Histoire - Manifeste du collectif ÉDAM en appui au Club Compassion de Montréal

Forums: 

L'État impose le silence, les lois sanctionnent l'ignorance, la police punit la souffrance.

Heureusement à Montréal, à Toronto et à Vancouver il y a des gens qui vont contre les lois
pour aider ceux qui souffrent, ce sont les clubs Compassion.

Quand mon visage s'est écrasé contre le tapis sale et humide du Club Compassion,
je voyais les ombres noires (et bleues) crier, courir partout
et envahir notre havre de désobéissance civile.
Témoignage d'Alexandre Néron

Article long !;O)

Rappelons que ce sont les Club Compassion
qui ont dû passer par la Cour supérieure du Canada
pour obliger le gouvernement conservateur de Harper
à fournir du cannabis aux canadiens souffrant et mourant.

Ce gouvernement aux peines minimales refusait de fournir du cannabis
aux enfants à épilepsie sévère réfractaire aux médicaments
à l’acharnement pharmaceutique avec des médicaments prouvés inefficaces
et prescrit$ à pocheté et répétition pendant des années, jusqu’à leur mort, prématurée.

Jusqu'à 20 médicaments par jour dont plusieurs pour soulager les effets secondaires
des autres et à sevrage pénible douloureux.
Car il faut désintoxiquer sevrer les enfants de ces médoc dangereux addictifs et mortels
avant de les faire payer pour la thérapie efficace au cannabis mais non remboursé !

De la répression à la compassion
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion

Manifeste du collectif ÉDAM en appui au Club Compassion de Montréal
Du Collectif ÉDAM, 4e trimestre 2000

L'État impose le silence, les lois sanctionnent l'ignorance, la police punit la souffrance. Pourtant, les membres du Club Compassion de Montréal (CCM) s'entêtent, persistent et signent ce manifeste, véritable cri du coeur destiné à faire réfléchir toutes celles et ceux pour qui le mot «liberté» a encore un sens. Le collectif ÉDAM, dans ses efforts pour diffuser la pensée anarchiste à travers l'écrit et la réflexion critique, appuie la démarche proposée par le CCM: se réapproprier notre vie quotidienne en refusant l'emprise des institutions bureaucratiques et autoritaires sur notre devenir collectif. Nous partageons avec le CCM les principes d'entraide et de solidarité, tous deux essentiels à la transformation de notre société, rongée par l'hypocrisie et l'absurdité. Contre l'industrie pharmaceutique et la complicité étatique, nous espérons que ce texte suscitera des débats, provoquera des prises de position et entraînera certaines personnes à ce tourner vers l'action...

Préface
Par Louise-Caroline Bergeron et Caroline Doyer
Activistes et co-Fondatrices du Club Compassion de Montréal
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/preface

Malgré l'ubiquité sans cesse croissante de l'information dans nos vies, et malgré la multiplication des moyens de communication, il est difficile voire impossible dans notre société actuelle de débattre en profondeur de quelque question que ce soit dans une arène publique. Si l'on considère que la télévision, la radio et les journaux sont encore les médias les plus populaires et les meilleures tribunes pour rejoindre une large portion de la population, on pourrait croire qu'avec la couverture médiatique dont jouit le Club Compassion de Montréal, depuis son ouverture le 1er octobre 1999, ses dirigeants aient déjà eu maintes fois l'opportunité de faire connaître leur point de vue et la philosophie qui sous-tend cette entreprise. Pourtant, ce n'est pas du tout le cas.

Il est facile de perpétuer des préjugés, mais ô combien difficile, long et frustrant de vouloir les détruire. Vu les contraintes médiatiques habituelles (émettre son idée entre deux messages publicitaires, aller droit au but de son intervention, être articulé et capable de vulgariser des idées ou des enjeux parfois forts complexes en quelques phrases brèves, omniprésence de l'image, concrète ou figurée, pour illustrer, répéter ou remplacer les propos, etc.), le Club Compassion de Montréal n'a jamais pu faire connaître qu'une étroite bande du vaste spectre des idées qui y circulent.

«Manifeste» est peut-être, dans son entendement courant, un terme inadéquat pour décrire ce petit document. Ce terme s'est néanmoins imposé à nous parce que ce document est notre première opportunité de faire connaître publiquement, de manifester, les lignes de pensée de ceux et celles qui ont contribué, de près ou de loin, à mettre sur pied et à diriger le Club Compassion de Montréal (CCM).

Avec le procès, qui commence sous peu, des deux bénévoles arrêtés sur les lieux le 19 février dernier, et dans le cadre d'une campagne électorale fédérale — niveau de juridiction où se joue présentement l'avenir du cannabis — nous croyions le moment idéal pour contribuer à faire réfléchir nos concitoyens sur différents thèmes plus ou moins intimement liés à notre initiative.

Car la question du cannabis thérapeutique a peu à voir avec ceux qui s'en sont le plus mêlés, c'est-à-dire les forces policières. À notre avis, elle a beaucoup à voir par contre avec la définition et la valeur de la santé dans notre civilisation et la gestion sociale que nous faisons de celle-ci; avec les questions du plaisir et de la douleur et de nos attitudes communes face à celles-ci; avec l'établissement du lieu d'équilibre entre prévention et répression, et aux moyens qu'on privilégie pour l'atteindre et le maintenir; avec la question de l'appropriation de la nature, notamment par la demande et l'obtention de brevets sur les plantes et les aliments; avec notre degré de (dés)information sur les enjeux qui touchent notre survie (qualité de l'air, de l'eau, contamination de la croûte terrestre, manipulation de la vie et de la matière en général, pollution à l'échelle globale, etc.); à notre (absence de) réflexion spirituelle (Y a-t-il un aspect divin ou spirituel à la vie? Existe-t-il un patrimoine de l'humanité? Si oui, qui a le droit de le régir?

L'attitude face à la nature diffère-t-elle selon la philosophie ou la religion? Si oui, laquelle adopter au sein d'une société pluraliste? Etc.); avec les valeurs que nous voulons voir représentées par nos gouvernements; avec les questions des droits de la personne, des animaux et peut-être même des plantes! Enfin, pour celles et ceux qui appuient le CCM, la question de l'usage thérapeutique du cannabis n'est qu'un petit élément d'un grand questionnement, invariable d'échelle, qui n'a cessé de croître en urgence et ne cesse d'être reporté depuis l'explosion technologique et industrielle: le questionnement sur la Vie.

Ce manifeste lui-même n'est qu'une partie d'un livre plus complet en préparation pour le printemps 2001. De nombreuses personnes ont contribué à sa réalisation et la liste des auteurs est longue mais nous voulons en nommer les principaux et les remercier de tout coeur: Mélanie Ricard, Benoît Jutras, Sylvain Janneteau et surtout Louis-Frédéric Pagé qui s'est en plus occupé de tout le «touraillage»...

Plusieurs personnes ont été touchées à différents niveaux par les activités du CCM, soit en bénéficiant de nos services, soit en collaborant avec nous. Certaines autres ont vu leur vie changer alors qu'elles subirent, et subissent encore, la surveillance ou l'intimidation policière, ou qu'elles ont carrément été arrêtés pour leur bénévolat. Quelques-unes d'entre elles ont voulu contribuer par un témoignage personnel. Nous nous sommes fait le plaisir et l'honneur de les inclure à la suite du texte principal.

Introduction
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/introduction

Imaginez le scénario: vous êtes atteint d'une maladie grave ou de maux chroniques qui rongent votre vie, votre corps, votre esprit, et ne cessent de le faire, à chaque jour, à chaque heure. Les symptômes reviennent de façon irrégulière, avec l'épuisement, les tensions, les nausées, les douleurs, les insomnies. Demain, ce sera la même chose. La douleur reviendra, un peu plus tôt, un peu plus tard. Pendant le sommeil peut-être. On ne peut pas prévoir.

Imaginez que, depuis quelque temps, vous avez découvert que le cannabis réduisait vos souffrances. L'inhalation du produit en question — un produit naturel faut-il le rappeler, sans aucune transformation — soulage vos crampes, vos nausées, vos spasmes, vous rend l'appétit et le sommeil. Ce produit, vous en faites l'expérience, vous permet de continuer à lutter contre la maladie, vous permet de vivre un peu plus normalement et dans des conditions plus supportables, plus humaines. Car ce produit, contrairement à ceux que vous aviez essayés, ne vous prive pas de vos facultés motrices, psychiques et intellectuelles. Depuis peu, vous le sentez, vous pouvez endormir votre douleur sans endormir votre conscience.

