Opioïdes: quatre fois plus d'hospitalisations à Saint-Jean-sur-Richelieu qu'à Montréal

Publié le 13 décembre 2018 à 07h30 | Mis à jour à 09h08

Opioïdes: quatre fois plus d'hospitalisations à Saint-Jean-sur-Richelieu qu'à Montréal

ARIANE LACOURSIÈRE
La Presse
De toutes les villes québécoises, c'est à Saint-Jean-sur-Richelieu que le taux d'hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes est le plus élevé, révèlent des données de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), publiées hier. Dans son rapport, l'ICIS note que le taux d'hospitalisations relatives à des surdoses d'opioïdes est beaucoup plus élevé dans les municipalités canadiennes de taille moyenne que dans une grande ville comme Montréal.

Hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes (Taux par 100 000 habitants en 2017)

Kelowna : 52,8

Brantford : 41,2

Thunder Bay : 34,7

St. Catharines-Niagara : 27,1

Montréal : 6,9

Québec : 9,8

Saguenay : 11,6

Saint-Jean-sur-Richelieu : 26,2

Sherbrooke : 18,2

Trois-Rivières : 16,2

Saint-Hyacinthe : 16,2

Gatineau : 12,8

Saint-Jérôme : 12,8

Mirabel : 11,7

Note : Les données des villes québécoises sont de 2016.

PARADOXAL

Comment expliquer que les villes de taille moyenne enregistrent un plus fort taux d'hospitalisations liées à la prise d'opioïdes ? « Ça peut sembler paradoxal, car on associe souvent les problèmes de drogues aux grandes villes. Mais on sait que l'accès aux services est meilleur dans les grandes villes », note Christina Lawand, chercheuse principale à l'ICIS. L'accès à la naloxone, un antidote, y est aussi plus facile. « Il y a aussi plus de programmes ciblés dans les grandes villes. Des programmes qui ne sont pas nécessairement disponibles dans les plus petites villes », note Mme Lawand.

EXCEPTION QUÉBÉCOISE

Les villes québécoises semblent moins touchées par la crise des opioïdes que leur vis-à-vis canadiennes. « C'est en effet une tendance observée. Plusieurs raisons peuvent expliquer ça. On sait, entre autres, que c'est au Québec que le taux de prescription d'opioïdes est le plus faible », explique Mme Lawand.

LA CRISE DES OPIOÏDES CONTINUE

D'autres données publiées hier par l'Agence de la santé publique du Canada montrent que la crise des opioïdes est encore bien présente au pays. Plus de 2000 Canadiens ont perdu la vie durant les six premiers mois de 2018 à la suite d'une surdose liée aux opioïdes. La très grande majorité de ces morts (72 %) sont liées au fentanyl.

La crise des opioïdes a pris une telle ampleur que « l'espérance de vie au pays, qui avait augmenté de près de trois ans entre 2000 et 2016, a ralenti », écrit l'Agence de la santé publique du Canada dans un communiqué. « La crise des opioïdes a ralenti l'espérance de vie de huit semaines », résume l'administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam.

En effet, l'espérance de vie a augmenté de près de trois ans entre 2000 et 2016, pour atteindre 82,25 ans. Une hausse de 4 %. Mais la crise des opioïdes a ralenti cette croissance d'environ 0,16 an.

Selon la Dre Tam, les Canadiens « ne réalisent pas l'ampleur de la crise » des opioïdes. « C'est une crise de santé publique majeure », souligne la Dre Tam, qui estime que les efforts doivent se poursuivre tant sur le plan de la prévention, du traitement que des interventions policières pour limiter l'accès aux drogues.

***

Hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes (Taux par 100 000 habitants en 2017)

Canada : 16,4

Québec (données 2016) : 9,8

Ontario : 14,8

Alberta : 22,7

Colombie-Britannique : 29,3

Territoires du Nord-Ouest : 33,7

Yukon : 31,8

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