitent pas à surnommer « guerre contre certaines drogues » (War On Some Drugs), est un concept qui a fait son apparition pour la première fois en 1968, lors d’un discours électoral de Richard Nixon tenu à Disneyland. [28] Dès cette époque, les réalités du conflit armé et de la production et consommation de drogues illicites étaient interreliées, puisque la grande majorité des toxicomanes états-uniens étaient en fait des vétérans de la guerre du Viêt-Nam ayant développé leurs habitudes de consommation lors de leur séjour en Asie du Sud-Est. Par ailleurs, certains opposants politiques du Parti Républicain (groupes noirs radicaux, hippies, étudiants) s’avéraient être de grands consommateurs de drogues douces.
Avec un peu de recul, la guerre à la drogue telle que formulée initialement apparaît donc, au plan interne, comme un moyen de marginaliser des opposants politiques. Avec Nixon bien en selle à la présidence des États-Unis, elle prit donc son essor en 1973, avec la création de la Drug Enforcement Administration (DEA). Le slogan War on Drugs est revenu en force en 1984 sous la présidence de Ronald Reagan et, en mode électoral une fois de plus, en 1989 lors de la campagne de George H. W. Bush. Somme toute, cela fait donc déjà près de trente ans que le terme guerre est utilisé, politiquement et médiatiquement, dans un contexte très différent des guerres interétatiques ou civiles couvertes par le droit humanitaire.
Au plan externe, l’ingérence des États-Unis en Amérique centrale et du Sud est une réalité depuis la Doctrine Monroe (1823) et surtout le Corollaire de Roosevelt (1904), mais le vocabulaire utilisé pour justifier les opérations de ce pays dans son « arrière-cour » a beaucoup changé. La lutte contre le communisme s’est graduellement métamorphosée en War on Drugs et, plus récemment, en War on Terror.
Dans la région andine, la guerre à la drogue a pris une ampleur inusitée avec la mise en œuvre du Plan Colombie, consistant en l’octroi, à partir de juillet 2000 et jusqu’à la fin de 2001, d’une « aide d’urgence » de 1,3 milliard de dollars USD destinée à soutenir les forces armées colombiennes, en vertu du Military Construction Appropriations Bill. Concrètement, en plus de l’entraînement des troupes nationales, les actions des militaires américains (et des contractuels civils les accompagnant) consistent à fournir des renseignements et un appui logistique aux opérations antidrogue elles-mêmes. L’appui logistique peut en fait aller aussi loin que le don d’hélicoptères : 84 appareils Black Hawk ont ainsi été fournis aux forces de sécurité colombiennes depuis 1999. [29]
Pour l’année 2002, l’Administration Bush a pour sa part ajouté une enveloppe additionnelle de 731 millions $ baptisée Andean Counterdrug Initiative. Bien que cette somme soit en grande partie dévolue à la Colombie, l’accent mis sur la région andine dans son ensemble apparaît comme un retour à la stratégie connue sous le nom d’Andean Initiative, lancée sous George H. W. Bush en 1989. [30]
Par ailleurs, le lancement en 2003 du Plan Patriota, pour la première fois, a eu pour objectif prioritaire non pas la lutte contre la drogue, mais la protection du pipe-line Caño Limón-Coveñas et la reprise de territoires présentement contrôlés par la guérilla, situés dans les départements d’Arauca (près de la frontière vénézuelienne), de Caqueta, Guaviare et Meta (sud du pays). [31] En fait, la guérilla colombienne et les forces paramilitaires ont été déclarées « organisations terroristes » en avril 2002. [32] Vu l’implication de ces organisations dans le trafic de drogue, le budget de lutte contre les « narcotiques » peut donc, depuis août de cette même année, être affecté légalement aux mesures anti-insurrectionnelles, tandis que les programmes dédiés spécifiquement à la lutte contre le terrorisme et créés à la suite des attentats du 11 septembre 2001 ne se voient allouer qu’une très petite partie du budget alloué à la région andine :
On 2 August 2002, a legal provision regarding anti-terrorist emergency funds (HR 4775) allowed “the Colombian government to use all past and present counter-drug aid – all the helicopters, weapons, brigades and other initiatives of the past several years – against the insurgents.” [33]
Par conséquent, le Plan Patriote peut être exécuté en grande partie grâce à des programmes antidrogue déjà bien établis qui reprennent un nouvel élan dans une logique paramilitaire :
Of the 22,855 Latin Americans trained by the U.S. military in 2003, the greatest number, 5,506, took Light Infantry, which teaches such traditional basic military skills as small-unit tactics, operations in difficult terrain, and marksmanship. Some 1,650 Bolivian police took a civic action course, while 1,234 soldiers from a variety of countries learned riverine skills, applicable to both counternarcotics and counterinsurgency. [34]
Il existe cependant une tendance, de la part des États-Unis, à vouloir garder un profil bas quant à la présence réelle de ses ressortissants dans la région. Le Congrès a, par exemple, imposé un troop cap (seuil numéraire de troupes au sol à ne pas dépasser) en 2000, afin d’éviter l’enlisement des troupes dans un scénario digne du Viêt-Nam. Mais l’intensification du conflit a mené à une contestation du seuil établi en 2000. Après un aller-retour entre le Congrès et le Sénat, un comité spécial conjoint a approuvé une augmentation de ce seuil à 800 soldats et 600 contractuels le 8 octobre 2004. [35] Or, à en croire le passage ci-dessous, le nombre de personnes impliquées en Colombie aurait déjà dépassé ce nouveau seuil :
[I]n view of the fact that the law refers to ‘U.S. citizens’, the State Department and the various contracting firms active in the country, like DynCorp, are hiring personnel from Guatemala, Honduras and Peru in order to keep within the fixed limits. To make matters worse, some Central American pilots interviewed by DynCorp have disclosed to the press that they were asked to demonstrate having experience in combat. [36]
Il est à noter que l’expérience de combat mentionnée ci-haut est requise parce que les avions servant aux épandages aériens (crop dusters) doivent zigzaguer afin de ne pas être pris pour cible, malgré que les paramilitaires « nettoient » au préalable le terrain, afin d’éliminer les guerilleros ou des paysans qui auraient l’idée de protéger les plantations. Cette situation réduit grandement la précision des épandages et accentue les dommages causés aux cultures licites, au-delà même des frontières nationales comme mentionné précédemment. De plus, des hélicoptères de combat doivent « couvrir » les crop dusters et viser les éléments de guérilla qui pourraient lancer des attaques contre ceux-ci. Quant à l’équipage de ces hélicoptères, il est bien évidemment constitué de membres de la Police nationale colombienne, puisque la présence à bord de soldats américains autorisés à tirer confirmerait le caractère interétatique de ce conflit.
Enfin, ni les guérillas de gauche (ELN, EPL, FARC), ni les paramilitaires ne peuvent exactement être qualifiés de groupes de libération nationale, en vertu du droit à l’autodétermination des peuples. Somme toute, cette multiplicité des acteurs (forces régulières américaines et colombiennes, police nationale colombienne, contractuels civils, paramilitaires et guérilla) fait en sorte qu’il est très difficile de qualifier le conflit colombien selon les catégories classiques du droit humanitaire. Tout ce que l’on peut affirmer avec certitude est qu’il s’agit d’un conflit interne, que ce conflit risque de déstabiliser la région andine, et que les moyens utilisés s’apparentent à ceux utilisés en temps de guerre.
Le principe de discrimination entre les populations et les biens civils et les objectifs militaires est fortement lié aux principes de nécessité et de proportionnalité décrits ci-dessous. La Cour internationale de justice (CIJ) a qualifié de « règles intransgressibles du droit coutumier » la plus grande partie des règles de droit humanitaire, que les États soient signataires des conventions de Genève ou non. [37]
Malheureusement, pour ce qui est de la Colombie, il est clair que la méthode d’éradication préconisée est incapable d’assurer cette discrimination, à supposer que les cultures illicites constituent réellement des objectifs militaires. D’autre part, les paysans sont souvent entraînés dans la production de coca par nécessité économique, ou par la coercition des groupes armés, paramilitaires ou guérillas. Doit-on pour autant les considérer partie intégrante de ces groupes? De plus, comment qualifier un paysan faisant feu sur un crop duster, dans une tentative désespérée de protéger ses cultures vivrières? Les paysans colombiens font ils partie eux-mêmes des cibles militaires?
Rappelant que le jugement de la nécessité ou non d’une mesure militaire particulière appartient presque toujours aux vainqueurs, Karine Mollard-Bannelier affirme ceci :
[I]l est quelque peu illusoire d’attendre que le principe de nécessité militaire protège l’environnement en temps de conflit armé, si ce n’est pour empêcher des destructions absolument gratuites, plutôt improbables, et des destructions punitives, assez rares. L’élasticité de la notion est susceptible de justifier une large gamme de mesures désastreuses pour l’environnement, et les considérations militaires pourraient l’emporter aisément sur les considérations écologiques. [38]
En guise d’exemple, le pipe-line Caño Limón-Coveñas a été attaqué plus de 1000 fois depuis 13 ans, et ces sabotages ont causé des déversements de pétrole aux conséquences environnementales graves. [39] Sachant cela, il est clair que, dans le département d’Arauca du moins, la protection de l’environnement a eu un poids négligeable par rapport à la nécessité militaire, c’est-à-dire reprendre par la force les territoires contrôlés par la guérilla. L’explication tient sans doute au fait que ces sabotages ont eu, somme toute, peu de répercussions directes en termes de vies humaines.
[Le principe de proportionnalité] s’inscrit dans la continuité du principe de nécessité militaire, qu’il complète, en stipulant que même les objectifs militaires ne peuvent pas faire l’objet d’une attaque de manière illimitée et incontrôlée : encore faut-il comparer les dommages collatéraux que cette attaque va provoquer avec l’avantage militaire attendu. [Il] permet donc de contrebalancer les nécessités militaires par l’évaluation, sur le plan humanitaire, des conséquences d’une attaque. [40]
Ce principe fut codifié pour la première fois en droit international en 1977, dans le Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (Protocole I) [41], à l’article 51 §5(b) :
5. Seront, entre autres, considérés comme effectués sans discrimination les types d’attaques suivants :
b) les attaques dont on peut attendre qu’elles causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu.
L’article 57 §2(a) donne par ailleurs quelques précisions « opérationnelles » :
a) ceux qui préparent ou décident une attaque doivent : [...]
iii) s’abstenir de lancer une attaque dont on peut attendre qu’elle cause incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu;
En ce qui concerne les objectifs militaires, le reporter photographe Jeremy Bigwood, en vertu du Freedom of Information Act (FOIA), a demandé que lui soient communiqués des dizaines de documents concernant les opérations anti-insurrectionnelles des États-Unis dans les pays de la Communauté andine, ainsi qu’au Nicaragua et au Panama. [42]
L’un de ces documents — mémorandum de la Central Intelligence Agency (CIA) en date du 21 juillet 1998 et intitulé Colombia: New Areas of Coca Cultivation — affirme ce qui suit :
Shifts in coca cultivation, away from the current primary coca growing areas of Caqueta, Guaviare, and Putumayo and far from aerial eradication bases, would erode many of the gains made by the eradication program and further stretch eradication resources which are already operating on several fronts.
Un autre mémorandum émis le 2 mai 2000 par le Bureau of Narcotics and Law Enforcement Affairs du Département d’État pose la question « Will Plan Colombia work? If not, will the United States be automatically drawn in further? » La réponse : « We expect it to work but cannot guarantee this, and have no intention of this becoming the next Vietnam. There can be no guarantees that Plan Colombia will be successful. We think, however, that the effort must be made... » La différence de ton entre le mémorandum pragmatique de la CIA et la phrase « We think, however, that the effort must be made... » du Département d’État, n’est pas sans rappeller la populaire expression faith based intelligence, utilisée dans certains médias américains, au sujet des motifs ayant mené à l’intervention armée en Irak. Elle dénote un aveuglement volontaire de la part des autorités.
Bref, ces quelques documents — gouttes d’eau extraites de l’océan d’informations échangées au sein du gouvernement des États-Unis — illustrent par ailleurs que les autorités ont décidé d’aller de l’avant, malgré qu’elles aient été informées non seulement des risques d’échec des programmes d’éradication, mais également du risque d’extension territoriale des cultures illicites!
Quant à la toxicité des formules chimiques employées, elle a été mentionné au point 2.2.2. Sur le territoire des États-Unis, les problèmes liés à l’utilisation du glyphosate chez les travailleurs agricoles, en Californie notamment, sont assez bien documentés pour en conclure que les autorités étaient au courant à la fois des risques posés par la méthode d’éradication choisie, et par les risques d’échec de cette méthode. Le volet « épandages aériens » du Plan Colombie a clairement échoué le test de proportionnalité.
Durant la guerre du Viêt-Nam, l’Assemblée Générale des Nations Unies a émis certaines précisions importantes. La Résolution 2603 [43] du 16 décembre 1969 déclare en effet contraire aux règles généralement acceptées du droit international, telles qu’elles sont énoncées dans le Protocole concernant la prohibition d’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques, signé à Genève le 17 juin 1925, l’utilisation dans les conflits internationaux armés de :
a) Tout agent chimique de guerre — substances chimiques, qu’elles soient à l’état gazeux, liquide ou solide — en raison de ses effets toxiques directs sur l’homme, les animaux ou les plantes;
b) Tout agent biologique de guerre — organismes vivants, quelle qu’en soit la nature, ou produits infectieux qui en seraient dérivés — dans l’intention de causer la maladie ou la mort des personnes, des animaux ou des plantes et dont les effets dépendent de sa propension et se multiplier dans la personne, l’animal ou la plante attaqués.
La Convention du 10 avril 1972 sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines et sur leur destruction peut être considérée comme un premier développement du Protocole de 1925. [44] L’article premier stipule que :
Chaque État partie à la présente Convention s’engage à ne jamais, et en aucune circonstance, mettre au point, fabriquer, stocker, ni acquérir d’une manière ou d’une autre ni conserver :
- Des agents microbiologiques ou autres agents biologiques, ainsi que des toxines quels qu’en soient l’origine ou le mode de production, de types et en quantités qui ne sont pas destinés à des fins prophylactiques, de protection ou à d’autres fins pacifiques;
- Des armes, de l’équipement ou des vecteurs destinés à l’emploi de tels agents ou toxines à des fins hostiles ou dans des conflits armés.
La portée de la Convention n’est donc pas limitée aux seuls conflits armés. Toute action « à des fins hostiles » pourrait éventuellement être invoquée. Pour revenir à la question du Fusarium oxysporum abordée au point 2.3.1, et relativement à l’interprétation de l’article premier, le passage suivant démontre bien l’importance d’une prise de position politique claire :
In July 2000, the United Nations advised against the use of the fungus on coca crops in Colombia. The U.N. position was important because it left the United States alone in backing the Fusarium project. The risk of unilateral use of a biological agent finally led the Clinton Administration to interrupt the plan, which could have been perceived by the rest of the world as a form of biological warfare. At the time, Colombia prohibited the use of the fungus in the war on drugs. The threat of the use of a biological agent also sparked a strong reaction from countries in the Andean-Amazon region, leading to a prohibition on the use of mycoherbicides in Ecuador and Peru and a joint resolution by the environmental ministries of the region’s countries expressing opposition to the use of Fusarium in their territories. [45]
Par ailleurs, la récente Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction [46] (Convention de Paris) va beaucoup plus loin que le Protocole de 1925, comme en fait foi l’Article 1 §1:
Chaque État partie à la présente Convention s’engage à ne jamais, en aucune circonstance :
a) Mettre au point, fabriquer, acquérir d’une autre manière, stocker ou conserver d’armes chimiques, ou transférer, directement ou indirectement, d’armes chimiques à qui que ce soit;
b) Employer d’armes chimiques;
c) Entreprendre de préparatifs militaires quels qu’ils soient en vue d’un emploi d’armes chimiques;
d) Aider, encourager ou inciter quiconque, de quelque manière que ce soit, à entreprendre quelque activité que ce soit qui est interdite à un Etat partie en vertu de la présente Convention.
Cet instrument est valable en temps de paix comme en temps de guerre. La distinction entre actes de violence sporadiques, guerre civile ou interétatique a donc peu d’importance.
Toutefois, il est difficile de déterminer si un herbicide constitue une arme. À titre de comparaison, en droit criminel canadien, n’importe quel objet peut constituer une arme s’il y a volonté de l’utiliser à cette fin. Or l’élément d’intentionnalité est absent du droit international de l’environnement. Heureusement, en ce qui concerne la Convention de Paris, une portion du préambule ne laisse subsister aucun doute quant à l’illégalité des herbicides :
Reconnaissant l’interdiction de l’emploi d’herbicides en tant que moyens de guerre, telle que la traduisent les accords pertinents et les principes du droit international en la matière;
Il est à noter que les États-Unis (avril 1997) et la Colombie (avril 2000) ont ratifié la Convention de Paris.
L’article 35 §3 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (Protocole I) constitue la forme la plus directe de protection de l’environnement (dans une perspective écocentrique de surcroît) :
3. Il est interdit d’utiliser des méthodes ou moyens de guerre qui sont conçus pour causer, ou dont on peut attendre qu’ils causeront, des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel.
Par ailleurs, l’article 54 commence comme suit :
- Il est interdit d’utiliser contre les civils la famine comme méthode de guerre.
- Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que des denrées alimentaires et les zones agricoles qui les produisent, les récoltes, le bétail, les installations et réserves d’eau potable et les ouvrages d’irrigation, en vue d’en priver, à raison de leur valeur de subsistance, la population civile ou la Partie adverse, quel que soit le motif dont on s’inspire, que ce soit pour affamer des personnes civiles, provoquer leur déplacement ou pour toute autre raison.
La protection de l’environnement n’apparaît cette fois qu’indirectement et dans son sens anthropocentrique le plus strict; autrement dit, « les éléments de l’environnement doivent être protégés en raison de leur importance pour les humains, pour préserver leur qualité de vie, pour préserver leur existence même. » [47]
Toutefois, le conflit en cours en Colombie ne semble pas pouvoir être qualifié avec certitude de conflit international. C’est donc au Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole II) qu’il faudra se référer. L’article 14, concernant la « Protection des biens indispensables à la survie de la population civile » reprend, en des termes quasiment identiques, l’article 54 du Protocole I.
La Convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles (ENMOD) [48] a été adoptée suite à la grande prise de conscience que fut la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain (Stockholm, 1972). On peut y voir aussi une réaction aux expériences réalisées par l’armée américaine au Viêt-Nam, telles que l’ensemencement de nuages afin de prolonger artificiellement la mousson, ou l’épandage aérien de défoliants très puissants comme l’agent orange. Toutefois, vu sa formulation très générale, ENMOD a donné lieu à des problèmes d’interprétation dès son adoption.
La portée de l’article 1 §1, stipule clairement qu’ENMOD ne couvre pas que les actes à des fins militaires, mais également les actes commis à toutes autres fins hostiles :
1. Chaque Etat partie à la présente Convention s’engage à ne pas utiliser à des fins militaires ou toutes autres fins hostiles des techniques de modification de l’environnement ayant des effets étendus, durables ou graves, en tant que moyens de causer des destructions, des dommages ou des préjudices à tout autre État partie.
Il est à noter qu’une formulation presqu’identique (« dommages étendus, durables et graves ») se retrouve aux articles 35 §3 et 55 §1 du Protocole I relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux. Or cette question des effets a donné lieu à une grande polémique. C’est pourquoi l’Accord interprétatif relatif à l’article premier [49] précise que les termes « étendus, durables ou graves » seront interprétés comme suit :
a) Il faut entendre par « étendus » les effets qui s’étendent à une superficie de plusieurs centaines de kilomètres carrés;
b) « Durables » s’entend d’une période de plusieurs mois, ou environ une saison;
c) « Graves » signifie qui provoque une perturbation ou un dommage sérieux ou marqué pour la vie humaine, les ressources naturelles et économiques ou d’autres richesses.
En ce qui concerne la durée, la demi-vie du glyphosate, — soit la persistance de la molécule dans l’environnement jusqu’à ce qu’elle se décompose en au moins deux parties — peut durer de 2 à 174 jours. [50] Il est donc clair que la pollution des étangs et cours d’eau et la destruction accidentelle des cultures vivrières a des effets qui s’étendent au moins sur les quelques mois nécessaires à la regénération des plantes et des stocks de poissons d’eau douce. Ironiquement, c’est sur le cocaïer que les dommages semblent les moins durables, puisqu’il a été démontré que des plants taillés à la base immédiatement après les épandages aériens repoussent instantanément et très rapidement! [51] Une éradication manuelle, telle que pratiquée en Bolivie, est donc moins nocive et beaucoup plus efficace.
Quant à la gravité, une autre conséquence des épandages aériens est l’empoisonnement et la malnutrition du bétail, pouvant résulter en la perte de plusieurs têtes. Il ne fait nul doute que cela cause des dommages sérieux aux ressources économiques d’une population vivant a priori dans une situation de précarité. D’ailleurs, le nombre de réfugiés ayant dû abandonner leurs fermes suite à des pertes économiques répétées est effarant.
Malgré les grandes possibilités d’application que laisse entrevoir l’expression « toutes autres fins hostiles » dans le cadre d’un conflit non international, ni la Colombie, ni l’Équateur, ni le Pérou ne sont parties à ENMOD, ce qui en limite l’utilité dans la situation qui nous préoccupe. On pourrait toutefois l’invoquer contre les États-Unis, dans le cas où ce pays prendrait l’initiative d’effectuer les épandages aériens en violation de la souveraineté de la Colombie.
Par ailleurs, ENMOD n’a pas d’effets erga omnes, lorsque des dommages sont causés aux États neutres. [52] L’Équateur n’a donc aucun recours de ce côté. Cela peut paraître étrange, puisqu’il va de soi que les modifications à l’environnement se moquent des frontières. ENMOD apparaît donc comme un instrument désuet, par rapport à un outil plus récent, tel que la Convention sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction par exemple, qui prohibe ces armes de manière générale et absolue.
Les instruments du droit de l’environnement signés en temps de paix — comme la Convention sur la diversité biologique — conservent théoriquement toute leur validité en temps de guerre. En cas de conflit international, les instruments disposent d’une « présomption d’applicabilité » entre belligérants, qui provient de « l’impossibilité à diviser ces conventions multilatérales en des relations bilatérales. » [53] Même la suspension d’un traité entre les bélligérants ne saurait entraîner la suspension des obligations de ceux-ci envers les États neutres. En cas de conflit interne, il est clair qu’un État incapable de contrôler l’ensemble de son territoire et d’y instaurer la règle de droit (comme la Colombie ou le Pérou à l’époque du Sentier Lumineux) ne peut nullement empêcher la violation de ces conventions par les forces rebelles, ni leur demander d’appliquer les principes généraux de prévention et de précaution. Il n’en demeure pas moins que les traités environnementaux demeurent pleinement applicables. Bref, un État ne pourrait invoquer les violations au droit de l’environnement causées par les insurgés pour justifier ses propres violations!
En juin 2003, suite à la migration des cultures illicites dans les parcs nationaux colombiens, la Dirección Nacional de Estupefacientes (DNE) a pris la regrettable décision d’autoriser les épandages aériens au-dessus de ceux-ci! En guise de comparaison, la Ley del Régimen de la Coca y Sustancias Controladas de Bolivie, mieux connue sous le nom de Loi 1008, stipule que seules les méthodes d’éradication manuelles et mécaniques seront autorisées, et interdit le recours aux herbicides et défoliants chimiques. [54] Selon l’Ombudsman et l’Office du Vérificateur général de Colombie, la Résolution 0013 viole pas moins de six lois et décrets nationaux, en sus du droit constitutionnel à la vie, la santé et à un environnement sain [55] — cela sans oublier les nombreux instruments de droit international ayant trait à la biodiversité, aux peuples indigènes, etc. Suite à une opposition farouche de milieux politiques, civils et religieux, les autorités ont finalement fait marche arrière.
Un peu plus tôt cette même année, la Cour constitutionnelle de Bogotá avait ordonné la suspension des épandages aériens sur l’ensemble du territoire du pays, jusqu’à ce que des études d’impact complètes soient réalisées, mais les autorités colombiennes ont interjeté appel, ce qui a permis aux opérations de continuer. Le seul gain réalisé dès lors, fut l’engagement de consulter et d’informer les communautés autochtones avant de procéder. En 2003 toujours, le tribunal administratif de Cundinamarca a accepté de traiter une poursuite en recours collectif, et a ordonné une fois de plus à la DNE de suspendre temporairement les opérations. Ce recours a donné lieu à une documentation abondante d’environ 53 000 pages et le jugement final a en quelque sorte « consacré » le principe de précaution. [56] La décision du gouvernement colombien de poursuivre les opérations d’éradication par voie aérienne malgré tout, a causé de grands remous politiques. [57]
La voie du droit interne a donc été explorée maintes et maintes fois, par des ONG ainsi que la société civile équatorienne et colombienne, avec des effets très mitigés.
Au plan international, c’est peut-être du côté de l’Organisation des États Américains (OÉA) que réside quelque espoir. Des recours individuels sont possibles devant la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), en vertu de l’article 11 du Protocole additionnel à la Convention américaine relative aux droits de l’homme (Protocole de San Salvador). Ce mécanisme a été utilisé au moins une fois, soit en décembre 2000, par une ONG équatorienne qui a déposé une plainte formelle au nom des paysans habitant près de la frontière colombienne. [58] Par ailleurs, la Commission interaméricaine pour le contrôle de l’abus de drogues (CICAD), instance spécialisée de l’OÉA, a débuté en janvier 2004 une évaluation scientifique de l’impact des programmes d’éradication. [59] On peut espérer que cette recherche, dont les résultats sont attendus au cours de 2005, sera menée de manière plus indépendante que celles financées par le Département d’État des États-Unis. Bien que l’OÉA ne puisse forcer la main des autorités colombiennes ou états-uniennes, elle pourrait contribuer à « délégitimer » davantage les opérations d’éradication en cours. Une prise de position claire de cette organisation en faveur de l’arrêt des programmes d’éradication chimique viendrait s’ajouter à celle du Parlement européen, qui a déjà fait pression sur les présidents Pastrana et Uribe à cet effet. [60] En fait, il semble que seules des pressions politiques fortes de la communauté internationale, solidement étayées par une jurisprudence et des études scientifiques de plus en plus abondantes, auront raison des programmes d’éradication aériens.
Sous un angle international, on peut déplorer l’existence de nombreux mécanismes visant à éviter la responsabilité de l’État ou l’application de sanctions contre des particuliers.
Le recours aux contractuels civils, abordé au point 3.1.1, est un moyen aisé pour un État de se dérober à sa responsabilité. Cela requiert une stratégie entièrement différente qui ne relève pas du droit international de l’environnement ni du droit international humanitaire. Par exemple, en déposant une plainte le 11 septembre 2001 devant une Cour du District de Columbia, des groupes environnementalistes équatoriens ont intenté des poursuites contre la firme DynCorp en vertu du Alien Tort Claims Act (vieille loi datant de 1789) et du Torture Victims Protection Act. Il s’agit donc d’une tentative de donner une portée extraterritoriale à des lois fédérales. Les délais ont fait en sorte que le jugement (ou le rejet de la plainte) n’avait toujours pas été prononcé en 2004. Entretemps, DynCorp, qui était l’un des plus gros fournisseurs privés de l’armée américaine, a été rachetée par la firme de « services informatiques » Computer Sciences Corporation en 2003.
Stipulant que la Cour Pénale Internationale (CPI) a compétence à l’égard des crimes de guerre, le Statut de Rome [61] ouvre une porte intéressante aux défenseurs de l’environnement en faisant sien le principe de proportionnalité. En effet, selon l’article 8 §2 (b), les crimes de guerre s’entendent par :
b) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux dans le cadre établi du droit international, à savoir, l’un quelconque des actes ci-après :
[...]
iv) Le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu;
Il a été fait mention de l’échec du test de proportionnalité au point 3.2.3. Resterait donc à prouver l’élément d’intentionnalité des gens impliqués.
Il est regrettable que la protection offerte par le statut de Rome n’ait pas été étendue aux conflits armés non internationaux. Ni l’ingérence états-unienne, ni les escarmouches entre les forces venezuéliennes et colombiennes à la frontière du département d’Arauca n’ont pour l’instant été suffisantes pour qualifier la situation de conflit international (contrairement à la guerre d’opérette entre le Pérou et l’Équateur de 2000, due à quelques nappes de pétrole, et qui fut résolue grâce aux bons offices du Brésil).
En 2002, afin de compliquer encore plus les choses, le Congrès des États-Unis a adopté le American Service Members Projection Act, protégeant ainsi ses ressortissants contre d’éventuelles poursuites intentées devant la CPI. Cette loi interdit toute assistance militaire aux pays signataires du Statut de Rome qui refuseront d’octroyer l’immunité aux ressortissants américains par le biais d’un accord bilatéral. [62]
Signe encourageant pour la paix et l’environnement, la Bolivie, le Venezuela et l’Équateur ont vu leur aide militaire suspendue à partir du 1er juillet 2003!
Lorsqu’il s’agit de financer les activités dommageables pour l’environnement, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 90 pour cent du budget de l’ONUDC provient de quelques grands donateurs (dont les États-Unis, le Japon, l’Italie et le Royaume-Uni), et cette agence se trouve dans la difficile position de devoir apparaître « indépendante » des pays donateurs, tout en menant à bien les visées politiques de ceux-ci afin d’assurer sa propre survie. [63]
Cela pose la question fort complexe de la responsabilité de l’ONU en matière d’environnement. À titre de comparaison, « l’impossibilité, pour l’ONU, de devenir partie contractante aux instruments internationaux pertinents (ouverts seulement aux États), ainsi que son manque de volonté à être considérée comme une partie à un conflit, ont fait sérieusement douter de l’applicabilité du droit humanitaire à ses forces armées ». Depuis les années 1990, les forces onusiennes ont toutefois accepté de se plier aux « principes et à l’esprit du droit humanitaire », ce qui constitue une solution plutôt floue. [64] Par conséquent, même si les casques bleus sont depuis une dizaine d’années tenus de respecter le droit humanitaire, l’environnement ne sera protégé qu’indirectement, selon « les principes et l’esprit » de l’article 54 §2 du Protocole I, ou les articles 14 et 15 du Protocole II. Maintenant, reste à savoir si cette volonté d’imputabilité visant les Casques bleus s’étendra aussi aux bureaucrates de l’ONU, confortablement installés dans leurs locaux de Vienne, Genève, New York ou Bogotá. Rien n’est clairement stipulé à cet égard, et pour l’instant c’est uniquement en regard du droit interne des pays où ils oeuvrent qu’ils pourraient éventuellement être poursuivis.
L’examen de la situation vécue dans les pays de la Communauté andine, et plus précisément en Colombie, fait ressortir les problèmes suivants :
Dans ce contexte, le droit international humanitaire apparaît suffisamment développé pour offrir une protection adéquate contre une grande partie des dommages encourus, quoique la recherche effectuée jusqu’ici n’a pas permis d’identifier un seul cas où celui-ci ait été invoqué.
Aussi, le droit humanitaire a le mérite d’être simple. Les armes chimiques et bactériologiques, par exemple, sont prohibées en toutes circonstances, selon la Convention de Paris de 1993! Nul besoin de faire la démonstration des dommages. De plus, si la War on Drugs est bel et bien un conflit armé — international ou non — les biens indispensables à la survie de la population civile ne doivent pas être détruits ni même attaqués.
Reste que la catégorisation des conflits modernes est compliquée par une participation grandissante d’acteurs non étatiques. L’implication politique grandissante des ONG locales et internationales a eu le mérite de faire ressortir le rôle joué par les entreprises privées, et même de faire reculer celles-ci. Mais la stratégie d’ « adopter une transnationale » pour mieux surveiller ses activités ne saurait être employée seule.
Avant que les écosystèmes amazonien et andin ne soient complètement décimés, une admission de la communauté internationale que la situation prévalant en Colombie relève du droit humanitaire aurait pour effet immédiat de réduire de manière notable le rythme de la déforestation, et aurait des répercussions positives sur tous les pays avoisinants. En ce sens, et pour revenir au lien entre criminalisation et développement envisagé par M. Brisman (voir au point 2.1.2), le droit humanitaire pourrait être comparé à une forme de réduction des méfaits (harm reduction) [66] appliqué à l’environnement des pays « producteurs », et sans laquelle aucune forme de développement durable ne pourra être envisagée par la suite. Enfin, une telle insistance sur le droit humanitaire pourrait aussi avoir des effets bénéfiques en Afghanistan, puisque des tests d’épandages aériens y auraient été menés de manière secrète en 2004, et que le président Hamid Karzaï y a d’ores et déjà décrété une « guerre sainte » (jihad) contre l’opium! [67]
Le Devoir, le lundi 31 juillet 2006
Bourgault-Côté, Guillaume; Ballivy, Violaine
En gagnant les élections présidentielles de décembre dernier en Bolivie, Evo Morales a fait naître un immense espoir dans la population autochtone, l'une des plus pauvres du continent. Nos collaborateurs rentrent d'un séjour de trois mois dans ce pays. Nous publions aujourd'hui le deuxième volet d'une série de six textes qui dressent le portrait de la situation indienne bolivienne.
Villa Turani, Chaparé - Incident diplomatique, le 11 mars dernier. Pour sa première rencontre avec la secrétaire d'État américaine Condoleeza Rice, le président Evo Morales lui offre un charango, l'instrument traditionnel de la région. Il l'a choisi spécialement: sa décoration est faite de feuilles de coca séchées. Devant les caméras, Mme Rice esquisse un sourire gêné. Le cadeau est empoisonné. Il vient rappeler à Washington que la lutte contre l'éradication de la coca en Bolivie est un échec. Et que ses contrecoups ont mené un cocalero à la présidence du pays.
Quatrième souterrain de la mine de Potosi. Même vidée, l'ancienne cathédrale d'argent a encore le ventre chaud et les parois dures. L'ambiance est lourde: huit millions d'indiens ont péri ici durant l'époque coloniale. Une sorte d'enfer éclairé à la lampe de poche. Aujourd'hui, à coups de masse et de pic, Carlos tente encore de trouver un filon de zinc ou de plomb. Le travail est harassant. Mais le mineur a un outil secret qui éloigne faim et fatigue: la coca.
Il n'est pas le seul à connaître la recette, loin s'en faut. On calcule qu'environ trois millions de Boliviens consomment chaque jour de la coca, en feuille ou en maté (infusion). Les vieux l'appellent affectueusement «Mama Coca». Une plante sacrée bourrée de vertus médicinales, disent-ils la bouche pleine, une joue déformée par la chique.
Sur l'altiplano, elle combat le mal des montagnes. Ailleurs, elle permet de supporter les pires boulots. Ou simplement de relaxer. L'Université Harvard a déjà établi que 100 grammes de coca suffisaient à satisfaire les besoins journaliers en calcium, phosphore, fer, vitamines A et B. Les Indiens le savaient sans le savoir: ils mastiquent la coca depuis la nuit des temps andins. Le rite fait partie intégrante de leur culture.
La plante est populaire: Coca-Cola l'a d'ailleurs longtemps utilisée dans sa recette originale. Mais elle n'a pas que des adeptes. Car aux yeux du monde - et surtout de Washington - c'est avant tout l'ingrédient de base de la cocaïne, poudre blanche d'Amérique: une plante maudite, en somme.
La Bolivie est en effet le troisième producteur mondial de cocaïne, selon l'ONU, derrière la Colombie et le Pérou. Environ 0,5% de la composition de la feuille de coca est un alcaloïde de cocaïne. C'est pourquoi la culture de la coca est directement visée par le grand plan de lutte contre le narcotrafic que les États-Unis mènent à coups de milliards de dollars en Amérique du Sud depuis une quinzaine d'années.
Une convention internationale établit depuis 1961 que la coca est une plante illicite, au même titre que le cannabis ou le pavot. Sous les pressions internationales, la Bolivie s'est engagée depuis 1988 dans une campagne d'éradication de la majeure partie de la production nationale. L'opération est financée et dirigée par la Drug Enforcement Agency (DEA) américaine (les deux tiers de l'aide américaine en Bolivie sont consacrés au projet). La loi 1008 promulguée à l'époque promettait des primes financières pour ceux qui accepteraient de reconvertir leurs cultures et d'adopter des produits légaux.
Depuis, Mama Coca est en liberté surveillée: le gouvernement permet la production dans la région des Yungas, à l'est de La Paz, où on estime que le volume produit est suffisant pour satisfaire la consommation traditionnelle. Des marchés spéciaux sont prévus pour la vente. L'éradication du cocaïer - faite à la main par des patrouilles - se concentre donc sur la production de la région du Chaparé (entre Cochabamba et Santa Cruz), qu'on présume destinée au marché de la drogue. «Peut-être pas dans sa totalité, mais assurément une bonne partie», affirme le sociologue français Alain Labrousse, auteur du Dictionnaire géopolitique des drogues. En 1995, entre 30 et 50 % du produit des exportations boliviennes provenait de l'argent de la drogue.
Près de 20 ans après le début de l'éradication, le bilan global n'est guère reluisant. Non seulement l'objectif de l'ONU d'avoir réglé la question d'ici 2008 ne sera pas atteint, mais les Américains se rendent aujourd'hui compte que la guerre contre les stups leur échappe. Le prix de la cocaïne est au plus bas, sa qualité est meilleure et le marché est plus étendu.
Le plan américain est un «échec total» en Bolivie, affirme le politologue bolivien Roberto Laserna, expert reconnu de la question. «Les coût sociaux, politiques, économiques et humains ont été immenses, sans qu'on arrive à un résultat probant.» Mal planifié, le programme de culture alternative n'a jamais décollé. «La DEA et le gouvernement ont voulu remplacer une culture facile et payante, la coca, par d'autres cultures plus complexes et risquées, dont les campesinos n'avaient pas l'habitude», observe le sociologue José Mirtenbaum.
«On a dit aux cocaleros: "faites pousser du palmito (coeurs de palmiers) ou des ananas!", ajoute Godofredo Reinicke, ancien Défenseur du peuple (droits de l'homme) dans la région cocalière du Chaparé, entre 1998 et 2005. Mais si on veut que ça marche, qu'on puisse exporter ces produits, ça prend de l'aide et elle n'est jamais venue.» Ainsi, plusieurs cocaleros qui avaient accepté d'abandonner leur culture de coca y sont revenus rapidement. C'est plus payant, et il y a moins de risques et d'entretien. Après des années de régression (de 50 000 à 14 000 hectares entre 1990 et 2000), l'étendue des plantations a recommencé à croître (27 000 hectares en 2004).