Mais ce produit qui vous apparaît sans équivoque comme un allié est interdit par la loi, Cela, vous le savez. Vous savez, on vous l'a dit bien des fois, que cette chose, cette plante, qui vous redonne le contrôle sur votre vie, peut vous mener en prison. On parle ici d'une justice élaborée par des individus qui s'engagent à obéir à la grande maladie de la Loi dont le symptôme le plus récurrent est une tendance compulsive à n'écouter que ce qui la justifie; à renier ce qui la contredit; à neutraliser ce qui la dépasse, ce qu'elle ne peut pas, ou ne veut pas comprendre.

Imaginez enfin que l'État vienne s'immiscer dans votre douleur en vous disant que c'est bien triste mais que ce n'est pas tout; qu'il y a des enjeux énormes; qu'il comprend le bien que cela vous fait mais qu'on ne peut s'y fier; que l'amélioration de votre état n'est pas scientifique; que la question est délicate parce qu'illégale et qu'en attendant, tout contrôle sur votre douleur vous est interdit mais que tout ça, bien sûr, est pour votre bien.

Imaginez que ces individus, dont la plupart ne sont ni médecins ni chercheurs — ceux-ci se faisant rares parmi nos élus —, qui sont des fonctionnaires aussi immobiles dans leurs bureaux que dans leurs lois, vous annoncent qu'il faut attendre; qu'on ne sait pas très bien encore; que les résultats des dernières études ne sont pas encore sortis; que les procédures administratives sont longues, surtout dans ce dossier vous savez, mais faites-nous confiance, on y travaille, seulement encore un peu de patience.

Mais la patience peut vous tuer.

La lenteur des procédures institutionnelles visant à reconnaître les valeurs thérapeutiques du cannabis ou à considérer sa décriminalisation est inversement proportionnelle à la vitesse de progression du mal dans votre corps. Le temps, vous le sentez, est une donnée qui vous manque. Vous êtes dans l'urgence, mais il vous faut attendre, encore. Parce que l'État n'est pas prêt. Parce qu'il ne sait pas s'il est avantageux pour lui de modifier la loi.

Vous avez beau dire que le cannabis est utilisé depuis des millénaires et que ses vertus médicinales sont bien connues; vous avez beau montrer votre corps qui ne tremble plus ou qui se décrispe après quelques inhalations seulement, rien n'y fait. Bien sûr, pour votre migraine, impossible de vérifier si elle a vraiment disparu ou si vous feignez. ON ne peut pas se baser sur si peu. Prenez de l'aspirine, en attendant. Parce que l'État n'est pas prêt. Vous ne pouvez pas imaginer
tous les éléments qui sont en jeu.

Et puis, c'est la Loi, vous savez !

La plus atroce offense que l'on puisse faire à un homme, c'est de nier qu'il souffre.
— Cesare Pavese :: Le métier de vivre

Puisque, collectivement, nous sommes trop confus pour légiférer sur cette question et décriminaliser, voire légaliserl'usage personnel et la possession de cannabis, f... J, j'estime que, pour le moins, le principe de tolérance s'impose.
— Jacques Languirand :: Le Devoir; février 2000

Nous, parlementaires, avons la responsabilité de prendre une décision avant que le vide juridique dans ce dossier ne force les juges à le faire à notre place. Ces derniers ne sont pas élus et n'ont pas à être contraints de trancher ce débat de société parce que nous hésitons toujours à assumer notre rôle de législateur.
— Bernard Bigras, député de Rosemont-Petite-Patrie :: Une question de compassion

Manifeste du Club Compassion
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/manifeste

Parce que...
— Il existe, à travers le monde et à travers les siècles, une expérience prouvant les valeurs médicinales du cannabis;

— il existe un nombre impressionnant de témoignages provenant de personnes de bonne foi, d'experts professionnels et de nombreux articles de recherches scientifiques qui appuient cette expérience;

— contrairement à bien des drogues légales (tabac, alcool ou produits pharmaceutiques), on ne connaît au cannabis aucune dose mortelle, ni d'effets secondaires pathologiques et nuisibles au bien-être, ni quelconque effet dangereux pour la santé;

— le cannabis ne présente presque aucune contre-indication, allergie ou incompatibilité et en dehors de ces rares cas, on ne connaît aucune maladie grave ni détérioration qui soit imputable à son utilisation, tels que cancers, paralysies, dysfonctionnements d'organes, pertes d'autonomie, comas ou tout autre malaise lié à ses effets secondaires;

— le cannabis représente le plus faible taux de risque de dépendance physique ou psychologique parmi tous les psychotropes couramment prescrits;

— le cannabis constitue une médecine naturelle et sans risque de toxicité, dont la culture est des plus simples pour ceux qui en ont l'expertise et surtout des moins coûteuses, ne nécessitant aucune intervention majeure;

— le cannabis est, encore aujourd'hui et pour un grand nombre de personnes, le produit le plus apte à soulager des centaines de souffrances, maux ou conditions tout en permettant une qualité de vie que d'autres drogues, comme la morphine, altèrent;

— le cannabis est une alternative naturelle, moins dangereuse et plus efficace que les autres options pour nombre de conditions et de personnes, tel qu'il permet, entre autres, de contrer les effets secondaires de la chimiothérapie utilisée dans le traitement du cancer ou de la narcothérapie prescrite aux personnes atteintes du SIDA; de soulager les spasmes et les convulsions des personnes atteintes de la maladie de Parkinson, de l'épilepsie, de la dystrophie ou de la dystonie musculaires; de réduire les nausées, les étourdissements et les votnissements, la diarrhée ou les migraines; de stimuler l'appétit et de faciliter le sommeil ou simplement d'apaiser les tensions et le stress quotidiens, pour qui doit gérer une condition critique ou fatale à court terme; de soulager ces souffrances sans brimer la qualité de vie, la conscience et les capacités physiques, psychiques ou intellectuelles des individus qui comptent sur ces bienfaits;

— il faut sortir cette substance de la torpeur et de l'obscurantisme dans lesquels elle a été plongée malgré un usage médical, alimentaire et industriel très répandu aussi récemment qu'au début du XXe siècle.

Considérant, d'autre part...
— l'inaction des gouvernements à rendre légal et disponible l'usage médicinal du cannabis, la longueur des délais malgré l'urgence de la question et leur refus d'aller de l'avant dans ce dossier malgré l'opinion majoritaire de la population en faveur de cet usage;

— la négligence et l'irresponsabilité dont font preuve les différents intervenants et les institutions qui se renvoient la balle dans ce dossier, niant les recherches, les connaissances et l'expertise déjà acquises et minimisant les témoignages, qualifiés d'anecdotiques, des patients qui en bénéficient;

— l'hypocrisie des instances responsables de tous niveaux qui renvoient les patients de délais en délais — sans tenir compte des souffrances endurées AUJOURD'HUI — et de recherches en recherches, alors que les valeurs médicinales du cannabis ont été prouvées depuis longtemps;

— la vie humaine comme étant plus importante que les questions politiques ou les enjeux électoraux, ceux-ci ne faisant que subordonner l'être humain à des statistiques, des questions de prestige et de rectitude politique qui évacuent la douleur du débat ou cherchent à en tirer profit selon les sondages;

— l'urgence de soulager la douleur d'un nombre important d'individus et considérant leur droit à recouvrer leur autonomie, leur dignité et leur bien-être, au même titre que tous les autres citoyens; que ces personnes n'en peuvent plus d'attendre; que chaque jour de plus en est un de douleur.

Le Club Compassion de Montréal a ouvert ses portes, rue Rachel, sans cacher son mandat ni ses activités, et malgré la Loi sur les drogues et autres substances, de 1996, qui interdit la possession, l'usage et la circulation du cannabis, et ce même à des fins thérapeutiques.

Petite histoire d'un élan du coeur
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/petite-his...

Depuis le 1er octobre 1999, date de son inauguration, le Club Compassion de Montréal (CCM) se donne pour mandat de rendre accessible du cannabis pour usage médicinal à des individus dont les souffrances, maux ou conditions briment leur dignité, leur autonomie ou leur bien-être.

Qu'on ne s'y trompe pas: il serait malhonnête de réduire le Club Compassion de Montréal à un simple point de vente de cannabis, associant ce dernier aux organisations criminelles qui en contrôlent le marché à seule fin d'en tirer des profits. Le contexte de la prohibition ne nous a que trop bien habitués, par le biais d'une désinformation soutenue, à faire de telles associations.

