Cannabis: "Le légaliser, c'est affaiblir les dealers", plaide l'économiste Emmanuelle Auriol

Cannabis: "Le légaliser, c'est affaiblir les dealers", plaide l'économiste Emmanuelle Auriol 08/04/2019 à 16h27

Si le Premier ministre Edouard Philippe se dit ouvert à une réflexion sur la légalisation du cannabis thérapeutique, l'économiste Emmanuelle Auriol, estime, elle, que la légalisation devrait être totale.
Vendredi, Edouard Philippe a estimé qu'il serait "absurde" de s'interdire d'étudier les possibilités du cannabis thérapeutique. Un timide appel du pied à l'étude de la légalisation de la plante pour un usage médical. Mais pour l'économiste Emmanuelle Auriol, il faudrait une légalisation totale. Selon elle, cette légalisation permettrait d'en finir avec les réseaux mafieux.

"C'est la drogue la plus consommée en France. La France est un paradoxe vivant puisqu'on est très répressif. Nous sommes les champions de la répression avec 3.500 personnes incarcérées tous les ans pour avoir simplement consommé du cannabis, un millions d'heures de travail de la police sont consacrées en arrestations de fumeurs et dans le même temps, il y a des viols, des meurtres, des terroristes. On voit bien le coût social de cette répression", a-t-elle expliqué ce lundi dans Radio Brunet.

Et de poursuivre: "Face à ça, on a une double peine. On ne maîtrise pas ce marché et en même temps on dépense énormément dans la répression de manière totalement vaine. Le pire de tout, c'est que ce sont les enfants qui pâtissent de tout ça puisqu'à 15 ans, ils sont 50% à avoir déjà expérimenté le cannabis parce que ce marché est aux mains de criminels qui vendent de la drogue dans les écoles".

Réorienter la répression
Mais cette légalisation pourrait-elle permettre l'éradication totale du marché noir du cannabis? Oui, estime l'économiste autrice de Mafia: sexe, drogue et clandestins: et si on légalisait?, même si cela mettrait un peu de temps à se réguler: "Les gens normaux, qui ont des revenus normaux préféreront s'approvisionner sur le marché légal, il n'y a pas de risque pour eux, pas de risque de casier judiciaire, les produits sont contrôlés donc ça affaiblit bien la demande des dealers. Après il faut réorienter la répression: faire appliquer la loi, et être très sévère pour ceux qui continuent à dealer ou acheter légalement de la drogue. Avec une répression plus ciblée sur le marché résiduel et une politique tarifaire adaptée, on pourra nettoyer cette poche de marché noir".

Et si, dans les pays qui ont légalisé l'usage du cannabis, comme le Canada et l'Uruguay, le trafic subsiste toujours, "c'est que les pays n'avaient pas bien mesuré la demande et quand l'offre légale a été mise en place, il n'y avait pas assez d'approvisionnement. Donc au Canada, par exemple, ils sont obligés de rationner", explique l'économiste.

Paulina Benavente

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