Mais surtout, le plan d'éradication américano-bolivien a provoqué en Bolivie une furieuse levée de boucliers chez les cocaleros. Puissant, champion des blocages de routes et des manifestations, le mouvement a réussi à faire plier le gouvernement plusieurs fois, avant de passer lui-même dans la sphère politique. C'est aujourd'hui la première force politique en Bolivie (le Mouvement vers le Socialisme -MAS).
Sur la spectaculaire route reliant Cochabamba et Villa Turani, de l'altiplano à la jungle, on croise deux guérites militaires où les agents des stups contrôlent véhicules et passagers. Bienvenue au Chaparé, zone rouge de la culture de coca.
«C'est une région extrêmement pauvre, avec des conditions sanitaires difficiles», indique Godofredo Reinicke, au volant de sa Jeep qui longe des ravins dans la brume, en montrant du doigt quelques maisons. Pas d'eau potable, pas d'électricité. Les casitas, isolées et très sommaires, sont construites sur de frêles pilotis de bois: l'ensemble donne une impression d'extrême fragilité. Autour, la jungle est touffue, chaude et humide. Parfaite pour dissimuler les cultures.
Ce n'est toutefois plus nécessaire depuis 2004. Un accord temporaire entre le gouvernement et les cocaleros leur permet de cultiver librement un cato de coca par famille (1600 mètres carrés, soit 13 000 hectares au total). L'entente sera réévaluée dès que les autorités auront achevé une étude déterminant combien il faut d'hectares pour satisfaire la consommation traditionnelle. Les résultats sont attendus dans les prochaines semaines. «Cette trêve fait beaucoup de bien à la région», note M. Reinicke.
Evo Morales a promis de pérenniser cette concession et de mener une campagne internationale pour décriminaliser la plante - tout en luttant âprement contre le narcotrafic. «On pourrait mieux contrôler la production si elle était légale, croit Jose Mirtenbaum, on saurait où va la coca et comment on la cultive.» Le gouvernement veut développer les usages licites de la coca sous toutes ses formes (farine, dentifrice, tisane - la Chine serait intéressée) pour créer un marché justifiant l'ensemble de la production bolivienne et prouver que «la coca n'est pas la cocaïne».
«On ne peut pas se passer du revenu de la coca», indique Hilaria Setia, cocalera installée en plein coeur de la jungle, à deux heures de marche de la route la plus proche. Sa maison est dénuée de tout, sauf d'une radio-batterie et d'un poster d'Evo Morales. Ce dernier possédait une plantation tout près d'ici.
La plupart des producteurs affirment gagner environ 75 dollars par mois avec cette culture, facile d'entretien et donnant trois récoltes par année. «C'est peu comme revenu, mais c'est essentiel», dit Mme Setia. Avec les pommes de terre, le yucca ou les bananes qui sont plantés sur les mêmes terres, les cocaleros arrivent à survivre.
«Mais je ne comprends pas ceux qui disent qu'on est riches avec ça. S'il y a de la drogue qui se fait ici, ce n'est pas nous qui en bénéficions, affirme-t-elle. Ici, on a à peine de quoi manger, de quoi dormir. L'argent se fait ailleurs, mais c'est nous qui en payons le prix.» À l'instar des autres cocaleros interrogés, Mme Setia affirme n'avoir jamais vu de cocaïne par ici: «No sé.»
Hilaria Setia a payé cher sa résistance contre l'éradication. Comme beaucoup d'autres. En 2001, elle a reçu en pleine poitrine une balle qui est ressortie près de son omoplate. Le conflit a gardé Godofredo Reinicke fort occupé: il a traité des centaines de plaintes de violations des droits de l'homme, et vu les cadavres d'une centaine de paysans. À la Radio-Chipirri, «la voix des cocaleros» qui est en fait un petit studio de brousse au bout d'une route de terre, le directeur se rappelle cette époque noire.
«Chaque jour il y avait quelque chose, explique doucement Egberto Chipana Limachi. Des femmes violées, des violences physiques, des blessures graves. Nos droits humains ont été constamment bafoués. [...] Mais depuis 2004, les choses se tassent. On peut commercialiser un peu notre produit, et les gens retrouvent leur fierté.»
L'atmosphère est assez bonne pour que les cocaleros aient envie de collaborer avec le gouvernement, estime le secrétaire exécutif de la Fédération des Centrales Unidas. «Ici, le syndicat est plus fort que la police, dit Asencio Picha Garnica. Et la consigne est claire: un cato, pas plus. On va le respecter. On aime mieux avoir une production moins importante - mais légale - que de continuer à vivre caché. Question de dignité.»
Reste à convaincre la communauté internationale des bienfaits de la coca. Et cette bataille est loin d'être gagnée. Pour preuve, Condoleeza Rice a laissé son charango «illégal» en Amérique du Sud.
La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 avait entre autres buts de mettre fin à une pratique ancestrale très répandue dans les pays andins:
La mastication de la feuille de coca devra être abolie dans un délai de vingt-cinq ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente Convention, comme prévu au paragraphe 1 de l’article 41; [1]
Cet objectif s’est bien entendu soldé par un échec. Or la Convention de 1961 est toujours en vigueur et l'article en question n'a jamais été retiré. De plus – alors que la Convention unique n’avait en matière criminelle qu’une valeur incitative – la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite des stupéfiants et des substances psychotropes (Convention de 1988) a rendu contraignante l’adoption de mesures pénales :
Sous réserve de ses principes constitutionnels et des concepts fondamentaux de son système juridique, chaque Partie adopte les mesures nécessaires pour conférer le caractère d’infraction pénale conformément à son droit interne, lorsque l’acte a été commis intentionnellement, à la détention et à l’achat de stupéfiants et de substances psychotropes et à la culture de stupéfiants destinés à la consommation personnelle en violation des dispositions de la Convention de 1961, de la Convention de 1961 telle que modifiée ou de la Convention de 1971. [2]
Voilà ce qui a incité la Bolivie à émettre la réserve suivante:
La République de Bolivie formule une réserve expresse à l’égard du paragraphe 2 de l’article 3 et déclare que lesdites dispositions, qui pourraient s’interpréter pour qualifier de criminelles l’utilisation, la consommation, l’acquisition et la culture de la feuille de coca pour l’usage personnel, lui sont inapplicables.
Pour la Bolivie, une telle interprétation desdites dispositions est contraire aux principes de sa Constitution et aux règles fondamentales de son ordre juridique qui consacre le respect de la culture, des utilisations licites, des valeurs et de la personnalité des nationalités qui composent la population bolivienne. L’ordre juridique bolivien reconnaît le caractère ancestral de l’utilisation licite de la feuille de coca, qu’une grande partie de la population bolivienne utilise depuis des siècles. En formulant cette réserve, la Bolivie considère:
- que la feuille de coca n’est pas en soi un stupéfiant ou une substance psychotrope;
- que son utilisation et sa consommation n’entraînent pas d’altérations psychiques physiques plus profondes que celles résultant de la consommation d’autres plantes ou produits dont l’utilisation est libre et universelle;
- que la feuille de coca a de nombreuses propriétés médicinales attestées par la pratique de la médecine traditionnelle défendue par l’OMS et confirmées par la science;
- qu’elle peut être utilisée à des fins industrielles;
- qu’elle est largement utilisée et consommée en Bolivie et que, par conséquent, si l’on acceptait d’interpréter ainsi la disposition en question, une grande partie de la population bolivienne pourrait être qualifiée de criminelle et sanctionnée comme telle; c’est pourquoi l’interprétation de l’article dans le sens indiqué est inapplicable à la Bolivie;
- qu’il est nécessaire de préciser que la feuille de coca peut être transformée en pâte, en sulfate et en chlorhydrate de cocaïne par des procédés chimiques faisant intervenir des précurseurs, des équipements et des matériels qui ne sont pas fabriqués en Bolivie et qui n’en proviennent pas.
En revanche, la République de Bolivie continuera à prendre toutes les mesures légales pertinentes pour lutter contre la culture illicite de coca destinée à la production de stupéfiants, ainsi que contre la consommation, l’utilisation et l’acquisition illicites de stupéfiants et de substances psychotropes. [3]

De novembre 2004 à avril 2005, le mensuel satirique Le Couac a publié une série d’articles afin de pallier à la carence d’informations objectives dans les grands médias sur la question du cannabis. Cette série se voulait également une réponse des articles sensationnalistes et biaisés parus au même moment dans le quotidien La Presse (Montréal).
Selon la une du mois de décembre, « La propagande n’est généralement pas conçue pour résister à une analyse approfondie, et la propagande prohibitionniste anti-cannabis ne fait pas exception à cette règle. »
Abonnez-vous au drôle d’oiseau : Le Couac. Aidez la presse libre et indépendante!
L’autre matin (24 septembre), en sortant La Presse de la boîte aux lettres, qu’est-ce que je lis en Une : « Le pot d’aujourd’hui peut rendre dément ». C’est le genre de propagande prohibitionniste d’extrême droite qui donne le goût de frapper le pauvre d’esprit qui a chié ce titre. J’ai fumé un bon joint. Ça m’a calmé. « Le pot d’aujourd’hui est parfois si concentré en THC et en substances ajoutées qu’il peut pousser le consommateur à tuer son meilleur ami », écrit Christiane Desjardins. Admirez l’affirmation, le pot « peut » pousser au meurtre. On se demande sur quelle preuve scientifique s’est basée le véhicule publicitaire de la rue Saint-Jacques, pour affirmer pareille ânerie. « La Presse d’aujourd’hui est parfois si concentrée en propagande prohibitionniste et en intolérance ajoutée, qu’elle encourage le crime organisé et la violence dans la société », est-on tenté d’écrire.
En lisant l’article, on réalise que cette affirmation est basée sur les déclarations d’un meurtrier polytoxicomane. L’assassin, appuyé par son psychiatre, plaide la folie passagère provoquée par l’usage du cannabis quelques jours avant le crime, pour invoquer des circonstances atténuantes et obtenir une réduction de peine. Y’a toute une marge entre témoignage d’un meurtrier polytoxicomane qui veut sa peau et une preuve formelle. La justice dérape dangereusement quand un magistrat base son jugement sur les fabulations d’un meurtrier poly-intoxiqué racontées en cour par psychiatre interposé. Et que dire de la crédibilité d’un journal qui exploite le témoignage d’un assassin pour soutenir sa propagande prohibitionniste, tout en prétendant à l’objectivité journalistique?
Samedi et dimanche 9 et 10 octobre 2004, La Presse poussait plus loin dans la propagande prohibitionniste, en publiant un Dossier sur Les ravages du pot. L’intention de La Presse est de démontrer que la consommation de cannabis dérègle le comportement de plusieurs jeunes. Pour appuyer ses propos alarmistes, le journal a choisi exclusivement comme exemples, des jeunes qu’on pourrait qualifier de cas psychiatriques. Le dossier de La Presse est aussi objectif que le serait une étude sur le mariage qui prendrait seulement exemple sur des divorcés qui se sont déchirés en cour, ou sur l’automobile par le biais de ses victimes lourdement handicapées. Il est bien mentionné quelque part que seule une petite minorité d’adolescents reste accro après la vingtaine, mais les articles présentent des portraits de jeunes qui sont troublés par autre chose que le cannabis. Ces enfants consomment abusivement parce qu’ils ont des problèmes sociaux-affectifs, et non pas le contraire! Ils cherchent à s’évader, à être reconnus par leurs amis ou à se rebeller contre un ordre établi qu’ils ne comprennent pas. L’abus de cannabis n’est qu’un exemple – parmi d’autres – de comportements autodestructeurs qui sont révélateurs de la détresse psychologique et social des jeunes. Pourquoi La Presse n’a-t-elle pas tenté de comprendre la détresse de ces jeunes, plutôt que d’en profiter pour démoniser encore le cannabis? Une seule statistique de ce dossier est intéressante : aux Pays-Bas, où le cannabis est en vente contrôlée dans des coffe shops interdits aux mineurs, deux fois moins de jeunes fument qu’au Québec. Les Québécois n’ont pas de problème avec le pot, ils ont des problèmes avec la justice et le crime organisé. Les Québécois, comme la majorité des citoyens des pays industrialisés ont un énorme problème de prohibition.
La prohibition engendre le trafic et le terrorisme dans les pays du tiers-monde. Grâce à la prohibition, les organisations criminelles se sont multipliées dans les pays industrialisés, et les prisons sont remplies de pauvres et de minorités raciales. La violence n’est pas causée par la consommation de pot, comme les prohibitionnistes tentent de le faire croire, mais par le commerce illégal engendré par la prohibition. Les ravages de la prohibition sont bien connus. Les médias prohibitionnistes cherchent tellement à tromper la population, que même le mot prohibition est soigneusement occulté. Les lois prohibitionnistes sont immorales et antidémocratiques. La propagande prohibitionniste nourrit l’intolérance et la prohibition engendre la violence. La Presse rend violent!
Jean-Marie Laliberté
L’expression « tolérance zéro » est un oxymoron inventé par des spécialistes en novlangue dans le but d’utiliser le mot tolérance pour exprimer son contraire. « Tolérance zéro » signifie « intolérance totale ». Les experts en propagande savent bien que si l’expression « intolérance totale » était prononcée et publiée aussi souvent que l’est « tolérance zéro » : le programme serait massivement rejeté par la population.
Se basant sur un rapport d’étude alarmiste d’un groupe prohibitionniste, John Walters, le tsar de la drogue aux États-Unis, accuse le pot canadien « à haute teneur en THC » d’être responsable de l’augmentation du nombre de patients admis aux urgences des hôpitaux. Walters a comparé le pot canadien au crack. Il a déclaré : « Le nombre de cas reliés à la marijuana augmente de façon alarmante dans les urgences, il dépasse même ceux reliés à l’héroïne. Cette étude contribue à dissiper le mythe largement répandu que la marijuana est inoffensive » (Detroit News 23-8-2003 et La Presse 20-9-2003). Voilà encore un grossier mensonge prohibitionniste. Le DAWN (Drug Abuse Warning Network) a enregistré tous les cas où un patient admis à l’urgence a « mentionné » le mot marijuana. Vous êtes admis pour une appendicite aiguë et vous admettez fumer un joint de temps en temps : cas « relié » à la marijuana. Vous êtes victimes d’un attentat terroriste et vous admettez avoir fumé un joint quelques jours avant : symptômes typiques d’un cas « relié » à la marijuana canadienne super puissante.
Le cannabis n’est pas toxique. Un homme de 70 kg devrait manger 5 kg de haschich à haute teneur en THC pour s’empoisonner, soit environ 5000 fois la dose qu’il faut pour être « gelé comme une binne ». Quand on parle d’overdose de cannabis, on décrit en fait l’apparition de réactions inattendues. On devrait parler d’ivresse.
L'article publié dans nos pages le mois dernier, dénonçant le manque de rigueur journalistique du « Dossier Les ravages du pot » (La Presse 9 et 10 octobre 2004), nous a valu une lettre enflammée de madame Marie-Michelle Poisson, (voir courrier des lecteurs page 2). La lettre de madame Poisson, qui accuse l'auteur de ces lignes de se prêter à la désinformation, est elle-même remplie de désinformation prohibitionniste. Elle reprend à son compte certains mythes prohibitionnistes véhiculés dans l'article de La Presse.
Le dossier de La Presse sur les ravages (sic) du pot était si biaisé, que le Parti Marijuana (PM) a déposé une plainte au Conseil de la Presse pour : « le manque d'exactitude de l'information transmise, l'utilisation sélective d'information, la manipulation de données, le manque de rigueur, d'équilibre et d'exhaustivité dans l'élaboration de ce reportage à saveur sensationnaliste. » [2] Le PM s'inquiète avec raison, de ne jamais lire d'articles sur la majorité des fumeurs qui font un usage responsable du cannabis, n'ont jamais eu aucun problème et approuvent la légalisation. Alors que les cas problèmes font la Une, même s'ils ne représentent qu'un pourcentage infime des consommateurs.
Madame Poisson, comme une bonne partie des journalistes, puise peut-être son information dans les « études » de la police. Dans un article intitulé « Entre la liberté et la sécurité, Analyse de quelques prises de position sur le cannabis et la loi » (Drogues, santé et société, printemps 2004), le bioéticien Guy Bourgeault qualifie la prose policière sur le cannabis de caricaturale. Les positions des opposants à la prohibition y sont présentées, écrit-il « Comme les questions du petit cathéchisme […] formulées simplement pour que les réponses préfabriquées puissent être données à apprendre. » Et Bourgeault de conclure « Je me méfie des policiers lorsqu'ils prétendent aussi être agents d'information du public et d'éducation des jeunes. »
L'avenir de not' belle jeunesse inquiète madame Poisson. Ils ne sont pas cons les jeunes. À force de leur dire n'importe quoi pour démoniser le cannabis, les éducateurs perdent toute crédibilité. Il ressort d'une enquête nationale de Santé Canada sur la consommation d'alcool et d'autres drogues, qui vient tout juste de sortir, que « près de 70% des personnes agées de 18 à 24 ans en ont fait usage au moins une fois » dans leur vie. Ils sont donc aux premières loges pour savoir que le cannabis n'est pas la plante démoniaque qu'on leur décrit. L'éducation des jeunes sur les drogues devrait être basée sur les connaissances scientifiques, la compassion, la santé publique, les libertés fondamentales et les droits humains, et non pas sur l'obscurantisme, le puritanisme, la déformation des faits, la démonisation et la répression, comme c'est le cas actuellement. Le gouvernement fédéral dépense 500 millions de dollars par année pour la répression policière et des miettes pour l'éducation. La prohibition fait obstacle à l'éducation, puisqu'elle accapare la presque totalité des budgets.
L'intolérance totale (tolérance zéro) nie l'existence de la consommation responsable et donc de l'éducation basée sur la connaissance et la modération. Et puis les jeunes, ils n'ont pas tous des problèmes. C'est plutôt l'exception que la règle. « Les études tendent à montrer que les jeunes qui font un usage problématique du cannabis ont aussi une consommation problématique d'alcool et manifestent une tendance plus élevée à adopter des « comportements à risque ». Il semble donc que la consommation problématique chez les jeunes soit un symptôme d'autres problèmes sous-jacents plutôt qu'une cause » (Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, Le Cannabis).
En passant, une société qui prescrit des camisoles de force chimiques (Ritalin et autres saletés) aux élèves du primaire pour contrôler leurs débordement d'énergie, ne devrait pas se surprendre de les voir fumer du pot quand ils arrivent au secondaire. Et puis, dans la fameuse série d'articles de La Presse, on pouvait lire : « On fume avant les cours quand on sait que la matière vue en classe n'est pas très difficile » (10 octobre). Si on voulait être méchant et procéder par amalgame, comme font certains journalistes, on pourrait conclure que les jeunes fument avant les cours où ils s'ennuient. Et que les professeurs ennuyeux se servent du cannabis comme bouc émissaire pour camoufler leur incompétence.
Il faut qu'une société soit gravement malade pour tenter de faire croire à ses citoyens qu'une plante, qui a fait partie de la pharmacopée traditionnelle de l'humanité depuis des millénaires, est soudain devenue la cause de ses problèmes sociaux. Le cannabis est là pour rester, quoi qu'en pensent les prohibitionnistes. Tant que la politique d'intolérance totale sera appliquée et que la propagande prohibitionniste tiendra lieu d'information en même temps que d'éducation pour les jeunes, les problèmes de consommation et de crime organisé risquent d'empirer. C'est le mauvais exemple étatsunien, à ne pas suivre.
L'abolition de la prohibition est le seul moyen de mettre fin à l'emprise du crime organisé. Le meilleur moyen de protéger les jeunes, c'est de consacrer à l'éducation et la santé, les centaines de millions de dollars dépensés annuellement en répression policière. En attendant, 68% des Québécois appuient la légalisation, 25% la décriminalisation, et seulement 4% croient qu'il faut maintenir le statu quo. Comme la majorité des citoyens appuie la légalisation, ils devraient disposer d'autant, sinon de plus d'espace médiatique pour exprimer leur opinion, que celui consacré aux prohibitionnistes. Ce qui n'est pas le cas actuellement.
Madame Poisson termine son réquisitoire en déclarant qu'« il est plus que temps que nous ayions un débat responsable et véritablement adulte sur l'ensemble des problématiques entourant le commerce et la consommation de pot au Québec ». C'est bien le seul point sur lequel nous sommes d'accord. Mais, pour avoir un débat éclairé sur le sujet, il faut que l'information se rende jusqu'au public. C'est pour pallier à la carence d'information objective dans les grands médias sur la question que Le Couac publiera une série d'articles sur le sujet au cours des prochains mois. La propagande n'est généralement pas conçue pour résister à une analyse approfondie, et la propapande prohibitionniste anti-cannabis ne fait pas exception à cette règle. Nous en analyserons les failles et tenterons de découvrir à qui elle profite. Au programme : « Mon pot est plus fort que le tien », « Quelle différence y a-t-il entre un poteux et un schizo », « Tolérance zéro = Intelligence zéro », etc.
En matière de pourcentage de THC, des policiers « bien intentionnés » font des « déclarations qui ne sont pas tout à fait exactes », selon la GRC. Les forces policières tiennent un double discours; d’un côté ses porte-parole n’hésitent jamais à dénoncer le pot à « forte teneur en THC » dans les médias, et de l’autre, la GRC reconnaît candidement leurs mensonges dans sa « littérature » officielle.
Pour ce qui est du taux de THC, on peut lire ceci à la page 16 de La culture de la marihuana au Canada : Évolution et tendances actuelles [1] (GRC, novembre 2002)1 : « La culture illicte de marihuana (sic) au Canada a fait l’objet d’une vaste couverture médiatique au début de 1999. Les statistiques avancées relativement à la puissance de la drogue révélaient des niveaux élevés de THC. […] Même les rapports de policiers bien intentionnés contiennent parfois des renseignements semblables qui sont ensuite repris par les médias. La vérité, c’est qu’aucune de ces statistiques n’a été prouvée. »
Toujours selon le même document, les statistiques de Santé Canada concluent que : « Bien que le maximum enregistré soit de 25%, les moyennes annuelles atteintes à l’échelle du pays sont de beaucoup inférieures, soit 6% en 1996-97, 5.5% en 1997-98 et de 5.7% en 1998-99. En fait, le niveau de THC de près du tiers des échantillons était inférieur à 3%. » Donc, sur des milliers d’échantillons analysés par Santé Canada pendant trois ans, un seul échantillon atteignait 25% de THC, les autres dépassant rarement les 12%.
Même constatation dans le rapport de la GRC Situation des drogues en 2003 [2], page 82 : « La marihuana canadienne est de plus en plus désignée comme ayant une « forte teneur » en THC, […]. Il y aurait lieu de préciser que de telles déclarations ne sont pas tout à fait exactes. » Admirez la formule. Suivent les statistiques de Santé Canada pour les deux dernières années qui comptent encore une fois un seul échantillon à 27% de THC, et les deux tiers en bas de 9%.
Santé Canada identifie un échantillon de cannabis à 20% de THC une fois tous les 2 ou 3 ans parmis les milliers d’analyses faites pour l’ensemble des corps policiers canadiens. Statistiquement, un fumeur ordinaire a à peu près autant de chance de tomber sur du super pot à plus de 20% de THC que de gagner le gros lot à la lotto 6/49.
Jean-Marie Laliberté
[1] La culture de la marihuana au Canada : Évolution et tendances actuelles (2002)
http://www.rcmp-grc.gc.ca/crimint/cultivation_f.htm
[2] Situation au Canada, drogues illicites (2003)
http://www.rcmp-grc.gc.ca/crimint/drugs_2003_f.htm
Tout le monde n’est pas d’accord avec la légalisation du cannabis, mais la plupart s’entendent pour dire qu’il est plus que temps d’avoir un large débat public sur le sujet. En matière de cannabis, l’opinion publique « est souvent fondée sur des mythes, ou du moins sur un manque d’information », constatait le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites.
Toute cette histoire du pot d’aujourd’hui plus fort que celui des années 1970 est une distorsion des faits, pour dire le moins. Les prohibitionnistes des années 1970, comme ceux des années 2000, prédisaient les pires malheurs aux fumeurs de pot : suicide par défenestration, enfants mongoloïdes, cancers assortis et particulièrement au cerveau, aliénation mentale et autres joyeuses maladies débilitantes. L’usage très répandu du cannabis dans les années 70 leur a donné tort. Aucune de ces prophéties de malheur ne s’est réalisée et les baby boomers sont rentrés dans les rangs après leur crise d’adolescence et leur cégep (lycée). Il fallait trouver un nouveau truc pour continuer de faire peur au monde. De là est née la légende de l’apparition récente du super cannabis.
C’est un fait que dans les années 70, le Québec Green avait un taux très bas de THC (delta-9-tetrahydrocannabinol, la principale substance psychotrope du cannabis). Tellement bas en fait, que presque personne n’en fumait parce qu’il ne leur faisait pas assez d’effet. Du cannabis à 1% de THC, c’est bon pour faire de la corde. Cela ne veut pas dire que l’herbe fumée à cette époque était plus faible en THC que celle fumée aujourd’hui. Les consommateurs avaient le choix entre l’Acapulco Gold avec un taux entre 3 et 5% de THC et le sinsemilla colombien ou jamaïcain à 9 ou 10% de THC, tout aussi concentré que le Québec Gold d’aujourd’hui.
Les statistiques de l’époque démontrent que les ténors de la désinformation prohibitionniste brandissent les taux les plus bas, tout en occultant sciemment les taux comparables à ceux d’aujourd’hui. Voici ce qu’on peut lire dans Cannabis, Rapport de la commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales (Rapport Le Dain), paru en 1972 : « Pour la marijuana, l’éventail était de 0.02 à 3.46% de THC. Mais il peut être plus large, car on a signalé de plus de 10% dans un choix de sommités fleuries et de bractées de marijuana cultivée au Mississipi, en Angleterre et en Jamaïque. » Du pot à 0.02% et même à 1% de THC, c’est une marchandise de mauvaise qualité destinée à arnaquer les clients.
Mais le plus important, c’est que les fumeurs des années 70 se gelaient la bette surtout avec du hashich marocain ou libanais à 10%, voire 15% et plus de THC, avec de l’Afghan, du Cachemire ou du Népalais pouvant contenir jusqu’à 30 ou 40%, ou encore avec de l’huile de hashich à plus de 50% de THC. C’est ce que constataient les auteurs du rapport Le Dain : « D’après les chiffres fournis par la GRC, les saisies de hashich accusent une constante augmentation. Compte tenu de sa teneur en THC, le hashich (qui est cinq à dix fois plus actif que la marijuana) représente une très forte proportion des quantités de cannabis saisies. […] Au Canada, l’usage du hashich est très nettement la forme la plus courante de cannabisme. »
Mais, « on se demande quelle importance peut avoir, dans la pratique, cette différence entre la marijuana et le hashich. Selon de nombreux observateurs, même si la teneur en THC du hashich est cinq à dix fois supérieure à celle de la marijuana, presque tous les usagers règlent les quantités de manière à obtenir un même degré d’ivresse », écrivaient encore les auteurs du rapport Le Dain. De plus, la majorité des fumeurs trouvent désagréable d’être trop stoned. Les buveurs d’alcool ne font pas autre chose lorsqu’ils ajustent leur consommation en fonction de ce qu’ils boivent : une couple de bières OU une coupe de vin OU une shot de fort, ça donne le même buzz.
En conclusion, même si le pot québécois est plus concentré en THC que celui des années 1970, dans les faits, les fumeurs québécois consomment un produit jusqu’à 5 fois moins concentré en THC que le hashich et l’huile de hashich fumés alors. Et le fumeur de pot faible des années 1970 n’avait qu’à fumer un joint deux fois plus gros pour être aussi stoned. Ça s’appelait un « bat », en allusion au bâton de baseball.
Si quelqu’un osait prétendre que le scotch peut induire des psychoses, parce qu’il contient 40% d’alcool, alors que la bière qui n’en contient que 5% est peace’n love, tout le monde le prendrait pour un cave! Plus le niveau de THC est élevé, moins il faut en fumer pour être high, point. Comment des « experts » autopatentés en prohibition peuvent-ils affirmer que le pot à 10% est beaucoup plus dangereux que celui à 5% et être repris texto sans broncher par les journaleux, alors que cela contredit la littérature scientifique et les statistiques de l’époque? Pire, comment peut-on aller jusqu’à prétendre que sa consommation rend fou? Primo, les journaleux ne font pas leur travail et deuxio, comme disait Goebbels : « À force de répéter un mensonge, il devient vrai. » En matière de cannabis, la machine à laver les cervelles tourne à plein régime.
Jean-Marie Laliberté
Début janvier 2005, La Presse poursuit son œuvre de désinformation prohibitionniste en publiant en Une, à quelques jours d’intervalle, deux papiers démonisant le cannabis. Même s’il est admis que « fumer du cannabis, même à long terme, n’est pas dangeureux pour la santé. » [1] Qu’« on n’a jamais signalé de décès attribuable à une surdose de marijuana » [2] et qu’« une étude démontre qu’il faut administrer la quantité de THC fournie par 681 kg de cannabis en 15 minutes pour atteindre la dose mortelle. » [3] Cela n’a pas empêché La Presse (7 janvier) de titrer : « Cocktail mortel — Un adolescent meurt après avoir mélangé du cannabis à un puissant analgésique ».
J’ai toujours sniffé beaucoup de colle quand j’étais enfant. J’étais vraiment intéressé par la colle, après, je suis passé à la bière et aux amphétamines, puis j’ai dérivé vers l’héroïne, parce que quand j’étais jeune, tout le monde me disait “Ne fume pas de marijuana, ça va te tuer. – Irvine Welsh, Trainspotting
Dès le début, le ton est donné : un adolescent est mort, un autre hospitalisé « après qu’ils eurent mélangé cannabis et Fentanyl transdermique (Duragésic), un analgésique plus puissant que la morphine ». Ce n’est qu’après s’être lourdement attardé sur la consommation de cannabis du jeune décédé que la journaliste arrive au Fentanyl, un opioïde de synthèse « 100 fois plus puissant que l’héroïne. » En fait, les ados ont pris du Duragésic®, un timbre transdermique diffusant du fentanyl pendant 72 heures. Il faut attendre vers la fin de l’article pour obtenir quelques vagues précisions. On lit que « Santé Canada ne recommande pas l’utilisation de Duragesic chez les jeunes de moins de 18 ans. Dans son Bulletin canadien des effets indésirables d’octobre dernier, il mentionne avoir reçu deux notifications de décès d’adolescents à qui on avait prescrit le médicament. »
Ce que ne dit pas La Presse, c’est que la notification du Bulletin de Santé Canada précise que, dans les deux cas, les adolescents ont été retrouvés en dépression respiratoire, l’un 14 heures l’autre 21 heures après la première application de Duragésic. Les deux sont morts après une seule dose de ce médicament sous prescription. D’un côté nous avons une plante médicinale et psychotrope dont l’innocuité est reconnue depuis des millénaires et, de l’autre, un médicament récent de l’industrie chimique qui a tué deux fois à la première dose. Et voilà que la journaliste de La Presse en procédant par amalgame, laisse entendre que les deux sont tout aussi toxiques.
Car c’est bien là le cœur du problème. La Presse précise qu’«ironiquement, les policiers avaient rendu visite aux élèves de cette école juste avant les Fêtes pour mettre les adolescents en garde contre les dangers liés à l’absorption et aux mélange de drogues.» Encore une fois, on tente d’induire le lecteur en erreur en laissant croire que c’est le « mélange » qui a tué. Mais il n’y a pas un mot sur la pertinence de confier l’éducation des jeunes à des policiers qui défendent leurs intérêts corporatifs avant l’intérêt public. En répandant la rumeur que le cannabis est une drogue « dure » à cause de l’augmentation du taux de THC, ils n’ont aucune crédibilité quand vient le temps de mettre les étudiants en garde contre les drogues mortelles.
Quelques jours plus tard, La Presse (11 janvier) remettait ça en publiant encore en Une un papier de Nathaëlle Morissette titré « Les jeunes Canadiens ont plus de facilité à se procurer de la mari que des cigarettes ». L’article portait sur « Une étude, intitulée Recherche qualitative permettant d’aider les jeunes à développer des moyens de refuser de consommer, commandée par Santé Canada et rendue publique à la fin de l’année 2004. » Cette fois, il ne s’agit pas seulement de désinformation, mais de mensonge par omission, pour ne pas dire de mensonge tout court.
Morissette amorce son article en soutenant que « Dans les cours d’école même, plusieurs jeunes Canadiens ont plus de facilité à se procurer de la marijuana que des cigarettes. » Remarquez l’affirmation. Alors qu’il est plutôt noté dans ce rapport que les jeunes croient que les cigarettes et le cannabis sont tout aussi facilement disponibles dans les cours d’école, mais ils ont « l’impression » que la mari est plus facilement accessible. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. D’ailleurs, la question était piégée, puisque les jeunes déclarent aussi que les cigarettes sont tout aussi facilement disponibles dans certains dépanneurs complaisants, qui sont rarement situés dans les cours d’école, comme chacun sait. Mais il y a pire.
Premièrement, il ne s’agit pas d’une « étude de Santé Canada », comme certains journaux l’ont prétendu, ni d’une recherche scientifique, mais d’un sondage d’opinion réalisé par Millward Brown Goldfarb (MBG), une multinationale de marketing. Les experts en marketing utilisent le terme générique « recherche qualitative » pour décrire un sondage d’opinion avec des groupes de discution (focus groups). MBG est une filiale de WPP (surnommée World Propaganda Power), une des deux plus grandes agences de publicité et de relations publiques au monde avec Omnicon. WPP contrôle aussi les agences de publicité J. Walter Thompson et Young & Rubican, de même que les multinationales des relations publiques Burson-Marsteller et Hill and Knowlton, pour ne nommer que celles-là. On n’est pas chez les scientifiques, mais bien chez les requins du marketing et des relations publiques qui ont flairé les gros contrats publicitaires.
Deuxièmement, ce sondage ne date pas de la fin de 2004, mais du début de l’année, mars 2004 pour être précis. Troisièmement, il n’a pas été rendu public par Santé Canada, puisqu’il s’agit d’un outil de travail interne destiné à orienter une future campagne de propagande publicitaire. Selon Pierre Duchesne, porte parole de Santé Canada, ce sondage n’a pas fait l’objet d’un communiqué spécial. Il a été déposé à la Bibliothèque nationale en mars 2004, sans tambour ni trompette. On peut se demander qui a fait parvenir aux médias ce document vieux de presqu’un an, pendant le creux du temps des Fêtes, en soulignant au crayon gras quelques morceaux choisis qui font plaisir aux prohibitionnistes. Une des nombreuses filiales de relations publiques de WPP qui trouve que les contrats tardent à venir, probablement.
Tout porte à croire que Nathaëlle Morissette n’a pas lu le rapport de MBG (qui fait une centaine de pages) [4]. Elle se sera contenté du résumé d’une page et demi en introduction. Elle a sans doute lu aussi les journaux du ROC qui ont publié des papiers biaisés sur le sujet la veille. Morissette écrit « plusieurs adolescents interrogés croient que la marie-jeanne est moins nocive que le tabac des cigarettes. » C’est vrai pour certains groupes. Mais elle omet de mentionner que chez les 13-15 ans, « à Montréal, la plupart pensent que la marijuana est plus dangeureuse que le tabac “parce que tu ne sais jamais par où elle est passée”. Ils avaient l’impression que parce que le tabac est produit par des compagnies bien connues, il ne peut pas être si nocif », précise le rapport. Voici qui contredit directement ce que la journaliste de La Presse a écrit.
Ce n’est pas tout. Morissette cite cette autre conclusion du rapport. Chez les jeunes de 10 à 15 ans, écrit-elle, « plusieurs ont l’impression que la marijuana est moins dommageable car, à la base, il s’agit d’une plante qui peut être utilisée à des fins thérapeutiques. » Encore une fois, mis à part le fait qu’elle traduit a few participants (quelques-uns), par « plusieurs », elle omet de mentionner que chez les 16 à 19 ans, « à Montréal, il a été établi que la marijuana, comme substance, est plus nocive, mais parce qu’elle est consommée beaucoup moins fréquemment, l’impact sur la santé serait moindre. » Voici qui est encore en contradiction directe avec l’article de La Presse.
Dans le code d’éthique du Conseil de presse, auquel La Presse devrait se soumettre, on lit : « Les médias et les professionnels de l’information ne doivent pas déformer la réalité en recourant au sensationnalisme. » Ou encore que « La presse ne peut se permettre de taire ou de donner une image déformée des faits sous prétexte qu’ils sont l’objet de quelque tabou ou qu’ils sont susceptibles de compromettre certains intérêts particuliers. » En matière de cannabis, ces beaux principes sont presque toujours systématiquement bafoués.
La Presse est farouchement prohibitionniste. Paul Desmarais fils, propriétaire du journal, appuie publiquement le « périmètre de sécurité nord-américain, qui serait implanté par l’harmonisation et l’unification a peu près complète des services frontaliers entre les deux pays » (La Presse, 8 avril 2003). Ce qui exigera une certaine « harmonisation » des lois criminelles avec les États-Unis, particulièrement les lois anti-drogues et anti-terroristes. On se souvient que l’ambassadeur des États-Unis Paul Cellucci et le tsar de la drogue de la Maison Blanche John P. Walters ont promis de foutre le bordel aux frontières si le Canada adoucissait sa loi prohibitionniste.
Power Corporation a des intérêts importants dans l’industrie pharmaceutique, laquelle serait l’une des grandes perdantes de la légalisation du cannabis. Le scandale du Vioxx, qui aurait tué jusqu’à 139 000 malades aux États-Unis, a eu droit à un entrefilet en page A12, alors qu’un adolescent qui s’empoisonne avec un médicament fait la Une trois jours plus tard. Parce qu’il a aussi eu le malheur de fumer un joint. On tenterait de blanchir l’industrie en démonisant un concurent qui menace ses profits qu’on n’agirait pas autrement.
Nous verrons le mois prochain que les dernières études commandées par le National Institute on Drug Abuse sur les campagnes de publicité démonisant le cannabis arrivent à la conclusion que, souvent, les jeunes les plus exposés aux annonces ont tendance à consommer plus de drogues en vieillissant que ceux qui ont été épargnés.
Jean-Marie Laliberté
[1] The Lancet novembre 1995.