Il importe de bien insister sur la nature communautaire et thérapeutique des activités du CCM. Tout comme les autres clubs ou organismes à même vocation à travers le continent, on y offre plus qu'un accès à la plante: on y traite les patients comme les êtres humains qu'ils sont, dans toute leur individualité, leur personnalité, leur diversité. Comme le confirment des entrevues faites avec les gens s'approvisionnant dans de tels endroits [1], le mouvement Compassion offre plus que du cannabis contre vos douleurs: il vous offre un milieu d'échange social, une écoute, une conversation, un lieu où l'on vous accepte tel que vous êtes, sans s'arrêter aux conditions qui vous y amènent, où l'on souhaite établir un contact humain pour apporter un peu de sollicitude au milieu de votre souffrance .

À l'initiative de ses fondatrices, Caroline Doyer et Louise-Caroline Bergeron, le CCM est un organisme sérieux et réglementé, qui ne fournit du cannabis qu'aux personnes dont les souffrances, les maux ou la condition en nécessitent l'usage comme traitement médical, et qu'à ces personnes seulement, après avoir vérifié l'ordonnance auprès du médecin traitant.

Le Club Compassion de Montréal est un organisme sans but lucratif, indépendant et sans vue partisane, qui oeuvre sur une base de nécessité, de compassion, d'entraide et d'humanisme afin de:

- soulager la douleur et donner le droit à des êtres humains de mener une meilleure existence;

- fournir un cannabis de qualité contrôlée de manière à préserver la santé des patients contre les effets nocifs d'engrais et d'insecticides chimiques;

- créer un lieu sécuritaire, propre et chaleureux pour la distribution du cannabis thérapeutique aux personnes nécessiteuses;

- fournir un encadrement à ces personnes;

- sensibiliser la population à ces souffrances sans but ainsi qu'à l'alternative optimale que peut représenter le cannabis;

- informer la population sur les propriétés de cette plante, sur ses effets, ses risques, ainsi que sur ses enjeux dans notre société;

- participer et encourager des recherches sérieuses et impartiales sur la culture, l'usage, les moyens d'accessibilité et les règles de distribution du cannabis thérapeutique.

Le CCM n'est pas fondé sur des principes qui seraient contre la loi, ni en marge d'elle, mais qui se situent bien au-delà. Son action répond à un impératif humain qui demande que la loi protège les plus vulnérables et non qu'elle mette leur vie en jeu. Bien des intervenants exigent, depuis de nombreuses années, qu'un débat ait lieu sur la question du cannabis médical. Ce débat tarde toujours et aucun changement n'a encore été apporté à la loi, si ce n'est l'exemption à l'article 56, sous autorisation exclusive et discrétionnaire du ministère fédéral de la Santé.

L'exemption, qualifiée d'option «illusoire» par les juges de la Cour d'appel de l'Ontario, donne au gouvernement bonne conscience mais sa portée et la structure du processus pour son obtention sont par trop inadéquates, inefficaces, castratrices et irréalistes. Elle est rarement accordée, rappelons-le, puisqu'elle ne l'est qu'aux personnes en phase terminale de leur maladie ou dont la condition est fatale à court terme. De plus, elle est sujette à révision tous les six mois.

Cette exemption tient plus d'un système de santé à deux vitesses, créant deux classes de patients: ceux auxquels on accorde le privilège de ne pas encourir les peines prévues par la loi, et ceux dont les souffrances ne sont pas jugées suffisamment graves, par le ministère et la GRC, pour être soulagées. Comme s'il n'était pas déjà obscène de prétendre juger la perception qu'a une personne de sa propre douleur, on se permet de ne pas la juger grave! Comme s'il n'était pas déjà immonde de subordonner cette expérience à des intérêts partisans ou économiques, on demande à ceux qui souffrent de patienter jusqu'à ce qu'on satisfasse ces intérêts!

L'exemption constitue une formalité incapable de répondre aux besoins pressants de ceux qui y seraient théoriquement éligibles puisqu'elle implique des délais administratifs beaucoup trop longs, des coûts que les bénéficiaires ne sont pas en mesure d'assumer, des procédures exigeantes, fastidieuses et frustrantes pour les médecins qui doivent remplir des formulaires exorbitants desquels la GRC demandera des comptes.
Rappelons enfin que l'exemption ne règle en rien la question de l'approvisionnement, de la qualité des produits, de l'encadrement et du soutien aux patients.

Les clubs Compassion ont trouvé une alternative concrète à ces problèmes. Ils permettent l'existence de lieux sains et sécuritaires d'approvisionnement en cannabis thérapeutique, offrant un premier niveau de contrôle de la qualité, une accessibilité réaliste au cannabis et une alternative à l'obligation pour les patients de s'approvisionner sur le marché noir, éliminant par le fait même les risqués encourus par la fréquentation de ce milieu, tel que la violence, l'angoisse et l'incapacité d'y transiger, le prix élevé demandé pour ce produit et la mauvaise qualité du cannabis que l'on y trouve.

Malgré l'approbation populaire qui leur est consentie, les clubs Compassion se retrouvent isolés des recherches entreprises, et doivent toujours se battre contre l'intolérance dont leurs patients, les méde-
cins traitants et eux-mêmes sont victimes.

Le CCM est actuellement la seule clinique d'approvisionnement en cannabis thérapeutique existant au Québec, le seul lieu autoréglementé capable de répondre aux réels besoins des personnes souffrantes qui nécessitent cette substance. Le CCM agit malgré l'autorité de la loi, parce qu'on croit toujours qu'il est urgent qu'une action soit posée, car les belles paroles et les belles promesses n'ont aucune valeur sans action concrète.

Pendant que les gouvernements se renvoient la balle, le fédéral jugeant que le dossier est de juridiction provinciale puisqu'il s'agit de santé, et le provincial argumentant qu'il ne peut agir puisque le cannabis est contrôlé par la loi fédérale, le CCM a posé un geste concret.

Depuis son ouverture, le Club Compassion de Montréal fait l'objet d'une surveillance aiguë de la part de la police, au même titre qu'une organisation criminelle, ce que le CCM n'est pas. Le 10 février 2000, les policiers procédaient à une perquisition au local du CCM, saisissant les dossiers, les documents d'opération et le cannabis réservé aux patients, interrompant les activités du Club et privant, par la même occasion, les clients du seul lieu d'approvisionnement sécuritaire et contrôlé de cannabis au Québec. Les deux bénévoles sur place, Marc-Boris St-Maurice et Alexandre Néron, furent arrêtés et accusés de possession et de trafic de «stupéfiants». Pour avoir donné de leur temps et voulu venir en aide à des personnes souffrantes, ces deux bénévoles risquent cinq ans moins un jour de prison. Deux bénévoles qui traîneront, si leur procès ne leur donne pas raison et si la loi est appliquée aveuglément, un dossier criminel pour la seule offense d'avoir contribué à une alternative thérapeutique reconnue scientifiquement et approuvée par la société civile.

Devant cette opération, le CCM ne peut que se questionner sur les véritables motivations de ceux que l'on paie pour nous protéger. Il semble peu probable que les lois, telles qu'elles sont, servent et protègent la population.

Aucune plainte n'a jamais été déposée contre le Club Compassion de Montréal, par un citoyen ou un autre. Les activités du CCM n'ont en aucun cas perturbé la vie du quartier en augmentant le taux de criminalité ou de violence, ou en mettant en danger la sécurité des citoyens. Les forces de l'ordre ont agit de leur propre initiative, usant de leur pouvoir discrétionnaire, nuisant au Club plutôt que de lui venir en aide, par un moyen ou par un autre.

Au lieu d'y voir un moindre mal, comme c'est le cas à Vancouver, ou à tout le moins de ne pas lui nuire, la police a commencé ce qui fut perçu comme du harcèlement, allant jusqu'à envoyer une
lettre aux patients du CCM et à leurs médecins, qui eut l'effet d'une profonde intimidation sur ces derniers, mettant l'accent sur les pires éventualités, sans tenir compte de l'impact que celles-ci auraient dans le vécu des individus impliqués.

Ce harcèlement, cette intimidation est non seulement inutile, elle est aussi inadmissible et injustifiable. La souffrance des personnes qui vivent chaque jour dans un stress et une angoisse constante, dont les systèmes physique, moral et psychologique sont affaiblis par la maladie, la douleur, l'inconfort, la peur de subir de nouvelles crises, de nouvelles interventions, à ceux-là déjà malades, épuisés, parfois démunis mais souvent isolés, on ajoute la peur de se voir emprisonné, perquisitionné, bousculé.

Pour ceux-là, la vie est en soi difficile et angoissante, est-il besoin d'en ajouter?

