Décriminalisation des drogues: une «réussite» au Portugal
C'est une bonne réforme. Depuis 17 ans, on peut dire qu'elle a été un succès.
Notre focus a été de voir le consommateur non pas comme un criminel mais comme quelqu'un qui avait besoin de soins.
Décriminalisation des drogues: une «réussite» au Portugal
PHOTO CHRIS WATTIE, REUTERS
Portugal's Prime Minister Antonio Costa and Canada's Prime Minister Justin
Trudeau arrive at a news conference on Parliament Hill in Ottawa, Ontario,
Canada, May 3, 2018. REUTERS/Chris Wattie
La décision du Portugal de décriminaliser la possession et la consommation
de petites quantités de drogues, quelles qu'elles soient, s'est avérée «une
réussite», entraînant une chute de la criminalité et une réduction de la
consommation, affirme le premier ministre portugais António Costa, en visite
officielle au Canada.
Mis à jour le 3 mai 2018Partager
JOËL-DENIS BELLAVANCE
LA PRESSE
Alors que certains députés et des militants libéraux pressent le
gouvernement Trudeau de suivre l'exemple du Portugal, où l'on a opté en 2001
d'imposer des sanctions administratives au lieu d'imposer des peines de
prison aux personnes qui sont arrêtées en possession de faibles quantités de
drogues illicites telles que la cocaïne, le premier ministre Costa a affirmé
que les Nations unies ont déjà salué cette réforme qui met l'accent sur les
services de désintoxication.
«C'est une bonne réforme. Depuis 17 ans, on peut dire qu'elle a été un
succès. Notre focus a été de voir le consommateur non pas comme un criminel
mais comme quelqu'un qui avait besoin de soins. Ce qui était plus
important, c'est de mobiliser le système de santé et pas le système pénal»,
a affirmé M. Costa, alors qu'il rencontrait les médias en compagnie de son
hôte, le premier ministre Justin Trudeau.
«Dix-sept ans plus tard, on trouve dans les rapports des Nations unies
l'exemple du Portugal comme un exemple d'une bonne pratique. Chaque pays a
ses propres choix. On a trouvé un chemin qui a permis la réduction de la
consommation et surtout de toute la criminalité associée à la consommation.
Cela est clairement une réussite parce qu'il y a surtout une forte réduction
de dépendance des drogues au Portugal», a ajouté le premier ministre, qui
s'exprimait dans la langue de Molière.
Au dernier congrès du Parti libéral, qui a eu lieu à Halifax il y a deux
semaines, les militants libéraux ont entériné une résolution présentée par
les députés du caucus libéral enjoignant le gouvernement à suivre l'exemple
du Portugal, comme moyen de s'attaquer à la crise des opioïdes qui fait de
plus en plus de ravages dans les provinces de l'Ouest.
Dans sa résolution, le caucus libéral soulignait que le nombre de décès par
surdose a diminué considérablement au Portugal depuis l'adoption de cette
réforme, tandis que le nombre de personnes arrêtées et poursuivies devant
les tribunaux avait diminué de 60% et que le coût social par habitant lié à
la consommation de drogues avait baissé de 18%.
Mais le premier ministre Justin Trudeau a écarté cette idée à l'issue du
congrès libéral, soulignant que le gouvernement est toujours prêt à écouter
les idées des militants, mais que cela ne fait pas partie des priorités du
cabinet.
Devant les journalistes, jeudi, M. Trudeau a réitéré son opposition à une
telle réforme. «Au Canada on est toujours intéressé de faire des politiques
basées sur les données, sur les faits. C'est évidemment intéressant ce qui
se passe à l'international, mais comme j'ai dit pour l'instant ce n'est
aucunement dans les plans du Canada de procéder à la décriminalisation de
toutes les drogues», a-t-il déclaré.
Par ailleurs, M. Trudeau a semblé fermer la porte à l'idée d'accepter un
amendement du Sénat au projet de loi C-45 sur la légalisation de la
consommation de la marijuana, qui donnerait aux provinces le pouvoir de
prohiber la culture de cannabis à domicile, comme le réclame d'ailleurs le
Québec.
Dans sa version actuelle, le projet de loi C-45 présentement à l'étude au
Sénat permet à une personne d'avoir jusqu'à quatre plants de marijuana. Le
gouvernement du Québec s'oppose farouchement à cette idée. Mais tout indique
que les sénateurs vont proposer plusieurs amendements, pavant la voie à un
bras de fer entre le gouvernement Trudeau et le Sénat sur la légalisation du
cannabis.
«On continue de travailler avec les provinces sur leurs responsabilités par
rapport au régime qui sera mis en place. Mais soyons très clairs. Notre
décision de permettre un nombre limité de production à domicile de plantes
de marijuana est basée sur les faits, sur les données, sur les
recommandations d'experts. C'est pour créer un système qui va remplacer les
aspects criminels qui font des profits sur cette vente de marijuana.
L'approche qu'on a préconisée et qu'on met de l'avant dans la loi fédérale
c'est la bonne et c'est celle-ci qu'on va s'attendre à ce que les gens
suivent», a dit le premier ministre.
À Québec, les propos du premier ministre Justin Trudeau ont été mal
accueillis. «Je tiens à dire que la légalisation du cannabis, ce n'était pas
notre choix de gouvernement mais celui de monsieur Trudeau. Maintenant, nous
respectons le fait que c'est sa prérogative et de sa compétence», a réagi la
ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.
«Une fois que cela est dit: monsieur Trudeau devrait respecter nos
compétences à nous et les choix qui en découlent et respecter son propre
Sénat qui a entrepris un travail important sur cette question», a-t-elle
ajouté dans une déclaration écrite transmise par son bureau.
Le projet de loi C-45 est actuellement à l'étape de l'étude en comité au
Sénat, et l'objectif est de tenir le vote final le 7 juin. Justin Trudeau a
maintenu jeudi qu'il gardait le cap sur l'objectif de légaliser la substance
d'ici les prochaines semaines.
- Avec La Presse canadienne














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