[2] Journal de l’Association médicale canadienne 15 mai 2001.
[3] Mohamed Ben Amar, pharmacologue, Drogues, santé et société printemps 2004.
[4] Sondage d’opinion réalisé par Millward Brown Goldfarb
Les Zamaricains, eux-autres ils l’ont pas l’affaire!
Le mois dernier, nous avons vu que la démonisation du cannabis par la désinformation policière et médiatique discrédite totalement les autorités quand vient le temps de mettre les jeunes en garde contre les drogues mortelles. Nous avons aussi vu qu’une étude de marketing commandée par Santé Canada à une filiale de la multinationale WPP, une des plus grandes agences de publicité au monde, avait été faussement qualifiée par les médias d’étude « de » Santé Canada, laissant croire qu’il s’agissait d’une étude scientifique. De plus, ces mêmes médias ont rapportés certaines conclusions choisies soutenant le discours alarmiste prohibitionniste, alors que d’autres conclusions contredisant les premières ont été ignorées.
Une des conclusions les plus intéressantes du rapport en question, commandé pour tenter de définir les paramètres d’une future campagne de marketing social, aura échappé aux mauvais journalistes. À Halifax, des sujets ayant visionné des publicité anti-marijuana ne les ont pas trouvées crédibles. Une publicité montrant une jeune fille enceinte avec le message « c’est ce qui t’arrivera sur le pot » a été citée en exemple. Les jeunes concernés ont déclaré « On a tendance à savoir ce que l’on fait sur le pot ». Voilà qui rejoint les études sur l’efficacité des campagnes anti-marijuana faites par nos puritains voisins du Sud.
L’Office of National Drug Control Policy (ONDPC), mieux connu aux États-Unis comme le bureau du « tsar de la drogue », a dépensé 1,5 milliard de dollars US depuis 1998, essentiellement pour démoniser le cannabis. Les publicités sont placées par Partnership for a Drug Free America (PDFA), un organisme quasi gouvernemental qui reçoit aussi des fonds par millions de l’industrie pharmaceutique. Cette dernière serait, avec la police, l’une des grandes perdantes de la légalisation. Le cannabis pourrait remplacer, selon certaines évaluations, de 10 à 20% des médicaments sur ordonnance dès sa légalisation, et probablement jusqu’à 40 ou 50% à plus ou moins long terme (Omni septembre 1982). Ces dernières années, PDFA s’est classé au quatrième ou cinquième rang des annonceurs nationaux, en compétition avec des firmes comme AT&T ou Burger King.
La campagne de PDFA a été confiée à l’agence Ogylvy & MatherWorldwide, une autre filiale de WPP. Le monde de la publicité est petit. Ogylvy & Mather se défend actuellement devant les tribunaux d’accusations de surfacturation dans l’orchestration des campagnes de l’ONDCP. Les créatifs de PDFA ont multiplié les campagnes publicitaires négatives trompeuses. On a tenté de faire croire aux jeunes qu’« Une bouffée t’es accroché ». Une autre annonce bien connue montrait à l’écran un encéphalogramme plat comme étant celui d’un ado de 14 ans ayant fumé du pot. Jusqu’à ce que quelqu’un découvre qu’il s’agissait d’un patient dans le coma et que la pub soit retirée des ondes. Plus récemment, on a pu voir des publicités prétendant que le trafic de cannabis soutenait le terrorisme international et que les fumeurs étaient en partie responsable de leurs attentats. Bref, absolument n’importe quoi pour tenter de faire peur.
Le National Institute on Drug Abuse (NIDA), qui finance lui-aussi en partie les campagnes publicitaires, a commandé plusieurs études sur l’efficacité des dites campagnes à Westat Inc et au Annenberg Public Policy Center de l’Université de Pensylvanie. Le rapport le plus récent Evaluation of the National Youth Anti-Drug Media Campaign: 2003 Report of Findings1 arrive à la conclusion que les campagnes de publicité négative ont eu l’effet contraire de celui visé. Les jeunes qui ont vu le plus souvent les publicité antidrogue « n’ont pas démontré de différences statistiques quant à leurs croyances et leurs habitudes ». Ils ont déclaré que leurs exagérations grossières, voire caricaturales, rendaient les messages peu crédibles, et qu’il était évident pour eux qu’il s’agissait de propagande gouvernementale. Ceux qui ont été massivement exposés aux campagnes semblent « être plus portés à adopter une attitude pro-drogues en vieillissant », que ceux qui ont été épargnés. Les auteurs du rapport ont noté que l’exposition répétée aux publicités négatives pouvait même stimuler l’usage de drogue, dans certains cas.
Ironiquement, le rapport commandé par Santé Canada démontre par l’absurde l’échec de la prohibition, puisque les jeunes croient qu’il est plus difficile de se procurer du tabac dans les cours d’école, une substance légale et réglementée, que du cannabis, une substance prohibée. La seule conclusion logique, c’est que le cannabis devrait être légalisé pour les adultes avec les mêmes restrictions et contrôles pour les jeunes que ceux imposés pour le tabac et l’alcool.
Il faut, bien sûr, faire l’éducation des jeunes sur les drogues : ils doivent connaître les effets et les dangers de l’abus de café, de cannabis, de tabac, d’alcool, de médicaments, de cocaïne, d’héroïne et de solvents volatils. Pour ce faire nous avons besoin d’éducateurs spécialisés dans les substances toxiques, pas de spécialistes en répression policière et en marketing. Des éducateurs qui informent, pas des incompétents qui mettent toutes les drogues au même niveau et qui voient dans la légalisation du cannabis une menace à leur sécurité d’emploi. La répression et la santé sont deux choses distinctes et leur mélange, comme on l’a vu, est un cocktail qui peut être mortel. D’ailleurs, comment se fait-il que les syndicats d’enseignants acceptent que des policiers qui n’y connaissent rien fassent l’éducation des enfants sur les drogues? Les syndicats policiers accepteraient-ils que les professeurs donnent des contraventions autour des postes de police? Il faut sortir les policiers « éducateurs » des écoles et ça presse!
Jean-Marie Laliberté
[1] National Youth Anti-Drug Media Campaign: 2003 Report of Findings
La décriminalisation signifie que le législateur retire le comportement de la « compétence » du système de justice criminelle. La dépénalisation signifie la modification de la peine imposée, comme c’est le cas avec le projet de loi C-17.
Le Projet de loi C-17 modifiant la Loi sur les contraventions et la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, actuellement en processus d’adoption à la Chambre des communes, est une belle fraude intellectuelle. Grâce à la propagande gouvernementale et médiatique, la grande majorité des citoyens croit à un relâchement de la prohibition du cannabis, alors qu’en réalité il est question de la rendre plus efficace. Le gouvernement libéral entretient allègrement la confusion, utilisant à tort et à travers le mot « décriminalisation », alors que la simple possession de cannabis demeurera illégale. Par ailleurs, dans le résumé législatif du projet de loi (RL), il est précisé qu’il s’agit plutôt d’une « dépénalisation » partielle et non pas d’une « décriminalisation ».
Alors que 80% de la population appuie la décriminalisation et que l’actuel projet de loi a été dénoncé par le Bloc Pot, le Parti Marijuana et le NPD, la machine à propagande gouvernementale entretient l’illusion trompeuse que la nouvelle loi adoucira la prohibition, cela pour faciliter son adoption sans soulever l’opposition de la population. Et les représentants des États-Unis, d’où nous viennent les éléments les plus nuisibles de cette loi, se sont eux aussi mis de la partie.
En menaçant ouvertement le Canada de représailles si C-17 est adopté, la Maison Blanche donne à croire que le gouvernement canadien adoucit la prohibition, alors qu’il n’en est rien. D’ailleurs Martin Cauchon, père de cette loi, s’était déplacé jusqu’à Washington pour recevoir la bénédiction de son homologue étasunien, l’ultra-conservateur John Ashcroft, avant de la présenter aux Communes. Une démarche exceptionnelle et inusitée.
La plupart des juges estiment que les peines prévues par la loi actuelle sont disproportionnées par rapport au « crime » de possession de petites quantités et hésitent donc à condamner les consommateurs. Certains tribunaux ont même jugé la loi inconstitutionnelle. C’est à cette « échappatoire » que le projet de loi C-17 s’attaque. Ceux qui, avec la nouvelle loi, croient pouvoir s’en tirer avec une simple contravention pour possession de moins de 15 grammes risquent de déchanter. Si C-17 introduit la contravention, c’est pour mieux punir, car la loi vise à « décourager la consommation de cannabis par une application plus rigoureuse des sanctions pour possession les policiers pourront dresser un procès-verbal ou délivrer une contravention quand, auparavant, ils n’auraient donné qu’un avertissement » (RL). Moins sévère pour les premières infractions de possession de petites quantités, la nouvelle loi sera cependant plus facilement applicable et, par conséquent, conduira à plus de condamnations.
L’introduction d’une contravention est une subtilité hypocrite pour permettre « une application plus stricte de la loi » (RL) avec l’intention d’accroître « l’imputabilité » des contrevenants. À la quatrième infraction, les policiers auront la « discrétion » de poursuivre le prévenu devant un tribunal et ce sont alors les peines de l’ancienne loi qui s’appliqueront. Comme tous les contrevenants seront fichés dans une nouvelle banque de données nationale gérée par la GRC, créée spécialement à cet effet, la répression des contrevenants sera plus aisée. C’est l’introduction dans les lois canadiennes du principe des trois prises (three strikes you’re out) directement inspiré des États-Unis, et extrêmement pernicieux car il augmente dramatiquement le nombre des séjours en prison.
Alain-Robert Nadeau, avocat constitutionaliste, déclarait au Devoir au moment du dépôt du projet de loi, qu’il y avait tout à craindre de cette banque de données : « On connaît la lutte quasi religieuse des États-Unis contre la drogue. Dans la mesure où une telle banque de donnée existera, pensez-vous qu’ils ne voudront pas l’avoir » Elle pourrait facilement devenir un « outil de contrôle […] Disons qu’il y a une manif antimondialisation et qu’on identifie 200 personnes, on pourrait faire sortir du registre le nom de ceux qui ont déjà deux prises contre eux, arrêter ceux-là et les fouiller. C’est extrêmement vicieux » (Le Devoir, 18 octobre 2003). La possession de cannabis deviendrait alors une circonstance aggravante incitant fortement les tribunaux à condamner ces manifestants « récidivistes » à une peine de prison ferme. Ce n’est d’ailleurs pas une stratégie nouvelle que de se servir des lois antidrogue pour réprimer les idées de gauche et la liberté de la presse. Ici comme aux États-Unis, les lois antidrogue ont largement servi de prétexte pour réprimer les luttes sociales.
On dit du projet de loi C-17 qu’il vise surtout à combattre les plantations « à grande échelle » contrôlées par le « crime organisé ». Le 18 mars, La Presse se faisait encore la courroie de transmission de la désinformation prohibitionniste. On pouvait y lire, sous la plume d’André Cédilot, qu’une plantation clandestine de cannabis compte « en moyenne » de 700 à 800 plants. C’est à cette « industrie » que la nouvelle loi prétend s’attaquer. En réalité, à la lecture du texte de loi on constate que les tribunaux devront imposer des peines minimales de prisons aux producteurs de plus de trois plants, si la plantation est située dans un immeuble appartenant à autrui, ou dans un quartier résidentiel, ou s’il y a des enfants présents sur les lieux. Si vous avez entre 4 et 25 plants vous pouvez prendre jusqu’à 5 ans de taule, plus de 50 plants, jusqu’à 14 ans…
Mais si une plantation criminelle moyenne compte plus de 700 plants, à qui croyez-vous que s’adresse la loi en imposant la prison à partir de quatre plants ?
En définitive, il est clair que le projet de loi C-17, sous ses dehors progressistes, cherche à harmoniser la loi canadienne avec celle du pays « démocratique » ayant le plus haut taux d’emprisonnement au monde, en grande partie pour des condamnations reliées aux drogues : les États-Unis d’Amérique (701 prisonniers par 100 000 habitants, 116 au Canada). Cette loi plaira au crime organisé, puisqu’elle fera monter les prix. Et la police fera exploser les statistiques sur les arrestations de « trafiquants » en coinçant un maximum de petits consommateurs qui font pousser leur herbe. Loin de réduire la prohibition, cette loi va plutôt lui donner des ailes. À moyen terme, les flics demanderont plus de budget et les constructeurs de prisons privés se frottent déjà les mains. Et ce sont encore les fumeurs de pot qui payeront le plus gros de la note.
Jean-Marie Laliberté
De nombreux gouvernements de par le monde ont été mis dans l'embarras par des comités, enquêtes et rapports qu'ils ont eux-mêmes commandés! Préconisant la légalisation du cannabis ou démontrant à tout le moins sa relative innocuité, les documents scientifiques présentés dans cette section font éclater au grand jour l'hypocrisie des politiciens et des policiers.
Le Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites a publié le 4 septembre 2002 son rapport final sur le cannabis. Au terme d’une étude approfondie de deux ans de la politique gouvernementale relative à la marijuana, le Comité en est arrivé à la conclusion que la drogue devrait être légalisée.
Site Web du Comité
Communiqué de presse (4 septembre 2002)
Drogues: un rapport mal compris, Le Devoir (5 octobre 2002)
Ce rapport commandé par Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à la santé, est capital dans l'histoire du débat sur la décriminalisation des drogues. Il est, à l'heure actuelle, la pièce maîtresse dans le dossier des partisans de cette mesure. Il établit une classification des drogues selon leur degré de dangerosité. Ses conclusions renversent les idées reçues. Il met en cause la différenciation entre drogues licites et drogues illicites, et propose plutôt d'établir trois groupes de substances susceptibles d'entraîner des effets plus ou moins accentués de dépendance psychique. Le cannabis qui appartient aux drogues illicites est jugé anodin, alors que l'alcool et le tabac apparaissent aux côtés de l'héroïne, parmi les produits les plus toxiques!
L’absorption de cannabis produit une sensation d’euphorie légère et de relaxation avec perceptions auditives et visuelles amplifiées. De faibles perturbations sont observées dans l’aptitude à effectuer des tâches coutumières plus ou moins complexes. Ceci est interprété par une légère diminution des performances psychomotrices et mnésiques (revue Hall et al., 1994) éventuellement reliées à la réduction de LTP résultant de l’activation des récepteurs CB1 (Stella, 1997 et ref citées).
Ces effets sont modulés par les doses et à haute concentration (> 40 ,g THC) des syndromes de sédation, sensation de lourdeur et quelquefois des effets dépressifs peuvent être observés. Il est important de noter que les effets de somnolence produits par le cannabis sont la résultante des actions combinées des différents cannabinoïdes, ce qui explique qu’ils ne soient pas identiques selon la source de cannabis (haschich vs chanvre). Bien que critiquables dans leur méthodologie, plusieurs études ont démontré que durant la période d’imprégnation par le THC à hautes doses, les facultés d’apprentissage étaient légèrement altérées par la consommation de cannabis, surtout à cause d’un défaut d’attention. Toutefois les résultats sont assez contradictoires, les plus forts consommateurs étant les moins affectés (Adams et Martin, 1996, et ref citées). Par contre aucune modification des possibilités d’abstraction et d’utilisation du vocabulaire n’a été observée. Il s’agit plutôt d’altération de la mémoire à court terme apparemment sans répercussion sur la rétention à long terme (Schwartz et al., 1989). Bien que ces effets semblent modestes et mériteraient d’être confirmés par des études plus approfondies, ceci doit être pris en compte chez les adolescents scolarisés (Block et al., 1992, 1993 ; Solowij et al., 1991, 1996 ;Pope et Zurgelam, 1995, 1996 ; Fletcher et al., 1996). Néanmoins, il faut noter qu’en dépit des modifications possibles des processus mnésiques et d’appréciations altérées du temps souvent notées par les usagers de cannabis, la qualité du travail effectué ne paraît pas modifiée (Hollister, 1986). De même la consommation journalière à haute dose de cannabis durant de nombreuses années ne semble pas induire de comportements de démotivation ou d’absence de motivation bien établis. Les légères altérations sur la mémoire à court terme du cannabis utilisé chroniquement viendraient de perturbations dans l’organisation et l’intégration d’informations complexes. Celles-ci mettent en jeu le cortex frontal dans lequel le THC provoque des variations de flux sanguin et du métabolisme observées par neuroimagerie (Mathew et al., 1992). Les effets comportementaux du cannabis, en particulier la somnolence et le ralentissement des comportements moteurs ont conduit à étudier leur retentissement en termes de conduite de véhicules. De très nombreuses études ou enquêtes ont été effectuées (voir livre blanc, G. Lagier). Les résultats sont difficiles à interpréter du fait de l’association pratiquement constante chez les conducteurs responsables d’accidents pour lesquels des examens ont été exigés, de plusieurs produits, le plus fréquent étant l’alcool. Utilisé seul, le cannabis ne semble pas être un facteur de risque d’accident (Scherman, 1992 ; Robbe, 1994 ; Drummer et al., 1994 ; Chescher, 1995) ce qui n’est pas le cas dès qu’il est associé à l’alcool, aux psychostimulants ou aux tranquillisants. Les études actuelles effectuées sur un nombre de cas plus élevé, pourraient contredire ces résultats. En présence d’hallucinogènes, qui pourraient être consommés accidentellement mélangés à l’ecstasy, les effets psychiques sont tels que la conduite automobile devient quasiment impossible. Des recherches en laboratoire ont permis d’évaluer plus directement les effets du cannabis sur la conduite de véhicules (revue dans Robbe et al., 1994). Testés à l’aide de simulateurs de conduite ou lors de conduite contrôlée en ville, les consommateurs de cannabis semblent peu différents des groupes contrôles. Toutefois, on constate que les premiers ont des réponses différées au démarrage, au dépassement, etc... (Smiley, 1986). Il existe par ailleurs un effet conscient de compensation des altérations d’attention (Mercier-Guyon, 1994), qui cependant pourrait être pris en défaut en cas de situation inattendue ou lors de surconsommation. Il faut néanmoins relativiser le risque par rapport à l’alcool (Robbe, 1994), qui reste beaucoup plus redoutable en terme d’accidents de la circulation en particulier du fait de ses effets désinhibiteurs.
La première consommation de cannabis peut entraîner dans des cas rares, des effets d’anxiété sévères, voisins de ceux éprouvés lors de crises de panique chez des sujets prédisposés. Ils sont réversibles dès l’arrêt de la consommation et ne semblent pas se reproduire par la suite. Aucune pathologie mentale directement reliée à la sur-consommation de cannabis n’a été signalée, ce qui différencie cette substance des psychostmulants tels que le MDMA, la cocaïne ou l’alcool dont l’usage excessif et répété peut donner lieu à des syndromes psychotiques caractéristiques. De même, le cannabis ne semble pas précipiter l’apparition de dysfonctionnements mentaux pré-existants (Schizophrénie, dépression bipolaire, etc...). Il est possible que, comme c’est le cas pour toutes les substances à risques d’abus, l’utilisation répétée du cannabis soit plus souvent trouvée chez les individus atteints de troubles psychiques, schizophrènes en particulier (Allebeck et al., 1993 ; Williams et al, 1996). Enfin aucun syndrome amnésique comparable à celui de Wernicke et Korsakov, observé chez les alcooliques chroniques, n’a été décrit chez les consommateurs excessifs de cannabis.
La toxicomanie au cannabis n’entraîne pas de neurotoxicité telle qu’elle a été définie au chapitre III par des critères neuroanatomiques, neurochimiques et comportementaux. Ainsi, les résultats anciens suggérant des modifications anatomiques dans le cerveau des consommateurs chroniques de cannabis mesurés par tomographie, n’ont pas été confirmés par les techniques modernes précises de neuroimagerie. De même, les altérations morphologiques dans l’hippocampe de rat après administration de doses très élevées de THC (Langfield et al., 1988) n’ont pas été retrouvées (Slikker et al., 1992). Plusieurs études ont été consacrées aux effets du cannabis sur les potentiels évoqués et sur l’électroencéphalogramme chez l’homme. L’usage intermittent produit des changements réversibles dans les profils d’ondes alpha dans le cortex frontal, probablement en rapport avec les états de somnolence induit par le THC. A très long terme (>15 ans) et avec une forte consommation journalière, une augmentation dans l’activité frontale théta et une hyperfrontalité alpha ont été observés (Struve et al., 1990, 1994). La relation éventuelle avec des changements comportementaux ou dans des tests neuropsychologiques n’est pas discutée ni du reste celle possible avec les effets anticonvulsivants du THC. Plusieurs études font état de variations de la circulation cérébrale et du métabolisme dans certaines régions cérébrales en particulier le cervelet et le cortex préfrontal par PET Scan ou FMRI (Volkoww et al., 1996) ce qui est cependant souvent observé avec les psychotropes.
Il s’agit là encore d’un sujet très discuté (Jones et al., 1981). Chez l’animal, les actions pharmacologiques du THC et des cannabinoïdes de synthèse donnent naissance à des phénomènes de tolérance (revue dans Adams et Martin ; 1996). L’origine biochimique de ce phénomène pourrait être du même type que celle trouvée avec les opioides, i.e. une adaptation du système de réception-transduction mais il reste à le clarifier, ce qui est du reste le cas pour tous les neuromodulateurs. Des résultats contradictoires concernant la densité de récepteurs dans certaines régions cérébrales sont rapportés avec diminution ou augmentation (Oviedo et al., 1993 ; Romero et al., 1995), mesurés par liaison ou hybridation in situ. Ces changements sont de toute manière réversibles comme le montre une étude effectuée dans le cerveau du singe, 7 mois après exposition de l’animal durant un an à le fumée de cannabis (Westlake et al., 1991). Les drogues sont généralement classées en fonction de leur aptitude à générer des phénomènes de dépendance physique et psychique et sont considérées comme à risque si elles répondent à ces deux critères. Le cannabis a été placé dans ce groupe bien que les cannabinoïdes soient loin de produire des effets comparables à ceux générés par l’héroïne, l’alcool ou le tabac. Ainsi, l’arrêt brutal d’un traitement chronique au THC a donné des résultats contradictoires chez le rat puisque dans le cas de modifications comportementales, celles-ci n’étaient pas modifiées par administration de l’agoniste (Adams et Martin, 1996 et ref citées). Le développement récent de l’antagoniste sélectif du récepteur CB1, le SR 141716A a permis de montrer chez le rat (Aceto et al., 1995 ; Tsou et al., 1995) puis récemment chez la souris (Hutcheson et al., 1998), l’existence d’une légère dépendance physique au THC très différente de celles engendrées, par exemple, par les opioides. De plus, on doit s’attendre à ce que les symptômes du sevrage soient encore plus faibles en l’absence d’administration d’antagonistes. Ceci correspond assez bien à ce qui est observé chez l’homme lors de l’arrêt de la consommation de cannabis. En effet, même dans le cas d’utilisation fréquente de hautes doses, aucun syndrome comparable à celui produit par le sevrage à l’héroïne ou l’alcool par exemple n’est observé. Les effets de sevrage au THC rapportés dans une étude récente sont des signes de nervosité, des troubles légers du sommeil et une diminution d’appétit qui disparaissent rapidement (Wiesbeck et al., 1996). L’absence de syndrome de sevrage sévère dans le cas des cannabinoïdes est sans doute due à son élimination lente. Il serait intéressant d’étudier ce phénomène par PET Scan chez le singe et l’homme. Si les effets comportementaux consécutifs à l’arrêt de la consommation de cannabis restent modestes, les effets cardiovasculaires et végétatifs sont plus nets (tachycardie au pic de l’effet du cannabis, puis bradycardie) chez le consommateur naïf (Benewitz et Jones, 1981). Ils sont sujets à tolérance. C’est surtout par leur aptitude à engendrer une dépendance psychique (addiction) que l’on évalue la dangerosité des drogues. Il est bien établi que la très grande majorité des consommateurs de cannabis n’utilisent ce produit qu’occasionnellement et peuvent cesser définitivement son utilisation sans grande difficulté. Ceci est très bien indiqué par les courbes indiquant l’évolution des consommateurs au cours des différentes périodes de la vie. On considère qu’il existe moins de 10% de très gros consommateurs de cannabis qui éprouvent des difficultés à abandonner la consommation de la substance bien qu’ils le souhaitent (Wiesbeck et al., 1996). Les effets de manque éventuellement responsables de la dépendance sont retrouvés avec la même incidence (9%). Néanmoins, le débat sur les risques de dépendance au cannabis a été relancé ces deux dernières années par la mise en évidence directe de deux paramètres considérés comme prédictifs d’un risque d’addiction. Le premier est la libération de dopamine dans le N.Accumbens induit par l’administration de THC et le second est l’observation que cette libération est antagonisée par la naloxone, semblant donc contrôlée par la stimulation du système opioide (Tanda et al., 1997). Effectivement, ceci vient d’être confirmé formellement par la démonstration d’une élévation du taux extracellulaire de Met-enképhaline dans le N.Acc par microdialyse après traitement au THC (Valverde et al., sous presse). Néanmoins cette libération est faible, environ 4 fois inférieure à celle produite par le RB 101 (Daugé et al., 1996) qui ne produit aucune dépendance physique ou psychique (Roques et al., 1993). Le second est la libération de CRF induite par administration de SR 141,716A chez le rat traité chroniquement au THC, phénomène également produit par le sevrage à l’alcool ou toutes formes de stress. Agissant sur les récepteurs de l’amygdale, le CRF augmenterait les sensations d’anxiété, potentialisant ainsi la vulnérabilité à la reprise de consommation (Rodriguez de Fonseca et al., 1997). La "dérive" vers les drogues dures "gateway theory" (Nahas, 1993 ; Cohen et Sas, 1997) après consommation chronique de THC ne semble pas étayée par les résultats d’expériences récentes chez l’animal. Ainsi, le traitement chronique au THC ne modifie pas la préférence de place induite par la morphine (Valverde et al., 1998 ; sous presse). L’hétérosensibilisation correspondant à l’activation de la réponse induite par une drogue (héroïne par exemple) lors de l’administration d’une autre (alcool par exemple) est un phénomène qui ne semble pas avoir été étudié en détail avec le THC. Il faut cependant noter que l’anandamide (Véla et al., 1995) et le THC (Hine et al., 1975) sont capables de diminuer la sévérité du sevrage aux opioides suggérant que chez les héroïnomanes, le cannabis pourrait atténuer les effets de manque. Chez l’homme, les études épidémiologiques donnent des résultats très contradictoires selon la manière dont les résultats sont présentés et interprétés. Ceci est discuté en détail dans la revue récente de Zimmer et Morgan (1997). Selon des enquêtes faites au USA, 1% des consommateurs de cannabis seraient amenés à utiliser de la cocaïne ce qui ne signifie pas qu’ils en deviendraient nécessairement dépendants (S.A.M.H.S.A. US Department of Health and Human Services, 1996, page 36). D’autres études montrent que la consommation de drogue dure à la suite de celle de cannabis est surtout le fait de minorité de jeunes de milieux défavorisés, vivant dans des environnements sociaux et familiaux instables, en échec scolaire et en contact avec les trafiquants de cocaïne et d’héroïne (Johnson et al., 1997). Ces résultats, couplés à ceux de nombreuses études épidémiologiques, semblent indiquer que la consommation de drogues dures à la suite de celle de THC aurait principalement des causes psychosociologiques (Zimmer et Morgan, 1997, p. 33-37 et ref citées). Néanmoins, bien que tous les critères retenus pour définir une substance comme addictive ne soient pas satisfaits dans le cas du cannabis, une certaine pression s’exerce au USA pour que des programmes soient mis en oeuvre pour l’arrêt total de sa consommation. Ceci se traduit par des demandes d’analyse de l’existence ou non d’une telle consommation par les employeurs et la possible exigence d’une abstinence. Il est certain que la suppression du gène du récepteur CB1 qui vient d’être réalisée va permettre d’éclaircir un certain nombre de questions sur la pharmacologie des cannabinoïdes y compris le problème de l’existence possible d’une hétérosensibilisation, comme cela a été fait avec d’autres souris génétiquement modifiées. Ce travail est en cours. Il faudra néanmoins rester prudent sur une extrapolation directe chez l’homme pour des raisons évidentes d’espèces et plus subtile d’adaptation possible (probable) inhérente à toute modification de gènes.
Les effets toxiques les plus prévisibles du cannabis sont reliés à son utilisation excessive par inhalation. En effet, les mêmes concentrations de substances cancérigènes (phénol, nitrosamines, substances polyaromatiques, etc...) sont retrouvées dans la fumée provenant des cigarettes ou des joints (rapport de la Br. Med. Ass., 1997). Ce sont les effets les plus dangereux en cas d’usage très fréquent de cannabis du fait du risque de tumeur pulmonaire, d’autant que sa consommation ne diminue pas celle du tabac. Par ailleurs, des inflammations bronchiques ont été observées chez les très gros consommateurs (plus de 10 cigarettes/jour) ainsi que des troubles asthmatiques et une altération des fonctions respiratoires (Taskin et al., 1987) bien que certains de ces effets n’ont pas été retrouvés dans toutes les études (Gil et al., 1995). Un des dangers de l’inhalation de cannabis tient au fait que celle-ci est plus profonde et l’air inspiré plus chaud. Néanmoins, il n’existe pas d’étude épidémiologique démontrant que l’association, cannabis et tabac, est un facteur de risque supérieur au tabac seul pour l’incidence de cancer pulmonaire et l’insuffisance respiratoire chronique.
Les études effectuées sur cellules et in vivo démontrent qu’à des doses largement supérieures à celles utilisées à des fins récréatives, les cannabinoïdes perturbent le système immunitaire. Plusieurs études chez l’animal ont montré une réduction de la résistance aux affections microbiennes et virales après traitement au THC qui se comporte comme un immunomodulateur probablement en agissant sur les récepteurs CB2 périphériques (organes lymphoïdes, lymphocytes, macrophages ; etc...). Toutefois, les doses utilisées ont été très élevées et donc les attendus pathologiques éventuels, difficiles à établir ... (revue dans Friedman et al., 1994). Ainsi, il a été récemment démontré que l’anandamide était capable de stimuler la prolifération des cellules hématopoietiques en synergie avec une cytokine, l’interleukine-3 (IL3) qui agit en activant les récepteurs glycoprotéiques de la famille des récepteurs ) l’hématopoietine (Valk et al., 1997). Ce résultat semble contredire les actions délétères du THC sur la résistance à l’infection, en particulier causée chez la souris par la bactérie Legionella pneumophila, qui ont été reliées à des défauts dans l’action des cytokines et des cellules immunocompétentes (Smith et al., 1997). Ces résultats sont discutés dans une revue récente (Klein et al., 1997). Il est cependant intéressant d’observer qu’il existe une grande similarité structurale entre l’anandamide (et autres cannabinoïdes endogènes) et la famille des dérivés des phospholipides (acide arachidonique, prostaglandines, prostacyline, etc...). Des études pourraient être effectuées pour vérifier les effets directs des cannabinoïdes sur les processus inflammatoires et immunitaires. Le récepteur aux cannabinoïdes présent sur les macrophages est différent de celui trouvé dans le cerveau ce qui explique des effets immunomodulateurs obtenus avec des dérivés du THC d’effets psychiques. On peut remarquer que le THC et le cannabis fumé ont été utilisés chez les malades atteints de SIDA pour diminuer les effets secondaires des traitements (vomissements, perte d’appétit, etc...). Aucune étude n’a rapporté d’effets aggravants des cannabinoïdes sur le système lymphocitaire affecté par le virus du VIH-1 (Kaslow et al., 1989). C’est du reste une des raisons invoquée pour l’utilisation clinique du THC chez les malades atteints de SIDA ou de cancer.
Chez le rongeur, le THC conduirait à des réductions dans la taille de certains organes impliqués dans les fonctions sexuelles (testicule, prostate, ovaire). Par contre, les effets observés chez l’homme sont très contradictoires. Les études les plus anciennes rapportaient soit des effets de diminution transitoire, soit aucune modification des taux de LH et testostérone. Toutefois, plusieurs études effectuées entre 1974 et 1979 laissaient entendre que les cannabinoïdes pouvaient altérer les fonctions testiculaires du fait des modifications hormonales induites par le cannabis. Depuis, d’autres travaux ont démontré que les taux de LH et de testostérone ne subissaient pas de modification significative après consommation de cannabis (Cone et al., 1986) et que ces taux étaient similaires chez les consommateurs de cannabis et les contrôles (Block et al., 1991). Des études avaient montré une diminution des spermatozoïdes dans un groupe de 16 consommateurs de cannabis (Hembree et al., 1991). En 1990, Murphy et al. ont également rapporté que le THC pouvait empêcher l’ovulation et la production de sperme. Toutefois, comme ceci est souligné par l’OMS dans son dernier rapport (1997), aucune étude épidémiologique n’a encore confirmé ces résultats. Néanmoins, des travaux récents ont relancé le débat sur les effets éventuels du cannabis sur les organes de reproduction. Le récepteur CB1 est présent à la fois dans l’utérus et à la surface des cellules embryonnaires des rongeurs. Récemment, des quantités d’anandamide, plus de 100 fois supérieures à celles trouvées dans le cerveau, ont été mises en évidence dans l’utérus de souris (Schmidt et al., 1997). Ces concentrations semblent osciller légèrement en fonction des états de pré- ou post-implantation de l’embryon avec un taux plus bas dans la première situation. Des résultats obtenus sur un nombre restreint de souris montrent un effet inhibiteur in vitro de l’anandamide sur le développement de l’embryon dont les premières cellules (blastocyte) portent le récepteur CB1 (Yang et al., 1996). De même, l’infusion par minipompe d’un agoniste CB1 préviendrait l’implantation embryonnaire et ce phénomène serait antagonisé par le SR 141716A (Schmidt et al., 1997). Ces résultats sont cependant ) prendre avec prudence car établis sur un nombre très restreint (n=4-5) d’animaux et leur transposition chez la femme, en particulier comme hypothèse d’infertilité inexpliquée, très prématurée. Néanmoins, la mise en évidence du récepteur CB1 humain dans l’endomètre et la capacité de l’utérus à synthétiser l’anandamide avec augmentation d’activité d’une des deux enzymes de synthèse durant la phase de réceptivité et une diminution de l’enzyme de métabolisation (amidase) après l’implantation (Paric et al., 1998) conduit à s’interroger sur les effets négatifs que pourraient avoir les cannabinoïdes exogènes sur les phases d’implantation de l’embryon. Il reste, selon les auteurs, à expliquer l’énorme quantité d’anandamide dans l’utérus au moins chez la souris, vis à vis d’une concentration limitée de récepteur ce qui est difficilement compatible avec un rôle régulateur de la nidation à moins qu’il existe une compartementalisation à démontrer. Chez l’homme, les testicules et les cellules spermatiques expriment de très nombreuses protéines membranaires et ectoenzymes, dont le rôle reste inconnu dans la plupart des cas. Il en est de même du récepteur CB1 (Schuel et al., 1994) qui se trouve également sur les spermatozoïdes d’oursin et dont le pouvoir fertilisant est réduit in vitro par des concentrations importantes (10-6M) d’anandamide ou de THC. L’action des cannabinoïdes consisterait à bloquer les réactions impliquant l’acrosome, i.e., l’exposition de la partie membranaire du spermatozoïde qui permettra la fécondation de l’ovule. Aucune expérience in vivo n’a encore été décrite et même si, comme c’est probable, le récepteur CB1 se trouve également sur le spermatozoïde humain, il est prématuré d’en conclure que, in vivo, les processus de fusion des gamètes sont régis par l’activité du récepteur CB1, chez les primates et l’homme. Le THC semble capable de moduler le fonctionnement des cellules de Sertoli qui jouent un rôle très important dans la spermatogenèse. Ceci a été mesuré par accumulation de lactate dans la cellule mais les résultats sont divergents selon que la cellule est isolée ou au sein d’un tissu (Newton et al., 1993). Chez les rongeurs, les concentrations d’anandamide dans l’utérus semblent très élevées (voir au-dessus). Il serait intéressant d’étudier si les effets de cet effecteur, obtenus chez l’oursin à 10-6M, sont compatibles avec les concentrations du ligand et des récepteurs en fonction des affinités de l’un pour l’autre. Dans tous les cas, il faut se garder de transposer directement à l’homme les résultats obtenus in vitro sur une espèce, en l’occurrence très éloignée. Des études épidémiologiques (absence de fertilité, avortement, accouchement prématuré, etc....) sur un nombre important de femmes ne consommant pas d’autres produits susceptibles de masquer l’effet spécifique du cannabis, devraient lever ces interrogations. Il existe aux USA un recul de près de 30 ans depuis le début de la consommation de cannabis et aucune étude, avançant une baisse de fertilité due à cette substance, n’a été publiée. Il serait par ailleurs intéressant que des études soient menées par des spécialistes du fonctionnement des cellules reproductrices en utilisant du matériel humain (spermatozoïdes, en particulier) et sur des tissus (utérus et placenta) qui peuvent être obtenus sans difficultés techniques (postopératoires par exemple) après consentement du patient.
Deux études font le bilan. La première (Berryman et al., 1992) compare l’action du THC à hautes doses durant 5 semaines chez le rat avec celle de l’éthanol et d’un mutagène témoin, le Trenimon. Les résultats montrent que le THC, seul ou en combinaison avec l’éthanol, n’a aucun effet sur le taux de pré-implantation embryonnaire, la mortalité foetale et l’index de mutations. Plus récemment (Chan et al., 1996), une étude a été initiée par le NIH pour évaluer le potentiel carcinogène éventuel du THC chez les rongeurs (rat, souris) ) des doses journalières culminant à 500 mg/kg ! et durant des périodes allant de 13 semaines à deux ans. Aucune évidence d’un effet tumorigéne du THC n’a été observés. A des doses très élevées, des réductions de poids peuvent être notées. Elles sont associées avec des fréquences abaissées de tumeurs, y compris du testicule chez le mâle et de l’utérus et de l’ovaire chez la femelle. Une atrophie de ces derniers organes est observée éventuellement en relation avec des augmentations importantes dans les concentrations hormonales induites par les très hautes doses de THC. Les effets mutagènes du cannabis " fumé " observés dans le test de AMES (Sparacino et al., 1990) sont donc dus à l’existence des goudrons et des constituants obtenus à partir des cigarettes et dont nous avons vus qu’ils contenaient les mêmes molécules que le tabac. Des études sur cellules humaines en culture en présence de THC pur ou de condensats de la fumée de cigarette devraient confirmer ces observations.