De même, l'intimidation faite aux médecins ayant prescrit du cannabis ne démontre en aucun cas la volonté de servir la population. Au contraire, elle ne fait que mettre de l'huile sur le feu. Au lieu de s'attaquer aux problèmes urgents et sérieux qui mettent en jeu la sécurité publique, les instances en lesquelles nous mettons notre confiance n'auront fait que gaspiller l'argent des contribuables en s'en prenant aux plus faibles d'entre nous, ceux dont la force de se défendre manque parfois terriblement.

Il est inacceptable que ces patients soient traités comme des criminels, car en aucun cas ces personnes représentent-elles une menace pour la société.

En aucune manière le CCM, ses bénévoles et ceux qui supportent leurs démarches peuvent-ils être assimilés à des actes criminels.

Alors que les effets thérapeutiques du cannabis ont été démontrés à maintes occasions, les médecins qui le prescrivent continuent d'être menacés par leurs collègues, alors que la loi les autorise à prescrire autant le cannabis que la morphine, la méthadone ou toute autre substance qu'ils jugent nécessaire au soulagement des souffrances de leurs patients, et tel que le ministre de la Santé, Alan Rock l'a dit lui-même: «Si un produit ne présente pas de risques majeurs pour la sécurité et possède la valeur médicale tel que prétendue par le procureur, ce produit est approuvé. » (23 novembre 1997)

On est aujourd'hui en droit de se demander dans quel intérêt travaillent les professionnels de la médecine. En maintenant une position fermée à l'égard des autres options thérapeutiques, ils privent la majorité des gens qui ne peuvent se les payer de toute alternative de traitement. Le choix éclairé d'un traitement est pourtant entendu comme faisant partie du droit de tout individu à la santé et à la sécurité de sa personne, et de tout choix concernant celles-ci.

La loi est un mécanisme rigide, un monstre bureaucratique qui ne peut admettre d'écart, de sens critique ou de réflexion. La loi admet peu la tolérance et n'implique pas la compréhension de ses fondements, ni l'obligation de la réviser à intervalles décents; la loi, c'est la loi. Sa nature est fixe et rigide, elle n'est pas en mesure de s'adapter aux changements sociaux qui s'opèrent rapidement et malgré elle, de répondre aux besoins émergeants, aux réalités nouvelles qui se forment et nous transforment. Or l'évolution imprévisible à longue échéance de la société demande, un jour ou l'autre, qu'on la contemple, qu'on prenne un recule pour l'appréhender et pour l'intégrer à notre réalité individuelle. Le processus de révision nous permet d'extraire du flot incessant d'information les enseignements nécessaires pour adapter notre attitude et notre environnement à nos nouveaux besoins.

La loi est un ordre qu'on impose au désordre de nos existences et qui malheureusement ne se conforme pas tout à fait à ses contours. Au lieu d'admettre qu'elle ne peut ni tout prévoir ni tout contrôler et de chercher les moyens de réduire les méfaits de l'imprévisible et de l'incontrôlable, la loi, mais avant tout ceux qui la rédigent, préfère ignorer, dénier, faire l'autruche et passer le dossier au département suivant.

Depuis 1996, la Loi réglementant certaines drogues et autres substances interdit la possession de cannabis sans tenir compte de ses valeurs médicales, et par conséquent, de sa nécessité thérapeutique pour une multitude de personnes malades ou souffrantes. Cette loi occulte une pratique et une connaissance médicinales qui ont permis à travers le monde, depuis des millénaires, de soulager plus d'une centaine de maux ou de conditions.

Il importe de se demander pourquoi, malgré une utilisation médicale du cannabis encore courante au début du siècle, une telle loi existe. Lorsqu'on légifère pour limiter les libertés individuelles, il faut avoir une très bonne raison. Les bénéfices sociaux de cette infraction à la liberté doivent dépasser les coûts qu'elle engendre au niveau individuel. L'établissement d'une telle loi ne peut pas être prit à la légère. Alors qu'elle semble dire que le cannabis est nuisible pour la santé ou la sécurité publique ou individuelle, on retrouve de plus en plus les traces de l'utilisation thérapeutique du cannabis dans le passé.

[1] Feldman, H. W. & Mandel, J. (1998). Providing Medical Marijuana: The importance of Cannabis Clubs, Journal of Psychoactive Drugs, 30 (2), April — Jonc, pp. 179-186.

Aperçu historique de l'usage thérapeutique du cannabis
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/apercu-his...

Dans la Chine ancienne, le cannabis n'était pas seulement utilisé comme nourriture ou comme papier, pour ses fibres ou son huile, mais aussi bien comme plante médicinale, tel qu'en fait mention l'Empereur de Chine Sheng Nung (2700 av. J.-C.). Au Xe siècle après Jésus-Christ, le Cheng-lei-pen-ts'ao fait état de l'utilisation du cannabis afin de freiner les épidémies, d'éclaircir le sang, de faire baisser la température, de soulager la diarrhée et de calmer les rhumatismes. Il sera plus tard utilisé comme antibiotique et pour réduire la nausée, pour stimuler l'appétit ou favoriser le sommeil. Dès 1578, il sert contre les hémorragies, la lèpre et la dysenterie.

En Inde, le Athava Veda (1400 av. J.-C.) mentionne le cannabis parmi ses cinq plantes sacrées. Il est en outre associé à la magie, à la religion et à la médecine, où il fait partie des coutumes sociales. Sushruta, le plus célèbre des médecins de l'Inde ancienne, utilise le cannabis pour, entre autre, assécher les muqueuses, libérer la congestion, calmer la fièvre et régulariser les humeurs. De même, on s'en sert comme soporifique, comme excitant, comme analgésique, ou encore pour aider à la digestion, stimuler l'appétit, contrer la lèpre ou donner de l'énergie vitale.

En 1893 et 1894, The Indian Hemp Drugs Commission reconnaît les valeurs médicinales du cannabis pour soulager les migraines, les crampes et les spasmes, les convulsions et l'hystérie, le tétanos, la dysenterie, la lèpre et la fièvre, la gonorrhée, l'asthme, la bronchite, la tuberculose, les flatulences, le diabète, le delirium tremens et l'impotence. De même, la commission fait mention de son usage comme analgésique pour des opérations mineures et des douleurs chroniques, comme désinfectant, comme somnifère et pour calmer les tensions nerveuses. La conclusion de la commission termine de la manière
suivante:

It is intcresting to note that while the [hemp] drugs appear now to be frequently used for precisely the saine purposes and in the saure manner as was recommended centuries ago, many uses of these drugs by native doctors are in accord with their application in modern European therapeutics. Cannabis indica must be looked upon as one of the most important drugs of Indian materia medica.[1]

On retrouve des traces du cannabis en Judée où il aurait été utilisé, mélangé à du miel, pour faciliter les accouchements, au Moyen-Orient comme bandage ou pour contrer la dépression et l'impotence. Au Moyen Àge, lorsqu'on voulu y interdire le hachisch en vertu du Coran, on fit une exemption pour son usage médical. On aurait soigné les otites dans la Grèce et la Rome antiques en mettant le jus des graines de cannabis dans l'oreille des malades. Les Africains l'auraient fumé depuis des siècles, notamment contre les morsures de serpents ou pour aider la mère durant l'accouchement, contre la malaria, la fièvre, l'asthme et la dysenterie.

Il semble que seule l'Europe fasse défaut. D'abord utilisé par l'armée pour les voiles et les cordages de bateau, il faut attendre 1640 avant d'y retrouver quelques traitements. En 1839, le docteur William B. O'Shaughnessy l'introduit en médecine pour ses propriétés analgésiques et sédatives et pour soulager les rhumatismes et les convulsions.

On dénombre environ une centaine d'articles, entre 1840 et 1900, relevant les propriétés médicales du cannabis. On parle de ses capacités analgésique, hypnotique, stimulante pour l'appétit, antibiotique, relaxante, tranquillisante et anti-dépressive. On parle de sa capacité de combattre l'épilepsie et les convulsions, la migraine et l'asthme, pour stimuler les contractions utérines pendant l'accouchement, comme anesthésiant et, aussi, pour le sevrage de la dépendance à l'alcool ou aux opiacés. En 1890, le médecin de la Reine Victoria, Sir J. Russell Reynolds, dira du cannabis, après trente ans de pratique et d'expérience clinique, qu'il est une précieuse médecine pour laquelle «I have never met with any toxic effects».[2]

Aux États-Unis, la première conférence sur le cannabis thérapeutique a lieu en 1860 (Ohio State Medical Society). En 1868, The Civil War Edition of the US Dispensatory y va de recommandations positives pour plusieurs traitements. Trente ans plus tard, Dixion fait des recherches sur la concentration de THC par inhalation. Il arrive à la conclusion que la concentration de THC est supérieure dans le sang, et que son effet se produit plus rapidement, lorsqu'elle est obtenue par inhalation que par ingestion. Aussi, les patients se traitent plus efficacement car ce mode d'absorption permettant le contrôle immédiat du dosage par le patient.

