EXCLUSIF : La SQDC diffuse des images interdites dans des médias sociaux accessibles aux mineurs

« Puisque notre mandat n’est pas commercial, aucune forme de publicité ou de promotion visant à encourager la consommation ne sera mise de l’avant par nous. » – site Internet de la SQDC

Allez sur le site de DepQuébec pour les photos

15 avril 2021 DepQuébec loi sur le cannabis, msss, sqdc

« Wow, c’est chic dans les succursales de la SQDC ». « Qu’est-ce que les préposés ont l’air gentil ». « On dirait une grande famille ». « T’as vu tous les produits qu’ils vendent? ». « Heille, on voit même les prix! ». « Quel endroit cool! C’est cool fumer! ».

Ces réflexions et propos typiques de jeunes adolescents québécois mineurs se sont sans doute propagés par milliers au fil des ans dans la foulée des efforts subtils menés par la SQDC, depuis sa création, pour parfaire son profil dans les médias sociaux et tirer profit de toutes les occasions offertes afin de mettre en valeur son inventaire de produits alors qu’elle n’en a strictement pas le droit.

Photos illégales d’étalages de cannabis accessibles à tous, même aux enfants, mises en scène inappropriées d’employés jovialistes associant cannabis et style de vie, sondages avec récompenses et prix à gagner, filtrage risible des mineurs sur son site web de même que publications mystérieusement retirées des réseaux sociaux sans explication, telles sont quelques unes des pratiques sinon carrément interdites, du moins fortement laxistes qui sont le propre de la SQDC depuis ses débuts et qui dénotent, de surcroit, un mépris profond des lois qu’elle est censée appliquer mieux que quiconque en tant que société d’État et qui lui procurent un monopole légal outrancier sur le commerce.

Et malgré qu’elle se soit faite avertir à au moins une occasion, rien n’y fait. Mue par une pulsion qu’on sent irrésistible et incontrolable, elle revient constamment à la charge, fois après fois, avec de nouvelles approches subtiles, voires subliminales, afin d’inculquer coûte que coûte dans le cerveau des jeunes et moins jeunes une perception positive et enjouée relativement à la vente de cannabis par l’État.

D’où la question : Y a-t-il un pilote dans l’avion?

Interdit de montrer les étalages… vraiment?
La Loi encadrant le cannabis comprend plusieurs dispositions qui limitent sévèrement la promotion et la publicité reliée à la vente de cannabis par la SQDC. En gros, celle-ci doit s’abstenir de toute promotion directe ou indirecte sauf sur son site internet. Des restrictions qui semblent l’embêter passablement si l’on se fie à son attitude et à son comportement depuis des années.

L’article 40 de la loi stipule en effet que les étalages de cannabis ne peuvent être vus que de l’intérieur du point de vente. L’article 53, pour sa part, interdit toute publicité directe ou indirecte qui est diffusée autrement que par de l’affichage qui ne peut être vu que de l’intérieur d’un point de vente de cannabis.

En clair, la SQDC n’a pas le droit de diffuser sur les réseaux sociaux des photos de ses étalages de cannabis en magasin ou même, de ses produits. Et pourtant, c’est ce qu’elle fait à répétition avec toujours, semble-t-il, de soi-disant bonnes intentions.

Mais il y a plus encore. La loi interdit toute forme de message associant un certain style de vie à la consommation ou à la vente de cannabis ou encore, montrant des visages, des noms, des personnalités ou même des témoignages.

Or, en septembre dernier, DepQuébec mettait la main sur un reportage photographique en lien avec la pandémie paru le 3 avril 2020 sur la page facebook de la SQDC. En remerciement aux clients pour leurs encouragements suite à l’implantation des mesures sanitaires, des employés de succursales y apparaissaient souriants et arborant des pancartes disant « merci ».

Une belle occasion, encore, de poser devant les étalages de cannabis mais aussi, de montrer que les employés sont « cools », « bin fins », « peace » et quoi encore. Bref, pour des gens qui sont en fait des « pushers légaux », cela ressemble dangereusement à du racolage…. auprès des jeunes.

Pas la première, ni la dernière
On serait tenté de passer l’éponge sauf que ce n’est pas la première fois que ça arrive, ni la dernière. De fait, la SQDC semble aimer jouer au chat et à la souris sur cette question, notamment avec DepQuébec.