Dans le passé, le cannabis était vanté pour ses vertus à soulager les migraines et diminuer les réactions allergiques. Plus récemment, le THC a été utilisé pour ses propriétés analgésiques, dans le traitement du glaucome et comme antiémétique. C’est ce dernier effet qui lui a valu d’être introduit dans la pharmacopée américaine en 1987 par la FDA (Dronabinol) avec comme indication les nausées et vomissements réfractaires à d’autres antiémétiques, en particulier chez les patients traités par des anticancéreux ou des antiviraux. Une reprise de l’appétit a été également observée. Peu d’études cliniques comparatives avec d’autres composés ont été effectuées et les effets psychiques sont apparus lors de l’augmentation des doses. Il serait donc certainement nécessaire d’étudier plus en détail l’intérêt du THC ou mieux des dérivés synthétiques et ceci en les comparant avec les analgésiques actuellement utilisés (voir revue récente de la British Association, 1997).
Une autre application thérapeutique potentielle du THC serait liée à son pouvoir analgésique observé chez l’animal et qui serait dénué de composante opioide m et ¶ mais pourrait impliquer les récepteurs k (Pugh et al., 1997 ; Rowen et al., 1997). Peu d’études cliniques en double aveugle portant sur un nombre suffisant de patients ont été effectuées pour tester les propriétés analgésiques du THC. Les deux plus significatives sont celle de Noyes et al. en 1975 (36 patients souffrant de douleurs cancéreuses) et celle de Jain et al. en 1981 (56 patients présentant des douleurs postopératoires). Dans les deux cas, des effets analgésiques significatifs ont été observés par rapport au placebo. Plusieurs études (Consroe et al., 1992, 1997, et réf. citées) rapportent des effets analgésiques du cannabis ou du THC sur différents types de douleurs neurogènes, ce qui en cas de confirmation dans des conditions contrôlées, pourrait devenir une application intéressante car ce typededouleurrestesouventréfractaire à tout traitement, y compris ) l’action de la morphine. D’autres études donnent des résultats contradictoires (aucune analgésie en cas de douleurs dentaires par exemple). Ces résultats méritent que des études comparatives avec d’autres analgésiques opioides ou non soient entrepris pour confirmer l’intérêt potentiel du THC et surtout des analogues de synthèse qui possèdent des affinités supérieures au produit naturel. En effet, il reste à démonter clairement que les effets analgésiques sont reliés à l’activation du récepteur CB1, ceci étant désormais réalisable avec l’antagoniste SR174716. Si de tels travaux confirmaient l’intérêt des agonistes CB1 en analgésie, il serait alors souhaitable de tenter d’éliminer ou du moins de réduire les effets psychiques non désirables. Il n’est du reste pas certain que ceci soit possible. Il faut rappeler que dans la puissante action analgésique de la morphine, la réduction de la composante émotionnelle de la douleur par recrutement du système hédonique joue certainement un rôle important.
C’est probablement le domaine où les résultats sont les plus convaincants, en particulier chez les malades atteints du SIDA et soumis à des traitements entraînant nausées, vomissements très fréquents. Non seulement ces effets apparaissent significativement réduits par le THC mais de plus, une reprise de poids est observée témoignant de l’amélioration de la prise alimentaire (Mattes et al., 1994 ; Voth et al., 1997 ; Dansak, 1997). Le mécanisme de l’action antiémétique du THC demeure inconnu comme l’est la localisation des sites de liaison impliques. Il est donc nécessaire avant d’envisager une utilisation thérapeutique des cannabinoïdes de mieux dominer son mécanisme d’action et surtout de comparer ses effets à ceux des meilleurs antiémétiques actuels. De toute manière, il serait souhaitable, si les effets antiémétiques et stimulants de l’appétit s’exercent par activation des récepteurs CB1 et/ou CB2, que des composés synthétiques plus puissants que le THC et, si possible, dénués de ses effets psychiques, soient développés. L’avenir thérapeutique des cannabinoïdes (agonistes et/ou antagonistes), doit passer par des études classiques de développement d’un médicament avant son autorisation de mise sur le marché. Ceci nécessite donc que les effets bénéfiques éventuels d’un "cannabinoïde" soient comparés ) ceux produits par des représentants de la même classe thérapeutique et qu’ils soient trouvés supérieurs. Ceci n’enlève en rien l’intérêt potentiel de cette classe de molécule mais la replace, comme d’autres, dans la stratégie habituelle d’évaluation des activités thérapeutiques.
Le cannabis ne possède aucune neurotoxicité telle qu’elle a été définie au chapitre III. De ce point de vue, le cannabis se différencie complètement de l’alcool, de la cocaïne, de l’ecstasy et des psychostimulants, ainsi que de certains médicaments utilisés à des fins toxicomaniaques. Outre leur neurotoxicité, ces substances induisent des altérations comportementales très sévères et une dangerosité sociale dans le cas de l’alcool et de la cocaïne qui ne sont pratiquement jamais retrouvées avec le cannabis. Le THC et certains dérivés agonistes pourraient au contraire diminuer la fréquence des crises d’épilepsie et protéger des altérations neuronales par ischémie bien que ceci demande à être confirmé. La toxicité du cannabis fumé vis à vis des systèmes respiratoires et cardio-vasculaire ne doit pas être négligée bien qu’elle reste sans doute faible par rapport à celle du tabac pour des raisons simples de quantités consommées, au moins chez les usagers occasionnels, c’est à dire 90% de la population. Les résultats de nombreux travaux effectués tant chez l’animal que chez l’homme montrent une altération temporaire des performances mnésiques, un défaut d’attention et un état de somnolence induit par le cannabis. Ces effets sont dépendants de la dose utilisée. Il est souhaitable que des études comportementales dans des modèles animaux appropriés (rat et singe) soient entrepris pour objectiver ces altérations et les mesurer au cours du développement et chez l’animal adulte et âgé. Ceci compléterait des études electrophysiologiques qui demeurent nécessaires pour étudier les mécanismes de la diminution des performances mnésiques. Compte tenu de l’usage fréquent du cannabis dans la période d’âge correspondant à la fréquentation de l’école ou l’université, et bien que cet usage ne semble pas conduire à des échecs scolaires plus nombreux ou à une perte de motivation, il est souhaitable que la population scolarisée soit informée de ces effets particuliers du cannabis. Là encore, C’est la diminution, réduites par le cannabis, des capacités de libre choix, d’esprit critique, d’authenticité et de spontanéité, qui pourraient être utilisés comme arguments dissuasifs de la consommation durant les cours. Les études actuelles n’accréditent pas l’existence d’un syndrome psychiatrique propre au cannabis. Il en est de même de l’éventuelle « révélation » d’un état schizophrénique sous-jacent. Les altérations des fonctions de reproduction observées sur cellules ou chez les rongeurs méritent qu’on évalue les effets du cannabis sur les cellules (et tissus) humains avant toute conclusion. Des études dans ce sens devraient être initiées rapidement. La structure chimique des effecteurs endogènes des récepteurs aux cannabinoïdes laissent entrevoir un rôle possible (physiologique?, pharmacologique?) dans les mécanismes de l’inflammation. Ceci pourrait rendre compte d’effets souvent contradictoires du THC sur les cellules immunitaires, sur l’inflammation bronchique, la réduction des processus inflammatoires douloureux, etc.... Là encore, des études épidémiologiques sont nécessaires. La dangerosité d’un composé en termes d’addiction se mesure non seulement aux efforts pour se procurer le produit mais à l’énergie considérable dépensée pour tenter d’échapper à la dépendance. Le cannabis engendre des effets hédoniques, il est donc susceptible d’induire une dépendance. Moins de 10% de consommateurs excessifs deviennent dépendants au cannabis, ce qui n’est pas négligeable mais très inférieur au risque induit par les consommations excessives d’alcool ou de tabac. Il faut ajouter que ce pourcentage devient inférieur à 2% si on prend l’ensemble de la population des consommateurs de THC (90% étant occasionnels). Aucune étude épidémiologique n’a été entreprise pour comparer les difficultés d’abandon des mono-consommations de cannabis, d’alcool et de tabac mais l’évolution de celles-ci en fonction de l’âge démontrent que le cannabis est le moins addictif. C’est du reste la raison pour laquelle le NIDA n’a pas jugé utile de recommander des travaux sur la mise au point de traitement substitutifs au cannabis. L’intérêt d’étudier les effets du THC en vue de son utilisation thérapeutique a fait l’objet d’un rapport très récent des experts de la British Medical Association. Ces derniers remarquent que les travaux sur l’utilisation médicale du THC restent anecdotiques et ne donnent pas de résultats scientifiques incontestables en particulier lorsqu’on compare les études qui ont été effectuées avec celles qui sont exigées pour la mise sur le marché d’un nouveau médicament. Ils observent néanmoins que les cannabinoïdes, utilisés depuis très longtemps par un nombre très élevé de consommateurs n’ont pas donné lieu à des effets toxiques majeurs et qu’ils se comportent donc comme des « remarkably safe drugs with a side-effects profile superior to many drugs used for the same indications » (Therapeutic use of cannabis, British Medical Association, 1997, Hardwood Academic Pubkishers The Netherlands). Nous pensons également que l’avenir thérapeutique potentiel des cannabinoïdes (synthétiques) passent par une évaluation de leurs propriétés selon les normes usuelles de mise sur le marché des médicaments.
| Héroïne (opioïdes) | Cocaïne | MDMA | Psycho-stimulants | Alcool | Benzodiazépines | Cannabinoïdes | Tabac | |
| Dépendance physique | très forte | faible | très faible | faible | très forte | moyenne | faible | forte |
| Dépendance psychique | très forte | forte mais intermittente | (?) | moyenne | très forte | forte | faible | très forte |
| Neurotoxicité | faible | forte | très forte (?) | forte | forte | 0 | 0 | 0 |
| Toxicité générale | forte (a) | forte | éventuellement forte | forte | forte | très faible | très faible | très forte |
| Dangerosité sociale | très forte | très forte | faible (?) | faible (exceptions possibles) | forte | faible (b) | faible | (cancer) |
| Traitements substitutifs ou autres existants | oui | oui | non | non | oui | non recherché | non recherché | oui |
Suite aux élections générales de 2003, l'Équipe du Bloc Pot a décidé d'ouvrir un bureau ouvert au public afin d'accueillir les membres, d'informer la population, d'organiser
suite à un travail fait par le chef du parti pour aider l'ouverture d'une Coopérative de travail Touski, nous nous sommes lancés dans l'aventure envers et contre tous... qui aurait pensé que l'envers allait tous nous mettre à la rue!
Toronto, BC, London, autres
Voir Cannabis culture : document comment ouvrir un café!
Brèche dans la loi suite à un jugement ontarien... repris par Maître Cloutier
Bureau national du Bloc Pot
En 1999, le Bloc Pot avait réussi à s'installer dans un bureau sur la rue Rachel au coin de la rue Saint-Hubert et a préparé une nouvelle mouture à son organisation en proposant un programme précis sur ses objectifs et en organisant un nouveau Comité de coordination.
Tout ceci avait été possible grâce à une multitude de petites tâches que le Comité de coordination avait accompli au cours de l'année et plus précisément durant l'été dans un chalet en retrait de la ville.
Par contre, le plus beau et le plus grand projet que cette équipe dynamique avait réussi à accomplir fut l'ouverture du Club compassion de Montréal, un centre communautaire venant en aide aux personnes malades dont le cannabis soulage leurs symptômes ou leurs douleurs.
Ces quelques articles tenteront donc de brosser un historique des événements qui ont mené à ce beau projet avec toutes les difficultés que cela comporte et les réussites qui ont marqué les dix dernières années du Club compassion de Montréal.
Dès juillet 1999, il y avait au bureau du Bloc Pot une atmosphère digne de toute action citoyenne où l'effervescence et la fébrilité engageaient tous ceux présents aux réunions en vu de l'Assemblée générale annuelle.
De plus, il y avait depuis quelques temps un local à louer sur Rachel au coin de Mentana qui pouvait répondre à un projet de distribution de cannabis thérapeutique. Il était bien situé puisque son plus proche voisin était le Poste de police 38 du SPVM donnant l'impression d'une plus grande protection vis-à-vis des petits criminels de tout acabit.
Le projet prenant forme lorsque Louise-Caroline Bergeron et Caroline Doyer prirent les rennes de cet organisme. Sans oublier que ce projet répondait directement au nouveau programme du Bloc Pot qui allait être voté lors de l'Assemblée générale annuelle du 5 septembre 1999.
Le petit groupe de militants et de militantes ont pris une décision importante au cours des discutions hadoc. En effet, tous et toutes furent d'accord de constituer un organisme indépendant du Bloc Pot afin de ne pas brouiller les messages et permettre l'appui d'autres politiciens ou d'autres groupes sans appuyer un parti politique.
De plus, si nous regardons la situation des personnes malades ou souffrantes, il aurait été irresponsable d'accoler leur bien-être à une action politique plus grande. Les fondatrices et les fondateurs n'ont pas voulu faire de la politique sur les problèmes de santé sévères ou chroniques des usagers du cannabis thérapeutique.
Organisé selon une structure horizontale, le CCM n’a pas comme objectif de générer des profits, mais bien d’assurer un service d’une importance capitale pour ses membres. Ceux-ci et celles-ci sont issu-e-s de tous les milieux sociaux mais ont comme dénominateur commun de vivre avec des problèmes de santé sévères ou chroniques. Sans prétendre que le cannabis est inoffensif pour la santé ou qu’il est à même de guérir, nous savons, par notre longue expérience et par de nombreux témoignages, que son utilisation responsable peut grandement améliorer la qualité de vie de certaines personnes vivant avec des problèmes de santé grave. La réduction de la douleur, des nausées, l’améloration de l’appétit et la régularisation du sommeil sont quelques exemples des bienfaits que le cannabis thérapeutique peut avoir sur la vie de nos membres.
Si vous voulez avoir plus d’information, sur nos services, les modalités pour devenir membre ou pour tout autre questionnement sur l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, n’hésitez pas à consulter ce site ou à entrer en contact avec nous. Il nous fera plaisir de vous informer de façon plus complète.
Aménagement à peu de frais dans ce local de cordonier!
Appui externe, projet hors-bloc pot mais dont tout origne de notre lutte
Lancement réussit avec une panoplie de journaliste (Mtl, Qc, Ottawa, Toronto, Mexique et USA)
Marche dans le parc
Petit pas... difficulté monétaire et de soutien. Premiers militants...
Concept: réglons le récréatif et tout sera fait...
Arrestations + Parti Marijuana
La politique de prohibition des drogues n'a rien perdu de sa force contrairement à ce que ses adversaires sont tentés de croire. Il s’agit en fait d’un mouvement d’un grand dynamisme comme je tenterai de le démontrer dans la première partie de cet article. Dans la seconde, je voudrais examiner les stratégies des opposants et tenter d’en voir la portée et les limites.
Mais, me dira-t-on, au contraire de ce que j’avance, ne voit-on pas que nulle part la politique répressive n’atteint 10% des infracteurs? Les opposants à la prohibition se plaisent à croire que l'impossibilité de faire respecter les lois sur les drogues montre bien la faiblesse de la politique répressive laquelle à terme devra rendre les armes. Rien n’est plus faux. L’inapplicabilité de la prohibition ne lui enlève pas son pouvoir symbolique.
Depuis vingt ans, sous la pression populaire ou lors de grands changements de régime, plusieurs États (Espagne, Italie, cantons suisses, provinces allemandes, États américains) ont consenti des adoucissements mineurs aux lois sur les psychotropes, visant surtout les drogues douces et le délit d’usage. Ces concessions ont cependant été sujettes à des retours de balancier comme je le rappelais plus haut (en Italie et en Espagne notamment) et on a dû recommencer les combats. Peu de gains semblent définitivement acquis, même aux Pays-Bas.
Au Canada, une législation toute récente a suscité un certain espoir. Il s'agit de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (L.C. 1997 ch.18) qui regroupe tous les psychotropes et les répartit en cinq familles, et crée un régime un peu particulier ainsi qu’une annexe pour le chanvre et ses dérivés. Cette nouvelle loi vient remplacer la Loi sur les stupéfiants et plusieurs sections de la Loi sur les aliments et drogues.
Contrairement aux attentes, le traitement particulier fait au chanvre dans la Loi de 1997 n’a pas incité le législateur à abroger l'infraction de possession, ni à autoriser des poursuites sommaires pour toutes les infractions liées à cette drogue, ni a réduire les sentences de façon importante. On observe cependant deux légers adoucissements : la peine maximale pour possession sera désormais de cinq ans moins un jour plutôt que de sept ans. D’autres concessions de cette envergure sont consenties : les procédures de mise en accusation seront sommaires et les peines seront non carcérales SI l'accusé en est à sa première offense ET SI les quantités sont minimes dans les cas de possession, de possession pour trafic et même de trafic.
Il est faux de prétendre comme l’ont fait plusieurs commentateurs que la culture de tous les dérivés du chanvre n'est plus sanctionnée dans le nouvelle loi. Elle l’est toujours et fait l'objet de peines très sévères. Il est vrai cependant que la culture de marijuana (seulement) entraîne désormais une peine maximale de sept ans plutôt que l'emprisonnement à perpétuité comme par le passé...
On aura réalisé qu’il s’agit là de changements cosmétiques. À côté de ces adoucissements, la loi de 1997 crée de nouvelles infractions. La première risque de passer inaperçue mais constitue en fait un changement important : il s’agit du fait de chercher à obtenir d'un praticien des opiacés, des dérivés du chanvre, des amphétamines et des barbituriques sans dévoiler les autorisations antérieures et les quantités qu'on détient déjà; (le législateur reconnaît donc les propriétés médicales du chanvre). Les autres infractions créées par la nouvelle loi sont le crime de possession de biens issus du trafic de la drogue; le recyclage des produits du commerce de la drogue; le port d'arme lors de la commission d'infractions reliées à la drogue. On disposait déjà depuis quelques années dans la partie générale du code criminel de l’infraction de blanchiment des produits d'une activité illégale s’appliquant au commerce des substances illégales.
La mobilisation des adversaires des lois prohibitionnistes date d’au moins trente ans. À mon avis, elle a rarement été si faible et si désorganisée qu’à présent. Chose plus grave, parmi les propositions formulées, il m’apparaît que plusieurs sont sujettes à des dérives et que d’autres font le jeu des prohibitionnistes.
La faiblesse des opposants tient peut-être en partie au fait qu’ils sont divisés en plusieurs sous-groupes. Par exemple, une première fraction se satisferait de changements minuscules : la dépénalisation (au sens strict, de réduction des peines seulement) de l'infraction de possession de drogues douces qui devrait n’être passible que de sanctions économiques. Un deuxième sous-groupe revendique la décriminalisation (c’est-à-dire la « sortie » du code criminel) de l'infraction de possession de cannabis et de culture de cannabis pour usage personnel. C'était la recommandation majoritaire de la Commission LeDain en 1972. Un troisième, plus audacieux, exige que disparaisse du code criminel toute mention de la drogue « cannabis » en regard de toute infraction : possession, trafic, culture, importation. Une fraction peu nombreuse demande la décriminalisation de toutes les drogues interdites. Existe enfin un mouvement qui réclame la légalisation sous régie d'État de toutes les drogues contrôlées. Ma préférence va à cette dernière stratégie.
J’ai émis l’opinion que les tenants de la décriminalisation, surtout si celle-ci est partielle, s’exposent à des dérives et risques la récupération car leurs demandes une fois satisfaites servent à masquer les véritables enjeux et donnent des armes aux prohibitionnistes. Voici comment :
La décriminalisation d’une seule substance aurait un effet pervers sur le marché des drogues qui se concentrerait sur les autres substances. Il semble étrange que les protagonistes de la libéralisation du cannabis, qui appuient leur plaidoyer sur l’absence de nocivité relative de cette drogue à comparer aux « autres » plus dangereuses selon eux, prennent ce risque sans s’interroger sur ses conséquences. Quant à la décriminalisation tous azimuts, qui consiste à lever l'interdit sur toutes les drogues illégales sans les réguler, si elle a le mérite de la logique et évite les pièges de la décriminalisation partielle, elle équivaut à un free for all des psychotropes, c'est-à-dire à la libéralisation sans contrôle de qualité et de prix. Je ne puis me rallier à cette proposition. J'estime que les drogues, comme tous les autres produits de consommation, doivent être assujetties à des contrôles. Je veux bien aller souper chez mon voisin sans lui poser de question sur ce qu’il me sert comme nourriture, mais je ne m’engage pas à acheter ni même à consommer l'alcool et le vin qu’il produit dans sa cave.
Extraits tirés et adaptés de Denis Richard et Jean-Louis Senon, Le Cannabis, coll. Que sais-je?, Presses Universitaires de France, 1996.
Si le cannabis est indubitablement l’une des plantes les plus anciennement connue par l’homme, il reste difficile de déterminer avec précision l’époque où ses propriétés furent découvertes. Il demeure probable qu’il fut initialement récolté pour ses fibres et ses graines, et que, secondairement, ses vertus pharmacologiques donnèrent lieu à une double exploitation : religieuse et thérapeutique. Les premiers témoignages de son usage remontent à plus de cinq mille ans avant notre ère, et des indices prouvant l’utilisation du cannabis sont datés de quatre mille ans en Chine, de trois mille ans av J.-C. au Turkestan. Originaire d’Asie centrale (des versants himalayens de l’Inde), la plante s’est répandue par la suite vers l’est (Chine et l’ensemble du sous-continent indien) puis vers l’ouest à la faveur de l’avancée des Scythes (pays du Moyen-Orient, vallée du Nil, pays du Maghreb). Dans un second temps, les Arabes envahissant l’Europe comme les croisés revenant d’Orient feront découvrir les préparations à base de de résine à l’Occident. Le cannabis sera peu à peu connu également des peuples d’Afrique méridionale et occidentale. Il gagnera l’Amérique centrale rapidement après la conquête espagnole, les Caraïbes au début du XIXe siècle et les États-Unis au début du XXe siècle.
L’une des références écrites les plus lointaines semble être l’Atharva Veda, un ensemble d’écritures religieuses datées de mille cinq cents ans avant J.-C. Les peuples de l’Inde considéraient le bhang comme une préparation sacrée, susceptible d’éloigner le Mal. C’était la boisson préférée d’Indra, le plus puissant des dieux védiques, porteur de la foudre et adoré par les castes guerrières.
Les Chinois connaissaient bien aussi le cannabis, dont le commerce était d’ailleurs lourdement taxé. Les disciples du chirurgien Hua Tuo (141-208) préconisaient de le mélanger au vin pour optimiser ses propriétés anesthésiques : c’était le Mafo Sam. Ils l’utilisaient comme sédatif des douleurs rhumatismales, comme traitement des accès de goutte, ainsi que pour traiter les maladies mentales à la faveur des propriétés inébriantes et hallucinogènes reconnues dès lors.
Le chanvre est mentionné sur le papyrus Ebers de l’Égypte pharaonique (1550 av. J.-C.), où il voisine avec l’opium, la jusquiame et la mandragore.
Les Assyriens utilisaient le cannabis comme encens : c’était le qunubu ou quannabu, terme dérivé du persan kanaba, terme peut-être d’origine scythe.
La médecine grecque hérite largement de la tradition égyptienne. Dioscoride souligne les propriétés psychotropes de la plante qui « fait venir au-devant des yeux des fantômes et illusions plaisantes et agréables ». Galien redoute qu’« elle ne blesse le cerveau quand on en prend trop » mais rapporte son usage comme enivrant et livre des formules de galettes soporifiques contenant du cannabis. La plante n’entrait-elle pas aussi dans la formule du Népenthès chanté par Homère?
Pour les Romains, le cannabis participait à la formation d’électuaires variés, à des vertus magiques, ainsi que dans la composition de nombreux médicaments. Ils utilisaient également ses fibres pour fabriquer les cordages des navires, et les importaient de Gaule (notamment du IVe siècle av. J.-C. au IIe siècle de notre ère).
Au Moyen Âge, alors même que la science médicale occidentale se perdait dans une longue période d’obscurantisme, les sociétés musulmanes répandirent l’emploi de cette plante apte à remplacer l’alcool interdit par les préceptes coraniques et, surtout, riche de nombreuses vertus thérapeutiques. Le cannabis suit dès lors les invasions arabes, gagnant l’Afrique du Nord, puis l’Espagne, la France et les pays péri-méditerranéens. Il se répand dans les pays de la Corne d’Afrique au XIIIe siècle, d’où probablement dans les pays d’Afrique noire. Les témoignages de cette période, lacunaires, sont à plus d’un titre édifiants car ils permettent de mieux saisir l’importance portée plus tard au lien supposé entre le haschisch et la perpétration de crimes sanguinaires.
Cette période préfigure aussi les aspects plus modernes concernant le regard porté sur le chanvre.
L’Inquisition espagnole voit dans le cannabis une herbe diabolique, mais les mesures répressives envisagées ne réduisent guère son utilisation. L’Église tout entière proscrira le chanvre dès le XIIe siècle, sans succès, ayant peut-être constaté que les pratiques de sorcellerie voyaient mélanger cannabis, jusquiame, et autres plantes hallucinogènes. Au XIVe siècle, l’émir Soudoumi Scheikhoumi essaiera également en vain d’interdire l’utiliation du chanvre en Égypte.
Le cannabis, parfaitement représenté dans les planches de l’herbier Ortus sanitatis de herbis et plantis (1517), sera décrit scientifiquement par le Portugais Garcia da Orta en 1563. Au début du XVIe siècle, Rabelais évoque la plante dans son Tiers-Livre sous la dénomination fantaisiste de Pantagruélion. Il en recommande l’usage pour soigner plaies et brûlures, pour faire céder les douleurs spastiques, les crampes et les rhumatismes. Il permet aux hommes, précise-t-il, « non seulement de se joindre par-delà les mers, mais aussi de tenter l’escalade des cieux », allusion aux cordages en chanvre ou aux propriétés psychotropes.
C’est au XVIe siècle que l’Occident va véritablement (re)découvrir le cannabis. Au XVIIe siècle, il est essentiellement utilisé pour fabriquer voiles et cordages pour la marine et cultivé dans cette perspective en Amérique latine par les Espagnols et les Portugais. Il est ainsi attesté au Chili dès 1619. Le développement du commerce triangulaire aux XVIIe et XVIIIe siècles favorisera l’importation du cannabis africain en Amérique latine et notamment au Brésil.
La production européenne est de plusieurs dizaines de milliers de tonnes chaque année. Le refus de cultiver du chanvre est soumis au règlement d’une taxe importante dans l’Angleterre d’Elizabeth 1re (1533-1603). Les étrangers acceptant d’en cultiver obtiennent immédiatement le bénéfice de la nationalité anglaise. La situation est identique en Amérique du Nord: le refus de produire du chanvre est considéré comme passible d’une peine de prison en Virginie au XVIIIe siècle! Dans la France de cette époque, le chanvre est aussi considéré comme une production agricole de premier ordre; son usage thérapeutique demeure cependant encore une curiosité. Le produit est si précieux qu’un décret de 1802 interdit son exportation vers l’Allemagne et la Suisse. Et Napoléon déclara la guerre à la Russie en partie pour l’empêcher de fournir du chanvre aux Anglais. La flotte anglaise était alors dépendante des fibres importées de Russie, l’Empereur imaginait mettre un terme au blocus maritime imposé par l’Angleterre.
Le taxinomiste suédois Carl von Linné (1707-1778), décrivant le cannabis en 1753, lui donne son nom scientifique actuel : Cannabis sativa. Il ne reconnaît qu’une seule espèce de plante. Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck (1744-1829), quant à lui, le mentionnera dans sa grande Encyclopédie botanique (aux environs de 1783) et décrit ce qu’il estime alors être une autre espèce : Cannabis indica, le chanvre « indien ».
Le XIXe siècle voit la description scientifique de l’intoxication par la résine de cannabis dont les manifestations avaient été observées dès l’Antiquité. Il voit parallèlement la confirmation de l’intérêt médical d’une plante qui se trouve largement utilisée à des fins récréatives, n’étant généralement soumise à aucune restriction légale.
Le haschisch est connu en Égypte dès le XIIIe siècle, alors que le pays soumis à la tyrannie des Mamelouks connaît une période de ruine économique et sociale, qui ira s’aggravant sous la domination ottomane à partir du XVIe siècle.
Lors de l’expédition d’Égypte, Bonaparte est agressé au couteau par un musulman sous l’emprise d’une ivresse cannabique. Il décrète le 8 octobre 1800 : « L'usage de la liqueur forte faite par quelques musulmans avec une certaine herbe nommée haschisch ainsi que celui de fumer la graine de chanvre sont prohibés dans toute l’Égypte. » En fait, ce décret visait avant tout à limiter la consommation de la résine par les soldats de son armée. C’est néanmoins à l’occasion de cette campagne que des médecins, tout comme les soldats, s’intéressent à la résine de cannabis, qu’ils ramènent en France.
Le Dr Louis Aubert-Roche, de retour d’Égypte, préconise l’administration de haschisch comme remède souverain contre diverses maladies contagieuses et publie son célèbre De la peste et du typhus d’Orient. Joseph Moreau de Tours (1804-1884) quant à lui, aliéniste à l’hôpital Bicêtre (Paris), essaye la drogue en 1837 et voit « dans l’action de cette substance sur les facultés morales un moyen puissant, unique, d’exploration en matière de pathologie mentale. »
Moreau de Tours recommande rapidement l’usage du dawamesk comme traitement de l’ensemble des troubles mentaux. Mais il demeure isolé à en reconnaître la pertinence, nombre de ses collègues et amis ne constatant en fait de résultats que la modification de la nature des « hallucinations » des patients auxquels il en administra. Moreau de Tours eut une manière de successeur en Charles Richet (1850-1935), physiologiste, prix Nobel 1913 pour ses travaux sur l’anaphylaxie, qui étudia sur lui-même les effets du haschisch. Il nota que les véritables hallucinations étaient rares et préféra caractériser ses sensations par le terme d’« illusions ».
Les pays occidentaux mirent largement à profit le cannabis dans la réalisation de nombreuses spécialités pharmaceutiques. Le pharmacologue berlinois Louis Lewin rapporte ainsi que de vastes cultures étaient encore entretenues dans l’Allemagne de la première Guerre mondiale. La fin du XIXe siècle vit d’ailleurs le statut du cannabis passer de médicament à celui de véritable confiserie : ainsi la Ganjah Wallah Hasheesh Candy Company commercialisa dès 1860 des bonbons au sucre d’érable et à la résine de...cannabis. Ces friandises eurent beaucoup de succès et furent des années durant vendues dans tout le pays, y compris par correspondance.
Louis Aubert-Roche et Moreau de Tours, émerveillés par les vertus du chanvre, ne tardèrent pas à organiser des soirées entièrement vouées à la consommation du haschisch. Dès 1843, ces rendez-vous attirèrent le gratin intellectuel pariien de l’époque.
Peu à peu, ce modèle de consommation fit école et l’orientalisme en vogue de 1850 à 1900 vit se multiplier les « salons turcs » ou « fumeries turques », en Europe comme aux États-Unis. Il existait en 1880 plus d’un demi-millier de salons (haschisch-parlor) où l’on consommait du haschisch pour la seule ville de New York, et il en subsistait encore presque autant en 1920, pendant la grande époque de la Prohibition. Une enquête réalisée par les Anglais en Inde (1894) montra que de petites doses de cannabis ne posaient pas de problèmes de santé, mais que des quantités plus fortes pouvaient générer des troubles mentaux.
Le cannabis et ses préparations deviennent synonymes de fléau au plan mondial dans les années 30. La plante en vient à représenter la quintessence de la « drogue » : son usage fait dès le début du XXe siècle l’objet d’une stigmatisation mise en scène à des fins politico-économiques, dans la mesure où l’opprobre dont elle est chargée demeure sans rapport avec sa toxicité véritable. Les consommateurs de cannabis appartiennent à des groupes culturels souvent mal compris, peu intégrés. Il s’agira selon les époques, de distinction raciale (à l’égard des noirs et des latinos aux États-Unis) ou purement culturelle (à l’égard des jeunes revendiquant un idéal social nouveau dans l’Amérique des années 60). Sami-Ali le précise avec force : « C’est autour du problème du haschisch, drogue qui nous vient d’Orient, qu’on assiste à la rencontre de deux systèmes de valeurs oriental et occidental dans lesquels l’expérience d’intoxication est diversement vécue, assimilée et justifiée. L’intérêt qu’elle ne tarde pas à susciter présuppose que la société s’était déjà fixée sur ce qui lui appartient et sur ce qui lui reste étranger. » Nous nous limiterons ici à évoquer quelques repères constituant autant de charnières dans l’histoire du cannabis.
C’est à partir des Caraïbes, notamment de la Jamaïque, que le cannabis gagne le Mexique, probablement aux alentours de 1870-1880. Il gagne ensuite les États-Unis: d’abord le Texas en 1903, puis, aux alentours de 1910, la Nouvelle-Orléans où il est presque d’emblée proscrit. Il est alors consommé par les ouvriers agricoles de race noire, bien évidemment très pauvres. La Californie le déclare vénéneux en 1907 et son usage non médical sera proscrit dès 1913. À cette époque, sa culture, importante jusqu’au milieu du XIXe siècle, puis détrônée au profit de celle du coton qui s’est développée après la guerre de Sécession, est concurrencée par le développement de l’industrie des fibres synthétiques, d’autant plus fatale qu’un mouvement mené aux États-Unis par Harry Anslinger présente le cannabis, rebaptisé du nom alors inconnu de marijuana, « the weed of madness », l'herbe de la folie, comme une drogue éminemment dangereuse, expliquant la majorité des actes de violence dans le pays et…l'irrespect des Noirs à l’égard des Blancs. Une véritable croisade sera menée pendant cinq à six ans, jusqu’au vote d’une loi prohibant tout usage du cannabis à moins de régler au Trésor américain une taxe exorbitante.
L’introduction du cannabis en Jamaïque remonte aux environs de 1860, lorsque des ouvriers d’origine indienne furent embauchés au titre de contrats à long terme. Ceci explique que la désignation de la drogue soit la même en Inde et dans cette île… L’usage du produit s’est rapidement généralisé dans les classes sociales les plus défavorisées. Des rapports faisant état de troubles mentaux liés à sa consommation devaient aboutir à le voir prohibé par le gouvernement jamaïcain en 1913. Comme bien souvent en matière de prohibition, les mesures, pourtant renforcées dès 1924, n’eurent aucun résultat et la consommation de cannabis, de ganjah, a fini par devenir générale dans l’île.
La fin des années 30 a vu le développement d’une religion, d’un culte, basé sur la consommation de la plante : le culte « rastafari ». Les rastafariens ou rastamen constituent un groupe spirituel prônant le retour aux sources africaines et considérant l’empereur d’Éthiopie Haïlé Sélassié (de son nom Ras Taffari Makonnen) (1892-1975), le négus, comme un dieu à la suite d’une prophétie réalisée par Marcus Garvey en 1927. Cette secte offre aux classes les plus démunies de l’île une identité culturelle fortement revendiquée. Ils portent des cheveux longs, l’Ancien Testament stipulant qu’aucun rasoir ne doit toucher la tête des justes, et sont végétariens. Ce culte s’est étendu à toutes les Caraïbes dans les années 60 et concerne, plus largement, environ 350 000 rastas sur la planète. L’usage de ganjah, préconisé selon eux par la Bible, concerne 60 à 70 % de la population jamaïcaine. Le mode d’usage traditionnel des rastafariens est le spliff, sorte de petit cigare associant tabac et ganjah ou le thé de ganjah. L’utilisation du cannabis est largement associée à la musique reggae, illustrée notamment par les chanteurs Bob Marley, Peter Tosh ou Jacob Miller.
En 1941, le gouvernement jamaïcain a encore alourdi les peines infligées aux usagers et aux producteurs, rendant la législation locale l’une des plus sévères au monde. À la suite de l’accession de la Jamaïque à l’indépendance, en 1962, les autorités ont assoupli la législation. De fait, le trafic a largement prospéré et le cannabis est aujourd’hui la principale culture de rapport dans l’île.
L’utilisation du cannabis comme drogue est rare dans l’immédiat après-guerre, exclusion faite au sein de minorités culturelles, ethniques ou religieuses traditionnellement consommatrices. Ainsi dénombrait-on moins de 10 usagers dans le Paris des années 40… À la fin des années 60 et dans les années 70, l’usage de haschisch dans la société occidentale est synonyme de fraternité et de liberté, de révolte sociale contre les valeurs établies, notamment à l’égard du modèle de société dite « de consommation » ayant émergé dans les États-Unis de l’après-guerre. L’herbe se répand dans les campus américains. On estime à 7% la proportion d’étudiants usagers dans l’Amérique de 1968 et à 4% la proportion dans la population générale de plus de 21 ans en 1970. L’usage de cannabis se généralise également sur les campus européens, avec un certain décalage.
Des routards ramènent souvent la résine d’Asie ou d’Amsterdam qui devient une véritable plaque tournante du commerce d’herbe. Le produit n’est alors qu’exceptionnellement frelaté, contrairement à ce qui se produira dès le milieu des années 70, lorsque les importateurs « professionnels », les « dealers », prendront sous leur coupe l’essentiel du trafic. Certains usagers arborent un signe de reconnaissance tel un badge marqué du chiffre 13 (M, initiale de marijuana, treizième lettre de l’alphabet). À cette époque, le cannabis est quasiment objet de ferveur mystique, de culte : « Chaque fois que tu prends une feuille, il faut demander pardon », résume le dessinateur Moebius. La drogue est consommée lors de grass-party ou de high-tea, assis en tailleur sur des coussins, formant un cercle, dans une pièce au décor souvent orientaliste, parfumée à l’encens. L’un des assistants prélève avec respect la dose de haschisch requise dans la réserve commune et prépare shilom ou joints. La préparation circule de bouche en bouche. Les participants boivent du thé à petites gorgées, plus exceptionnellement de la bière. Cette tradition hippie de la consommation de cannabis ne semble donner lieu qu’à de médiocres revendications contre la prohibition, jusqu’au milieu des années 70.