L'usage thérapeutique du cannabis décline vers les années 1930, avec la campagne policière contre le cannabis et à mesure qu'il est remplacé par des drogues synthétiques. Le Marihuana Tax Act est établit en 1937, malgré tous les avis médicaux, puis le cannabis disparaît complètement de la pharmacopée en 1941. En 1969, la Cour Suprême des États-Unis juge, dans l'affaire du docteur Timothy Leary, que le Marihuana Tax Act contrevient à la loi du Texas sur la possession de cannabis. L'année suivante, Richard Nixon refait la loi. The Controlled Substances Act de 1970 place le cannabis au tableau 1 dans l'échelle des drogues, ce qui implique que la substance possède un haut risque d'abus chez les utilisateurs et aucun potentiel médical. Il est à noter cependant que ce classement fut le fruit du département de la justice et du bureau des narcotiques et qu'aucun expert médical n'y prit part.

Quelque temps après, on découvrit que le cannabis réduisait la pression intraoculaire et qu'il pouvait être utilisé dans le traitement du glaucome. L'affaire se rendit devant la cour en 1976, après que Robert Randall fut arrêté pour avoir fumé du cannabis afin de freiner le développement de la maladie qui le rendait peu à peu aveugle. Le gouvernement fédéral en fit donc le premier fumeur légal aux États-Unis depuis 1937. On découvrit également que le cannabis aide les patients qui suivent une chimiothérapie en contrôlant les nausées et les vomissements et en leur rendant l'appétit.

Il paraît évident, tant par l'usage passé que par les découvertes récentes, que le cannabis possède un fort potentiel thérapeutique, que le ministère fédéral de la Santé reconnaît volontiers puisqu'il accorde une exemption à l'article 56, permettant ainsi I'usage du cannabis à des fins médicales. Cette mesure même est une reconnaissance implicite des valeurs médicales du cannabis. Reconnaissance qui disparaît aussitôt qu'il est question de modifier la loi.

Dans le domaine du cannabis thérapeutique, le Canada accuse un énorme retard. Non seulement est-il en retard sur la société civile qui, dans un sondage de la firme Angus Reid, s'est prononcée à 92% en faveur de son usage, mais aussi sur d'autres nations.

La British Medical Association a déjà réclamé des forces policières et des tribunaux une plus grande tolérance envers l'utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, affirmant qu'il existe suffisamment de preuves en ce qui concerne les valeurs médicales du cannabis. Aux États-Unis, 28 états ont déjà voté des lois concernant l'usage thérapeutique du cannabis. Aux élections de 1998, lors de référendums dans six états, le vote populaire optait pour son utilisation.

Au Canada, le gouvernement fédéral observe la question, mais de loin, en retrait, proposant de nouvelles recherches dont on reporte l'échéancier, dont on sait peu les détails et le sérieux. Quant aux patients et aux médecins, ils attendent toujours. Et certains malades chroniques sont toujours passibles d'une peine de six mois de prison et de 1000 $ d'amende, cela pour avoir utilisé un médicament recommandé par leur médecin.

Pourtant, la loi canadienne autorise depuis quelques années la prescription de comprimés de Marinol. Ce médicament est une copie du delta-9-THC, un seul des quelques 60 composés actifs contenus dans la plante cannabis et celui qui cause le plus d'effets sur la conscience. Curieusement, le Marinol fut placé au tableau 2 des substances contrôlées alors que la plante demeurait au tableau 1, soit sous un contrôle plus restrictif.

Il apparaît clair que le gouvernement et les milieux médical et pharmaceutique reconnaissent la valeur thérapeutique de ce composant. Mais seulement lorsqu'il est extrait, dénaturé, copié synthétiquement, isolé, mesuré et vendu. Et ce comprimé n'est pas aussi efficace pour tous et dans tous les cas. Pour plusieurs, le cannabis fumé demeure le médicament idéal. L'inhalation, telle que l'avait étudié Dixion en 1899, et tel que le dit aujourd'hui le New England Journal of Medicine (30 janvier 1997) a un effet qui peut être ressenti de 30 à 60 secondes après l'absorption par voies pulmonaires.

L'effet quasi immédiat de l'inhalation permet aussi l'autotitrage, c'est-à-dire que le patient contrôle la quantité qui lui est nécessaire
pour se soulager; ce dernier redevient ainsi responsable de sa propre santé, plus à l'écoute de l'état de son corps. Cela permet, entre autres, d'ajuster la dose requise selon l'évolution de la maladie et de ses symptômes, même sur une période aussi c rte qu'une journée.

Alors que le cannabis demeure une plante facile à cultiver, moyennant une certaine expertise mais sans coûts importants, sans transformation majeure, le Marinol est un dérivé de synthèse, élaboré dans les laboratoires ultra sophistiqués et ultra profitables de l'industrie pharmaceutique. Contrairement au cannabis à l'état naturel, le Marinol ne contient qu'ùn seul des nombreux cannabinoïdes: le THC, celui qui, justement, cause les principaux effets psychotropes.

Ainsi isolé, le THC fait plus puissamment sentir ses effets que lorsqu'il est atténué par l'effet des autres cannabinoïdes, dont notamment le CBD, qui ont eux aussi des effets thérapeutiques remarquables et dont les propriétés médicinales sont différentes et complémentaires à celles du THC. C'est sans parler des effets bénéfiques dont on ne peut précisément identifier la cause parmi toutes les interactions possibles des cannabinoïdes entre eux.

Le Marinol étant un comprimé, il convient moins aux patients atteints du SIDA, par exemple, qui doivent déjà ingérer un impressionnant cocktail de médicaments. Leur voie digestive est congestionnée, les nausées sont fréquentes et les vomissements les obligent de plus à reprendre les doses qui ont été rejetées. Autre important problème: l'effet d'un comprimé de Marinol n'est ressenti qu'environ une heure après son ingestion.

Ce qu'il y a lieu de se demander c'est la raison qui, encore aujourd'hui, rend cette plante illégale et menaçante. Car c'est bien de la plante elle-même dont on a peur, de sa figure culturelle, et non de sa composition et de ses effets. Pourquoi, alors qu'elle était autant utilisée pour ses valeurs thérapeutiques par nos médecins occidentaux, cette plante est-elle devenue du jour au lendemain un danger pour la santé et la sécurité publique?

[1] Cité par Kaplan, 1969. Tiré, comme toutes les informations relatives à l'usage passé du cannabis, de: Aldrich, M., History of Therapeutic Cannabis, in Cannabis in meclical practice, Mary Lynn Editor, p. 38.
[2] Ibid. p. 45.

L'économie de la douleur
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/economie-d...

Le cannabis s'est vu injustement qualifier de dangereux. Plus que jamais, nous pensons que la prohibition qui touche cette plante ne vient pas des dangers potentiels qui lui seraient imputables, mais qu'elle est motivée par des intérêts particuliers qui, encore une fois, reportent l'être humain à un niveau de considération secondaire. Mais nous _ne es pas dupes. Les campagnes prohibitionnistes ne visent en aucun cas la santé, le bien-être et la sécurité des citoyens, mais servent des intérêts mercantiles, financiers et géopolitiques.

La prohibition a pour conséquence de contribuer à l'affaiblissement des pays du tiers-monde, producteurs de cannabis et d'autres drogues fortement en demande dans nos pays opulents. Elle permet d'assurer sur eux une mainmise occidentale, un contrôle économique et politique, d'accroître le monopole et les dividendes des multinationales pharmaceutiques, textiles et pétrolières; trois champs d'activités dans lesquels le cannabis s'est fait honnir. Médicament, fibre textile, nourriture, carburant, papier... Autant d'utilisations du cannabis qu'on ne lui reconnaît plus et que reprirent d'autres industries à mesure que le cannabis se fit généralement interdire.

L'excuse de son usage récréatif ne saurait satisfaire: l'intoxication, et à des substances bien autrement dangereuses et fortement approuvées et promues par l'état, fait partie des moeurs et des rites populaires. On ne saurait priver des gens d'une substance pouvant améliorer considérablement leur existence pour les abus d'une inconséquente minorité, alors que d'autres abus, aux conséquences bien plus graves sur le climat social, n'entraînent pas la substance en cause jusqu'à une si restrictive prohibition.

De plus, l'usage récréatif du cannabis ne remonte, de façon répandue dans la culture nord-américaine, que bien après son interdiction, soit dans les années 1970. Jusqu'en 1937, année du Marihuana Tax Act, le cannabis était partie intégrante de notre économie, de notre santé, de nos travaux, bref de nos usages les plus divers.

