La Pocatière, terreau fertile pour la recherche sur le cannabis

Jean-Philippe Guilbault (accéder à la page de l'auteur)
Jean-Philippe Guilbault

Publié hier à 7 h 07

Depuis 2018, le centre de recherche Biopterre à La Pocatière collabore avec
des producteurs autorisés de cannabis et des fabricants de produits
horticoles s’intéressant à cette culture pour optimiser et standardiser les
manières de faire dans le marché légalisé.

Souvent, l’objectif qui se cache derrière notre recherche, c’est soit tester
un produit qu’un partenaire industriel veut utiliser avec le cannabis ou
encore d’optimiser des recettes avec un producteur de cannabis, explique le
codirecteur de l’équipe Cultures intelligentes pour Biopterre, Maxime
Bastien.

Depuis l’acquisition d'une des premières licences de recherche auprès de
Santé Canada en mars 2018, le téléphone du centre collégial affilié au Cégep
de La Pocatière et à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) n'a pas
dérougi.

Biopterre est notamment affilié à l'Institut de technologie agroalimentaire
de La Pocatière (archives).

Quand nous avons reçu notre licence, la légalisation avait déjà été
annoncée. Il y avait donc beaucoup de joueurs dans les différents secteurs
en lien avec la production de cannabis qui cherchaient justement à se
positionner, raconte M. Bastien.

On avait beaucoup plus de demandes que ce à quoi on pouvait répondre. On a
dû faire des choix stratégiques.

Maxime Bastien, codirecteur de l’équipe Cultures intelligentes pour
Biopterre

Depuis, plusieurs projets ont mobilisé l’expertise de Biopterre, que ce soit
l’essai de biostimulants sur différentes variétés de cannabis ou l’optimisation
ce qui est appelé des recettes d’éclairage.

Car un seul changement dans le type de lumière (UV, infrarouge, etc.) peut
avoir un impact sur la composition chimique des fleurs de cannabis.

Biopterre teste notamment les effets de l'éclairage avec des lampes au
sodium sur des plants de cannabis.

Un projet exploratoire mené par Biopterre est d’utiliser l’analyse d’images
grâce à l’intelligence artificielle pour déterminer le stade optimal pour la
récolte des fleurs de cannabis.

Il faut savoir que ce stade-là n’est pas nécessairement facile à évaluer,
explique Maxime Bastien. C’est souvent le chef de culture qui va se promener
avec sa loupe et qui va regarder la couleur des trichomes sur la fleur
[...], mais c’est très subjectif.

Par exemple, une fleur située sur le haut du plant, avec beaucoup de
lumière, sera peut-être prête plus rapidement qu’une autre cachée dans les
feuilles.

Petit lexique du cannabis :

Cannabinoïdes : les cannabinoïdes forment un groupe de substances chimiques
qui activent certains récepteurs dans le corps humain. Le plus célèbre des
cannabinoïdes est le tétrahydrocannabinol (THC) qui possède des propriétés
psychoactives recherchées lors de la consommation de cannabis. Le
cannabidiol (CBD) est un autre cannabinoïde. Il existerait plus d'une
centaine de cannabinoïdes.
Trichomes : ce sont de petits cristaux sur le plant de cannabis,
particulièrement sur les fleurs. Ils contiennent les différents
cannabinoïdes dont certains provoquent les effets psychoactifs en plus des
terpènes.
Terpènes : comparables à des huiles essentielles, les terpènes sont derrière
les différents arômes et saveurs des variétés de cannabis.

Une plante capricieuse

Ce travail d’optimisation de la production n’est d’ailleurs pas toujours
évident avec le cannabis, puisque c'est une plante qui demande une certaine
combinaison de facteurs lorsqu’elle est cultivée pour ses propriétés
psychoactives.

Si on donne juste les meilleures conditions à la plante de cannabis, on va
obtenir une profusion de feuillage, mais le rendement en fleurs ne sera pas
nécessairement intéressant, ni la teneur en cannabinoïdes et en terpènes,
explique M. Bastien.

Ce sont surtout les fleurs de cannabis, qui seront éventuellement séchées,
qui sont recherchées par les producteurs (archives).

Souvent, quand on donne à la plante des conditions un petit peu plus
difficiles, si on lui rend la vie un peu plus dure, elle va réagir en
augmentant sa production de métabolismes secondaires, qui incluent les
trichomes, les cannabinoïdes comme le THC et le CBD en plus des différents
terpènes qui donnent les goûts et odeurs caractéristiques de certaines
variétés.

Le jeu dans cette recherche, c’est de rendre la plante assez heureuse pour
qu’elle pousse beaucoup, mais pas assez confortable pour qu’elle ne fasse
que de la production végétative.

Maxime Bastien

Accompagnement de producteurs

Ce qui mobilise aussi l’équipe de Biopterre, c’est l’accompagnement de
futurs producteurs autorisés qui souhaitent standardiser leur manière de
cultiver afin d’obtenir leur licence de la part de Santé Canada.

Dans le cadre de cette licence-là, il faut prouver à l’organisme
réglementaire qu’on respecte nos protocoles. Il faut prouver qu’on a des
protocoles en place, qu’ils sont solides et rigoureux, qu’on les contrôle et
qu’on les suit, explique Maxime Bastien.

Il y a un certain saut à faire de la part de cultivateurs de cannabis qui le
faisaient de manière illégale avant la légalisation et qui veulent devenir
légaux aujourd’hui, ajoute-t-il. On ne peut pas juste se contenter de copier
ce qu’on faisait auparavant sur une échelle industrielle, les enjeux ne sont
pas les mêmes.

À travers tous ces projets et ceux à venir, la licence de Biopterre a été
renouvelée par Santé Canada jusqu’en 2023-2024. Maxime Bastien ne croit pas
que l'engouement pour la recherche sur le cannabis se tarira de sitôt.

Les gens entendent maintenant parler du CBD, mais des cannabinoïdes, il y en
a au-dessus d’une centaine, illustre-t-il. Il y a vraiment beaucoup d’enjeux
liés à ça et il y a de la matière pour encore plusieurs années.

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