En 1967, Le Times accepta de louer une pleine page publicitaire à une association souhaitant monter que la législation prohibitionnister était « immorale dans son principe et inapplicable dans la pratique ». Une large mouvance se dessinait alors aux États-Unis, visant à obtenir du gouvernement la libéralisation totale de la culture et de l’utilisation du cannabis. Au début des années 70, une commission proposa de dépénaliser l’usage à titre personnel de la drogue, mais elle fut rejetée par le gouvernement Nixon. Certains des états de la fédération n’ayant toutefois pas suivi cet avis, la consommation de cannabis se développa considérablement, les saisies étant multipliées par 20 entre 1972 et 1975. Les États-Unis demeurent aujourd’hui l’un des plus gros consommateurs de cannabis au monde. Divers mouvements en faveur de la libéralisation du chanvre sous toutes ses formes ont été fondés par la suite, aux É.-U., au Pays-Bas, en Europe. L’un des plus importants, historiquement parlant, est l’association HEMP de Californie (Help End Marijuana Prohibition), fondé par le légendaire Jack Herer. Il existe même diverses institutions visant à préserver les témoignages culturels concernant le cannabis, dont le Hasch Info Museum d’Amsterdam.
par Line Beauchesne, Ph.D. Professeure agrégée, Département de criminologie de l’Université d'Ottawa.
Il y a quelques années, Me Serge Ménard, ministre de la Sécurité publique, et Me V.H. Cain, procureur-en-chef de la Colombie Britannique, ont ouvertement remis en question la pertinence de la répression en matière de drogues. Qu'est-ce qui a motivé ces acteurs politiques provinciaux à s'impliquer davantage dans le dossier de la toxicomanie pour demander une diminution des stratégies répressives, pendant qu'au fédéral se préparait un renforcement des pouvoirs de répression en matière de drogues? Également, au fédéral, le Comité permanent de la santé, dans le cadre de sa réflexion sur le nouveau plan quinquennal, examinait en 1998 la possibilité d'adopter une approche de réduction des méfaits en matière de drogues même si cette approche entre clairement en contradiction avec la nouvelle Loi réglementant certaines drogues et autres substances, entrée en vigueur en 1997 (14 mai). Ces tendances contradictoires entre les instances juridiques locales et nationales, de même qu'entre les instances juridiques et de santé nationales, caractérise actuellement les politiques sur les drogues tant au Canada que dans les autres pays occidentaux. C'est le fondement de cette situation qui fera l'objet de mon propos.
Depuis les années 1990, il est clair que l'État cherche à réduire ses dépenses, et le secteur de la toxicomanie n'échappe pas à son regard. Comme le souligne avec vigueur le rapport du procureur-en-chef Cain en Colombie Britannique, la répression coûte extrêmement cher, tant par ses pratiques que par ses résultats.
Cain mentionne d'abord les coûts effarants de l'intervention du système de justice pénale dans les cas de possession simple (coûts des arrestations, des passages devant les tribunaux et éventuellement des séjours en prison). Il y a également ceux qui s'initient aux drogues par injection en prison, ou encore qui s'y endettent pour consommer et qui doivent en payer les coûts à leur sortie, physiquement, socialement et financièrement. Et Cain d'ajouter : « Finalement, je suggérerais même que nos prisons et pénitenciers facilitent les contacts personnels avec le réseau toxicomane quand ils retournent dans la rue; en effet, ils constituent un apprentissage du milieu qui se poursuit dans le old boys network. »
À ces coûts directs de la répression, souligne-t-il, il faut ajouter les coûts indirects qui sont supportés par le système de santé et les organismes sociaux en général; il fait référence ici aux usagers de drogues par injection (UDI) qui, craignant cette répression, tardent à recevoir l'aide nécessaire, augmentant tragiquement la lourdeur des interventions, que ce soit par l'augmentation des cas de HIV, d'hépatite, ou encore la détérioration beaucoup plus sérieuse de leurs conditions de vie.
Enfin, conclut-il, ces conséquences négatives liées à la répression ne se limitent pas aux toxicomanes, mais s'étendent à leur famille (surtout les enfants) et à la société en général (criminalité, détérioration du milieu, etc.).
Mais pourquoi cette invitation au débat en cette matière de la part de politiciens provinciaux, considérant que les lois en matière de drogues sont de juridiction fédérale? Parce que ce sont d'abord les grandes villes et les provinces qui paient le prix de la prohibition et que l'approche de réduction des méfaits qui gagne du terrain chez les intervenants en toxicomanies et les institutions de santé leur ouvre une alternative à ces coûts socio-économiques générés par la répression.
L'approche de réduction des méfaits en matière de drogues comprend deux volets: la réduction des risques liés l'usage (ex. Opération Nez Rouge, chauffeur désigné) et la réduction des conséquences négatives liées à l'usage (ex. travailleurs de rue oeuvrant à la prévention du VIH, ou encore matériel d'hygiène pour rendre l'injection plus sécuritaire dans les prisons). Cette approche est novatrice en regard de l'approche traditionnelle visant essentiellement à diminuer l'incidence et la prévalence de l'usage. Brisson explique que cette approche de réduction des méfaits est caractérisée par deux principes : le pragmatisme et l'humanisme. Il définit ce pragmatisme par la maxime suivante : « puisque les drogues sont là pour rester, intervenons de façon à limiter les problèmes chez ceux qui en usent et leur entourage » et l'humanisme par la devise : « l'usager de drogues est une personne à part entière, digne de respect, possédant des droits et un pouvoir d'agir en tant que citoyen ».
Quel fut l'élément déclencheur pour que, tant chez les chercheurs, que dans les institutions de santé, on en arrive à ce que l'approche de réduction des méfaits passe de la marginalité d'interventions communautaires à la crédibilité actuelle dans les années 90s au point que le Québec, la Colombie Britannique, l'Ontario et même au Comité permanent de la santé fédéral, on en recommande l'adoption en tant que politique de santé publique? L'arrivée du sida.
Au milieu des années 80s, les modes de transmission du virus étant mieux connus, la prévalence de séropositivité chez les UDI amène à constater qu'ils constituent le 2e groupe à risque le plus important en Europe. À la fin de cette décennie, cette prévalence est également constatée en Amérique du Nord.
Ce constat sera l'occasion d'un rapprochement entre des ressources communautaires marginales et les institutions de santé publique afin de passer à l'action; mais ce rapprochement est bien fragile dans les premières années, l'enjeu de cette alliance étant essentiellement sanitaire et lié à la prévention du VIH. Toutefois, au fur et à mesure que les pratiques de réduction des méfaits gagnent du terrain et que les institutions de santé publique tissent des liens plus structurels avec les ressources communautaires, l'approche de réduction des méfaits sort de cet objectif étroit de la prévention du VIH, particulièrement dans les pratiques qui en sont issues.
On peut les regrouper de diverses manières mais, comme le souligne avec justesse Brisson, ce serait se leurrer que de faire comme s'il n'y avait pas des méfaits propres aux drogues illicites, parce qu'elles sont illicites et qu'à ce titre, il y a des pratiques particulières de réduction des méfaits pour ces drogues. Pour cette raison, Brisson classe ces pratiques de la manière suivante :
Drogues Illicites
Drogues licites
Des centres de réadaptation au Québec ont déjà opéré des virages importants suite à l'adoption d'une approche de réduction des méfaits dont Domremy-Montréal, un des plus importants centres de réadaptation public qui, jusqu'à l993, n'avait pour seul objectif que l'abstinence. Jean Boilard, directeur de l'établissement, explique ainsi l'ampleur du changement apporté par l'adoption de cette approche en réadaptation : ce n'est plus le fait de consommer (ou de trop consommer) qui constitue le problème du client, c'est l'apparition d'un problème important dans la vie du client qui constitue la mesure de l'abus. Autrement dit, le problème de consommation lui-même ne porte pas à conséquence, ce sont les conséquences qui consacrent un problème de consommation. Pour le client-type évoqué [...], il n'y aurait pas de problème de consommation s'il n'y avait la menace de rupture conjugale, de congédiement, de perte de logement. En fait, le problème n'existe pas sans les conséquences. On ne cherche donc plus à éliminer un problème pour éviter des conséquences, on cherche plutôt à éliminer des conséquences pour faire disparaître un problème. Dans cette perspective, la cible première de l'intervention ne peut être la consommation en soi mais les conséquences négatives - les méfaits - que provoquent les comportements de consommation sur la vie du client.
Chez les médecins impliqués dans les pratiques de réduction des méfaits, il y a de plus en plus conscience qu'il faut cesser d'accepter le discours paradoxal de la loi concernant les drogues. Comme l'explique Dre Mino : « de façon paradoxale, nous pensions à la fois que la drogue annihilait toute capacité de choix et que recourir à la drogue était, fondamentalement, un choix libre. C'est donc librement que nos patients choisissaient leur vie de misère, de délinquance et de dégradation physique. Le sida n'était qu'une conséquence particulièrement dramatique de ce choix. Nous pouvions, avec ce raisonnement, dégager notre responsabilité dans la propagation de l'épidémie. » Ces médecins, dans plusieurs pays, revendiquent maintenant le droit de soigner les toxicomanes comme tout autre patient; cela signifie que leur fonction est de les garder en vie dans les meilleures conditions de santé possibles jusqu'à ce qu'ils soient prêts à arrêter. Comme le souligne le Dr.Marks, quand on soigne un ulcère, quand on fait un pontage, on ne met pas comme condition à soigner le patient le fait qu'il change ses habitudes de vie pour une meilleure alimentation, un mode de vie sans stress et avec de l'activité physique même si on l'encourage dans cette direction. Le médecin prodigue soins et conseils et sait que la démarche vers la modification des habitudes de vie appartient à la personne. C'est ce rôle que les médecins soignant des toxicomanes revendiquent de plus en plus, et cela implique la possibilité de prescrire n'importe quelle drogue qui peut soulager le patient et le maintenir en vie, y compris l'héroïne et la cocaïne. C'est une pratique acquise dans certaines cliniques en Suisse, en Angleterre et en Australie.
C'est ainsi qu'à l'heure actuelle, tant chez les intervenants de la santé que du communautaire, plusieurs font pression pour que la réduction des méfaits passe de stratégies conjoncturelles liées à l'arrivée du sida, vers des stratégies ancrées dans une politique en santé publique. Voyons ce que cela implique par l'examen de l'Avis qu'a transmis le Comité permanent de lutte à la toxicomanie (CPLT) en novembre dernier au Ministère de la santé du Québec.
Dans cet Avis, le Comité permanent de lutte à la toxicomanie (CPLT) explique que la politique québécoise en matière de drogues se fonde encore sur une vision traditionnelle dans ses objectifs, soit la réduction de l'usage. Le CPLT recommande un virage global de cette politique vers une approche de réduction des méfaits. Cela implique de reconnaître que, tant pour l'alcool que pour les drogues illicites, la majorité des usages sont bien gérés, et que l'énergie et les budgets du Ministère devraient être consacrés à prévenir les usages à risques et à réduire les conséquences négatives des usages problématiques. En matière de drogues illicites, le CPLT demande clairement d'abandonner la stratégie fédérale de tolérance zéro, soutenue par la loi, et la reconnaissance que la répression constitue souvent la principale source des méfaits pour un usager de drogues. C'est ainsi que le CPLT recommande les modifications suivantes des objectifs de la politique québécoise de la santé de 1992 :
Objectif de 1992 : « réduire de 15% d'ici dix ans la consommation d'alcool au Québec ». Changement demandé par le CPLT : « réduire le nombre de personnes qui adoptent une consommation d'alcool à risque et réduire les méfaits associés à cette consommation, à la fois pour les usagers eux-mêmes, leur entourage et l'ensemble de la société. »
Objectif de 1992 : « augmenter le nombre de personnes qui ne consommeront jamais de drogues illégales ». Changement demandé par le CPLT : « réduire le nombre de personnes qui font un usage abusif ou inapproprié de drogues illicites et réduire les méfaits associés à la consommation de ces drogues, à la fois pour les usagers eux-mêmes, leur entourage et l'ensemble de la société québécoise. »
Cet Avis du CPLT rejoint les politiques adoptées ou en voie d'adoption dans les ministères de la santé de nombreux autres pays occidentaux et même de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En effet, au début 1993, le Conseil exécutif de l'OMS recommandait l'inclusion de la réduction des méfaits dans les politiques sur les drogues.
C'est ainsi que tant au Canada, en Australie, que dans plusieurs pays d'Europe, on constate des tendances contradictoires entre les politiques juridiques et les politiques en matière de santé, et entre le national et le local. Les ministères de la Justice nationaux, sous la pression américaine à travers les Conventions internationales et de certaines industries et bureaucraties qui bénéficient de la prohibition actuelle de certaines drogues, poursuivent l'approche répressive traditionnelle. De leur côté, les ministères de la Santé, avec la collaboration du communautaire et de plus en plus des polices locales, forcent la voie vers l'approche de réduction des méfaits. Résultat, dans la plupart des pays occidentaux (à l'exception des Pays-Bas) on peut vous arrêter pour simple possession de cannabis - car vous relevez de la justice - et vous fournir les seringues pour consommer votre héroïne ou votre cocaïne si vous êtes usagers de drogues par injection (UDI) – car vous relevez de la santé. Face à ces contradictions institutionnelles d'où découlent des actions contradictoires sur le terrain, les instances juridiques locales commencent à réagir pour diminuer les pratiques de répression. Mais leur pouvoir d'action, bien sûr, est limité. D'ailleurs, le procureur Cain, après s'être prononcé en faveur d'une politique de réduction des méfaits en Colombie Britannique et avoir déduit ouvertement que la légalisation des drogues en était la conséquence logique, reconnaît la difficulté d'en arriver à ce changement des lois :
La légalisation est un enjeu complexe qui, même si nous voulons solutionner des problèmes locaux, n'est pas une stratégie qui relève uniquement de la Colombie Britannique. Cet enjeu dépasse les frontières canadiennes et même nord-américaines. Cela implique une perspective internationale et ce, même au niveau juridique. Les lois canadiennes et les conventions internationales des Nations Unies nous gouvernent, mais cela ne doit pas nous amener à oublier la réalité de la situation en Colombie Britannique. Nous vivons le problème et nous devons tout faire pour le solutionner, dès maintenant. À cet effet, je recommande l'établissement d'une commission ayant pour mandat d'examiner et de confronter ces aspects juridiques du problème, parmi bien d'autres choses. Le problème doit être considéré non seulement à la lumière des morts associées à l'héroïne ou à la cocaine, mais en considération de l'ensemble des drogues illicites disponibles, i.e. à la fois les drogues dites « douces » et « dures ». (p.VI-notre traduction).
La légalisation ne doit pas être considérée comme la panacée ou la solution aux problèmes d'abus de drogues en Colombie Britannique ou dans le reste du pays. Elle ne résorbera pas tous les comportements criminels et anti-sociaux commis par les toxicomanes endurcis. Je ne crois pas davantage que la légalisation accroîtra l'incidence de ces comportements. Au contraire, ce que cela ferait est de créer cette nécessaire percée d'opportunités pour les toxicomanes qui ont perdu espoir et leur redonnerait la liberté de choix. (p.88-notre traduction).
L'Avis du CPLT ouvrait également la porte à ce débat par ses demandes de changements d'objectifs de la politique québécoise en toxicomanies, même si cela fut fait de manière moins explicite que dans le rapport Cain.
C'est ainsi que les politiques des institutions de la Justice et de la Santé prennent des axes de plus en plus contradictoires au fur et à mesure que l'approche de réduction des méfaits gagne du terrain. Plusieurs intervenants dans le secteur ont tenté et tentent encore d'éviter les débats que soulève cette situation.
Mais ces débats deviennent de plus en plus inévitables au fur et à mesure que l'on tente de traduire dans les politiques de santé publique l'approche de réduction des méfaits et ce, particulièrement à l'échelle nationale et internationale. L'OMS par sa recommandation de l'adoption de l'approche de réduction des méfaits a traduit au plus haut niveau la contradiction des politiques Justice-Santé puisque les Conventions internationales régissant la prohibition des drogues demeurent inchangées, maintenant les règles du jeu de la prohibition. Pas étonnant que des groupes internationaux cherchent de plus en plus à modifier ces Conventions.
De même, au début de la décennie, à l'instigation des villes d'Amsterdam, Hambourg, Francfort et Zurich, est créée une coalition, l’European Cities on Drug Policy (ECPD), et signée la Résolution de Francfort, préconisant une modification des politiques actuelles pour permettre une transition vers des politiques de réduction des méfaits; en l993, à sa réunion annuelle, le regroupement réunit des représentants de 58 villes, réparties dans 14 pays; la même année est inauguré à Baltimore (Etats-Unis) l’International Network of Cities on Drug Policy, qui mettra de l'avant une résolution similaire à celle de Francfort.
Enfin, les regroupements d'usagers de drogues se multiplient, et ce, même à l'échelle internationale, (ce qui est facilité, entre autres, par l'Internet) afin de revendiquer des changements aux lois, de même qu'appuyer et enrichir les pratiques de réduction des méfaits. Quant au Canada, en ce moment même, le Comité permanent de la santé du gouvernement fédéral essaie de reconnaître l'approche de réduction des méfaits en évitant de remettre en question les récents changements juridiques; le service correctionnel multiplie les tests de drogues et punit ceux qui testent positifs en même temps qu'il fournit de l'eau de javel et du désinfectant aux détenus pour qu'ils puissent nettoyer leurs seringues; il y a même un débat pour instaurer des programmes d'échanges de seringues en prison comme cela se pratique déjà dans d'autres pays; des centres de distribution de cannabis à des fins thérapeutiques sont tolérés par la police en Ontario même si la loi n'autorise pas ces pratiques, etc., etc. Les pratiques contradictoires s'empilent de manière de plus en plus visibles.
Comment résumer les débats sur les politiques actuelles en matière de drogues? L'empereur est nu. De plus en plus de gens s'en rendent compte. C'est bien embêtant pour tous les acteurs politiques, économiques et sociaux qui tirent profit de la guerre à la drogue. Mais moi cela me fait plaisir de le répéter : « L'empereur est nu! L'empereur est nu! L'empereur est nu! »
Du Collectif ÉDAM, 4e trimestre 2000
L'État impose le silence, les lois sanctionnent l'ignorance, la police punit la souffrance. Pourtant, les membres du Club Compassion de Montréal (CCM) s'entêtent, persistent et signent ce manifeste, véritable cri du coeur destiné à faire réfléchir toutes celles et ceux pour qui le mot «liberté» a encore un sens. Le collectif Édam, dans ses efforts pour diffuser la pensée anarchiste à travers l'écrit et la réflexion critique, appuie la démarche proposée par le CCM: se réapproprier notre vie quotidienne en refusant l'emprise des institutions bureaucratiques et autoritaires sur notre devenir collectif. Nous partageons avec le CCM les principes d'entraide et de solidarité, tous deux essentiels à la transformation de notre société, rongée par l'hypocrisie et l'absurdité. Contre l'industrie pharmaceutique et la complicité étatique, nous espérons que ce texte suscitera des débats, provoquera des prises de position et entraînera certaines personnes à ce tourner vers l'action...
par Louise-Caroline Bergeron et Caroline Doyer
Activistes et co-Fondatrices du Club Compassion de Montréal
Malgré l'ubiquité sans cesse croissante de l'information dans nos vies, et malgré la multiplication des moyens de communication, il est difficile voire impossible dans notre société actuelle de débattre en profondeur de quelque question que ce soit dans une arène publique. Si l'on considère que la télévision, la radio et les journaux sont encore les médias les plus populaires et les meilleures tribunes pour rejoindre une large portion de la population, on pourrait croire qu'avec la couverture médiatique dont jouit le Club Compassion de Montréal, depuis son ouverture le ter octobre 1999, ses dirigeants aient déjà eu maintes fois l'opportunité de faire connaître leur point de vue et la philosophie qui sous-tend cette entreprise. Pourtant, ce n'est pas du tout le cas.
Il est facile de perpétuer des préjugés, mais ô combien difficile, long et frustrant de vouloir les détruire. Vu les contraintes médiatiques habituelles (émettre son idée entre deux messages publicitaires, aller droit au but de son intervention, être articulé et capable de vulgariser des idées ou des enjeux parfois forts complexes en quelques phrases brèves, omniprésence de l'image, concrète ou figurée, pour illustrer, répéter ou remplacer les propos, etc.), le Club Compassion de Montréal n'a jamais pu faire connaître qu'une étroite bande du vaste spectre des idées qui y circulent.
«Manifeste» est peut-être, dans son entendement courant, un terme inadéquat pour décrire ce petit document. Ce terme s'est néanmoins imposé à nous parce que ce document est notre première opportunité de faire connaître publiquement, de manifester, les lignes de pensée de ceux et celles qui ont contribué, de près ou de loin, à mettre sur pied et à diriger le Club Compassion de Montréal (CCM).
Avec le procès, qui commence sous peu, des deux bénévoles arrêtés sur les lieux le 19 février dernier, et dans le cadre d'une campagne électorale fédérale — niveau de juridiction où se joue présentement l'avenir du cannabis — nous croyions le moment idéal pour contribuer à faire réfléchir nos concitoyens sur différents thèmes plus ou moins intimement liés à notre initiative. Car la question du cannabis thérapeutique a peu à voir avec ceux qui s'en sont le plus mêlés, c'est-à-dire les forces policières. À notre avis, elle a beaucoup à voir par contre avec la définition et la valeur de la santé dans notre civilisation et la gestion sociale que nous faisons de celle-ci; avec les questions du plaisir et de la douleur et de nos attitudes communes face à celles-ci; avec l'établissement du lieu d'équilibre entre prévention et répression, et aux moyens qu'on privilégie pour l'atteindre et le maintenir; avec la question de l'appropriation de la nature, notamment par la demande et l'obtention de brevets sur les plantes et les aliments; avec notre degré de (dés)information sur les enjeux qui touchent notre survie (qualité de l'air, de l'eau, contamination de la croûte terrestre, manipulation de la vie et de la matière en général, pollution à l'échelle globale, etc.); à notre (absence de) réflexion spirituelle (Y a-t-il un aspect divin ou spirituel à la vie? Existe-t-il un patrimoine de l'humanité? Si oui, qui ale droit de le régir? L'attitude face à la nature diffère-t-elle selon la philosophie ou la religion? Si oui, laquelle adopter au sein d'une société pluraliste? Etc.); avec les valeurs que nous voulons voir représentées par nos gouvernements; avec les questions des droits de la personne, des animaux et peut-être même des plantes! Enfin, pour celles et ceux qui appuient le CCM, la question de l'usage thérapeutique du cannabis n'est qu'un petit élément d'un grand questionnement, invariable d'échelle, qui n'a cessé de croître en urgence et ne cesse d'être reporté depuis l'explosion technologique et industrielle: le questionnement sur la Vie.
Ce manifeste lui-même n'est qu'une partie d'un livre plus complet en préparation pour le printemps 2001. De nombreuses personnes ont contribué à sa réalisation et la liste des auteurs est longue mais nous voulons en nommer les principaux et les remercier de tout coeur: Mélanie Ricard, Benoît Jutras, Sylvain Janneteau et surtout Louis-Frédéric Pagé qui s'est en plus occupé de tout le «touraillage»...
Plusieurs personnes ont été touchées à différents niveaux par les activités du CCM, soit en bénéficiant de nos services, soit en collaborant avec nous. Certaines autres ont vu leur vie changer alors qu'elles subirent, et subissent encore, la surveillance ou l'intimidation policière, ou qu'elles ont carrément été arrêtés pour leur bénévolat. Quelques-unes d'entre elles ont voulu contribuer par un témoignage personnel. Nous nous sommes fait le plaisir et l'honneur de les inclure à la suite du texte principal.
Imaginez le scénario: vous êtes atteint d'une maladie grave ou de maux chroniques qui rongent votre vie, votre corps, votre esprit, et ne cessent de le faire, à chaque jour, à chaque heure. Les symptômes reviennent de façon irrégulière, avec l'épuisement, les tensions, les nausées, les douleurs, les insomnies. Demain, ce sera la même chose. La douleur reviendra, un peu plus tôt, un peu plus tard. Pendant le sommeil peut-être. On ne peut pas prévoir.
Imaginez que, depuis quelque temps, vous avez découvert que le cannabis réduisait vos souffrances. L'inhalation du produit en question — un produit naturel faut-il le rappeler, sans aucune transformation — soulage vos crampes, vos nausées, vos spasmes, vous rend l'appétit et le sommeil. Ce produit, vous en faites l'expérience, vous permet de continuer à lutter contre la maladie, vous permet de vivre un peu plus normalement et dans des conditions plus supportables, plus humaines. Car ce produit, contrairement à ceux que vous aviez essayés, ne vous prive pas de vos facultés motrices, psychiques et intellectuelles. Depuis peu, vous le sentez, vous pouvez endormir votre douleur sans endormir votre conscience.
Mais ce produit qui vous apparaît sans équivoque comme un allié est interdit par la loi, Cela, vous le savez. Vous savez, on vous l'a dit bien des fois, que cette chose, cette plante, qui vous redonne le contrôle sur votre vie, peut vous mener en prison.
On parle ici d'une justice élaborée par des individus qui s'engagent à obéir à la grande maladie de la Loi dont le symptôme le plus récurrent est une tendance compulsive à n'écouter que ce qui la justifie; à renier ce qui la contredit; à neutraliser ce qui la dépasse, ce qu'elle ne peut pas, ou ne veut pas comprendre.
Imaginez enfin que l'État vienne s'immiscer dans votre douleur en vous disant que c'est bien triste mais que ce n'est pas tout; qu'il y a des enjeux énormes; qu'il comprend le bien que cela vous fait mais qu'on ne peut s'y fier; que l'amélioration de votre état n'est pas scientifique; que la question est délicate parce qu'illégale et qu'en attendant, tout contrôle sur votre douleur vous est interdit mais que tout ça, bien sûr, est pour votre bien.
Imaginez que ces individus, dont la plupart ne sont ni médecins ni chercheurs — ceux-ci se faisant rares parmi nos élus —, qui sont des fonctionnaires aussi immobiles dans leurs bureaux que dans leurs lois, vous annoncent qu'il faut attendre; qu'on ne sait pas très bien encore; que les résultats des dernières études ne sont pas encore sortis; que les procédures administratives sont longues, surtout dans ce dossier vous savez, mais faites-nous confiance, on y travaille, seulement encore un peu de patience.
Mais la patience peut vous tuer.
La lenteur des procédures institutionnelles visant à reconnaître les valeurs thérapeutiques du cannabis ou à considérer sa décriminalisation est inversement proportionnelle à la vitesse de progression du mal dans votre corps. Le temps, vous le sentez, est une donnée qui vous manque. Vous êtes dans l'urgence, mais il vous faut attendre, encore. Parce que l'État n'est pas prêt. Parce qu'il ne sait pas s'il est avantageux pour lui de modifier la loi.
Vous avez beau dire que le cannabis est utilisé depuis des millénaires et que ses vertus médicinales sont bien connues; vous avez beau montrer votre corps qui ne tremble plus ou qui se décrispe après quelques inhalations seulement, rien n'y fait. Bien sûr, pour votre migraine, impossible de vérifier si elle a vraiment disparu ou si vous feignez. ON ne peut pas se baser sur si peu. Prenez de l'aspirine, en attendant. Parce que l'État n'est pas prêt. Vous ne pouvez pas imaginer
tous les éléments qui sont en jeu.
Et puis, c'est la Loi, vous savez !
La plus atroce offense que l'on puisse faire à un homme, c'est de nier qu'il souffre.
Cesare Pavese :: Le métier de vivre
Puisque, collectivement, nous sommes trop confus pour légiférer sur cette question et décriminaliser, voire légaliserl'usage personnel et la possession de cannabis, f... J, j'estime que, pour le moins, le principe de tolérance s'impose.
Jacques Languirand :: Le Devoir; février 2000
Nous, parlementaires, avons la responsabilité de prendre une décision avant que le vide juridique dans ce dossier ne force les juges à le faire à notre place. Ces derniers ne sont pas élus et n'ont pas à être contraints de trancher ce débat de société parce que nous hésitons toujours à assumer notre rôle de législateur.
Bernard Bigras, député de Rosemont-Petite-Patrie :: Une question de compassion
Parce que...
- Il existe, à travers le monde et à travers les siècles, une expérience prouvant les valeurs médicinales du cannabis;
- il existe un nombre impressionnant de témoignages provenant de personnes de bonne foi, d'experts professionnels et de nombreux articles de recherches scientifiques qui appuient cette expérience;
- contrairement à bien des drogues légales (tabac, alcool ou produits pharmaceutiques), on ne connaît au cannabis aucune dose mortelle, ni d'effets secondaires pathologiques et nuisibles au bien-être, ni quelconque effet dangereux pour la santé;
- le cannabis ne présente presque aucune contre-indication, allergie ou incompatibilité et en dehors de ces rares cas, on ne connaît aucune maladie grave ni détérioration qui soit imputable à son utilisation, tels que cancers, paralysies, dysfonctionnements d'organes, pertes d'autonomie, comas ou tout autre malaise lié à ses effets secondaires;
- le cannabis représente le plus faible taux de risque de dépendance physique ou psychologique parmi tous les psychotropes couramment prescrits;
- le cannabis constitue une médecine naturelle et sans risque de toxicité, dont la culture est des plus simples pour ceux qui en ont l'expertise et surtout des moins coûteuses, ne nécessitant aucune intervention majeure;
- le cannabis est, encore aujourd'hui et pour un grand nombre de personnes, le produit le plus apte à soulager des centaines de souffrances, maux ou conditions tout en permettant une qualité de vie que d'autres drogues, comme la morphine, altèrent;
- le cannabis est une alternative naturelle, moins dangereuse et plus efficace que les autres options pour nombre de conditions et de personnes, tel qu'il permet, entre autres, de contrer les effets secondaires de la chimiothérapie utilisée dans le traitement du cancer ou de la narcothérapie prescrite aux personnes atteintes du SIDA; de soulager les spasmes et les convulsions des personnes atteintes de la maladie de Parkinson, de l'épilepsie, de la dystrophie ou de la dystonie musculaires; de réduire les nausées, les étourdissements et les votnissements, la diarrhée ou les migraines; de stimuler l'appétit et de faciliter le sommeil ou simplement d'apaiser les tensions et le stress quotidiens, pour qui doit gérer une condition critique ou fatale à court terme; de soulager ces souffrances sans brimer la qualité de vie, la conscience et les capacités physiques, psychiques ou intellectuelles des individus qui comptent sur ces bienfaits;
- il faut sortir cette substance de la torpeur et de l'obscurantisme dans lesquels elle a été plongée malgré un usage médical, alimentaire et industriel très répandu aussi récemment qu'au début du XXe siècle.
Considérant, d'autre part...
- l'inaction des gouvernements à rendre légal et disponible l'usage médicinal du cannabis, la longueur des délais malgré l'urgence de la question et leur refus d'aller de l'avant dans ce dossier malgré l'opinion majoritaire de la population en faveur de cet usage;
- la négligence et l'irresponsabilité dont font preuve les différents intervenants et les institutions qui se renvoient la balle dans ce dossier, niant les recherches, les connaissances et l'expertise déjà acquises et minimisant les témoignages, qualifiés d'anecdotiques, des patients qui en bénéficient;
- l'hypocrisie des instances responsables de tous niveaux qui renvoient les patients de délais en délais — sans tenir compte des souffrances endurées AUJOURD'HUI — et de recherches en recherches, alors que les valeurs médicinales du cannabis ont été prouvées depuis longtemps;
- la vie humaine comme étant plus importante que les questions politiques ou les enjeux électoraux, ceux-ci ne faisant que subordonner l'être humain à des statistiques, des questions de prestige et de rectitude politique qui évacuent la douleur du débat ou cherchent à en tirer profit selon les sondages;
- l'urgence de soulager la douleur d'un nombre important d'individus et considérant leur droit à recouvrer leur autonomie, leur dignité et leur bien-être, au même titre que tous les autres citoyens; que ces personnes n'en peuvent plus d'attendre; que chaque jour de plus en est un de douleur.
Le Club Compassion de Montréal a ouvert ses portes, rue Rachel, sans cacher son mandat ni ses activités, et malgré la Loi sur les drogues et autres substances, de 1996, qui interdit la possession, l'usage et la circulation du cannabis, et ce même à des fins thérapeutiques.
Depuis le 1er octobre 1999, date de son inauguration, le Club Compassion de Montréal (CCM) se donne pour mandat de rendre accessible du cannabis pour usage médicinal à des individus dont les souffrances, maux ou conditions briment leur dignité, leur autonomie ou leur bien-être.
Qu'on ne s'y trompe pas: il serait malhonnête de réduire le Club Compassion de Montréal à un simple point de vente de cannabis, associant ce dernier aux organisations criminelles qui en contrôlent le marché à seule fin d'en tirer des profits. Le contexte de la prohibition ne nous a que trop bien habitués, par le biais d'une désinformation soutenue, à faire de telles associations.
Il importe de bien insister sur la nature communautaire et thérapeutique des activités du CCM. Tout comme les autres clubs ou organismes à même vocation à travers le continent, on y offre plus qu'un accès à la plante: on y traite les patients comme les êtres humains qu'ils sont, dans toute leur individualité, leur personnalité, leur diversité. Comme le confirment des entrevues faites avec les gens s'approvisionnant dans de tels endroits [1], le mouvement Compassion offre plus que du cannabis contre vos douleurs: il vous offre un milieu d'échange social, une écoute, une conversation, un lieu où l'on vous accepte tel que vous êtes, sans s'arrêter aux conditions qui vous y amènent, où l'on souhaite établir un contact humain pour apporter un peu de sollicitude au milieu de votre souffrance .
À l'initiative de ses fondatrices, Caroline Doyer et Louise-Caroline Bergeron, le CCM est un organisme sérieux et réglementé, qui ne fournit du cannabis qu'aux personnes dont les souffrances, les maux ou la condition en nécessitent l'usage comme traitement médical, et qu'à ces personnes seulement, après avoir vérifié l'ordonnance auprès du médecin traitant.
Le Club Compassion de Montréal est un organisme sans but lucratif, indépendant et sans vue partisane, qui oeuvre sur une base de nécessité, de compassion, d'entraide et d'humanisme afin de:
- soulager la douleur et donner le droit à des êtres humains de mener une meilleure existence;
- fournir un cannabis de qualité contrôlée de manière à préserver la santé des patients contre les effets nocifs d'engrais et d'insecticides chimiques;
- créer un lieu sécuritaire, propre et chaleureux pour la distribution du cannabis thérapeutique aux personnes nécessiteuses;
- fournir un encadrement à ces personnes;
- sensibiliser la population à ces souffrances sans but ainsi qu'à l'alternative optimale que peut représenter le cannabis;
- informer la population sur les propriétés de cette plante, sur ses effets, ses risques, ainsi que sur ses enjeux dans notre société;
- participer et encourager des recherches sérieuses et impartiales sur la culture, l'usage, les moyens d'accessibilité et les règles de distribution du cannabis thérapeutique.
Le CCM n'est pas fondé sur des principes qui seraient contre la loi, ni en marge d'elle, mais qui se situent bien au-delà. Son action répond à un impératif humain qui demande que la loi protège les plus vulnérables et non qu'elle mette leur vie en jeu. Bien des intervenants exigent, depuis de nombreuses années, qu'un débat ait lieu sur la question du cannabis médical. Ce débat tarde toujours et aucun changement n'a encore été apporté à la loi, si ce n'est l'exemption à l'article 56, sous autorisation exclusive et discrétionnaire du ministère fédéral de la Santé.
L'exemption, qualifiée d'option «illusoire» par les juges de la Cour d'appel de l'Ontario, donne au gouvernement bonne conscience mais sa portée et la structure du processus pour son obtention sont par trop inadéquates, inefficaces, castratrices et irréalistes. Elle est rarement accordée, rappelons-le, puisqu'elle ne l'est qu'aux personnes en phase terminale de leur maladie ou dont la condition est fatale à court terme. De plus, elle est sujette à révision tous les six mois.
Cette exemption tient plus d'un système de santé à deux vitesses, créant deux classes de patients: ceux auxquels on accorde le privilège de ne pas encourir les peines prévues par la loi, et ceux dont les souffrances ne sont pas jugées suffisamment graves, par le ministère et la GRC, pour être soulagées. Comme s'il n'était pas déjà obscène de prétendre juger la perception qu'a une personne de sa propre douleur, on se permet de ne pas la juger grave! Comme s'il n'était pas déjà immonde de subordonner cette expérience à des intérêts partisans ou économiques, on demande à ceux qui souffrent de patienter jusqu'à ce qu'on satisfasse ces intérêts!
L'exemption constitue une formalité incapable de répondre aux besoins pressants de ceux qui y seraient théoriquement éligibles puisqu'elle implique des délais administratifs beaucoup trop longs, des coûts que les bénéficiaires ne sont pas en mesure d'assumer, des procédures exigeantes, fastidieuses et frustrantes pour les médecins qui doivent remplir des formulaires exorbitants desquels la GRC demandera des comptes.
Rappelons enfin que l'exemption ne règle en rien la question de l'approvisionnement, de la qualité des produits, de l'encadrement et du soutien aux patients.
Les clubs Compassion ont trouvé une alternative concrète à ces problèmes. Ils permettent l'existence de lieux sains et sécuritaires d'approvisionnement en cannabis thérapeutique, offrant un premier niveau de contrôle de la qualité, une accessibilité réaliste au cannabis et une alternative à l'obligation pour les patients de s'approvisionner sur le marché noir, éliminant par le fait même les risqués encourus par la fréquentation de ce milieu, tel que la violence, l'angoisse et l'incapacité d'y transiger, le prix élevé demandé pour ce produit et la mauvaise qualité du cannabis que l'on y trouve.
Malgré l'approbation populaire qui leur est consentie, les clubs Compassion se retrouvent isolés des recherches entreprises, et doivent toujours se battre contre l'intolérance dont leurs patients, les méde-
cins traitants et eux-mêmes sont victimes.
Le CCM est actuellement la seule clinique d'approvisionnement en cannabis thérapeutique existant au Québec, le seul lieu autoréglementé capable de répondre aux réels besoins des personnes souffrantes qui nécessitent cette substance. Le CCM agit malgré l'autorité de la loi, parce qu'on croit toujours qu'il est urgent qu'une action soit posée, car les belles paroles et les belles promesses n'ont aucune valeur sans action concrète.
Pendant que les gouvernements se renvoient la balle, le fédéral jugeant que le dossier est de juridiction provinciale puisqu'il s'agit de santé, et le provincial argumentant qu'il ne peut agir puisque le cannabis est contrôlé par la loi fédérale, le CCM a posé un geste concret.
