Des « bonbons » contenant de la drogue circulent au Québec

L’analyse reçue tout récemment par les policiers a révélé qu’ils contenaient de la cocaïne et de la benzodiazépine, des dépresseurs.

Plusieurs corps policiers du Québec sonnent l’alarme après avoir saisi au
cours des derniers mois des stupéfiants ayant l’apparence de bonbons de
marque PEZ, qui auraient fait deux jeunes victimes dans le Grand Montréal
depuis le début du mois.

Publié le 30 septembre 2020 à 16h03

MICHEL SABA, INITIATIVE DE JOURNALISME LOCAL
LA PRESSE CANADIENNE

La Sûreté du Québec (SQ) a rapporté mercredi avoir saisi des comprimés du
genre auprès d’une adolescente à Roberval, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les
résultats de l’analyse de Santé Canada révèlent qu’ils contenaient de l’étizolam,
une substance qui agit comme un dépresseur du système nerveux central.

Des perquisitions ont également permis de trouver en avril et juin près de
300 faux bonbons similaires à deux adresses différentes à Granby, en
Montérégie, ainsi que lors d’une interception policière sur la route. Dans
ces cas, l’analyse reçue tout récemment par les policiers a révélé qu’ils
contenaient de la cocaïne et de la benzodiazépine, des dépresseurs.

Ces faux bonbons « circulent dans plusieurs régions du Québec depuis un
certain temps », a avancé Éric Langlois, conseiller scientifique à l’Institut
national de santé publique.

« Depuis le début 2020, on a commencé à avoir des indices que des bonbons ne
contenaient pas ce qu’ils devaient contenir », souvent de la benzodiazépine,
une substance qui a un effet dépresseur, et qu’on trouve « de plus en plus
fréquemment » sur le marché, a-t-il déclaré.

Cette situation a poussé le Service de police de la Ville de Granby à
alerter les parents et les enfants qui pourraient tomber sur ces bonbons, a
expliqué Caroline Garand, une porte-parole du corps policier.

« Le faux bonbon est très difficile à détecter parce que très ressemblant de
la marque populaire », a souligné l’agente Garand en entrevue avec La Presse
Canadienne.

Elle suggère de s’assurer que ces bonbons qui peuvent contenir « des
substances potentiellement dangereuses avec des concentrations inconnues »
ont bel et bien été achetés en magasin et non sur le marché noir.

Les consommateurs devraient en ingérer de petites quantités, de voir les
effets et de communiquer immédiatement avec les services d’urgence s’ils ne
se sentent pas bien, a-t-elle insisté.

Frédérick Jean, un jeune homme âgé de 19 ans, est mort au début septembre à
Saint-Jean-sur-Richelieu, sur la Rive-Sud, à la suite d’une surdose. Les
policiers refusent de confirmer qu’il aurait consommé au moins un de ces
faux bonbons.

Il aurait consommé trois ou quatre de ces bonbons que ses amis et lui
croyaient être du THC, le principal ingrédient actif du cannabis, a indiqué
sa mère, Michelle Dionne.

La drogue ne devrait pas être un sujet tabou dans les familles. «
Parlez-en » avec vos jeunes, a-t-elle imploré les parents.

Au surlendemain du décès de Frédérick Jean, une jeune femme âgée de 21 ans a
également fait une violente surdose à Saint-Jérôme, dans les Laurentides.

Les consommateurs ne peuvent pas vraiment savoir ce qu’il y a dans ces faux
bonbons, a expliqué Amélie Lechasseur, une intervenante chez l’organisme
communautaire IRIS Estrie qui a lancé un centre de prévention de surdoses.

« Ils ont fait un mélange, a dit Mme Lechasseur au sujet des trafiquants.
Là, ils ont vu que les gens mouraient. Alors ils inventent un autre genre de
mélange. Ils essaient de nouvelles choses. Avec la pandémie, il y a moins d’import-export.
Les gens font des cocktails, de nouveaux gâteaux et ils ne savent pas trop
comment il va sortir. C’est ça l’enjeu en ce moment au niveau de la conso. »

Des produits qui servaient à la coupe de drogues et qui provenaient d’autres
pays ne sont plus disponibles en raison de la fermeture des frontières, a
confirmé Hugo Bissonnette, du Centre Sida-Amitié, à Saint-Jérôme.

Les trafiquants sont donc « très créatifs » et ajoutent d’autres produits
qui peuvent être plus forts, plus performants et parfois plus mortels, bien
que ce n’est pas « consciemment qu’ils veulent tuer leurs clients », a-t-il
constaté.

Selon des renseignements recueillis par l’organisme, la présence de faux
bonbons PEZ a été notamment observée dans les Laurentides et dans
Lanaudière.

La clinique communautaire qui se spécialise dans les dépendances a affiché
sur ses murs une photo de ces faux bonbons dans l’espoir d’alerter les
consommateurs.

Le contenu de ces faux bonbons change « constamment » et « le dealer de rue
ne sait pas vraiment ce qu’il revend ; il revend ce qu’on lui donne », a
indiqué M. Bissonnette.

Santé Canada a confirmé à La Presse Canadienne avoir publié des « avis de
substance potentiellement dangereuse » à l’intention des organismes d’application
de la loi étant donné que des substances analysées étaient présentées sous
une « nouvelle forme », celle de « bonbons colorés et rectangulaires portant
l’identification « PEZ » ».

« Dans tous les cas, les résultats d’analyse ont démontré la présence d’étizolam
dans les échantillons », a indiqué André Gagnon, un porte-parole de l’agence
fédérale.

Dans un seul cas, le Service d’analyse des drogues a également noté la
présence de cocaïne en combinaison avec l’étizolam.

En vertu de la Loi sur les bons samaritains, toute personne qui fait une
surdose ou qui en est témoin, et qui appelle le 9-1-1, ne peut être accusée
de possession simple de drogue.

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