Insécurité alimentaire dans Hochelaga-Maisonneuve Québec bloque une aide fédérale pour des aînés vulnérables
Cette somme aurait permis la distribution à domicile de 1000 repas par semaine pour des aînés en situation de vulnérabilité sur une période de 18 mois, en plus de créer un réseau de soutien de bénévoles pour « briser l’isolement » de ces personnes. Mais Chic Resto Pop n’a jamais vu la couleur de cet argent.
Insécurité alimentaire dans Hochelaga-Maisonneuve Québec bloque une aide fédérale pour des aînés vulnérables
PHOTO GETTY IMAGES
L’organisme Chic Resto Pop a appris en mars dernier qu’Ottawa verserait près de 787 000 $ dans le cadre du programme Bien vieillir chez soi. Peu après, il apprenait qu’en vertu d’une loi québécoise, le financement ne lui serait pas versé.
Quelque 200 aînés vulnérables d’Hochelaga-Maisonneuve sont privés d’une aide alimentaire parce que Québec n’a pas autorisé le financement fédéral d’un organisme communautaire.
Publié à 1h13 Mis à jour à 5h00Partager
Quentin Dufranne
La Presse
« Je ne peux pas cacher à la fois une profonde déception et une frustration d’être pris en étau entre deux [ordres] de gouvernement qui, pour une guerre de clocher, impactent directement la vie de 200 aînés dans un des quartiers les plus pauvres du Canada », explique le directeur général de Chic Resto Pop, Marc-André Simard.
Son organisme a appris en mars dernier qu’Ottawa verserait près de 787 000 $ dans le cadre du programme Bien vieillir chez soi, pour lequel il avait déposé une demande en juillet 2022. L’entente devait être signée en juin.
Selon Marc-André Simard, cette somme aurait permis la distribution à domicile de 1000 repas par semaine pour des aînés en situation de vulnérabilité sur une période de 18 mois, en plus de créer un réseau de soutien de bénévoles pour « briser l’isolement » de ces personnes. Mais Chic Resto Pop n’a jamais vu la couleur de cet argent.
PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE
Marc-André Simard, directeur général de Chic Resto Pop
Un courriel d’Emploi et Développement social Canada, reçu le 30 mai dernier, a informé l’organisme qu’à la demande du gouvernement québécois et en vertu de la Loi sur le ministère du Conseil exécutif du Québec (loi M-30), le financement que lui avait accordé Ottawa ne lui serait pas versé.
Recevoir la confirmation d’un financement et se le faire enlever après, c’est l’équivalent d’une douche froide.
Marc-André Simard, directeur général de Chic Resto Pop
Une loi pour contrer l’ingérence fédérale
La loi M-30 prévoit que les organismes publics dont le financement provient pour plus de la moitié de fonds publics québécois doivent d’abord obtenir l’autorisation du gouvernement du Québec avant de pouvoir conclure une entente de financement avec le gouvernement du Canada ou l’un de ses ministères.
« On répond à un besoin de sécurité alimentaire. Ce sont des gens qui sont en situation modérée ou sévère d’insécurité alimentaire, explique le directeur général de Chic Resto Pop. Si on avait eu ce financement-là, il y aurait des gens qui mangeraient mieux aujourd’hui et il y aurait un réseau solidaire pour les soutenir. »
Face à cette situation, Marc-André Simard aurait préféré que le programme fédéral Bien vieillir chez soi inclue tous les projets venant du Québec ou qu’une entente soit conclue entre les deux ordres de gouvernement pour faciliter le financement des projets québécois.
Selon lui, son organisme fait les frais d’une « guerre entre [ordres] de gouvernement ».
L’organisme soutient avoir envoyé une lettre d’intention à la ministre déléguée à la Santé et aux Aînés, Sonia Bélanger, pour que la clause M-30 ne s’applique pas à leur dossier, mais il dit n’avoir reçu aucune réponse du Ministère.
« On est tombés un peu des nues en apprenant que cette loi existait et qu’on y était soumis, mais aussi qu’à cause de tensions entre le fédéral et le provincial, on n’aurait pas le financement, explique Marc-André Simard. [Après ça], l’état des troupes a été affecté. »
« On était déjà en mode de planification »
Chic Resto Pop sert actuellement 1000 repas par jour dans la communauté. De ce nombre, de 400 à 600 repas sont servis à leur restaurant communautaire, 200 repas vont dans les écoles et les autres sont livrés à des personnes en perte d’autonomie. Ce financement aurait ainsi permis d’ajouter 200 repas par jour, soit un accroissement de 20 % de la production de l’organisme.
« Il y a déjà huit chefs professionnels et une dizaine d’aides-cuisiniers dans la cuisine, donc si je dois rajouter 20 % [de production], il faut que je rajoute du personnel, dit Marc-André Simard. Avec tout ça, on était déjà en mode de planification, mais on a dû faire marche arrière. »
Il souligne aussi la centaine d’heures qui a été nécessaire pour remplir cette demande de financement, qui a en plus mobilisé trois employés.
« On passe toutes ces heures-là à planifier ces subventions, c’est très exhaustif […], ça demande aussi des budgets très détaillés avec des subventions à l’appui, explique le directeur général. C’est des heures que j’aurais pu passer à animer d’autres types de partenariats pour la communauté. »
Selon lui, le plus simple serait que le gouvernement québécois utilise la demande de financement telle quelle et règle ensuite la question avec Ottawa.
Québec pourrait « avancer l’argent »
Le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, se dit « très déçu de l’ensemble du dossier ». Selon lui, ce n’est qu’une « question de temps » avant qu’un problème de ce genre soit résolu entre les deux ordres de gouvernement.
Il souligne cependant que Québec pourrait avancer l’argent en attendant, afin que l’organisme puisse mener à bien sa mission.
« Ça ne coûterait pas grand-chose au gouvernement québécois d’avancer l’argent en attendant que l’enveloppe entre le fédéral et le provincial se règle, explique le député solidaire. S’ils veulent aller défendre les responsabilités du Québec, c’est bien qu’ils le fassent, mais il ne faut pas que ça vienne entacher des projets qui viennent aider le vrai monde dans une crise qui nécessite l’aide de tous. »
Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) n’avait pas répondu aux questions de La Presse au moment d’écrire ces lignes.














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