Depuis son ouverture, le Club Compassion de Montréal fait l'objet d'une surveillance aiguë de la part de la police, au même titre qu'une organisation criminelle, ce que le CCM n'est pas. Le 10 février 2000, les policiers procédaient à une perquisition au local du CCM, saisissant les dossiers, les documents d'opération et le cannabis réservé aux patients, interrompant les activités du Club et privant, par la même occasion, les clients du seul lieu d'approvisionnement sécuritaire et contrôlé de cannabis au Québec. Les deux bénévoles sur place, Marc-Boris St-Maurice et Alexandre Néron, furent arrêtés et accusés de possession et de trafic de «stupéfiants». Pour avoir donné de leur temps et voulu venir en aide à des personnes souffrantes, ces deux bénévoles risquent cinq ans moins un jour de prison. Deux bénévoles qui traîneront, si leur procès ne leur donne pas raison et si la loi est appliquée aveuglément, un dossier criminel pour la seule offense d'avoir contribué à une alternative thérapeutique reconnue scientifiquement et approuvée par la société civile.
Devant cette opération, le CCM ne peut que se questionner sur les véritables motivations de ceux que l'on paie pour nous protéger. Il semble peu probable que les lois, telles qu'elles sont, servent et protègent la population.
Aucune plainte n'a jamais été déposée contre le Club Compassion de Montréal, par un citoyen ou un autre. Les activités du CCM n'ont en aucun cas perturbé la vie du quartier en augmentant le taux de criminalité ou de violence, ou en mettant en danger la sécurité des citoyens. Les forces de l'ordre ont agit de leur propre initiative, usant de leur pouvoir discrétionnaire, nuisant au Club plutôt que de lui venir en aide, par un moyen ou par un autre.
Au lieu d'y voir un moindre mal, comme c'est le cas à Vancouver, ou à tout le moins de ne pas lui nuire, la police a commencé ce qui fut perçu comme du harcèlement, allant jusqu'à envoyer une
lettre aux patients du CCM et à leurs médecins, qui eut l'effet d'une profonde intimidation sur ces derniers, mettant l'accent sur les pires éventualités, sans tenir compte de l'impact que celles-ci auraient dans le vécu des individus impliqués.
Ce harcèlement, cette intimidation est non seulement inutile, elle est aussi inadmissible et injustifiable. La souffrance des personnes qui vivent chaque jour dans un stress et une angoisse constante, dont les systèmes physique, moral et psychologique sont affaiblis par la maladie, la douleur, l'inconfort, la peur de subir de nouvelles crises, de nouvelles interventions, à ceux-là déjà malades, épuisés, parfois démunis mais souvent isolés, on ajoute la peur de se voir emprisonné, perquisitionné, bousculé.
Pour ceux-là, la vie est en soi difficile et angoissante, est-il besoin d'en ajouter?
De même, l'intimidation faite aux médecins ayant prescrit du cannabis ne démontre en aucun cas la volonté de servir la population. Au contraire, elle ne fait que mettre de l'huile sur le feu. Au lieu de s'attaquer aux problèmes urgents et sérieux qui mettent en jeu la sécurité publique, les instances en lesquelles nous mettons notre confiance n'auront fait que gaspiller l'argent des contribuables en s'en prenant aux plus faibles d'entre nous, ceux dont la force de se défendre manque parfois terriblement.
Il est inacceptable que ces patients soient traités comme des criminels, car en aucun cas ces personnes représentent-elles une menace pour la société.
En aucune manière le CCM, ses bénévoles et ceux qui supportent leurs démarches peuvent-ils être assimilés à des actes criminels.
Alors que les effets thérapeutiques du cannabis ont été démontrés à maintes occasions, les médecins qui le prescrivent continuent d'être menacés par leurs collègues, alors que la loi les autorise à prescrire autant le cannabis que la morphine, la méthadone ou toute autre substance qu'ils jugent nécessaire au soulagement des souffrances de leurs patients, et tel que le ministre de la Santé, Alan Rock l'a dit lui-même: «Si un produit ne présente pas de risques majeurs pour la sécurité et possède la valeur médicale tel que prétendue par le procureur, ce produit est approuvé. » (23 novembre 1997)
On est aujourd'hui en droit de se demander dans quel intérêt travaillent les professionnels de la médecine. En maintenant une position fermée à l'égard des autres options thérapeutiques, ils privent la majorité des gens qui ne peuvent se les payer de toute alternative de traitement. Le choix éclairé d'un traitement est pourtant entendu comme faisant partie du droit de tout individu à la santé et à la sécurité de sa personne, et de tout choix concernant celles-ci.
La loi est un mécanisme rigide, un monstre bureaucratique qui ne peut admettre d'écart, de sens critique ou de réflexion. La loi admet peu la tolérance et n'implique pas la compréhension de ses fondements, ni l'obligation de la réviser à intervalles décents; la loi, c'est la loi. Sa nature est fixe et rigide, elle n'est pas en mesure de s'adapter aux changements sociaux qui s'opèrent rapidement et malgré elle, de répondre aux besoins émergeants, aux réalités nouvelles qui se forment et nous transforment. Or l'évolution imprévisible à longue échéance de la société demande, un jour ou l'autre, qu'on la contemple, qu'on prenne un recule pour l'appréhender et pour l'intégrer à notre réalité individuelle. Le processus de révision nous permet d'extraire du flot incessant d'information les enseignements nécessaires pour adapter notre attitude et notre environnement à nos nouveaux besoins.
La loi est un ordre qu'on impose au désordre de nos existences et qui malheureusement ne se conforme pas tout à fait à ses contours. Au lieu d'admettre qu'elle ne peut ni tout prévoir ni tout contrôler et de chercher les moyens de réduire les méfaits de l'imprévisible et de l'incontrôlable, la loi, mais avant tout ceux qui la rédigent, préfère ignorer, dénier, faire l'autruche et passer le dossier au département suivant.
Depuis 1996, la Loi réglementant certaines drogues et autres substances interdit la possession de cannabis sans tenir compte de ses valeurs médicales, et par conséquent, de sa nécessité thérapeutique pour une multitude de personnes malades ou souffrantes. Cette loi occulte une pratique et une connaissance médicinales qui ont permis à travers le monde, depuis des millénaires, de soulager plus d'une centaine de maux ou de conditions.
Il importe de se demander pourquoi, malgré une utilisation médicale du cannabis encore courante au début du siècle, une telle loi existe. Lorsqu'on légifère pour limiter les libertés individuelles, il faut avoir une très bonne raison. Les bénéfices sociaux de cette infraction à la liberté doivent dépasser les coûts qu'elle engendre au niveau individuel. L'établissement d'une telle loi ne peut pas être prit à la légère. Alors qu'elle semble dire que le cannabis est nuisible pour la santé ou la sécurité publique ou individuelle, on retrouve de plus en plus les traces de l'utilisation thérapeutique du cannabis dans le passé.
Dans la Chine ancienne, le cannabis n'était pas seulement utilisé comme nourriture ou comme papier, pour ses fibres ou son huile, mais aussi bien comme plante médicinale, tel qu'en fait mention l'Empereur de Chine Sheng Nung (2700 av. J.-C.). Au Xe siècle après Jésus-Christ, le Cheng-lei-pen-ts'ao fait état de l'utilisation du cannabis afin de freiner les épidémies, d'éclaircir le sang, de faire baisser la température, de soulager la diarrhée et de calmer les rhumatismes. Il sera plus tard utilisé comme antibiotique et pour réduire la nausée, pour stimuler l'appétit ou favoriser le sommeil. Dès 1578, il sert contre les hémorragies, la lèpre et la dysenterie:
En Inde, le Athava Veda (1400 av. J.-C.) mentionne le cannabis parmi ses cinq plantes sacrées. Il est en outre associé à la magie, à la religion et à la médecine, où il fait partie des coutumes sociales. Sushruta, le plus célèbre des médecins de l'Inde ancienne, utilise le cannabis pour, entre autre, assécher les muqueuses, libérer la congestion, calmer la fièvre et régulariser les humeurs. De même, on s'en sert comme soporifique, comme excitant, comme analgésique, ou encore pour aider à la digestion, stimuler l'appétit, contrer la lèpre ou donner de l'énergie vitale.
En 1893 et 1894, The Indian Hemp Drugs Commission reconnaît les valeurs médicinales du cannabis pour soulager les migraines, les crampes et les spasmes, les convulsions et l'hystérie, le tétanos, la dysenterie, la lèpre et la fièvre, la gonorrhée, l'asthme, la bronchite, la tuberculose, les flatulences, le diabète, le delirium tremens et l'impotence. De même, la commission fait mention de son usage comme analgésique pour des opérations mineures et des douleurs chroniques, comme désinfectant, comme somnifère et pour calmer les tensions nerveuses. La conclusion de la commission termine de la manière
suivante:
It is intcresting to note that while the [hemp] drugs appear now to be frequently used for precisely the saine purposes and in the saure manner as was recommended centuries ago, many uses of these drugs by native doctors are in accord with their application in modern European therapeutics. Cannabis indica must be looked upon as one of the most important drugs of Indian materia medica.[1]
On retrouve des traces du cannabis en Judée où il aurait été utilisé, mélangé à du miel, pour faciliter les accouchements, au Moyen-Orient comme bandage ou pour contrer la dépression et l'impotence. Au Moyen Àge, lorsqu'on voulu y interdire le hachisch en vertu du Coran, on fit une exemption pour son usage médical. On aurait soigné les otites dans la Grèce et la Rome antiques en mettant le jus des graines de cannabis dans l'oreille des malades. Les Africains l'auraient fumé depuis des siècles, notamment contre les morsures de serpents ou pour aider la mère durant l'accouchement, contre la malaria, la fièvre, l'asthme et la dysenterie.
Il semble que seule l'Europe fasse défaut. D'abord utilisé par l'armée pour les voiles et les cordages de bateau, il faut attendre 1640 avant d'y retrouver quelques traitements. En 1839, le docteur William B. O'Shaughnessy l'introduit en médecine pour ses propriétés analgésiques et sédatives et pour soulager les rhumatismes et les convulsions.
On dénombre environ une centaine d'articles, entre 1840 et 1900, relevant les propriétés médicales du cannabis. On parle de ses capacités analgésique, hypnotique, stimulante pour l'appétit, antibiotique, relaxante, tranquillisante et anti-dépressive. On parle de sa capacité de combattre l'épilepsie et les convulsions, la migraine et l'asthme, pour stimuler les contractions utérines pendant l'accouchement, comme anesthésiant et, aussi, pour le sevrage de la dépendance à l'alcool ou aux opiacés. En 1890, le médecin de la Reine Victoria, Sir J. Russell Reynolds, dira du cannabis, après trente ans de pratique et d'expérience clinique, qu'il est une précieuse médecine pour laquelle «I have never met with any toxic effects».[2]
Aux États-Unis, la première conférence sur le cannabis thérapeutique a lieu en 1860 (Ohio State Medical Society). En 1868, The Civil War Edition of the US Dispensatory y va de recommandations positives pour plusieurs traitements. Trente ans plus tard, Dixion fait des recherches sur la concentration de THC par inhalation. Il arrive à la conclusion que la concentration de THC est supérieure dans le sang, et que son effet se produit plus rapidement, lorsqu'elle est obtenue par inhalation que par ingestion. Aussi, les patients se traitent plus efficacement car ce mode d'absorption permettant le contrôle immédiat du dosage par le patient.
L'usage thérapeutique du cannabis décline vers les années 1930, avec la campagne policière contre le cannabis et à mesure qu'il est remplacé par des drogues synthétiques. Le Marihuana Tax Act est établit en 1937, malgré tous les avis médicaux, puis le cannabis disparaît complètement de la pharmacopée en 1941. En 1969, la Cour Suprême des États-Unis juge, dans l'affaire du docteur Timothy Leary, que le Marihuana Tax Act contrevient à la loi du Texas sur la possession de cannabis. L'année suivante, Richard Nixon refait la loi. The Controlled Substances Act de 1970 place le cannabis au tableau 1 dans l'échelle des drogues, ce qui implique que la substance possède un haut risque d'abus chez les utilisateurs et aucun potentiel médical. Il est à noter cependant que ce classement fut le fruit du département de la justice et du bureau des narcotiques et qu'aucun expert médical n'y prit part.
Quelque temps après, on découvrit que le cannabis réduisait la pression intraoculaire et qu'il pouvait être utilisé dans le traitement du glaucome. L'affaire se rendit devant la cour en 1976, après que Robert Randall fut arrêté pour avoir fumé du cannabis afin de freiner le développement de la maladie qui le rendait peu à peu aveugle. Le gouvernement fédéral en fit donc le premier fumeur légal aux États-Unis depuis 1937. On découvrit également que le cannabis aide les patients qui suivent une chimiothérapie en contrôlant les nausées et les vomissements et en leur rendant l'appétit.
Il paraît évident, tant par l'usage passé que par les découvertes récentes, que le cannabis possède un fort potentiel thérapeutique, que le ministère fédéral de la Santé reconnaît volontiers puisqu'il accorde une exemption à l'article 56, permettant ainsi I'usage du cannabis à des fins médicales. Cette mesure même est une reconnaissance implicite des valeurs médicales du cannabis. Reconnaissance qui disparaît aussitôt qu'il est question de modifier la loi.
Dans le domaine du cannabis thérapeutique, le Canada accuse un énorme retard. Non seulement est-il en retard sur la société civile qui, dans un sondage de la firme Angus Reid, s'est prononcée à 92% en faveur de son usage, mais aussi sur d'autres nations.
La British Medical Association a déjà réclamé des forces policières et des tribunaux une plus grande tolérance envers l'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, affirmant qu'il existe suffisamment de preuves en ce qui concerne les valeurs médicales du cannabis. Aux États-Unis, 28 états ont déjà voté des lois concernant l'usage thérapeutique du cannabis. Aux élections de 1998, lors de référendums dans six états, le vote populaire optait pour son utilisation.
Au Canada, le gouvernement fédéral observe la question, mais de loin, en retrait, proposant de nouvelles recherches dont on reporte l'échéancier, dont on sait peu les détails et le sérieux. Quant aux patients et aux médecins, ils attendent toujours. Et certains malades chroniques sont toujours passibles d'une peine de six mois de prison et de 1000 $ d'amende, cela pour avoir utilisé un médicament recommandé par leur médecin.
Pourtant, la loi canadienne autorise depuis quelques années la prescription de comprimés de Marinol. Ce médicament est une copie du delta-9-THC, un seul des quelques 60 composés actifs contenus dans la plante cannabis et celui qui cause le plus d'effets sur la conscience. Curieusement, le Marinol fut placé au tableau 2 des substances contrôlées alors que la plante demeurait au tableau 1, soit sous un contrôle plus restrictif.
Il apparaît clair que le gouvernement et les milieux médical et pharmaceutique reconnaissent la valeur thérapeutique de ce composant. Mais seulement lorsqu'il est extrait, dénaturé, copié synthétiquement, isolé, mesuré et vendu. Et ce comprimé n'est pas aussi efficace pour tous et dans tous les cas. Pour plusieurs, le cannabis fumé demeure le médicament idéal. L'inhalation, telle que l'avait étudié Dixion en 1899, et tel que le dit aujourd'hui le New England Journal of Medicine (30 janvier 1997) a un effet qui peut être ressenti de 30 à 60 secondes après l'absorption par voies pulmonaires.
L'effet quasi immédiat de l'inhalation permet aussi l'autotitrage, c'est-à-dire que le patient contrôle la quantité qui lui est nécessaire
pour se soulager; ce dernier redevient ainsi responsable de sa propre santé, plus à l'écoute de l'état de son corps. Cela permet, entre autres, d'ajuster la dose requise selon l'évolution de la maladie et de ses symptômes, même sur une période aussi c rte qu'une journée.
Alors que le cannabis demeure une plante facile à cultiver, moyennant une certaine expertise mais sans coûts importants, sans transformation majeure, le Marinol est un dérivé de synthèse, élaboré dans les laboratoires ultra sophistiqués et ultra profitables de l'industrie pharmaceutique. Contrairement au cannabis à l'état naturel, le Marinol ne contient qu'ùn seul des nombreux cannabinoïdes: le THC, celui qui, justement, cause les principaux effets psychotropes.
Ainsi isolé, le THC fait plus puissamment sentir ses effets que lorsqu'il est atténué par l'effet des autres cannabinoïdes, dont notamment le CBD, qui ont eux aussi des effets thérapeutiques remarquables et dont les propriétés médicinales sont différentes et complémentaires à celles du THC. C'est sans parler des effets bénéfiques dont on ne peut précisément identifier la cause parmi toutes les interactions possibles des cannabinoïdes entre eux.
Le Marinol étant un comprimé, il convient moins aux patients atteints du SIDA, par exemple, qui doivent déjà ingérer un impressionnant cocktail de médicaments. Leur voie digestive est congestionnée, les nausées sont fréquentes et les vomissements les obligent de plus à reprendre les doses qui ont été rejetées. Autre important problème: l'effet d'un comprimé de Marinol n'est ressenti qu'environ une heure après son ingestion.
Ce qu'il y a lieu de se demander c'est la raison qui, encore aujourd'hui, rend cette plante illégale et menaçante. Car c'est bien de la plante elle-même dont on a peur, de sa figure culturelle, et non de sa composition et de ses effets. Pourquoi, alors qu'elle était autant utilisée pour ses valeurs thérapeutiques par nos médecins occidentaux, cette plante est-elle devenue du jour au lendemain un danger pour la santé et la sécurité publique?
Le cannabis s'est vu injustement qualifier de dangereux. Plus que jamais, nous pensons que la prohibition qui touche cette plante ne vient pas des dangers potentiels qui lui seraient imputables, mais qu'elle est motivée par des intérêts particuliers qui, encore une fois, reportent l'être humain à un niveau de considération secondaire. Mais nous _ne es pas dupes. Les campagnes prohibitionnistes ne visent en aucun cas la santé, le bien-être et la sécurité des citoyens, mais servent des intérêts mercantiles, financiers et géopolitiques.
La prohibition a pour conséquence de contribuer à l'affaiblissement des pays du tiers-monde, producteurs de cannabis et d'autres drogues fortement en demande dans nos pays opulents. Elle permet d'assurer sur eux une mainmise occidentale, un contrôle économique et politique, d'accroître le monopole et les dividendes des multinationales pharmaceutiques, textiles et pétrolières; trois champs d'activités dans lesquels le cannabis s'est fait honnir. Médicament, fibre textile, nourriture, carburant, papier... Autant d'utilisations du cannabis qu'on ne lui reconnaît plus et que reprirent d'autres industries à mesure que le cannabis se fit généralement interdire.
L'excuse de son usage récréatif ne saurait satisfaire: l'intoxication, et à des substances bien autrement dangereuses et fortement approuvées et promues par l'état, fait partie des moeurs et des rites populaires. On ne saurait priver des gens d'une substance pouvant améliorer considérablement leur existence pour les abus d'une inconséquente minorité, alors que d'autres abus, aux conséquences bien plus graves sur le climat social, n'entraînent pas la substance en cause jusqu'à une si restrictive prohibition.
De plus, l'usage récréatif du cannabis ne remonte, de façon répandue dans la culture nord-américaine, que bien après son interdiction, soit dans les années 1970. Jusqu'en 1937, année du Marihuana Tax Act, le cannabis était partie intégrante de notre économie, de notre santé, de nos travaux, bref de nos usages les plus divers.
On peut affirmer qu'en 70 ans d'histoire, la prohibition aura causé plus de tort et créé plus de problèmes qu'elle n'en aura résolu. Elle est incapable, d'une part, de faire disparaître complètement cette drogue de l'usage populaire, que ce soit thérapeutique ou récréatif, de son commerce par les organisations criminelles, comme elle est incapable de faire disparaître ces organisations, ainsi que la violence qu'elles engendrent et que la prohibition a elle-même créées. D'autre part, malgré cette incapacité, elle représente une dépense exorbitante des fonds publics à la seule fin d'entretenir des brigades policières, du matériel d'armement, d'écoute et de surveillance, des opérations souvent dérisoires, des juges et des tribunaux, des institutions carcérales, etc.; dépenses qui, si elles étaient redirigées, pourraient financer des programmes de santé, d'éducation, de réinsertion, de développement communautaire, de réaménagement urbain, de gestion écologique.
Nous croyons qu'il est plus que temps de revoir cette loi injuste qui s'est forgée malgré tous les avis médicaux de l'époque et qui, encore aujourd'hui, dépossède les êtres humains de leur droit à disposer d'eux-mêmes.
Aujourd'hui, par son action même, le CCM remet en cause cette loi absurde qui prive des centaines, voire des milliers d'individus de leur propre vie. Le CCM contrevient à la loi, il lui désobéit parce que dans cette mesure thérapeutique, il ne lui reconnaît pas sa raison d'être. Ce que le CCM demande, par son geste, c'est que l'on replace l'être humain au centre de la société. Dans un monde où le profit passe avant la compassion, l'entraide et la compréhension de son prochain, où des règles l'interdisent même, le CCM tente de faire une brèche par laquelle déjà, des milliers de voix se font entendre.
Les lois existent afin de protéger et de coordonner la vie des citoyens. Voilà leur vraie raison d'être. Mais quand il apparaît qu'une loi dépossède les êtres humains de leur vie, il est alors du devoir de chaque citoyen de la remettre en cause, de la questionner et de la contester, par la pratique autant que par les tribunes publiques qui lui sont offertes.
Déjà, la Cour d'appel de l'Ontario a rendu, dans l'affaire Terrence Parker (31 juillet 2000), un jugement sans précédent, dans lequel elle rend inconstitutionnelle, telle qu'elle est, la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. On reproche à celle-ci de ne pas tenir compte des usages médicinaux du cannabis et donc de priver certaines personnes de leur seule option thérapeutique valable. De plus, elle oblige les patients à faire un choix impossible: ou bien subir ses souffrances, se contenter des remèdes classiques et peut-être mettre en danger sa vie, ou bien enfreindre la loi, risquer amende et prison mais se soulager encore quelque temps. L'appel a confirmé le jugement de première instance et va jusqu'à obliger le gouvernement fédéral à modifier sa loi dans un délai d'un an, sans quoi la prohibition du cannabis ne tient plus.
Encore une fois, les élus accusent un énorme retard, non seulement sur la société civile mais aussi sur les instances qui ont pour mandat de faire respecter les lois qu'ils ont écrites. Encore une fois, les élus se départissent du devoir qui est le leur de légiférer sur la question et s'en remettent aux tribunaux pour le faire.
La douleur ne se reporte pas. Pas plus qu'elle ne se mesure. Seules les personnes souffrantes sont en mesure de savoir ce qui leur convient, quelles sont leurs préférences ou leurs besoins particuliers. Chaque individu est unique. La souffrance est une valeur subjective qui résistera toujours à la réduction, à la quantification. Le mot lui-même est incapable de rendre compte de la réalité qu'il symbolise. Nul ne peut ressentir la douleur d'un autre. Pour cette raison, nombreux sont ceux qui la prennent à la légère. S'il n'y a pas de spasmes, de cris, d'agonie, si elle n'est pas visible, la douleur est relativisée, dénigrée.
Le patient exagère, il n'a qu'à prendre son mal en patience. Mais qui saurait vraiment dire ce qu'il en est des perceptions de l'autre, de sa pensée. Angoisse, douleur, angoisse de la douleur, nausées, tensions, migraines, isolement, dépression, frustrations, malaises, faiblesses, mal de vivre: la souffrance a mille formes, elle se présente sous mille visages. La douleur ne se soumet pas à la mesure, ni à la traduction en mots, en statistiques ou en promesses.
Parce que ...
- chaque jour de souffrance est un jour qui compte;
- il s'agit de dignité, de bien-être et du droit qu'a l'être humain à garder un contrôle sur sa vie;
- depuis trop longtemps la douleur est évacuée du débat au profit de
considérations légales et politiques, depuis trop longtemps on laisse en plan des individus qui ont besoin d'une action réelle;
- ces personnes ne sauraient obtenir une meilleure qualité de vie de
cette seule encre qui coule dans les bureaux de nos fonctionnaires;
- pour ces patients, seuls les délais et les reports du gouvernement sont des actes criminels;
- elle rend la culture, l'utilisation, la consommation et la mise en circulation du cannabis illégales, la prohibition favorise l'émergence d'organisations qui, aujourd'hui veulent posséder le monopole et le contrôle de cette plante;
- elle crée ainsi un climat de violence, de méfiance, d'insécurité et d'abus autour du cannabis;
- elle favorise ainsi la mise en circulation d'une drogue dont la qualité ne peut être contrôlée et qui s'avère parfois moins efficace, moins saine, voire à certains égards plus dangereuse pour la santé des usagers;
- elle marginalise ses usagers, fussent-ils gravement malades, et leur appose l'étiquette de criminel, parce qu'elle brise la vie de milliers de personnes qui jusqu'alors fonctionnaient normalement et pacifiquement dans le cadre social, par des arrestations, des emprisonnements, des contraintes sur leur vie et leurs déplacements, notamment par une surveillance accrue;
- elle inflige la honte et l'angoisse à des patients qui se voient «criminalisés», parce qu'elle brime le droit de ces patients de garder le contrôle sur leur vie, sur leur douleur et leur bien-être;
- elle remplace le cannabis, une médecine naturelle dont les effets secondaires sont jugés mineurs et sans danger, par des drogues synthétiques plus toxiques et dont les répercussions sur le corps ou la qualité de vie sont beaucoup plus néfastes;
- elle ne considère en aucune façon l'usage thérapeutique qui peut être tiré du cannabis et qu'elle assimile cette plante à toutes les autres drogues, selon les mêmes risques, les mêmes conséquences et les mêmes peines;
- la douleur est présente, sous une forme ou sous une autre, à un degré
ou à un autre, et parce qu'il existe une alternative reconnue, naturelle, efficace et sécuritaire, qui donne au patient la possibilité de gérer lui-même son traitement selon ses besoins et suivant leur évolution;
notre santé et notre vie n'appartiennent qu'à nous-mêmes;
- il est temps que les industries pharmaceutiques cessent la fragmentation et l'appropriation de nos corps, de nos cycles de vie, de nos états de conscience;
- il est temps que chacun puisse reprendre le contrôle de ses états, de sa douleur et des moyens de la soulager;
- il est temps d'assumer la responsabilité de notre santé, de gérer soi- même l'écoute de notre corps, de ses réactions, de ses possibilités et de ses limites;
Le CCM demande, dans l'attente de modifications considérables à la loi qui rendront justice à la polyvalence et aux multiples propriétés de la plante cannabis, un moratoire dans l'application de celle-ci pour ce qui est de l'usage thérapeutique du cannabis.
La souffrance n'est pas un crime. Les gens qui veulent se soigner ne sont pas des criminels et il est grand temps que la législation le reconnaisse. Il n'y a pas lieu d'ajouter des embûches à des existences déjà bien assez difficiles. Qui a déjà souffert connaît le prix de ce qui soulage. Pour preuve, des gens continuent et continueront, malgré la loi et les conséquences qu'elle prévoit, de se procurer du cannabis afin de soulage leurs conditions.
Il est temps de donner libre champ à l'action des clubs Compassion, de leur venir en aide, par une plus grande tolérance, un support concret, une aide à l'encadrement de ses patients.
Aujourd'hui nous demandons que la douleur soit prise en compte, que chaque individu qui souffre soit considéré pleinement, dans toute son humanité et sa dimension holistique plutôt que comme un simple objet médical.
Par nécessité et par compassion pour tous les humains qui souffrent et jusqu'à ce que les recherches gouvernementales soient terminées, nous demandons des gouvernements et des forces de l'ordre une plus grande tolérance, afin de faciliter la tâche du CCM et de permettre à un plus grand nombre de patients d'accéder au médicament qui leur convient.
Nous demandons que soient disponibles les échéances des recherches, leurs méthodologies, leur financement, leurs considérations éthiques et leurs résultats, et que soit diffusée une information non biaisée sur l'usage thérapeutique du cannabis et ce qui l'entoure.
Mais surtout, nous demandons que soit modifiée la loi actuelle qui empêche l'accès au cannabis et qu'elle le soit dans les plus brefs délais, afin d'assurer l'accès au cannabis à tous ceux qui nécessitent cette substance, sans démarche administrative complexe et sans autre obligation que la prescription du cannabis par le professionnel médical traitant.
Nous le demandons, et même, nous l'exigeons parce que
les gouvernements,
le système judiciaire,
les forces de l'ordre,
les média,
la profession médicale,
l'industrie pharmaceutique,
l'entreprise mondiale de réification de la nature et de l'être humain, et chacun de nous lorsque nous nous taisons.
Toutes ces entités contribuent à entretenir une politique de l'autruche, une déresponsabilisation générale et insidieuse qui veut nous faire oublier que notre existence, notre corps et notre pensée nous appartiennent, qu'il est naturel de vouloir les préserver, et que la douleur est bien réelle.
À suivre...
L'on pourrait dire que la marijuana est une drogue comme la cigarette, le chocolat, le café, ainsi que les centaines de milliers de pilules que l'on vend en un an. L'on pourrait dire également que la marijuana n'est rien d'autre qu'une plante euphorisante et débattre d'une polémique pouvant ne jamais être réglée. Mais la société et les politiciens devraient amener de l'avant non pas la substance qui est en elle-même illicite mais le côté médicinal de la plante qui est encore de nos jours mal connu. Pour que vous compreniez bien jusqu'à quel point la marijuana peut être bénéfique du côté thérapeutique je vais vous raconter une histoire, la mienne.
Depuis toujours, je souffre d'une maladie rare, la dystonie musculaire généralisée. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette condition, elle est douloureuse, insidieuse, c'est-à-dire que je ne peux ni manger, ni me laver seul. De plus, tous mes muscles me font affreusement souffrir. Des crampes musculaires me tétanisent de la tête aux pieds. Tout comme une grenouille morte, sans cesse la douleur se fait vive et me cloue dans ma couche.
Après avoir essayé toutes les substances légales ainsi que plusieurs médecines alternatives comme l'acupuncture, l'homéopathie et la médecine par les plantes, je me suis rendu compte rapidement des bienfaits de la marijuana. Je fume depuis l'âge de 14 ans. En bas âge, j'habitais en Belgique et j'avais énormément de difficulté à communiquer. Lorsque je suis rentré au Québec à 12 ans, j'avais toujours ce même problème d'élocution. Quand j'ai quitté la maison familiale pour aller vivre mon existence avec tous ces aléas, j'ai commencé à fumer de la marijuana. C'est alors que je me suis rendu compte, avec le temps, que mon parler était plus clair et même mes compagnons liabitant dans la même institution que moi me le disaient. Nous étions un groupe de jeunes avec diverses maladies évolutives. Voyez-vous, quand il ne reste que quelques années à vivre, nous profitons de chaque minute qui passe. Ces jeunes-là sont pratiquement tous décédés, il ne reste que cinq d'entre nous sur la quarantaine que j'ai connue et avec qui j'ai vécu. C'est un peu grâce à eux, mes amis, que j'ai développé cette rage de vaincre les éléments contre-nature, me faisant avancer vers un mieux-être.
La marijuana me permettait d'arriver à une élocution plus grande, à communiquer mes émotions et ce que je désirais et des rêves se sont mis à germer dans mon esprit d'adolescent, des rêves qui se sont tous réalisés, sauf un. J'avais la volonté de faire des choses surprenantes. Plus je vieillissais et plus la maladie prenait de l'ampleur. Pourtant, ceci ne m'empêchait pas de vaquer à mes occupations. Je me rendais compte que le cannabis non seulement m'aidait à parler mais il aidait aussi à détendre mes muscles endoloris. Le fil est mince entre une vie décente et une vie horrifique et celui-ci est parfois très subtil mais bien concret. La marijuana est un soutien physique pour moi. Si je ne peux fumer, l'espace de quelques heures je me retrouve aussi tendu qu'une barre de métal.
Lorsque je me suis rendu compte que le cannabis était devenu indispensable à ma vie, j'ai dû faire plusieurs démarches pour arriver à posséder l'exemption 56 fournie par Santé Canada. Évidemment, il y eût beaucoup de réticences au sein de mon institution. Personne ne voulait m'aider à consommer ce nouveau médicament pourtant prescrit par mon neurologue et approuvé par le ministre fédéral de la Santé, M. Alan Rock. Le personnel de la résidence Saint-CharlesBoromée avait beaucoup de difficultés à concevoir que cette plante puisse me soulager. En plus de l'odeur que l'on dit désagréable, il y avait le fait qu'ils craignaient les répercussions sur leur travail puisque la loi les traite comme des criminels s'ils m'aident à fumer.
Ceux et celles ayant en leur possession l'exemption 56 sont assis entre deux chaises.. D'un côté il y a toutes les questions reliées à l'approvisionnement, de l'autre il y a le fait que tout approvisionnement est illégal: très paradoxal. De plus, il y a tout le côté monétaire s'ensuivant. La plupart d'entre ceux qui ont l'exemption 56 sont lourdement handicapés. Nous ne pouvons compter que sur nos propres ressources pour avoir du cannabis de bonne qualité et encore, nous ne pouvons pas toujours payer.
Il est temps que le cannabis médicinal soit accepté et rendu accessible gratuitement ou donné par le gouvernement. Les médicaments des sidéens sont remboursés par l'assurance maladie, pourquoi le mien ne l'est-il pas? Il faudrait que l'on commence vraiment à rembourser ceux et celles qui souffrent dans leur corps et non se laver les mains de leur cas en leur donnant juste un bout de papier. Il faudrait leur donner la chance de vivre en toute quiétude sans avoir à se préoccuper de l'autre mois ou de l'autre semaine. Ils ne devraient pas être constamment inquiets de savoir comment ils vont payer leur cannabis.
Heureusement à Montréal, à Toronto et à Vancouver il y a des gens qui vont contre les lois pour aider ceux qui souffrent, ce sont les clubs Compassion. Peut-être un jour ce vieux rêve datant de mon adolescence deviendra réalité. En attendant je cours vers l'impossible.
Claude Messier (1966-2004)
Écrivain et militant
Quand mon visage s'est écrasé contre le tapis sale et humide du Club Compassion, je voyais les ombres noires (et bleues) crier, courir partout et envahir notre havre de désobéissance civile. Écrasé au sol, une ombre s'approcha de moi, en mettant les chaînes autour de mes poignets, capturant ce qui me restait de liberté. «Tu es en état d'arrestation» susurra l'ombre, «tout ce que tu diras pourra être retenu contre toi!» Je tournai la tête, Boris, les deux mains sur la table, l'oeil hagard, le visage déconfit par tant de stupidité, écoutait les porteurs d'armes, coercition oblige...
Ils étaient douze, peut-être plus, les ombres se devant de paraître immenses, pour couvrir la lumière de la Compassion. Au milieu de l'océan répressif, notre désolation n'avait d'égal que notre frustration. J'aurais voulu hurler, exploser pour dilacérer leur barbarie avec ma rage! J'aurais voulu les mettre en fuite par le seul pouvoir de ma fureur! L'hébétement sur leur visage m'aurait suffit... Mais les seuls pas qu'on me permit de faire furent ceux vers ma conversion, leur conversion... Par la prison. De par ces pas jusqu'à l'auto des policiers, mon enchaînement détruisit ma liberté, mes espoirs et mes aspirations sociétaires. Après une fouille en règle, (« on n'a pas le choix, m'a dit le policier, c'est un cas de trafic!» Trafic mon cul, ouais! «Justement» qu'il m'a dit...) force m'était de constater la lenteur du système judiciaire. Mis en cellule, seul, je compris l'isolement pénitencier. J'étais donc entièrement convaincu qu'on me faisait perdre mon temps! Ce temps qui aurait plus bénéficié à nos malades qu'à leur jouissive (et machiste) répression policière. Mes voisins de cellule, du même avis, me rassuraient que je m'en sortirais, que je m'en tirerais avec rien. Ils me paraissaient tous plus sympathiques que les visages policiers.
Pourtant, autour de moi, il n'y avait que des barreaux...
Assis sur la planche de bois, couché puis debout, puis recouché, mon esprit tournait en rond, réfléchissant à mes derniers moments de vie libre. Quels torts avais-je causés à la société pour mériter une arrestation? À qui portais-je atteinte? On venait de foutre mon éducation judéo-chrétienne en l'air! Moi qui croyais que l'entraide et la compassion étaient des valeurs sûres...
Alexandre Néron
Bénévole au Club Compassion
Le Club Compassion: une nécessité
L'utilisation du cannabis pour soulager les malaises est désormais un droit constitutionnel. Comment pouvons-nous comprendre l'illégalité d'un Club Compassion qui a comme seul but de permettre aux gens souffrants d'exercer leur droit constitutionnel dans un environnement structuré et soutenu?
Les bienfaits de l'usage du cannabis sont tels qu'il est indispensable pour Montréal, et tous les grands centres au pays, d'avoir un endroit qui offre le choix de se soigner à l'aide de cette plante merveilleuse, et ce, peu importe le statut légal de la chose.
Je n'ai aucun sentiment de culpabilité par rapport à ma participation dans cette affaire. Si j'ai honte de quelque chose, c'est du fait que nos institutions «officielles» résistent encore et échouent en offrant des demi-mesures impraticables.
L'exemption du ministre de la Santé selon l'article 56 est un exemple flagrant qui, heureusement, à été démontré, par un jugement de la Court d'appel de l'Ontario, comme étant arbitraire et inconstitutionnel.
Il revient donc à la population de prendre la cause en main. Vu qu'il n'y a aucune autre option disponible pour les patients, ceci n'est pas du vigilantisine mais plutôt unc activité nécessaire et indispensable.
La loi, les tribunaux et le gouvernement doivent s'adapter à la réalité et non le contraire. Ainsi la police ne sera plus dans la position gênante d'appliquer une loi mal fondée.
Je vous assure qu'il n'y aura pas de relâche tant que cette situation absurde ne sera pas adéquatement résolue.
Marc-Boris St-Maurice
Cour du Québec (chambre criminelle)
No: 500-01-001826-004
...Cas no. 1...
Une nouvelle pilule pour traiter vos malaises:
Votre système s'avachit, l'immunité s'affaisse.
Les prescriptions pullulent, Hypocrate en rougirait!
Les virus prennent le pli.. .la pharmaco s'en plait
...Ça parle au diable pis ça dort au gaz...
On maintient illégale Marie-Jeanne l'Apaisante,
Mais ô des OGM, les mérites l'on vante
Et on sert la main sale des bandits des Droits de l'Homme
- Gente politicienne! Tes élus s'piquent un somme!?
