La drogue empêche des itinérants symptomatiques de se rendre à l’hôpital
Là, on se retrouve en pleine crise à vouloir éteindre des feux. C’est avant qu’il fallait former le personnel pour ça. Jean-Sébastien Fallu, expert en dépendance.
Étienne Paré
Lundi, 20 avril 2020 04:00 MISE À JOUR Lundi, 20 avril 2020 04:00
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MONTRÉAL | Plusieurs itinérants qui présentent des symptômes de COVID-19 refusent d’utiliser les ressources qui ont été mises à leur disposition, de peur de devoir cesser de consommer de la drogue s’ils y vont.
«J’ai des clients qui ont des signes de COVID, mais qui ne veulent pas aller à l’hôpital, car ils devraient être en sevrage, ce qui est trop difficile pour eux. Pendant ce temps, ils se promènent librement dans la rue, et la santé publique ne veut pas nous entendre», a dénoncé Jessica Quijano, coordonnatrice de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues.
L’ancien hôpital Royal Victoria, transformé pour la pandémie en refuge pour itinérants atteints par le coronavirus, devrait permettre aux patients de consommer des drogues durant leur séjour, selon l’intervenante communautaire.
«Avec les gens accros aux opiacés, comme l’héroïne, les médecins peuvent administrer du naloxone, mais pour la cocaïne et le crack, il n’y a pas de médicament qui peut remplacer la consommation», a expliqué Mme Quijano.
Les autorités auraient dû y penser avant
Jean-Sébastien Fallu, expert en dépendance, reconnaît toutefois que le personnel médical ne serait pas outillé présentement pour gérer la consommation des patients. Il croit cependant que le réseau de la santé aurait dû depuis longtemps s’adapter pour accueillir ce genre de clientèle.
«Là, on se retrouve en pleine crise à vouloir éteindre des feux. C’est avant qu’il fallait former le personnel pour ça. C’est évident que sans que la consommation soit permise, les itinérants ne seront pas portés à aller dans le réseau», a poursuivi le professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.
Selon lui, à l’heure où l’on parle de permettre la consommation dans des refuges pour itinérants, les hôpitaux pourraient encore plus facilement prendre ce virage à long terme, comme ils disposent de davantage de ressources. Jean-Sébastien Fallu travaille d’ailleurs comme consultant pour l’aménagement des «wet shelter», ces foyers pour sans-abri où l’on accepterait d’héberger des personnes en état second, ce qui se fait déjà dans d’autres grandes villes.
Plus de surdoses
D’ici là, il n’y a pas que les sevrages qui inquiètent les populations itinérantes en ces temps de COVID-19. On craint également une augmentation du nombre de surdoses.
«Il y a plus de contrôle à la frontière et il y a donc moins de drogue sur la rue. Les vendeurs sont donc portés à couper la drogue avec de la cochonnerie, comme du fentanyl», a observé Jessica Quijano.
Dans son travail d’intervenante, elle dit déjà avoir été mise au courant de trois cas de surdose depuis le début de la crise du coronavirus.
Qui plus est, deux des trois centres d’injection supervisée à Montréal ont fermé dans les dernières semaines à cause de la pénurie de matériel de protection pour le personnel.
Joints cette fin de semaine par l’Agence QMI pour commenter l’ensemble de cette situation, le ministère de la Santé et le CISSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal n’ont pas donné de réponses à nos questions.
















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