En effet, dans un article paru il y a deux ans (voir ICI), le Journal de Montréal faisait état de pareilles photos sur facebook montrant des étalages de cannabis, photos aussitôt retirées dès l’appel du média. Tant s’en faut, ce n’était que temporaire puisque divers concepts similaires sont réapparus plus tard, notamment pour promouvoir les offres d’emplois ou encore, souligner une ouverture de magasin. Leur point commun : elle montraient toutes l’intérieur des succursales, avec vue interdite sur les étalages de produit.

De plus, et malgré le fait que DepQuébec soit revenu à la charge cet automne avec une autre série de photos encore retirées, la voici qui récidive ENCORE avec cette fois, un petit montage de photo en vidéo pour rendre hommage à ses employés qui travaille fort durant la pandémie (voir ICI)… avec ENCORE et ENCORE des photos d’étalages. Ils sont obsédés vraiment!

Et c’est sans compter toutes les violations à la loi qu’on voit passer ici et là, comme l’accès sur Google à des photos des étalages pour la plupart des magasins ou encore, la diffusion d’un sondage Angus Reid sur la SQDC qui permet de gagner devinez quoi… mais oui, des récompenses.

On y entre comme dans un moulin
Lors du grand débat sur la réglementation québécoise du cannabis, les partis politiques se sont entendus sur la nécessité de confier la vente à une société d’État vu que celle-ci, n’étant pas à profit, saurait mieux que le secteur privé se retenir à faire du marketing agressif. Avec pour résultat qu’aujourd’hui, on se retrouve avec une forme encore plus pernicieuse de marketing, soit le marketing « hypocrite ».

« Puisque notre mandat n’est pas commercial, aucune forme de publicité ou de promotion visant à encourager la consommation ne sera mise de l’avant par nous. » – site Internet de la SQDC

Certes, la SQDC a le droit de montrer et vendre ses produits sur son site Internet, en autant toutefois, comme le dit la loi, qu’elle « prenne les moyens nécessaires pour en empêcher l’accès aux personnes âgées de moins de 21 ans ».

Or, sachant à quel point la protection des mineurs est une question sensible, on s’attendrait à ce que la SQDC fasse le maximum ou du moins, aille bien au-delà des « moyens nécessaires » exigés, mais non! Elle fait l’inverse, soit d’y aller au minimum, d’opter pour des « moyens des plus ordinaires », à tel point que son filtrage de mineurs sur Internet est une farce grotesque, ne rime à rien et qu’on y entre comme dans un moulin, que vous ayez 7, 10 ou même… 121 ans!

Une loi que l’on applique soi-même? Quel bonheur!
Que la SQDC en soit à faire n’importe quoi, il n’y a pas un dépanneur au Québec que cela va surprendre. Mais vraiment pas.

La raison en est qu’elle ne subit aucune pression réglementaire de personne. Il n’y a pas d’inspection, pas d’avis, pas d’acheteurs mystères. Juste parce qu’elle est une société d’État, on lui donne le bon dieu sans confession. Et voilà le résultat.

Pourtant, il est bien écrit dans la loi sur le cannabis que son application est de la responsabilité du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) qui dispose d’une équipe d’inspecteurs chevronnés et habitués à sillonner la province d’un bout à l’autre en quête de détaillants délinquants. Pourquoi alors ne pas inspecter en même temps la SQDC?

Voici la réponse officielle :

« La SQDC étant une filiale d’une société d’État, elle est responsable de s’assurer que toutes ses activités et opérations sont conformes aux lois et règlements applicables. » — Service des médias du MSSS à DepQuébec

C’est donc bel et bien la SQDC qui applique en entier les lois auxquelles elle est soumise! Non mais imaginez, ils en ont de la pression ces gens-là!

En conclusion, voici notre message à la SQDC : Il serait temps de réaliser que vos employés bin fins, vos étalages design, vos petits produits mignons et toutes vos gugusses n’ont pas leur place dans les médias sociaux officiels et accessibles aux jeunes.

Vos danses yéyé, vos « high five » et vos patentes à gosses, mettez-les sur votre intranet, envoyez-vous des SMS à profusion mais laissez les réseaux sociaux et les jeunes tranquilles.

En tant que « pushers » du gouvernement, votre devoir est d’être terne, plate, absent de l’espace public et invisible. Allez, woosh woosh. Hors de notre vue. Adios. Be-Bye!

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