Champs lexical
injustice, hypocrisie, mensonge, intérêts, propagande, désinformation
répression, intolérance, intimidation, loi, dénigrement, indifférence, mauvaise foi, incohérence, irresponsabilité, lâcheté
inquiétude, angoisse, stress, peur, victimes, maladies, douleur, souffrance... Mort...
liberté, droit, justice, vérité
compassion, entraide, tolérance, compréhension, humanisme
sécurité, soutien, bénéfice, mieux-être, soulagement, santé... Vie...
Sébastien Langlois
Auteur
U.M #1 (selon les rapports de filature...)
Suite à l'opération policière du mois de mars dernier au Club Compassion de Montréal, les médecins qui avaient prescrit du cannabis à leurs patients ont tous reçu des lettres du Service de police de la CUM ainsi que du Collège des médecins. Ces avertissements avaient pour but de rappeler aux médecins que cette plante controversée reste encore interdite par la loi et que ses vertus thérapeutiques n'ont pas été prouvées. Examinons donc ces deux prétentions.
Les aspects légaux
En dépit de tout ce qu'on entend sur le sujet, il est important de remarquer qu'un article de la loi fédérale sur les drogues et substances contrôlées pourrait déjà permettre aux médecins de prescrire une telle substance contrôlée quand cela est nécessaire (section 53 (2)). Cette clause de la loi s'accorde d'ailleurs parfaitement avec le rôle du médecin qui est de traiter son patient en utilisant les meilleurs moyens à sa disposition selon ses connaissances, sa conscience, son jugement et après échange d'informations avec celui-ci.
Évidemment, la prescription médicale pourrait apporter une sorte de reconnaissance de cette alternative thérapeutique, mais une telle reconnaissance ne pourrait-elle pas être perçue par certains comme une forme d'endossement plus large pouvant remettre en question l'interdit qui pèse sur cette substance? Peut-être. Mais après tout, au moment où la notion de réduction des méfaits semble rallier une majorité dans notre société, une telle ouverture permettrait au moins une diminution du stress chez des patients qui l'utilisent (illégalement) et en retirent déjà des bienfaits, sans compter une réduction du coût ainsi que l'apparition d'une production biologique «certifiée». Durant des millénaires, le cannabis a été associé à divers usages chez les humains. Aujourd'hui, n'était l'interdit social dont elle fait l'objet, cette plante devrait, à bon droit côtoyer, sur les étagères des boutiques de produits naturistes, d'autres plantes comme le millepertuis ou le Ginko Biloba.
L'absence de preuves scientifiques
D'après le Collège des médecins, on ne devrait pas prescrire de cannabis parce que son efficacité n'a pas encore été démontrée. En effet, le cannabis n'a fait l'objet que de très peu de ces études cliniques «randomisées» si chères à la communauté médicale. Par contre, son utilisation pour le traitement de différents symptômes est attestée depuis longtemps. L'expérience clinique qui en résulte ne constitue-t-elle pas une autre façon de démontrer son efficacité même si cette méthode differe des habituelles études cliniques scientifiques. Bien sûr! De telles études sont valables et elles pourraient apporter des informations complémentaires utiles. Cependant, il faut savoir que les expériences les plus rigoureuses ne peuvent garantir à coup sûr, pour un individu donné, le soulagement de ses symptômes par un médicament ou l'absence d'effets secondaires de ce médicament. Les seules choses certaines résultant de ces études, ce sont des possibilités statistiques, rien de plus. Autrement dit, lorsque nous utilisons un médicament, nous sommes tous, en quelque sorte, des cobayes — que ce médicament ait fait l'objet d'études scientifiques ou non. On ne sait jamais AVANT, on sait juste APRÈS!
Plusieurs exemples viennent confirmer cet état de fait. Parmi les plus récents, prenons le cas du Relenza, un médicament anti-grippe mis sur le marché en 1999 après avoir reçu l'approbation conditionnelle de Santé Canada et après avoir fait l'objet des habituelles études. Un an plus tard, les médecins recevaient une mise en garde de la compagnie pharmaceutique productrice du Relenza rapportant un effet secondaire «imprévu», à savoir: bronchospasmes pouvant entraîner la mort, même chez des individus sans antécédents de maladies respiratoires. Je pourrais aussi bien mentionner le Mevacor, ce produit qui s'est révélé cancérigène chez la souris est pourtant utilisé pour abaisser le taux de cholestérol. Ou encore le Methotrexate, qui est parfois prescrit dans des cas d'arthrite inflammatoire, avec de bons résultats, semble-t-il. Pourtant, ce produit peut être dangereux et même mortel à l'occasion. Une mort est une mort. Elle ne devient pas plus acceptable parce qu'elle respecte le code de déontologie médicale et qu'elle survient à la suite d'un traitement reconnu par la communauté scientifique.
Le cannabis n'est pas une plante médicinale miracle. Mais il a été démontré qu'elle peut rendre service en soulageant certains symptômes chez des individus et ce, sans effets secondaires importants. Elle mérite notre intérêt et notre respect. Et puisque la ligne de démarcation entre usage thérapeutique et usage récréatif peut sembler ténue et aléatoire, et compte tenu des coûts sociaux qu'entraîne sa prohibition, la décriminalisation du cannabis serait, tout compte fait, préférable à un contrôle médical qui, à l'usage, se révèle excessivement complexe (c'est peu dire!).
Jean Gariépy, médecin.
Membre du conseil d'administration du
Club Compassion de Montréal (2000-2002)
RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE SUR L'USAGE DES DROGUES À DES FINS NON MÉDICALES
Gérald Le Dain, président
Marie-Andrée Bertrand, commissaire
14 décembre 1973
Extraits tirés de Lynn Zimmer et John P. Morgan, Marijuana, mythes et realités : une revue des données scientifiques, Paris , Georg, 2000.
Comme dans beaucoup de pays, la marijuana est la substance interdite la plus répandue aux États-Unis. Deux universitaires américains conjuguent ici leurs recherches pour produire un livre qui déboulonne les grands mythes servant d'alibi aux prohibitionnistes depuis plus de vingt ans. Le livre passe en revue les publications scientifiques, les rapports gouvernementaux, ainsi que les pires allégations concernant les effets de la plantes. Ce travail a mené les auteurs à constater que les conclusions d'expériences scientifiques incomplètes ou mal interprétées sont frequemment citées par des politiques, des journalistes et certains experts.
Les dégâts causés par la marijuana ont été prouvés scientifiquement. Dans les années 1960, beaucoup de gens pensaient que la marijuana était inoffensive. Aujourd'hui nous savons que la marijuana est bien plus dangereuse qu'on ne le croyait alors. Toutes les études scientifiques effectuées ces dernières années indiquent une augmentation alarmante de la toxicité et des dangers représentés par la marijuana.
Bill Clinton, Président des États-Unis, Massachusetts, 20 octobre 1994
Les parents d'aujourd'hui qui consommait du cannabis dans leur jeunesse doivent réaliser que la recherche a démontré que cette drogue est bien plus dangereuse qu'on ne pouvait le savoir dans les années 1960 et 70.
New York Times, Marijuana for the Sick, 30 décembre 1996
De nouveaux outils de recherche, dont les encéphalogrammes et des techniques sophistiquées permettant d'étudier les processus chimiques d'information du cerveau offrent de nouveaux aperçus sur les effets pervers de la marijuana.
Earl Lane, Newsday, Reefer Madness Revisited, 3 septembre 1996
Plus de dix mille études bien documentées montrent les effets physiologiques et psychologiques pervers de la marijuana.
California Narcotic Officers Association, Marijuana is NOT a Medecine, 1996
Quoi que vous ayez entendu dire dans les années 1960, 70 et 80, oubliez-le.
Washington Post, Taking the Cover Off Pot, 7 décembre 1996
En 1972, après avoir passé en revue les données scientifiques, la Commission nationale sur la marijuana et l'abus de drogues est arrivée à la conclusion que si le cannabis n'était pas une substance absolument sûre, ses dangers avaient été énormément surévalués. Depuis lors, des chercheurs ont conduit des milliers d'études sur des humains, des animaux et des cellules de culture. Aucun résultat ne diffère radicalement de ceux de la Commission nationale en 1972. En 1995, en se basant sur trente années de recherche scientifique, les rédacteurs de la revue médicale Lancet aboutissaient à la conclusion que « le fait de fumer du cannabis, même sur une longue période, n'est pas nuisible à la santé. »
La marijuana n'a pas de valeur médicale. Des médicaments plus sûrs, plus efficaces, sont disponibles sur le marché. Parmi eux, une version synthétique du THC, principal constituant actif de la marijuana, et distribuée sur le marché américain sous la marque MARINOL®.
Il n'y a pas de preuve de l'efficacité de la marijuana en chimiothérapie. Il existe nombre d'autres médicaments, ce qui rend caduc le besoin de poursuivre la recherche à ce sujet.
Drug Enforcement Administration, Drug Legalization: Myths and Misconceptions, US, 1994
Fumer du pot n'est pas assimilable à un médicament La marijuana comme traitement médicinal fait partie d'une campagne soigneusement orchestrée par des hippies sur le retour, des avocats, et des usagers de marijuana infligeant de la sorte un cruel canular aux malades et aux mourants.
R. E. Peterson, The Marijuana as Medicine Scam, US
Si l'on considère les effets biens connus de la marijuana sur la mémoire à court terme, il semble probable que celle-ci perturberait le patient dans sa capacité à ingérer d'autres médicaments à même de lui sauver la vie.
Richard Schwartz et Eric A. Voth, Journal of Addictive Diseases 14:15-21, US, 1995
Le lobby pro-drogue exploite la souffrance de patients atteints de maladie chronique cela fait partie de sa stratégie pour légaliser la marijuana et tous ses usages.
Drug Watch International, By any modern Medical standard, Marijuana is no Medicine, US
Il ne pourrait y avoir de pire message à la jeunesse Juste au moment où la nation fait tout ce qui est en son pouvoir pour éduquer les adolescents à ne pas prendre de drogues psychoactives, voilà qu'on leur raconte que la marijuana est un remède.
Barry McCaffrey, Director of National Drug Control Policy, US, 15 novembre 1996
Il a été démontré que la marijuana réduisait les nausées provoquées par la chimiothérapie du cancer, stimulait l'appétit de patients atteints du SIDA, et réduisait la pression intraoculaire chez des personnes atteintes de glaucome. Il y a de bonnes raisons de croire que la marijuana réduit les spasmes musculaires des patients souffrant de troubles neurologiques. On peut obtenir sur ordonnance médicale du THC synthétique en capsule, mais pour de nombreux patients, ce remède n'est pas aussi efficace que l'inhalation de fumée de cannabis. Le THC pur peut aussi avoir des effets psychoactifs secondaires plus désagréables que ceux de la fumée. Beaucoup de gens utilisent aujourd'hui la marijuana à des fins médicales, malgré son illégalité. En le faisant, ils risquent l'arrestation et l'emprisonnement.
La marijuana crée une forte accoutumance. Ses consommateurs à long terme sont soumis à une dépendance physique et aux états de manque, et souvent, seule une cure de désintoxication peut leur permettre de casser cette habitude.
Actuellement, il y a une demande pour un traitement de sevrage de la marijuana et l'offre est totalement insuffisante. L'état de dépendance lié à la marijuana est un défi qu'il ne faut pas craindre de comparer avec ceux des autres drogues, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent.
National Institute on Drug Abuse, Marijuana Treatments Involving Social Support or Relapse Prevention Appear to reduce Chronic Drug Use, US, 1990.
La marijuana peut s'avérer un sérieux obstacle pour les usagers de longue date qui essaient de s'en défaire.
Donna E. Shalala, Secretary of Health and Human Services, Say No to Legalization of Marijuana, Wall Street Journal, US, 18 août 1995.
Des études montrent qu'après avoir mis brutalement fin à leur consommation de marijuana, les consommateurs intensifs à long terme peuvent présenter des signes et symptômes de manques.
Neil Swan, A look at marijuana's harmful effects, National Institute on Drug Abuse(US), 1994.
En 1993, plus de 100 000 personnes se soumettant à des programmes de désintoxication ont mentionné la marijuana comme cause principale de leur abus de drogues, montrant ainsi qu'ils avaient besoin d'aide pour apprendre à s'en passer.
National Institute on Drug Abuse, Marijuana : What parents need to know, US, 1995.
La plupart des fumeurs de marijuana ne le font qu'occasionnellement. Une petite minorité d'Américains – moins de 1% – fument de la marijuana quotidiennement ou presque. Une minorité encore plus restreinte développe une dépendance à la plante. Parmi les gros fumeurs, certains peuvent s'arrêter sans difficulté. D'autres viennent chercher de l'aide auprès de professionnels de la désintoxication. La marijuana n'entraîne pas de dépendance physique. Si certaines personnes éprouvent des symptômes de manque, ceux-ci sont remarquablement légers.
La plupart des articles et des livres récents signalant un problème croissant de dépendance au cannabis ont été écrits par des centres de désintoxication. Ces corporations ont également beaucoup bénéficié de l'extension des services de soins aux usagers de marijuana, dont beaucoup sont poussés, voire forcés par leurs parents ou d'autres proches – tribunaux ou employeurs – à entreprendre un traitement. La plupart des employés répondant positivement aux tests antidrogue obligatoires de leur entreprise sont des usagers occasionnels. Il n'est cependant pas inhabituel que la direction exige que ces employés se soumettent à un traitement s'ils veulent voir leur contrat de travail renouvelé. Et les programmes de soins aux drogués diagnostiquent chez les usagers une « dépendance à la marijuana » même lorsque cette clientèle ne répond pas aux normes en matière de toxicodépendance.
La marijuana conduit à l'usage d'autres drogues. Même si ses effets ne sont pas très nocifs, c'est une substance dangereuse parce qu'elle conduit à l'usage de drogues plus dures comme l'héroïne, le LSD et la cocaïne.
L'usage de la marijuana se répand de plus en plus… Cet état de fait est particulièrement alarmant car l'usage de la marijuana – le plus courant – conduit souvent à prendre d'autres drogues plus dangereuse.
Join Together, Monthly Action Kit, Increase in Marijuana use among young people, US, 1995.
Les enfant ayant goûté à la marijuana sont 85 fois plus attirés vers la cocaïne que ceux qui ne l'ont jamais fait.
Center on Addiction and Substance Abuse, Cigarettes, Alcohol, and Marijuana : Gateways to illicit Drugs, US, 1994.
Il semble bien que les transformations biochimiques induites dans le cerveau par la marijuana aient pour résultat un comportement orienté sur la recherche et l'absorption de drogues, lequel poussera souvent l'usager à expérimenter d'autres substances agréables.
Gabriel Nahas, Keep off the Grass, US, 1990.
Étant donné que l'usage de la marijuana, dangereux en lui-même, est souvent le prélude à l'usage d'autres drogues… [il s'avère donc] doublement désastreux.
Sénateur Orrin Hatch, Teenage Drug Use, Senate Judiciary Committee Hearings, US, 4 septembre 1996.
Bien que la marijuana ne crée pas de une dépendance aussi forte et ne soit pas aussi toxique le fait d'en fumer ou de voir d'autres personnes le faire – peut rendre certains individus plus enclins à l'usage d'autres drogues.
Andrew Chalsma et David Boyum, Marijuana Situation Assessment, National Drug Control Policy, US, 1994.
L'usage de la marijuana ne conduit pas à celui des drogues dures. Ce que les partisans de cette théorie présentent comme une explication causale est en fait une association de statistiques entre les drogues courantes et moins courantes, association qui se modifie selon que différentes drogues prévalent plus ou moins sur le marché. Aujourd'hui, aux États-Unis, la marijuana est la drogues interdite la plus populaire. Par conséquent, il est hautement probable que des gens ayant pris des drogues moins populaires, telles l'héroïne, la cocaïne et le LSD, aient aussi fait usage de marijuana. La plupart des usagers de cannabis ne prennent jamais d'autres drogues illégales. En fait, pour la grande majorité des gens, la marijuana est un terminus plutôt qu'une étape dans l'escalade.
Les infractions relatives à la marijuana ne sont pas punies sévèrement. Les contrevenants à la loi sont rarement arrêtés et presque personne ne va en prison. Cette indulgence extrême est la cause de la disponibilité et de l'usage ininterrompus de la marijuana.
L'application des mesures légales contre la marijuana est devenue bien trop laxiste Les contrevenants doivent courir des risques plus grands d'être arrêtés et incarcérés.
Robert Peterson, The Success of tough Drug Enforcement, US, 1996.
L'application laxiste de la loi a permis aux criminels de consommer et de faire trafic de marijuana en toute impunité.
Robert Pierre, Marijuana's Violent Side, Washington Post, 9 septembre 1996.
Lorsque certains individus corrompent nos jeunes avec la marijuana, le châtiment qu'ils encourent doit être conséquent. Pour l'instant, nous ne somme nulle part.
Patrick McGowan, Minnesota sheriff, Political Rhetoric Overlooks Change in Drug-Use Patterns, Washington Post, 24 septembre 1996.
C'est à travers la marijuana que notre pays a commencé à se trouver aux prises avec le problème [de la drogue].
William Bennett, Director of National Drug Control Policy, Too easy on Drugs, Bennett tells, The Sacramento Bee, 19 juin 1990.
Le fait de posséder moins de trente grammes de hashich [est souvent] considéré comme une infraction mineure. Je crois que cette indulgence est bien trop grande.
Sénateur Mitch McConnell, Teenage Drug Use, Senate Judiciary Committee Hearings, US, 4 septembre 1996.
Le moment est venu de se montrer durs avec ceux qui vendent de la marijuana à nos citoyens les plus vulnérables – nos enfants. Il est clair que nous devrions punir les vendeurs de marijuana aussi durement que ceux qui ont commerce d'héroïne et de cocaïne.
National Commission on Marijuana and Drug Abuse, Marijuana: A Signal of Misunderstanding, US, 1972.
Les arrestations relatives à la marijuana ont doublé entre 1995 et 2000. En 1995, plus d'un demi-million de personnes ont été arrêtées pour délit relatif à la marijuana. Quatre-vingt six pour cent d'entre elles ont été arrêtées pour simple possession. Des dizaines de milliers de gens sont actuellement en prison pour délits liés au cannabis. Plus encore écopent de peines d'emprisonnement avec sursis, d'amendes et de sanctions civiles telles que saisie des biens, retrait du permis de conduire et licenciement professionnel. Malgré le poids des sanctions civiles et pénales, la marijuana reste disponible en permanence sur le marché et son usage, tout aussi répandu.
La politique des Pays-Bas en matière de marijuana est un échec. La loi hollandaise, qui tolère l'achat, la vente et l'usage du produite dans ses lieux publics, a abouti à des taux accrus d'usage de la marijuana, en particulier chez les jeunes.
Les expériences permissives faites à l'étranger sont un échec. Aux Pays-Bas la consommation de cannabis pas les adolescents a augmenté de 250%.
A.M. Rosenthal, While the Children Sleep, The New York Times, 22 septembre 1995.
En Hollande, n'importe qui au-dessus de 15 ans peut acheter du cannabis aussi facilement que divers parfums de glace. Ceux qui chantent les louanges de cette politique glissent par-dessus les 250% d'augmentation de sa consommation chez les adolescents.
Joseph Califano, Legalization: The Reality, The Prevention Pipeline 8:5, 1995.
Les Pays-Bas ont une attitude tolérante envers la marijuana et le haschich J'ai visité leurs parcs. Leurs enfants y errent comme des zombies.
Lee Brown, Director of Office National Drug Control Policy, Top Cop in the War on Drugs, San Francisco Examiner and Chronicle, 12 mars 1995.
Les Pays-Bas ont le taux de criminalité le plus élevé d'Europe et ce taux a augmenté en proportion du nombre croissant de coffee shop et d'usagers.
Robert Peterson, The Success of Tough Drug Enforcement, US, 1996.
La politique des Pays-Bas en matière de drogue est la moins punitive d'Europe. Il y a plus de vingt ans que les citoyens hollandais âgés de plus de dix-huit ans ont été autorisés à acheter et faire usage de cannabis (marijuana et haschich) dans des coffee shops réglementés par le gouvernement. Cette politique n'a aucunement donné lieu à une escalade dramatique de cet usage. Dans la plupart des groupes d'âges, les taux de consommation de marijuana aux Pays-Bas sont identiques à ceux des États-Unis. Pourtant, pour ce qui est des jeunes adolescents, les taux de consommation du produit sont plus bas aux Pays-Bas qu'aux États-Unis. La population hollandaise approuve en grande majorité la politique actuelle en matière de cannabis, laquelle tend à normaliser plutôt qu'à dramatiser son usage. Il arrive que le gouvernement hollandais retouche la politique existante, mais il poursuit son engagement en faveur de la dépénalisation, décriminalisation ou leur légalisation de facto.
La marijuana détruit les cellules du cerveau. Son usage à long terme altère de manière permanente la structure et les fonctions cérébrales, provoquant ainsi perte de mémoire, dégradation du système cognitif, détérioration de la personnalité et une productivité réduite.
Lorsque les parois cellulaires des tissus cérébraux se trouvent complètement saturées de THC, les cellules du cerveau meurent. Elles ne sont pas remplacées.
Connie et Otto Moulton, Synopsis of Marijuana, Drug Awareness Information Newsletter, US.
L'usage régulier de la marijuana produit une atrophie cérébrale chez les jeunes adultes.
Peggy Mann, Marijuana Alert, US, 1985.
L'usage chronique de marijuana peut causer des lésions cérébrales et des altérations du cerveau semblables à celles qui accompagnent le vieillissement.
Office for Substance Abuse Prevention, Drug-Free Communities: Turning Awareness Into Action, Department of Health and Human Services, 1989.
Le delta-9-THC, constituant psychoactif de la marijuana, altère de façon irréversible la structure et les fonctions cérébrales chez le singe, primate proche de l'homme.
Robert Heath, Marijuana and the Brain, American Council for Drug Education, 1981.
Aucun des tests médicaux utilisés actuellement pour détecter des lésions cérébrales chez les humains n'a relevé de dégâts liés à la marijuana, même à la suite d'une consommation intensive de longue durée. Une étude ancienne rapportait une détérioration du cerveau chez des singes rhésus après une exposition de six mois à des concentrations élevées de fumée de marijuana. Les résultats d'une étude plus récente, menée avec plus de rigueur, n'indiquaient pas d'anormalités cérébrales chez des singes forcés d'inhaler l'équivalent de quatre à cinq joints par jour pendant une année. L'allégation selon laquelle la marijuana tue les cellules du cerveau est basée sur un rapport spéculatif datant de trente ans et qui n'a jamais été confirmé par aucune étude scientifique.
La marijuana provoque un syndrome d'amotivation. Elle rend ses usagers passifs, apathiques et dépourvus d'intérêt pour l'avenir. Les étudiants qui utilisent la marijuana ont des résultats décevants et les employés deviennent improductifs.
Les jeunes usagers de marijuana ont moins de chances de réaliser leur potentiel académique, ce qui diminue d'autant la productivité nationales.
Donna E. Shalala, Secretary of Health and Human Services, Say No to Legalization of Marijuana, Wall Street Journal, 18 août 1995.
On a rapporté un syndrome d'amotivation chez les gros consommateurs réguliers de marijuana. Ce syndrome es caractérisé par une déperdition d'ambition et d'élan vital.
National Institute on Drug Abuse, The Facts About Marijuana, Department of Health and Human Services.
La marijuana empêche l'usager de parvenir à son fonctionnement optimal. Elle transforme un étudiant au-dessus de la moyenne en un étudiant moyen, et un étudiant moyen en un étudiant en-dessous de la moyenne.
Ernie Preate, Blowing away the Marijuana Smoke Screen, Pennsylvanie, Office of Attorney General.
Le syndrome d'amotivation est facile à reconnaître. Il s'accompagne d'une perte d'ambition et d'esprit d'initiative, d'un retrait des activités ordinaires et d'un retour régressif à un style de vie plus simple.
Sidney Cohen, Marijuana: National Impact on Education, American Council for Drug Education, 1982.
Il y a vingt-cinq ans que des chercheurs tentent de démontrer l'existence du syndrome d'amotivation induit par la marijuana sans jamais avoir réussi à le faire. Les personnes intoxiquées en permanence, indépendamment des drogues utilisées, sont rarement des membres productifs de la société. Le cannabis en lui-même n'a rien qui puisse spécifiquement provoquer une déperdition d'ambition et d'élan vital. Les études de laboratoire sur des sujets exposés à des fortes doses de marijuana pendant plusieurs jours ou semaines n'ont montré aucune diminution de la motivation professionnelle ou de la productivité. Parmi les adultes exerçant une profession, les usagers de marijuana tendent à avoir de meilleurs salaires que les autres. Les élèves du secondaire consommant du cannabis ont des résultats aussi bons que les autres. Chez les étudiants des écoles supérieures, la consommation massive du produit est associée à l'échec scolaire, mais l'échec scolaire était généralement antérieur à la consommation. Les recherches à ce sujet nous ont amplement démontré qu'il n'y a aucun lien causal entre l'action pharmacologique de la marijuana et l'apathie.
La marijuana diminue la mémoire et les faculté cognitives. Sous son influence, les gens sont incapables de penser rationnellement et intelligemment. Son usage chronique provoque une détérioration mentale permanente.
La marijuana attaque la mémoire à court terme et la capacité de concentration.
Joseph Califano, The 1996 CASA National Survey of Parents and Teenagers, US, Center on Addiction and Substance Abuse, 1996.
La marijuana peut rendre difficiles l'élocution, la capacité d'écoute, la pensée, l'assimilation de connaissances, la résolution des problèmes, et la formulation de concepts.
National Institute on Drug Abuse, The Facts About Marijuana, Department of Health and Human Services.
L'usage du cannabis peut conduire à des épisodes aigus de confusion mentale et, à long terme, à une détérioration mentale généralisée.
Gabriel Nahas, American Bar Association Hearings, Drug Legalization: Yes or No, 6 août 1995.
D'ex-fumeurs de marijuana engagés dans des activités intellectuelles, rapportent qu'ils ne sont plus capables d'une performance aussi bonne que celle qu'ils avaient avant d'avoir commencé à fumer, et cela, des mois, voire des années, après avoir cessé de le faire.
Robert Heath, Marijuana and the Brain, American Council for Drug Education, 1981.
Le THC réprime l'activité des neurones dans le système de gestion de l'information de l'hippocampe, cette partie du cerveau cruciale pour l'apprentissage, la mémoire et l'intégration des expériences sensorielles.
National Institute on Drug Abuse, The Facts About Marijuana, Department of Health and Human Services.
La marijuana produit des changements immédiats et temporaires au niveau des pensées, des perceptions et du traitement des informations. Le processus cognitif le plus clairement affecté par la marijuana est la mémoire à court terme. Dans les études de laboratoire, les sujets sous l'influence de la marijuana n'ont pas de difficulté à se souvenir de choses apprises antérieurement. Par contre, ils ont plus de peine à apprendre et assimiler de nouvelles informations. Cet affaiblissement du processus d'apprentissage cesse aussitôt l'état d'intoxication disparu. Il n'y a pas de preuves convaincantes qu'un usage intensif à long terme détériore la mémoire ou d'autres fonctions cognitives.
La marijuana peut provoquer une maladie mentale irréversible. Chez les adolescents, même son usage occasionnel peut provoquer des troubles psychologiques. Pendant la période d'intoxication, ses usagers se montrent irrationnels et leur comportement est souvent imprévisible.
La marijuana cause nombre de désordres mentaux, parmi lesquels psychose toxique, attaque de panique, flash-back, fantasme, perte d'identité, hallucinations, paranoïa et d'incontrôlables sentiments d'agressivité.
Janet Lapey, Marijuana Update 1996, Drug Watch International, 1996.
La marijuana est connue pour avoir déclenché des épisodes aigus de maladies mentales, tels l'état maniaco-dépressif et la schizophrénie.
Thomas Gorman, Marijuana is NOT a Medicine, California Narcotic Officers' Association.
La marijuana entrave le développement de relations sociales saines Elle semble aussi porter atteinte à la capacité d'un être jeune à prendre les bonnes décisions.
Center For Substance Abuse Prevention, Reality Check: Questions and Answers, Department of Health and Human Services, 1996.
Le THC peut endommager irréversiblement les mécanismes neuro-biochimiques qui contrôlent la cohérence du comportement.
Gabriel Nahas et Colette Latour, The Human Toxicity of Marijuana, Medical Journal of Australia, 1994.
Il n'existe pas de preuve scientifique convaincante que la marijuana provoque une détérioration psychologique chez les adolescents ou les adultes. Il arrive que certains usagers éprouvent après ingestion du produit un désarroi psychologique, lequel peut inclure des sentiments de paniques, d'anxiété et de paranoïa. Ces expériences peuvent être effrayantes, mais leurs effets sont temporaire. À très haute dose, la marijuana peut provoquer une psychose toxique temporaire. Cela arrive rarement, et presque toujours lorsque le produit est mangé plutôt que fumé. Le cannabis ne provoque pas d'altérations profondes du comportement.
La marijuana pousse au crime. Ses usagers commettent plus d'atteintes au patrimoine que les non-usagers. Sous son influence, les gens deviennent irrationnels, agressifs et violents.
Les jeunes usagers de marijuana sont plus souvent arrêtés que les non-usagers. L'accroissement de l'absentéisme scolaire et de la criminalité sont de toute évidence associés à son usage.
Donna E. Shalala, Secretary of Health and Human Services, Say No to Legalization of Marijuana, Wall Street Journal, 18 août 1995.
Il y a un lien indéniable entre l'usage de la marijuana et la violence, et c'est là un autre aspect du problème 66% des collégiens venant armés à l'école étaient aussi consommateurs de marijuana. D'où un autre message important pour nos jeunes : En utilisant cette drogue, vous risquez bien de vous retrouver pris dans de violentes bagarres.
Lee Brown, Director of Office National Drug Control Policy, National Conference on Marijuana Use: Prevention, Treatment, and Research, National Institute on Drug Abuse, 1995.
Les effets chroniques d'un usage fréquent de marijuana peuvent inclure une colère envahissante alliée à la provocation jusqu'à des démonstrations d'agressivité, même contre les personnes aimées.
Richard Schwartz, Marijuana: A crude Drug with a spectrum of unappreciated toxicity, Pediatricks, 1984.
Les commissions scolaires et gouvernementales sérieuses ayant examiné les relations entre usage de marijuana et criminalité sont toutes arrivées à la même conclusion : la plante ne conduit pas à la délinquance. La grande majorité de ses usagers ne commet pas d'autre crime que celui de posséder le produit. Le cannabis n'est en aucune manière la cause des actes criminels que pourraient commettre ses usagers. Presque toutes les études faites sur les humains et les animaux montrent que la marijuana diminue l'agressivité plutôt qu'elle ne l'accroît.
La marijuana interfère avec les hormones sexuelles mâles et femelles. Ele peut provoquer la stérilité chez les femmes comme chez les hommes. Elle retarde le développement sexuel des adolescents. Elle produit des caractéristiques féminines chez les sujets mâles, et masculines chez les sujets femelles.
La marijuana fait chuter la production de testostérone, ce qui parfois entrave le processus de puberté des adolescents de sexe mâle.
Parents Ressource Institute for Drug Education, Marijuana and Cocaine, US, 1990.
Les adolescentes qui fument régulièrement du pot sont sujettes à des taux surélevés de testostérone, ce qui peut entraîner un accroissement de la pilosité faciale et corporelle et de l'acné.
Center for Substance Abuse Prevention, Female Adolescents and Marijuana Use; Fact Sheet for Adults, Department of Health and Human Services, 1995.
La marijuana provoque une diminution du nombre de spermatozoïdes chez l'homme, d'où une difficulté à concevoir des enfants.
Center for Substance Abuse Prevention, Marijuana : Tips for teens, Department of Health and Human Services, 1995.
Un seul joint peut supprimer la production de l'hormone femelle essentielles à l'implantation d'un oeuf fertilisé dans l'utérus.
Neil Swan, A look at marijuana's Harmful Effects, National Institute on Drug Abuse, 1994.
Chaque étude scientifique faite jusqu'à présent montre les dangers liés à la consommation de la marijuana, en particulier pour les jeunes femmes, qui risquent de voir leur potentiel de maternité future affecté.
Président Bill Clinton, Discours à la Framingham High School, 20 octobre 1994.
Le fait que la marijuana provoquerait la stérilité chez des hommes ou des femmes n'a jamais été prouvé. Des études menées sur des animaux montrent que des doses massives de THC diminuent la production de certaines hormones sexuelles et peuvent endommager le cycle de reproduction. Cependant, la plupart des études sur des humains indiquent que la marijuana n'a aucun impact sur les hormones sexuelles. Et là où il a été décelé, cet impact est léger, temporaire et sans conséquence notoire sur la reproduction. Il n'existe aucune preuve scientifique que la marijuana puisse retarder le développement sexuel des adolescents, ou féminiser les garçons et masculiniser les filles.
La marijuana fumée pendant la grossesse est dommageable au fœtus. L'exposition prénatale à cette drogue provoque des tares de naissance chez les bébés, et quand ils grandissent, des problèmes développementaux. La santé et le bien-être de la génération à venir sont menacés par la consommation de cannabis des femmes enceintes.
Les fumeuses de pot ont de nombreuses cellules avec 10, 8 ou 5 chromosomes seulement – bien moins que chez la grenouille! Cela peut affecter la santé du bébé que la fumeuse aura peut-être un jour.
Peggy Mann, The Sad Story of Mary Wanna, Woodmere Press, 1988.
Ils ne sont pas retardés, mais il est possible que les bébés exposés à la marijuana ne puissent pas développer leur potentiel.
Peter Freid, Marijuana: Its Use and Effects, Prevention Pipeline 8:5, 1995.
Les bébés marijuana pourraient avoir du mal à suivre à l'école parce que l'herbe a dérangé leur système nerveux central.
American Council for Drug Education, Drugs and Pregnancy, 1994.
Une découverte récente inattendue a pu faire un lien entre la consommation massive de cannabis par des femmes enceintes et une forme de cancer rare chez leurs enfants.
Neil Swan, A look at marijuana's Harmful Effects, National Institute on Drug Abuse, 1994.
Les enfants nés de mères prenant de la marijuana [peuvent] en grandissant avoir des difficultés d'apprentissage et des défaillances au niveau de l'attention et souffrir d'irrégularités hormonales, même s'il n'y a pas de tare apparente à la naissance.
Parents Ressource Institute for Drug Education, Marijuana: Effects on the Female, 1996.
Les études auprès de nouveau-nés, de nourrissons et d'enfants n'indiquent aucune déficience discernable aux niveaux physiques, développemental et cognitif qui soit imputable à une exposition prénatale à la marijuana. La marijuana n'a pas d'effet reconnu sur la taille à la naissance, la durée de gestation, le développement neurologique ou l'occurrence d'anormalités physiques. Les centaines de tests administrés à des enfants plus âgés n'ont révélé que des différences mineures entre la progéniture d'usagers et celle de non-usagers, et ces différences s'avèrent parfois positives plutôt que négative. Deux études de contrôle de cas non confirmés de cancer chez des enfants ont identifié l'exposition prénatale à la marijuana en tant qu'un des nombreux facteurs pouvant y être associés statistiquement. Si l'on consulte les résultats d'autres études, il est cependant hautement improbable que la marijuana provoque le cancer chez les enfants.
L'usage de la marijuana affaiblit le système immunitaire. Les usagers du produit courent des risques plus élevés d'infection, y compris par le HIV. Les patients atteints du sida sont particulièrement vulnérables aux effets immunopathogènes de la marijuana parce que leurs défenses immunitaires sont déjà très faibles.
La marijuana affaiblit le système immunitaire et augmente la prédisposition aux maladies sexuellement transmissibles telles l'herpès génital et le sida.
Parents Ressource Institute for Drug Education, Marijuana and Cocaine, 1990.
La recherche a montré que le THC contenu dans la marijuana a un effet nocif sur les globules blancs. Son usage peut rendre plus vulnérable aux refroidissements.
Ernie Preate, Blowing Away the Marijuana Smoke Screen, Office of Attorney General.
Parce que la marijuana affaiblit le système immunitaire, ses usagers sont vulnérables à toutes sortes d'infections. Un système immunitaire affaibli a de grandes difficultés à combattre des maladies telles que la bronchite et l'aspergillose.
W.R. Spence, Marijuana. Its effects and Hazards, Health Edco.
L'immunité cellulaire est affaiblie [par la marijuana] et cette capacité réduite de combattre les infections, on la constate maintenant chez des humains.
Eric Voth, The International Drug Strategy Institute Position paper on the Medical Application of Marijuana, Drug Watch International.
Le fait de fumer de la marijuana est nocif pour le système immunitaire et augmente fortement les risques d'infections et de problèmes respiratoires chez les patients atteints de sida.
Drug Watch International, By Any Modern Medical Standard, Marijuana is No Medicine.
Il n'y a aucune preuve que les usagers de marijuana soient plus vulnérables aux infections que les non-usagers. Et pas de preuve non plus que la marijuana affaiblit la résistance des usagers aux maladies sexuellement transmissibles. Des études datant des débuts de la recherche indiquaient une déficience de la fonction immunitaire sur des cellules prélevées chez des fumeurs de marijuana; ces résultats ont depuis lors été réfutés. On constate des taux plus élevés d'infections chez des animaux de laboratoire à qui l'on avait fait absorber des doses massives de THC avant de les exposer à un virus. Ce type d'études n'est pas très pertinent dans le cas des humains. Même chez les personnes atteintes de désordres immunitaires, tel le sida, l'usage de la marijuana semble relativement inoffensif. Pourtant, la découverte récente d'un lien entre fumée de tabac et infections pulmonaires chez des patients atteints de sida légitime une recherche future sur les risques imputables à la fumée de marijuana chez les personnes immuno-déficitaires.
La marijuana est plus nocive pour les poumons que le tabac. Les fumeurs de marijuana sont plus exposés à un cancer des poumons, aux bronchites ou aux emphysèmes.
Les effets d'un joint de marijuana sur les poumons sont équivalents à ceux de quatre cigarettes [de tabac], exposant ainsi davantage l'usager à la bronchite, l'emphysème et l'asthme pulmonaire.
Center on Addiction and Substance Abuse, Legalization: Panacea or Pandora's Box, 1995.
Le benzopyrène, un dérivé chimique produit au cours du processus de combustion et connu pour provoquer le cancer, est soixante-dix fois plus abondant dans la fumée de marijuana que celle du tabac.
Carlton Turner, The Marijuana Controversy, American Council for Drug Education, 1981.
Les effets nocifs provoqués par une exposition prolongée à la fumée de marijuana comprennent des symptômes semblables à ceux de l'emphysème et des cancers des poumons.