On peut affirmer qu'en 70 ans d'histoire, la prohibition aura causé plus de tort et créé plus de problèmes qu'elle n'en aura résolu. Elle est incapable, d'une part, de faire disparaître complètement cette drogue de l'usage populaire, que ce soit thérapeutique ou récréatif, de son commerce par les organisations criminelles, comme elle est incapable de faire disparaître ces organisations, ainsi que la violence qu'elles engendrent et que la prohibition a elle-même créées. D'autre part, malgré cette incapacité, elle représente une dépense exorbitante des fonds publics à la seule fin d'entretenir des brigades policières, du matériel d'armement, d'écoute et de surveillance, des opérations souvent dérisoires, des juges et des tribunaux, des institutions carcérales, etc.; dépenses qui, si elles étaient redirigées, pourraient financer des programmes de santé, d'éducation, de réinsertion, de développement communautaire, de réaménagement urbain, de gestion écologique.

Nous croyons qu'il est plus que temps de revoir cette loi injuste qui s'est forgée malgré tous les avis médicaux de l'époque et qui, encore aujourd'hui, dépossède les êtres humains de leur droit à disposer d'eux-mêmes.

Aujourd'hui, par son action même, le CCM remet en cause cette loi absurde qui prive des centaines, voire des milliers d'individus de leur propre vie. Le CCM contrevient à la loi, il lui désobéit parce que dans cette mesure thérapeutique, il ne lui reconnaît pas sa raison d'être. Ce que le CCM demande, par son geste, c'est que l'on replace l'être humain au centre de la société. Dans un monde où le profit passe avant la compassion, l'entraide et la compréhension de son prochain, où des règles l'interdisent même, le CCM tente de faire une brèche par laquelle déjà, des milliers de voix se font entendre.

Les lois existent afin de protéger et de coordonner la vie des citoyens. Voilà leur vraie raison d'être. Mais quand il apparaît qu'une loi dépossède les êtres humains de leur vie, il est alors du devoir de chaque citoyen de la remettre en cause, de la questionner et de la contester, par la pratique autant que par les tribunes publiques qui lui sont offertes.

Déjà, la Cour d'appel de l'Ontario a rendu, dans l'affaire Terrence Parker (31 juillet 2000), un jugement sans précédent, dans lequel elle rend inconstitutionnelle, telle qu'elle est, la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. On reproche à celle-ci de ne pas tenir compte des usages médicinaux du cannabis et donc de priver certaines personnes de leur seule option thérapeutique valable. De plus, elle oblige les patients à faire un choix impossible: ou bien subir ses souffrances, se contenter des remèdes classiques et peut-être mettre en danger sa vie, ou bien enfreindre la loi, risquer amende et prison mais se soulager encore quelque temps. L'appel a confirmé le jugement de première instance et va jusqu'à obliger le gouvernement fédéral à modifier sa loi dans un délai d'un an, sans quoi la prohibition du cannabis ne tient plus.

Encore une fois, les élus accusent un énorme retard, non seulement sur la société civile mais aussi sur les instances qui ont pour mandat de faire respecter les lois qu'ils ont écrites. Encore une fois, les élus se départissent du devoir qui est le leur de légiférer sur la question et s'en remettent aux tribunaux pour le faire.

La douleur ne se reporte pas. Pas plus qu'elle ne se mesure. Seules les personnes souffrantes sont en mesure de savoir ce qui leur convient, quelles sont leurs préférences ou leurs besoins particuliers. Chaque individu est unique. La souffrance est une valeur subjective qui résistera toujours à la réduction, à la quantification. Le mot lui-même est incapable de rendre compte de la réalité qu'il symbolise. Nul ne peut ressentir la douleur d'un autre. Pour cette raison, nombreux sont ceux qui la prennent à la légère. S'il n'y a pas de spasmes, de cris, d'agonie, si elle n'est pas visible, la douleur est relativisée, dénigrée.

Le patient exagère, il n'a qu'à prendre son mal en patience. Mais qui saurait vraiment dire ce qu'il en est des perceptions de l'autre, de sa pensée. Angoisse, douleur, angoisse de la douleur, nausées, tensions, migraines, isolement, dépression, frustrations, malaises, faiblesses, mal de vivre: la souffrance a mille formes, elle se présente sous mille visages. La douleur ne se soumet pas à la mesure, ni à la traduction en mots, en statistiques ou en promesses.

Parce que ...
- chaque jour de souffrance est un jour qui compte;
- il s'agit de dignité, de bien-être et du droit qu'a l'être humain à garder un contrôle sur sa vie;
- depuis trop longtemps la douleur est évacuée du débat au profit de
considérations légales et politiques, depuis trop longtemps on laisse en plan des individus qui ont besoin d'une action réelle;
- ces personnes ne sauraient obtenir une meilleure qualité de vie de
cette seule encre qui coule dans les bureaux de nos fonctionnaires;
- pour ces patients, seuls les délais et les reports du gouvernement sont des actes criminels;
- elle rend la culture, l'utilisation, la consommation et la mise en circulation du cannabis illégales, la prohibition favorise l'émergence d'organisations qui, aujourd'hui veulent posséder le monopole et le contrôle de cette plante;
- elle crée ainsi un climat de violence, de méfiance, d'insécurité et d'abus autour du cannabis;
- elle favorise ainsi la mise en circulation d'une drogue dont la qualité ne peut être contrôlée et qui s'avère parfois moins efficace, moins saine, voire à certains égards plus dangereuse pour la santé des usagers;
- elle marginalise ses usagers, fussent-ils gravement malades, et leur appose l'étiquette de criminel, parce qu'elle brise la vie de milliers de personnes qui jusqu'alors fonctionnaient normalement et pacifiquement dans le cadre social, par des arrestations, des emprisonnements, des contraintes sur leur vie et leurs déplacements, notamment par une surveillance accrue;
- elle inflige la honte et l'angoisse à des patients qui se voient «criminalisés», parce qu'elle brime le droit de ces patients de garder le contrôle sur leur vie, sur leur douleur et leur bien-être;
- elle remplace le cannabis, une médecine naturelle dont les effets secondaires sont jugés mineurs et sans danger, par des drogues synthétiques plus toxiques et dont les répercussions sur le corps ou la qualité de vie sont beaucoup plus néfastes;
- elle ne considère en aucune façon l'usage thérapeutique qui peut être tiré du cannabis et qu'elle assimile cette plante à toutes les autres drogues, selon les mêmes risques, les mêmes conséquences et les mêmes peines;
- la douleur est présente, sous une forme ou sous une autre, à un degré
ou à un autre, et parce qu'il existe une alternative reconnue, naturelle, efficace et sécuritaire, qui donne au patient la possibilité de gérer lui-même son traitement selon ses besoins et suivant leur évolution;
notre santé et notre vie n'appartiennent qu'à nous-mêmes;
- il est temps que les industries pharmaceutiques cessent la fragmentation et l'appropriation de nos corps, de nos cycles de vie, de nos états de conscience;
- il est temps que chacun puisse reprendre le contrôle de ses états, de sa douleur et des moyens de la soulager;
- il est temps d'assumer la responsabilité de notre santé, de gérer soi- même l'écoute de notre corps, de ses réactions, de ses possibilités et de ses limites;

Le CCM demande, dans l'attente de modifications considérables à la loi qui rendront justice à la polyvalence et aux multiples propriétés de la plante cannabis, un moratoire dans l'application de celle-ci pour ce qui est de l'usage thérapeutique du cannabis.

La souffrance n'est pas un crime. Les gens qui veulent se soigner ne sont pas des criminels et il est grand temps que la législation le reconnaisse. Il n'y a pas lieu d'ajouter des embûches à des existences déjà bien assez difficiles. Qui a déjà souffert connaît le prix de ce qui soulage. Pour preuve, des gens continuent et continueront, malgré la loi et les conséquences qu'elle prévoit, de se procurer du cannabis afin de soulage leurs conditions.

Il est temps de donner libre champ à l'action des clubs Compassion, de leur venir en aide, par une plus grande tolérance, un support concret, une aide à l'encadrement de ses patients.

Aujourd'hui nous demandons que la douleur soit prise en compte, que chaque individu qui souffre soit considéré pleinement, dans toute son humanité et sa dimension holistique plutôt que comme un simple objet médical.

Par nécessité et par compassion pour tous les humains qui souffrent et jusqu'à ce que les recherches gouvernementales soient terminées, nous demandons des gouvernements et des forces de l'ordre une plus grande tolérance, afin de faciliter la tâche du CCM et de permettre à un plus grand nombre de patients d'accéder au médicament qui leur convient.

Nous demandons que soient disponibles les échéances des recherches, leurs méthodologies, leur financement, leurs considérations éthiques et leurs résultats, et que soit diffusée une information non biaisée sur l'usage thérapeutique du cannabis et ce qui l'entoure.

Mais surtout, nous demandons que soit modifiée la loi actuelle qui empêche l'accès au cannabis et qu'elle le soit dans les plus brefs délais, afin d'assurer l'accès au cannabis à tous ceux qui nécessitent cette substance, sans démarche administrative complexe et sans autre obligation que la prescription du cannabis par le professionnel médical traitant.

Nous le demandons, et même, nous l'exigeons parce que
les gouvernements,
le système judiciaire,
les forces de l'ordre,
les média,
la profession médicale,
l'industrie pharmaceutique,
l'entreprise mondiale de réification de la nature et de l'être humain, et chacun de nous lorsque nous nous taisons.

Toutes ces entités contribuent à entretenir une politique de l'autruche, une déresponsabilisation générale et insidieuse qui veut nous faire oublier que notre existence, notre corps et notre pensée nous appartiennent, qu'il est naturel de vouloir les préserver, et que la douleur est bien réelle.

À suivre...

TÉMOIGNAGES

Témoignage de Claude Messier
Le cannabis soulage la dystonie musculaire
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/temoignage...

L'on pourrait dire que la marijuana est une drogue comme la cigarette, le chocolat, le café, ainsi que les centaines de milliers de pilules que l'on vend en un an. L'on pourrait dire également que la marijuana n'est rien d'autre qu'une plante euphorisante et débattre d'une polémique pouvant ne jamais être réglée. Mais la société et les politiciens devraient amener de l'avant non pas la substance qui est en elle-même illicite mais le côté médicinal de la plante qui est encore de nos jours mal connu. Pour que vous compreniez bien jusqu'à quel point la marijuana peut être bénéfique du côté thérapeutique je vais vous raconter une histoire, la mienne.

Depuis toujours, je souffre d'une maladie rare, la dystonie musculaire généralisée. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette condition, elle est douloureuse, insidieuse, c'est-à-dire que je ne peux ni manger, ni me laver seul. De plus, tous mes muscles me font affreusement souffrir. Des crampes musculaires me tétanisent de la tête aux pieds. Tout comme une grenouille morte, sans cesse la douleur se fait vive et me cloue dans ma couche.

Après avoir essayé toutes les substances légales ainsi que plusieurs médecines alternatives comme l'acupuncture, l'homéopathie et la médecine par les plantes, je me suis rendu compte rapidement des bienfaits de la marijuana. Je fume depuis l'âge de 14 ans. En bas âge, j'habitais en Belgique et j'avais énormément de difficulté à communiquer. Lorsque je suis rentré au Québec à 12 ans, j'avais toujours ce même problème d'élocution. Quand j'ai quitté la maison familiale pour aller vivre mon existence avec tous ces aléas, j'ai commencé à fumer de la marijuana. C'est alors que je me suis rendu compte, avec le temps, que mon parler était plus clair et même mes compagnons liabitant dans la même institution que moi me le disaient. Nous étions un groupe de jeunes avec diverses maladies évolutives. Voyez-vous, quand il ne reste que quelques années à vivre, nous profitons de chaque minute qui passe. Ces jeunes-là sont pratiquement tous décédés, il ne reste que cinq d'entre nous sur la quarantaine que j'ai connue et avec qui j'ai vécu. C'est un peu grâce à eux, mes amis, que j'ai développé cette rage de vaincre les éléments contre-nature, me faisant avancer vers un mieux-être.

La marijuana me permettait d'arriver à une élocution plus grande, à communiquer mes émotions et ce que je désirais et des rêves se sont mis à germer dans mon esprit d'adolescent, des rêves qui se sont tous réalisés, sauf un. J'avais la volonté de faire des choses surprenantes. Plus je vieillissais et plus la maladie prenait de l'ampleur. Pourtant, ceci ne m'empêchait pas de vaquer à mes occupations. Je me rendais compte que le cannabis non seulement m'aidait à parler mais il aidait aussi à détendre mes muscles endoloris. Le fil est mince entre une vie décente et une vie horrifique et celui-ci est parfois très subtil mais bien concret. La marijuana est un soutien physique pour moi. Si je ne peux fumer, l'espace de quelques heures je me retrouve aussi tendu qu'une barre de métal.

Lorsque je me suis rendu compte que le cannabis était devenu indispensable à ma vie, j'ai dû faire plusieurs démarches pour arriver à posséder l'exemption 56 fournie par Santé Canada. Évidemment, il y eût beaucoup de réticences au sein de mon institution. Personne ne voulait m'aider à consommer ce nouveau médicament pourtant prescrit par mon neurologue et approuvé par le ministre fédéral de la Santé, M. Alan Rock. Le personnel de la résidence Saint-CharlesBoromée avait beaucoup de difficultés à concevoir que cette plante puisse me soulager. En plus de l'odeur que l'on dit désagréable, il y avait le fait qu'ils craignaient les répercussions sur leur travail puisque la loi les traite comme des criminels s'ils m'aident à fumer.

Ceux et celles ayant en leur possession l'exemption 56 sont assis entre deux chaises.. D'un côté il y a toutes les questions reliées à l'approvisionnement, de l'autre il y a le fait que tout approvisionnement est illégal: très paradoxal. De plus, il y a tout le côté monétaire s'ensuivant. La plupart d'entre ceux qui ont l'exemption 56 sont lourdement handicapés. Nous ne pouvons compter que sur nos propres ressources pour avoir du cannabis de bonne qualité et encore, nous ne pouvons pas toujours payer.

Il est temps que le cannabis médicinal soit accepté et rendu accessible gratuitement ou donné par le gouvernement. Les médicaments des sidéens sont remboursés par l'assurance maladie, pourquoi le mien ne l'est-il pas? Il faudrait que l'on commence vraiment à rembourser ceux et celles qui souffrent dans leur corps et non se laver les mains de leur cas en leur donnant juste un bout de papier. Il faudrait leur donner la chance de vivre en toute quiétude sans avoir à se préoccuper de l'autre mois ou de l'autre semaine. Ils ne devraient pas être constamment inquiets de savoir comment ils vont payer leur cannabis.

Heureusement à Montréal, à Toronto et à Vancouver il y a des gens qui vont contre les lois pour aider ceux qui souffrent, ce sont les clubs Compassion. Peut-être un jour ce vieux rêve datant de mon adolescence deviendra réalité. En attendant je cours vers l'impossible.

Claude Messier (1966-2004)
Écrivain et militant

Témoignage d'Alexandre Néron
Un bénévole du Club Compassion revient sur les circonstances de son arrestation
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/temoignage...

Quand mon visage s'est écrasé contre le tapis sale et humide du Club Compassion, je voyais les ombres noires (et bleues) crier, courir partout et envahir notre havre de désobéissance civile. Écrasé au sol, une ombre s'approcha de moi, en mettant les chaînes autour de mes poignets, capturant ce qui me restait de liberté. «Tu es en état d'arrestation» susurra l'ombre, «tout ce que tu diras pourra être retenu contre toi!» Je tournai la tête, Boris, les deux mains sur la table, l'oeil hagard, le visage déconfit par tant de stupidité, écoutait les porteurs d'armes, coercition oblige...

Ils étaient douze, peut-être plus, les ombres se devant de paraître immenses, pour couvrir la lumière de la Compassion. Au milieu de l'océan répressif, notre désolation n'avait d'égal que notre frustration. J'aurais voulu hurler, exploser pour dilacérer leur barbarie avec ma rage! J'aurais voulu les mettre en fuite par le seul pouvoir de ma fureur! L'hébétement sur leur visage m'aurait suffit... Mais les seuls pas qu'on me permit de faire furent ceux vers ma conversion, leur conversion... Par la prison. De par ces pas jusqu'à l'auto des policiers, mon enchaînement détruisit ma liberté, mes espoirs et mes aspirations sociétaires. Après une fouille en règle, (« on n'a pas le choix, m'a dit le policier, c'est un cas de trafic!» Trafic mon cul, ouais! «Justement» qu'il m'a dit...) force m'était de constater la lenteur du système judiciaire. Mis en cellule, seul, je compris l'isolement pénitencier. J'étais donc entièrement convaincu qu'on me faisait perdre mon temps! Ce temps qui aurait plus bénéficié à nos malades qu'à leur jouissive (et machiste) répression policière. Mes voisins de cellule, du même avis, me rassuraient que je m'en sortirais, que je m'en tirerais avec rien. Ils me paraissaient tous plus sympathiques que les visages policiers.