Gabriel Nahas et Nicholas Pace, Marijuana as Chemotherapy Aid Poses Hazards, New York Times, 4 décembre 1993.
Un seul joint contient la même quantité de goudron et autres substances toxiques qu'environ quatorze à seize cigarettes.
Darryl Inaba et William Cohen, Uppers, Downers, All-Arounders: Physical and Mental Effects of Psychoactive Drugs, 2e édition, CNS Productions, 1995.
La fumée de marijuana en quantité modérée semble représenter un risque minimal pour les poumons. Comme la fumée du tabac, celle-ci contient plusieurs substances irritantes et cancérigènes. Mais les usagers de marijuana fument généralement beaucoup moins que les fumeurs de tabac, et, sur une longue période, inhalent donc moins de fumée. Il en résulte que les risques d'affections pulmonaires graves chez les fumeurs de marijuana devraient être moindre. On n'a jamais rapporté de cancer des poumons provoqué par le seul cannabis. Toutefois, certaines analyses ont permis d'identifier des altérations pré-cancérigènes sur les cellules pulmonaires de forts fumeurs de cannabis et il n'est donc pas possible d'exclure complètement la possibilité d'un cancer des poumons associé à ce produit. Contrairement aux gros fumeurs de tabac, les fumeurs intensifs de marijuana ne souffrent pas d'obstruction des bronchioles. Ce qui indique que ces derniers ne courent pas de risque particulier de développer un emphysème.
L'ingrédient actif de la marijuana, le THC, reste emprisonné dans les cellules adipeuses du corps. Comme les cellules adipeuses ne se débarrassent que lentement de celui-ci, ses effets psychoactifs peuvent durer des jours voire des semaines après consommation. La longue persistance du THC dans le corps endommage les organes à teneur adipeuse élevée, et tout spécialement le cerveau.
Les molécules de THC sont très actives et malfaisantes; elles s'infiltrent à travers la membrane adipeuse protégeant la cellule et son noyau et désorganisent le processus chimique de division cellulaire.
Committees of Correspondence, Drug Abuse Newsletter, 16 mars 1984.
Les cannabinoïdes s'accumulent dans les cellules adipeuses, dont notre cerveau d'une livre et demi (env. 1,4 kg) est composé pour un tiers. Cela s'explique pourquoi dans le cerveau du fumeur chronique de pot des millions d'axones soient continuellement imbibés de THC.
Peggy Mann, Marijuana Alert, 1985.
Les cannabinoïdes, qui ne se dissolvent que dans la graisse, sont emmagasinés dans les tissus du corps Ceux qui font usage de marijuana plus d'une fois par semaine sont en fait constamment sous sa dépendance.
Gabriel Nahas, When Friends or Parents Ask About Marijuana, Journal of the American Medical Association 233, 1979.
Même les gens qui n'utilisent la marijuana qu'une fois par mois exposent en permanence leur cerveau, leurs poumons, leur foie et autres tissus vitaux aux effets toxiques du THC.
Robert DuPont, Getting Tough on Gateway Drugs, American Psychiatric Press, 1984.
Beaucoup de drogues actives s'infiltrent dans les cellules adipeuses du corps. Ce qui diffère avec le THC – mais en cela il n'est pas unique – c'est qu'il n'en ressort que lentement. Il en résulte que l'on retrouve des traces de marijuana dans le corps plusieurs jours, voire des mois après l'ingestion du produit. Toutefois, quelques heures après l'inhalation de fumée, la quantité de THC présent dans le cerveau tombe en-dessous du niveau de concentration requis pour un effet psychoactif détectable. Les cellules adipeuses dans lesquelles le THC s'attarde ne sont pas endommagées par la présence de la drogue, que ce soit dans le cerveau ou dans d'autres organes. La conséquence la plus grave de cette élimination lente, c'est que l'on peut détecter la trace du produit dans le sang, l'urine et les tissus longtemps après sa consommation, et bien après que ses effets psychoactifs ont disparu. Voir tableau
La consommation de marijuana est l'une des causes principales d'accidents de la route. Tout comme l'alcool, la marijuana interfère avec les fonctions psychomotrices et diminue la capacité au volant. Avec l'usage croissant de cette drogue, l'augmentation des accidents de la route est inévitable.
L'usage de la marijuana altère la capacité de contrôle moteur déforme les perceptions et fausse le jugement, entraînant entre autres un nombre accru d'accidents de la circulation.
Center on Addiction and Substance Abuse, Legalization: Panacea or Pandora's Box, 1995.
Des études récentes révèlent que l'usage de la marijuana est un des principaux agents d'accidents mortels de la route.
Neil Swan, A look at marijuana's harmful effects, National Institute on Drug Abuse(US), 1994.
Il existe un consensus scientifique sur le fait que la marijuana – aux doses conviviales ordinairement utilisées – interfère gravement avec la conduite, pendant le high et selon toutes probabilités, plusieurs heures après que l'ivresse subjective se soit dissipée.
Herbert Moskowitz and Robert Petersen, Marijuana and Driving: A review, American Council for Drug Education, 1982.
La marijuana, comme l'alcool, met sérieusement en danger la conduite automobile; à certains égards, elle est même plus dangereuse que l'alcool.
Peggy Mann, Marijuana Alert, 1985.
Il n'y a aucune preuve irréfutable que la marijuana soit la cause d'un nombre important d'accidents de la route en particulier d'accidents mortels. À certaines doses, la marijuana affecte les perceptions et la performance psychomotrice – altérations qui pourraient diminuer la capacité au volant. Toutefois, si l'on se fonde sur les études relatives à la conduite automobile, la plante n'affecte que légèrement le contrôle du conducteur, si même elle l'affecte – et ses effets sont considérablement moindres que ceux qui dérivent de doses faibles ou modérées d'alcool et de bien d'autres médications légales. Contrairement à l'alcool, qui tend à provoquer des manœuvres risquées, la marijuana rendrait plutôt les sujets plus prudents. Des enquêtes sur les conducteurs mortellement blessés montrent que lorsque l'on détecte la présence de THC dans leur sang, on y détecte presque toujours aussi de l'alcool. Il se peut que la marijuana ait un effet néfaste sur la conduite de certains individus. Cependant, le nombre total d'accidents de la route ne semble pas être affecté significativement par cet usage très répandu dans la société.
Les urgences hospitalières liées à la marijuana sont en augmentation, particulièrement parmi les jeunes. C'est la preuve que cette drogue est bien plus dangereuse que la plupart des gens ne le croyaient précédemment.
La marijuana n'est ni bénigne, ni inoffensive. Il s'agit d'une drogue très dangereuse qui peut vous amener à lutter contre la mort dans un service hospitalier d'urgence.
Lee Brown, Director of National Drug Control Policy, National Drug Survey Results Released with New Youth Public Education Materials, 12 septembre 1995.
Les jeunes usagers de marijuana sont plus explosés à devoir recourir à un équipement sophistiqué de soins intensifs, ci qui nous coûte de l'argent. En 1993, les adolescents qui se sont retrouvés dans un service d'urgence à cause de la marijuana sont deux fois plus nombreux que toutes les admissions pour héroïne et cocaïne réunies.
Donna E. Shalala, Secretary of Health and Human Services, Say No to Legalization of Marijuana, Wall Street Journal, 18 août 1995.
Le fait que annuellement quelque huit mille personnes nécessitent des soins hospitaliers d'urgence pour avoir consommé de la marijuana est une preuve suffisante de la nocivité de cette drogue.
Charles Shuster, Directeur du National Institute On Drug Abuse, Drug Legalization: Myths and Misconceptions, DEA, 1994.
La marijuana ne provoque pas de mort par surdose. Le nombre de gens soignés dans les services d'urgence qui disent avoir fait usage de marijuana est en augmentation. Il en ressort que la cause de leur séjour à l'hôpital peut être attribuée à cette substance, même si celle-ci n'a aucun rapport avec la condition physique ayant nécessité leur passage aux urgences. Les adolescents sont deux fois plus nombreux à faire usage de cannabis, plutôt que d'héroïne ou de cocaïne. Il en résulte que lorsque des adolescents passent par les services d'urgence, ils mentionnent bien plus souvent la marijuana que l'héroïne ou la cocaïne. Toutefois, dans la grande majorité des cas, lorsque la marijuana est mentionnée, d'autres drogues le sont également. En 1994, la consommation unilatérale de cannabis représentait moins de 2% des cas d'urgence médicale liés aux drogues.
La marijuana est plus puissante aujourd'hui qu'autrefois. Les adultes qui en consommaient dans les années 1960 et 1970 ne parviennent pas à réaliser que lorsque la jeunesse actuelles le fait, elle consomme en réalité une drogue beaucoup plus dangereuse.
Les baby-boomers qui se souviennent avec enchantement de leurs premières expériences avec le cannabis peuvent ne pas s'alarmer particulièrement de ce que le pot soit revenu à l'avant de la scène. Mais la culture du cannabis est devenue beaucoup plus dangereuse que lorsque les enfants-fleurs quittaient Haight-Asbury. [La marijuana actuelle est] vingt fois plus puissante.
Melinda Henneberger, Pot Surges Back, but It's, like, a Whole New World, The New York Times, 6 février 1994.
La marijuana est quarante fois plus puissante aujourd'hui qu'il y a dix, quinze, vingt ans.
Lee Brown, Directeur du National Drug Control Policy en entrevue au Dallas Morning News, 21 mai 1995.
Pour augmenter la puissance de la plante, ses cultivateurs font appel à des techniques agronomiques sophistiquées telles la culture hydroponique, le clonage [et ils utilisent] certains fertilisants spéciaux, des hormones végétales, des stéroïdes et du monoxyde de carbone.
Drug Enforcement Administration, US Drug Threat Assessment, US, 1993.
Avec une puissance décuplée, de petites quantités de marijuana donnent lieu à des taux d'intoxication nettement plus élevés.
Mark Kleiman, Marijuana: Costs of Abuse, Costs of Control, Greenwood Press, 1989.
Si ceux qui confessent avoir consommé de la marijuana à la fin des années 1960 tiraient sur un joint aujourd'hui, ils seraient sidérés.
William Bennett, Director of National Drug Control Policy, Remarque lors de la Conference of Mayors, 23 avril 1990.
Lorsque la jeunesse actuelle consomme de la marijuana, elle consomme la même drogue que la jeunesse des années 1960 et 1970. La Drug Enforcement Administration(DEA) ou la Gendarmerie Royale du Canada(GRC) compare la qualité actuelle avec un petit nombre d'échantillon de faible intensité saisis au début des années 1970 et parvient de ce fait à mettre en évidence une augmentation d'intensité spectaculaire. Pourtant, ces échantillons n'étaient pas représentatifs des qualités de marijuana généralement disponibles à l'époque. La comparaison de teneur en THC des échantillons saisis dans les années 1980 et de ceux prélevés actuellement est plus faible et n'indique pas d'augmentation du contenu moyen. Même si la puissance de la plante de cannabis devait augmenter, cela ne rendrait pas nécessairement cette dernière plus dangereuse. En effet, quelle que soit sa puissance très variable, la marijuana produit des effets psychoactifs qui se ressemblent beaucoup.
L'usage de la marijuana peut être prévenu. Les programmes éducatifs et de prévention en matière de drogues ont réduit sa consommation dans les années 1980. Depuis lors, notre engagement s'étant affaibli, l'usage croît à nouveau. En diffusant plus largement et en intensifiant nos messages anti-marijuana actuels, nous pouvons mettre fin à l'expérimentation des jeunes.
L'absence d'un effort concerté pour décourager l'usage de la marijuana a permis que celle-ci soit catapultée à nouveau à l'avant-scène.
Center on Addiction and Substance Abuse, National Survey of American Attitudes on Substance Abuse, 1995.
Nous nous engageons à faire de l'Amérique une société sans drogues. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour cela.
Lee Brown, Director of Office National Drug Control Policy, National Conference on Marijuana Use: Prevention, Treatment, and Research, National Institute on Drug Abuse, 1995.
La réponse à l'accroissement récent de cet usage chez les jeunes, ce sont des efforts de prévention renouvelés reposant sur un message moteur : la non-consommation.
Joseph Califano, Don't stop this War, Washington Post, 26 mai 1996.
Nous devons retrousser nos manches et nous atteler à informer tous les États-Uniens des dangers de l'usage du cannabis.
Donna Shalala, Marijuana: A Recurring Problem, Prevention Pipeline 8:5, 1995.
Si nous multiplions par deux ou trois tous les messages que nous passons maintenant à travers les médias , nous viendrons à bout du problème [de la marijuana] en trois ans. On peut le voir sans peine.
James Burke, Paternship for Drug-Free America, MSNBC, 3 septembre 1996.
Nous savons qu'une Amérique sans drogue est à notre portée. Nous avons appris à réduire la demande avec succès.
Mathea Falco, The Making of a Drug-Free America: Programs That Work, Times Books, 1992.
Rien ne prouve que les messages anti-drogue diminuent l'intérêt des jeunes à l'égard de ces substances. Les campagnes anti-drogues dans les écoles et les médias pourraient même renforcer leur pouvoir d'attraction. L'usage de la marijuana parmi les jeunes a diminué au fil des années 1980, puis augmenté à nouveau dans les années 1990. Cet accroissement s'est produit malgré le fait que cette génération ait été exposée à la campagne anti-marijuana la plus massive de l'histoire de États-Unis. Dans nombre d'autres pays, les programmes éducatifs en matière de drogues sont basés sur le modèle de réduction des risques, qui a pour but de diminuer l'ampleur des dégâts occasionnés chez les jeunes expérimentant la drogue. Voir tableau

Marc Emery a été arrêté à Vancouver le 29 juillet 2005 par la DEA (Drug Administration Agency). Il est accusé d'avoir vendu des graines de cannabis aux États-Unis. Ce crime est rarement puni au Canada et un plaidoyer de culpabilité entraine généralement une amende ou une sentence avec sursis.
Il n'en est pas de même aux États-Unis.
En effet, ce crime est sévèrement puni par une peine allant jusqu'à l'emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle, une peine qui n'est appliquée au Canada qu'en cas de crimes graves.
Les États-Unis demandent l'extradition de Marc Emery pour qu'il soit jugé devant un juge américain et soumis à une sanction criminelle selon les lois en vigueur aux États-Unis.
Nous devons empêcher le ministre conservateur de la Justice, Robert Nicholson, de signer l'ordonnance d'extradiction.
En fait, Marc Emery a été arrêté pour ses convictions politiques et son implication active dans le mouvement antiprohibitionniste.
Joignez-vous au groupe FACEBOOK:
http://www.facebook.com/group.php?gid=111338722214985
- Marc Emery est un citoyen canadien qui n'est jamais allé aux États-Unis en tant que distributeur de semences.
- Marc Emery a toujours exploité son entreprise de semences au Canada et n'a jamais eu de bureaux ou d'employés aux États-Unis.
- Marc Emery a déclaré ses revenus provenant de la vente de graines de cannabis sur ses rapports d'impôt, et payé plus de 580 000$ aux gouvernements fédéral et provincial de 1999 à 2005.
- Marc Emery est le chef du BC Marijuana Party, un parti politique provincial autorisé et qui a régulièrement participé aux élections en Colombie-Britannique. En 2000, il a été un candidat du Parti Marijuana aux élections fédérales dans la circonscription de Vancouver Center.
- Marc Emery n'a jamais été arrêté ou condamné pour la production et/ou la distribution de marijuana au Canada. Il n'a vendu que des semences.
- Marc Emery a remis la totalité des profits de son entreprise à des groupes de lobby antiprohibitionniste, partis politiques, manifestations et rassemblements mondiaux, actions en justice, initiatives pour le cannabis médical, cliniques de désintoxication et à plusieurs autres organisations.
- Marc Emery a contribué à la fondation du United States Marijuana Party et financé plusieurs autres partis politiques de par le monde.
- Marc Emery a débuté son activisme politique il y a déjà trente ans comme vendeur de livres interdits par la censure canadienne.
- Marc Emery est une figure médiatique depuis 20 ans en ce qui concerne la réforme de la loi sur le cannabis et les autres drogues. Il est très bien connu des médias canadiens, étatsuniens et internationaux.
- Marc Emery exploitait son entreprise en toute transparence et honnêteté depuis sa création en 1994. Il a envoyé son catalogue de graines de cannabis, qui se retrouvait à l'intérieur de son magazine "Cannabis Culture", à chaque membre du Parlement du Canada pendant plusieurs années.
- La Drug Enforcement Administrationdes États-Unis a admis dans un communiqué de presse de l'administratrice Karen Tandy que l'arrestation de Marc Emery était fondée principalement sur les efforts qu'il a mis afin de légaliser le cannabis - une traduction de ce communiqué peut être lu ICI.
Marc Scott Emery, trafiquant de marijuana d'Amérique du Nord autoproclamé «Prince of pot», a été arrêté.
Aujourd'hui, l'arrestation par la DEA de Marc Scott Emery, éditeur du magazine Cannabis Culture et le fondateur d'un groupe pour la légalisation de la marijuana, est un coup dur non seulement pour le trafic de la marijuana aux États-Unis et au Canada, mais aussi pour le mouvement pro-légalisation de la marijuana.
Son commerce de la marijuana et son magazine de propagande ont généré près de 5 millions de bénéfices par an renforçant ainsi son trafic, mais ceux-ci sont partis en fumée aujourd'hui.
Emery, ainsi que son organisation, avait été désigné par le procureur général comme étant l'un des trafiquant de drogue les plus recherchés par les autorités internationales - un sur 46 de par le monde et le seul du Canada.
Les profits générés par les opérations illicites de Marc Emery ont été acheminés à des groupes actifs pour la légalisation de la marijuana aux États-Unis et au Canada. Les organisations pro-légalisation ont perdu leur «pot rempli d'or» sur lequel ils s'appuyaient.
La copie originale de ce document peut être consultée ICI.
Le projet de décriminalisation de la marijuana du gouvernement Chrétien-Martin (C-17), amplement couvert par les médias, n’a jamais été adopté par la Chambre des communes, malgré de longues tribulations parlementaires. Or ce projet était dans les faits un projet de déjudiciarisation. Pourtant, les médias n'ont jamais établi cette distinction et ont continué de dépeindre celui-ci comme étant un allègement de la prohibition. Une simple analyse du projet de loi nous démontre pourtant le contraire. En effet, l’ancien ministre fédéral de la Justice, Martin Cauchon, a dit à plusieurs reprises qu’il en résulterait un contrôle accru du délit de possession, et que la culture serait plus fortement punie avec des peines maximales de quatorze ans de prison.
Quel était donc l’impératif du gouvernement dans ce renforcement masqué de la prohibition?
Pendant plus de trois ans, le gouvernement libéral a remis de l'avant le projet de loi C-17 portant sur la décriminalisation, qui aurait de fait augmenté les sanctions pour la possession simple et les punitions pour la culture et le trafic.
En effet, il y aurait toujours eu une peine à l'infraction criminelle de posséder du cannabis, qui aurait cependant résulté en émission de contraventions. La possession de 15 grammes ou moins aurait été déjudiciarisée, et le recours aux tribunaux aurait été requis uniquement dans les cas de non-paiement de l'amende ou de récidive. Voilà pourquoi le terme précis pour qualifier le projet de loi C-17 est déjudiciarisation.
Avec le projet de loi des libéraux, un individu se faisant arrêter en possession de quelques grammes aurait été réputé coupable, d'après le seul jugement du policier, sans que le cas ne soit référé au tribunal.
Une arrestation actuellement exige approximativement trois heures de travail pour les policiers, tandis qu’une contravention n’exige que quelques minutes. La déjudiciarisation vise donc à augmenter le contrôle policier et à réduire le rôle du système judiciaire, bien que la noble intention avancée dans les médias soit de « désengorger » celui-ci!
De fait, les juges font de moins en moins partie de l'équation, et la possibilité de recours à un jury dans les cas de possession de 30 grammes de marijuana ou moins a été éliminé en 1996.
En Australie méridionale, l’expérience de déjudiciarisation démontre que cette nouvelle politique constitue un renforcement de la prohibition et non un allègement. Dès les premières années, les autorités australiennes ont arrêté trois fois plus de contrevenants, ce qui a résulté en une augmentation de 50% des personnes convoquées devant la justice, et de 20% des peines d'emprisonnement pour simple possession de cannabis.
En extrapolant les données provenant de l'État d'Australie méridionale, nous avons conclu qu'advenant l'adoption du projet de loi C-17 :
Augmenter les dépenses de la police et les punitions infligées aux contrevenants, comme l'avançaient les libéraux, ne provoquerait qu’une escalade de la violence, des risques et ainsi des prix sur le marché noir. La nouvelle valeur de la marijuana hautement prohibée serait à la hausse et pousserait de plus en plus de personnes à produire et à se protéger contre les voleurs, les pompiers et la police.
Il faut dire que le Gouvernement fédéral contribue déjà au financement des organisations criminelles du pays en créant avec la prohibition une inflation « légale » des transactions illicites des différentes mafias. En bout de ligne, le marché devient plus violent et ainsi les gouvernements se sentent légitimés d’augmenter les budgets accordés aux forces prohibitionnistes.
Avec le projet de loi C-17, la production de plus de 50 plants aurait été pénalisée par un emprisonnement maximal de 14 ans! Plus de risques = produit illicites plus chers = plus de violence dans le cycle de production et de distribution. Quand mettrons-nous fin à cette spirale infernale?
Les gouvernements ainsi que leurs agences de répression ne veulent en aucun cas perdre leurs outils de persécution! Ils souhaitent contrôler la vie des pauvres et des marginaux de A à Z. Peu importe leurs vestes, qu’ils retournent à la première occasion, les politiciens des démocraties libérales ne comprennent pas les réels enjeux de la prohibition. Qu'ils soient de gauche, de droite ou « d'extrême-centre », ils ne font qu'entretenir des mythes et la confusion.
Depuis plus de 80 ans, tous les gouvernements d’Ottawa et de Québec ont utilisé la prohibition à des fins de persécution, que ce soit :
Depuis plus de 30 ans, plusieurs études, enquêtes et comités ont démontré, et ce de façon indépendante des institutions prohibitionnistes, que le cannabis est moins dommageable que la loi qui l’encadre. Tout ce travail critique demeure malheureusement sur des tablettes et est ignoré par les parlements. En effet, depuis le dépôt du rapport LeDain en 1974, les médias relatent la possibilité que le gouvernement canadien décriminalise le cannabis; mais dans les faits, les parlements ont rendu les recours juridiques pour possession de moins de 30 grammes plus contraignants et plus expéditifs. Malgré que de nombreux politiciens éminents aient proposé à travers le temps des changements législatifs, le système prohibitionniste se maintient et persécute annuellement plus de 30 000 personnes.
Pour nous, il n’est pas question d’attendre que le gouvernement fédéral ne bouge, car les nouvelles lois qui en émanent nuisent systématiquement à ceux et celles qui sont concernéEs et/ou vivent actuellement de cette activité. La légalisation du cannabis doit être avant tout un rapatriement de la ressource par et pour ses producteurs, productrices et consommateurs.
Tout changement devra considérer notre point de vue concernant la réduction des méfaits et la fin des jugements moraux sur la marijuana. Le Bloc Pot est un regroupement d'individus coincés entre le milieu criminel (avec ses produits chers et frelatés), et l'État (avec son appareil répressif). Le Bloc Pot a décidé d’envahir l’espace politique et de signifier à tous et à toutes que la prohibition du cannabis est un échec, une fraude et un mensonge.
Voir aussi : Les conservateurs n'ont pas l'intention d'assouplir la loi sur la marijuana

Extraits numérisés du magazine contre-culturel Mainmise, qui paraissait au début des années 1970.

Bande dessinée de l'auteur américain Robert Crumb traduite en québécois.

Bande dessinée de l'auteur américain Robert Crumb traduite en québécois.

Bande dessinée de l'auteur américain Robert Crumb traduite en québécois.
Document de sensibilisation à une consommation responsable.
Le cannabis, issu de la famille des cannabinacés, est un genre comprenant trois variétés : sativa, indica et ruderalis. Les tiges utilisées à des fins industrielles, ou les graines utilisées notamment à des fins alimentaires ne constituent bien évidemment pas une drogue (le Bloc Pot utilisera dans ce cas le terme chanvre). Par contre, les feuilles et fleurs et leurs produits dérivés (huile, haschisch) sont le plus souvent employés comme drogue. (Vous trouverez en page suivante la réponse à l'épineuse question « qu'est-ce qu'une drogue ».)
La définition ci-dessous provient du Sommaire du rapport final du Comité sénatorial sur les drogues illicites (2002)
Il existe trois variétés de plantes de cannabis, le cannabis sativa, le cannabis indica, et le cannabis ruredalis. La plante de la variété cannabis sativa est la plus répandue poussant dans presque tous les sols. La plante de cannabis est connue en Chine depuis environ 6 000 ans. À partir des sommités florifères de la plante de cannabis, mais aussi parfois des feuilles, on obtient le tabac à fumer. Sous cette forme, l’appellation la plus courante est le pot, mais on le désigne aussi sous le nom de mari, herbe, dope, ganja. La résine extraite de la plante sert à fabriquer le haschich. Généralement classifié sous les psychotropes, le cannabis est un perturbateur du système nerveux central. Le cannabis contient plus de 460 produits chimiques connus, dont plus de 60 sont désignés sous le nom de cannabinoïdes. Le principal ingrédient actif du cannabis est le delta-9-tétrahydrocannabinol, communément appelé THC. D’autres cannabinoïdes présents incluent le delta-8-tétrahydrocannabinol, le cannabinol et le cannabidiol mais ils sont présents en faibles quantités et n’exercent pas d’effets significatifs sur le comportement des individus, comparativement au THC. Ils peuvent cependant contribuer à moduler l’effet global du produit. Dans le rapport, nous utilisons le terme cannabis pour désigner l’ensemble des produits, et n’utilisons marijuana ou haschich que lorsque nous désignons ces dérivés spécifiquement.
Pour une description beaucoup plus détaillée, veuillez vous référer à cet article de l'encyclopédie en ligne Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cannabis.
Illustration détaillée du Cannabis sativa publiée par Franz Eugen Koehler (1883) :
http://www.blocpot.qc.ca/image/cannabis_sativa
Le concept de drogue varie selon qu’on considère les définitions juridiques propres à chaque pays, la langue populaire, le dictionnaire ou des ouvrages scientifiques.
La définition des dictionnaires est en général incomplète et inexacte. Le Petit Robert, par exemple, définit le mot drogue, en premier lieu, comme « Ingrédient, matière première employée pour les préparations médicamenteuses confectionnées en officine de pharmacie » et par extension, « les médicaments eux-mêmes ». En deuxième lieu vient une définition propre au XXe siècle : « Stupéfiant ». La définition du mot stupéfiant, quant à elle, va comme suit : « Toute substance toxique agissant sur le système nerveux, soit comme narcotique, soit comme euphorisant, et dont l’usage abusif provoque des perturbations graves, physiques et mentales, et un état de dépendance et d’accoutumance. »
La définition juridique des drogues est propre à chaque pays; quoique la majorité d'entre eux essaient de se conformer à la terminologie des Conventions de l'ONU, elle-même peu rigoureuse au plan méthodologique.
Le terme psychotrope est officiellement utilisé par l'ONU pour désigner les substances classées aux tableaux I, II, III ou IV de la Convention de 1971. Mais l'ONU ne donne pas de définition du terme psychotrope dans ses conventions, se contentant de lister dans un tableau les substances ainsi catégorisées. Cette absence de définition internationalement reconnue est à l'origine de la confusion qui a parfois lieu avec celle de stupéfiant.
Le Bloc Pot reconnaît l'usage courant du mot « drogue », mais préconise néanmoins le terme substance psychoactive. Ce terme scientifique reconnu internationalement est utilisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), branche scientifique de l'ONU.
L'avantage de ce terme est qu'il est politiquement et culturellement neutre. Autrement dit, il s'agit d'une définition qui tient compte des effets d'une substance sur le corps humain, mais n'accorde aucune importance au fait qu'elle soit licite ou illicite, qu'elle soit plus ou moins bien acceptée socialement, etc.
Ainsi, toute politique cohérente en matière de santé devrait inclure le cannabis dans un plan d'ensemble plus large incluant d'autres substances psychoactives comme l'alcool, le tabac ou encore la caféïne, qui sont des substances légales!
Il est certain que le cannabis est une substance psychoactive qui entraîne des perturbations du métabolisme du corps humain. Mais comme il a été démontré plus haut, la définition du mot drogue est « à géométrie variable » dans différents pays, selon différentes coutumes et langues.
Au Canada, on peut classer le cannabis parmi les drogues pour la simple et bonne raison qu'il fait partie de substances régies par la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. C'est donc la définition juridique qui a influencé le langage courant!
Article de l'encyclopédie en ligne Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Drogue
Drogues : un problème de définition
http://www.blocpot.qc.ca/node/337
Dans notre société qui a choisi de criminaliser la possession et le trafic de cannabis, la pire des conséquences est de se faire condamner et attribuer un casier judiciaire. Un casier judiciaire vous colle à la peau pour le reste de votre vie, et signifie une plus grande difficulté à voyager à l'étranger ainsi que l’impossibilité d’exercer certains emplois. Ce problème n’est pas dû au cannabis lui-même, mais plutôt à des lois complètement injustes! Le Bloc Pot croit que fumer du cannabis est un « crime sans victime », et qu'il est stupide de traiter comme criminelle une personne non violente faisant ce choix.
Par contre, lorsque certaines actions menacent la santé et la sécurité d'autrui, il est tout à fait justifié d'imposer des sanctions sévères. C'est le cas de la conduite avec facultés affaiblies.
La conduite avec facultés affaiblies par toute substance cataloguée comme drogue par le gouvernement canadien est une infraction en vertu de l'article 253 a) du Code criminel, même s'il n'y a pas d'accident!
Bien entendu, un accident peut bien entendu causer des blessures sérieuses ou la mort; dans ce cas, les conséquences légales (accusations et peine) envers le conducteur seront très graves, s'il est admis que celui-ci avait les facultés affaiblies au moment où s'est produit le drame. De nombreuses personnes conduisent tous les jours sans problème après avoir fumé un joint. Malheureusement, les effets du cannabis sont trop différents et imprévisibles d'une personne à l'autre pour qu'il soit possible d'envisager un seuil acceptable.
Le Bloc Pot recommande donc de ne conduire aucun véhicule motorisé après avoir consommé du cannabis. En fait, soyez responsable en tout temps, et n'oubliez pas que vous partagez la route avec les autres!
Le Sénat canadien a conclu en 2002 que l'usage excessif de cannabis « peut entraìner une dépendance qui demandera un traitement; toutefois, la dépendance induite par le cannabis est moins sévère et moins fréquente que la dépendance à d’autres substances psychotropes y compris l’alcool et le tabac». Une étude scientifique commandée par le gouvernement français en 1998 (rapport Roques) en est arrivée aux mêmes conclusions, à savoir que le cannabis est beaucoup moins dangereux que des substances légales comme l’alcool et le tabac, que ce soit au point de vue social, de la dépendance physique et psychique, ou encore de la toxicité. De multiples études faites à travers le monde depuis plusieurs décennies abondent dans le même sens mais sont délibérément ignorées par les gouvernements.
Pour la grande majorité des québécoises et québécois, la consommation de cannabis constitue un moyen de combattre le stress, une occasion de relaxer et socialiser avec les amis, et cette consommation se déroule sans problème particulier. Cependant, le cannabis n'est pas innofensif et la prudence est de mise dans certains cas.
Les effets ressentis dans les minutes et les heures suivant la consommation de cannabis sont la bouche sèche et, des perceptions sensorielles accrues, l’accélération du rythme cardiaque, les yeux rouges et les pupilles dilatées. Un grand appétit et la somnolence sont aussi des effets secondaires bien connus. Ces effets peuvent varier selon la variété de marijuana consommée et selon que le consommation soit régulière ou occasionnelle, car une certaine tolérance se fait généralement sentir chez les fumeurs réguliers.
Le cannabis peut être bon pour la santé de milliers de malades chroniques, qui l’utilisent comme analgésique (pour soulager la douleur) quand les médicaments sur ordonnance sont inefficaces ou trop chers.
La fumée de cannabis contient des substances nocives pour les poumons et potentiellement cancérigènes. L'importance portée à ces éléments cancérigènes est démesurée, lorsqu'on connaît les ravages causés par l'automobile en matière de pollution atmosphérique. Beaucoup de politiciens et de parents refusent de voir la réalité en face et préfèrent blâmer le mode de vie des jeunes, plutôt que de modifier leur propres comportements.
Or le respect d'autrui est le principe fondamental de toute loi sensée : le Bloc Pot est donc d'avis qu'advenant la légalisation du cannabis, l'interdiction de consommation dans les lieux publics devra s'appliquer, au même titre que pour la cigarette.
Le Bloc Pot conseille aux personnes aux bronches sensibles et aux utilisateurs thérapeutiques d'ingérer le cannabis par voie orale (biscuits, gâteaux), ou alors d'utiliser un vaporiseur (extracteur-inhalateur) qui a l'avantage de libérer ses principes actifs sans aucune combustion ni résidu.
Par ailleurs, un risque sanitaire supplémentaire existe du fait que le commerce du cannabis et de ses dérivés se fait dans un marché noir non réglementé. Le hashisch, par exemple, est un produit importé par des organisations criminelles qui ne se gênent pas pour modifier la substance originale en y ajoutant de la paraffine, du henné ou des huiles de provenance douteuse au détriment de la santé du consommateur. Il n’existe malheureusement aucun mécanisme légal permettant d’en contrôler la qualité. Ce risque sanitaire est directement lié à la prohibition, et non au cannabis lui-même. Malheureusement, les beaux dépliants de prévention fournis par la police omettent toujours de mentionner ce fait.
Pour diminuer le risques d'ingérer des substances indésirables, le Bloc Pot recommande de rechercher du cannabis ou du haschisch de culture biologique, produit localement par des sources connues.
Le cannabis est une substance psychoactive qui, d’une manière générale, tend à amplifier un état d’âme préexistant. Des sources médicales font état de troubles d’anxiété, d’apathie, de confusion, de dépression, d’insomnie, de psychose lorsque celui-ci est consommé de façon exagérée. Une personne déjà déprimée, présentant des troubles de personnalité ou une maladie mentale comme la schizophrénie ne trouvera donc aucun bénéfice à en consommer; elle risque au contraire de s'en trouver plus déprimée ou plus confuse.
Beaucoup d'expériences désagréables et dangereuses (bad trips, vomissements, accidents de la route, etc.) sont dûs à un mélange imprudent de plusieurs substances différentes, qu'elles soient légales ou illégales. Le tabac et l'alcool sont des substances légales mais extrêmement nocives à plusieurs point de vue, et qui sont souvent consommées en même temps que le cannnabis. En fait, aucune mort n’a jamais pu être directement attribuée au cannabis, alors que le tabac et l'alcool fauchent des vies à chaque semaine. Lorsque des substances sont ainsi mélangées, il devient très difficile de déterminer exactement quels sont les effets causés par l'une ou l'autre en particulier.
En fin de compte, que le cannabis soit consommé seul ou avec d'autres substances, le Bloc Pot recommande la prudence et la modération en toutes circonstances!
De nombreux policiers et parents craignent qu’un simple fumeur de cannabis se tourne ensuite vers des drogues plus fortes comme l'héroïne, le PCP, l'extasy ou la cocaïne. Cette théorie dite «de l'escalade» fait partie de la propagande anti-marijuana depuis les années 1920 et n'a absolument aucun fondement scientifique.
Il n’existe aucun lien de cause à effet entre fumer du pot et devenir dépendant d'une substance. Le problème réside plutôt dans les contacts sociaux qu’une personne jeune et influençable pourra développer au sein de milieux criminels (gangs de rue, etc.) qui le pousseront ensuite vers un comportement à risque.
De plus, le contexte de toute action est fondamental. Fumer un joint pour oublier un problème n’est pas une bonne idée, non plus que de noyer son chagrin dans l’alcool ou d’aller traîner au casino. Consommer parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, consommer avant les cours ou le travail sont des comportements aux conséquences beaucoup plus dommageables que de fumer un joint le week end en contexte récréatif.
Si vous croyez que votre consommation de drogue et alcool sert à masquer un problème plus fondamental, n'hésitez pas à demander de l'aide psychologique.
Certains prétendent que puisque pot des années 2000 est « beaucoup plus fort» que celui de l’époque du flower power, il est beaucoup plus dangereux et présente des risques d’accoutumance plus élevés. Cela reviendrait à dire que la vodka entraîne plus de risque de devenir alcoolique que la bière, parce qu’elle est plus forte! En fait, une substance plus forte n’est pas nécessairement plus dangereuse, elle doit être consommée avec plus de modération. Voilà la nuance.
Il est vrai que depuis quelques années, certains croisements ont été effectués afin d'obtenir des variétés de cannabis plus puissant. Mais aucune étude sérieuse n'a encore pris la mesure exacte de ce phénomène, car aucun chercheur n'a pris la peine de se procurer systématiquement tout ce qui se vend sur le marché noir! Par conséquent, la marijuana « qui équivaut à une drogue dure » est en grande partie une rumeur non vérifiée, propagée par les milieux policiers et certains juges de la vieille école, et relayées par des journalistes en quête de scoops. (Voir à cet effet http://www.blocpot.qc.ca/node/241)
Le Bloc Pot est d'avis que le régime de prohibition est la cause principale de l'augmentation de la teneur en THC de certaines variétés de cannabis (si celle-ci s'avère prouvée). La nécessité de dissimuler la substance illégale n'est pas étrangère à ce phénomène. Qui, de nos jours, voudrait prendre le risque de se promener avec un gros sac de feuilles de chanvre ayant peu d'effet?
En fait, si le cannabis est trop puissant, ce qui peut arriver de plus désagréable est d’être trop gelé, complètement assommé. Ce mauvais quart d’heure, que beaucoup de fumeurs ont déjà connu, pourrait être évité s’il existait une forme d’étiquetage réglementé; bref, s’il était possible de savoir ce qu’on achète afin de mieux doser notre consommation. Le taux de THC exact de la variété de cannabis choisie devrait idéalement faire partie des exigences minimales d'étiquetage.
Enfin, n'oublions pas qu'un cannabis plus puissant peut être moins dommageable pour les poumons, puisqu'il est possible d'obtenir le même effet en inhalant beaucoup moins de fumée. Cela est particulièrement important pour les patients ayant besoin de consommer la marijuana à des fins thérapeutiques.