Pourtant, autour de moi, il n'y avait que des barreaux...

Assis sur la planche de bois, couché puis debout, puis recouché, mon esprit tournait en rond, réfléchissant à mes derniers moments de vie libre. Quels torts avais-je causés à la société pour mériter une arrestation? À qui portais-je atteinte? On venait de foutre mon éducation judéo-chrétienne en l'air! Moi qui croyais que l'entraide et la compassion étaient des valeurs sûres...

Alexandre Néron
Bénévole au Club Compassion

Témoignage de Marc-Boris St-Maurice un des fondateurs
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/temoignage...

Le Club Compassion: une nécessité
L'utilisation du cannabis pour soulager les malaises est désormais un droit constitutionnel. Comment pouvons-nous comprendre l'illégalité d'un Club Compassion qui a comme seul but de permettre aux gens souffrants d'exercer leur droit constitutionnel dans un environnement structuré et soutenu?

Les bienfaits de l'usage du cannabis sont tels qu'il est indispensable pour Montréal, et tous les grands centres au pays, d'avoir un endroit qui offre le choix de se soigner à l'aide de cette plante merveilleuse, et ce, peu importe le statut légal de la chose.

Je n'ai aucun sentiment de culpabilité par rapport à ma participation dans cette affaire. Si j'ai honte de quelque chose, c'est du fait que nos institutions «officielles» résistent encore et échouent en offrant des demi-mesures impraticables.

L'exemption du ministre de la Santé selon l'article 56 est un exemple flagrant qui, heureusement, à été démontré, par un jugement de la Court d'appel de l'Ontario, comme étant arbitraire et inconstitutionnel.

Il revient donc à la population de prendre la cause en main. Vu qu'il n'y a aucune autre option disponible pour les patients, ceci n'est pas du vigilantisine mais plutôt unc activité nécessaire et indispensable.

La loi, les tribunaux et le gouvernement doivent s'adapter à la réalité et non le contraire. Ainsi la police ne sera plus dans la position gênante d'appliquer une loi mal fondée.

Je vous assure qu'il n'y aura pas de relâche tant que cette situation absurde ne sera pas adéquatement résolue.

Marc-Boris St-Maurice
Cour du Québec (chambre criminelle)
No: 500-01-001826-004

Témoignage de Sébastien Langlois
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/temoignage...

...Cas no. 1...
Une nouvelle pilule pour traiter vos malaises:
Votre système s'avachit, l'immunité s'affaisse.
Les prescriptions pullulent, Hypocrate en rougirait!
Les virus prennent le pli.. .la pharmaco s'en plait

...Ça parle au diable pis ça dort au gaz...

On maintient illégale Marie-Jeanne l'Apaisante,
Mais ô des OGM, les mérites l'on vante
Et on sert la main sale des bandits des Droits de l'Homme
- Gente politicienne! Tes élus s'piquent un somme!?

Champs lexical
injustice, hypocrisie, mensonge, intérêts, propagande, désinformation
répression, intolérance, intimidation, loi, dénigrement, indifférence, mauvaise foi, incohérence, irresponsabilité, lâcheté
inquiétude, angoisse, stress, peur, victimes, maladies, douleur, souffrance... Mort...

liberté, droit, justice, vérité
compassion, entraide, tolérance, compréhension, humanisme
sécurité, soutien, bénéfice, mieux-être, soulagement, santé et vie.

Sébastien Langlois
Auteur
U.M #1 (selon les rapports de filature...)

Libre opinion d'un médecin sur le cannabis thérapeutique
https://www.blocpot.qc.ca/fr/de-la-repression-a-la-compassion/libre-opin...

Suite à l'opération policière du mois de mars dernier au Club Compassion de Montréal, les médecins qui avaient prescrit du cannabis à leurs patients ont tous reçu des lettres du Service de police de la CUM ainsi que du Collège des médecins. Ces avertissements avaient pour but de rappeler aux médecins que cette plante controversée reste encore interdite par la loi et que ses vertus thérapeutiques n'ont pas été prouvées. Examinons donc ces deux prétentions.

Les aspects légaux
En dépit de tout ce qu'on entend sur le sujet, il est important de remarquer qu'un article de la loi fédérale sur les drogues et substances contrôlées pourrait déjà permettre aux médecins de prescrire une telle substance contrôlée quand cela est nécessaire (section 53 (2)). Cette clause de la loi s'accorde d'ailleurs parfaitement avec le rôle du médecin qui est de traiter son patient en utilisant les meilleurs moyens à sa disposition selon ses connaissances, sa conscience, son jugement et après échange d'informations avec celui-ci.

Évidemment, la prescription médicale pourrait apporter une sorte de reconnaissance de cette alternative thérapeutique, mais une telle reconnaissance ne pourrait-elle pas être perçue par certains comme une forme d'endossement plus large pouvant remettre en question l'interdit qui pèse sur cette substance? Peut-être. Mais après tout, au moment où la notion de réduction des méfaits semble rallier une majorité dans notre société, une telle ouverture permettrait au moins une diminution du stress chez des patients qui l'utilisent (illégalement) et en retirent déjà des bienfaits, sans compter une réduction du coût ainsi que l'apparition d'une production biologique «certifiée». Durant des millénaires, le cannabis a été associé à divers usages chez les humains. Aujourd'hui, n'était l'interdit social dont elle fait l'objet, cette plante devrait, à bon droit côtoyer, sur les étagères des boutiques de produits naturistes, d'autres plantes comme le millepertuis ou le Ginko Biloba.

L'absence de preuves scientifiques
D'après le Collège des médecins, on ne devrait pas prescrire de cannabis parce que son efficacité n'a pas encore été démontrée. En effet, le cannabis n'a fait l'objet que de très peu de ces études cliniques «randomisées» si chères à la communauté médicale. Par contre, son utilisation pour le traitement de différents symptômes est attestée depuis longtemps. L'expérience clinique qui en résulte ne constitue-t-elle pas une autre façon de démontrer son efficacité même si cette méthode differe des habituelles études cliniques scientifiques. Bien sûr! De telles études sont valables et elles pourraient apporter des informations complémentaires utiles. Cependant, il faut savoir que les expériences les plus rigoureuses ne peuvent garantir à coup sûr, pour un individu donné, le soulagement de ses symptômes par un médicament ou l'absence d'effets secondaires de ce médicament. Les seules choses certaines résultant de ces études, ce sont des possibilités statistiques, rien de plus. Autrement dit, lorsque nous utilisons un médicament, nous sommes tous, en quelque sorte, des cobayes — que ce médicament ait fait l'objet d'études scientifiques ou non. On ne sait jamais AVANT, on sait juste APRÈS!

Plusieurs exemples viennent confirmer cet état de fait. Parmi les plus récents, prenons le cas du Relenza, un médicament anti-grippe mis sur le marché en 1999 après avoir reçu l'approbation conditionnelle de Santé Canada et après avoir fait l'objet des habituelles études. Un an plus tard, les médecins recevaient une mise en garde de la compagnie pharmaceutique productrice du Relenza rapportant un effet secondaire «imprévu», à savoir: bronchospasmes pouvant entraîner la mort, même chez des individus sans antécédents de maladies respiratoires. Je pourrais aussi bien mentionner le Mevacor, ce produit qui s'est révélé cancérigène chez la souris est pourtant utilisé pour abaisser le taux de cholestérol. Ou encore le Methotrexate, qui est parfois prescrit dans des cas d'arthrite inflammatoire, avec de bons résultats, semble-t-il. Pourtant, ce produit peut être dangereux et même mortel à l'occasion. Une mort est une mort. Elle ne devient pas plus acceptable parce qu'elle respecte le code de déontologie médicale et qu'elle survient à la suite d'un traitement reconnu par la communauté scientifique.

Le cannabis n'est pas une plante médicinale miracle. Mais il a été démontré qu'elle peut rendre service en soulageant certains symptômes chez des individus et ce, sans effets secondaires importants. Elle mérite notre intérêt et notre respect. Et puisque la ligne de démarcation entre usage thérapeutique et usage récréatif peut sembler ténue et aléatoire, et compte tenu des coûts sociaux qu'entraîne sa prohibition, la décriminalisation du cannabis serait, tout compte fait, préférable à un contrôle médical qui, à l'usage, se révèle excessivement complexe (c'est peu dire!).

Jean Gariépy, médecin.
Membre du conseil d'administration du Club Compassion de Montréal (2000-2002)

Commentaires

Add new comment

Plain text

  • No HTML tags allowed.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Lines and paragraphs break automatically.