Déjà 10 automobilistes arrêtés...

Déjà 10 automobilistes arrêtés
La police de Montréal dispose d’une unité d’experts qui détectent les drogues chez les conducteurs

Matthieu Payen
Jeudi, 22 novembre 2018 01:00 MISE à JOUR Jeudi, 22 novembre 2018 01:00
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Dix automobilistes ont été arrêtés avec les facultés affaiblies par le cannabis à Montréal un mois après sa légalisation, soit à peine six de moins que pour toute l’année dernière.

Depuis le 17 octobre, jour de la légalisation du cannabis, la police de Montréal a détecté en moyenne cinq fois plus de conducteurs ayant consommé du pot que durant les neuf premiers mois de l’année.

Incapacité à lire les panneaux, difficulté à garder une trajectoire constante, prise de risque lors des dépassements, temps de réaction augmenté : les effets néfastes du cannabis au volant sont nombreux, et les services de police au Canada ne disposent toujours pas d’un test sanguin permettant de le détecter.

Nouvelle unité

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a donc pris les devants pour endiguer le fléau en créant, le 13 septembre, le Module d’évaluation des drogues (MÉD), la première unité permanente au pays qui intervient dès qu’un patrouilleur soupçonne un conducteur d’être intoxiqué.

Cette unité a été mise sur pied sans augmenter les effectifs puisque les 10 agents évaluateurs de l’équipe étaient auparavant dispersés dans les postes de quartier.

« Notre objectif est de retirer des routes davantage de conducteurs dangereux, qu’ils aient consommé du cannabis ou toute autre drogue », affirme la sergente Annie Messier, qui dirige l’unité.

La marijuana n’est qu’une des sept catégories de stupéfiants évaluées par la police et, jusqu’à la légalisation, elle représentait moins de 20 % des drogues détectées chez les conducteurs. Mais, depuis le 17 octobre, ce taux a bondi à 37 %.

Ces chiffres s’ajoutent à ceux d’une enquête menée cet été par Santé Canada, qui montre que 39 % des fumeurs de pot avouent en avoir déjà consommé deux heures ou moins avant de prendre le volant.

« C’est beaucoup, mais il est un peu tôt pour tirer des conclusions », indique Mme Messier, qui souligne que, depuis la création de son unité, trois fois plus de conducteurs ont été testés, quel que soit le type de drogue recherché.

Signes d’intoxication

Désormais, dès qu’un conducteur arrêté a les pupilles dilatées, paraît agité ou sue abondamment, par exemple, le policier le conduit devant un agent évaluateur, qui le soumet à une batterie de tests.

« Ce processus est nécessaire parce qu’il y a une méconnaissance des tribunaux au sujet des drogues, affirme la sergente Messier. Pour l’alcool, un résultat d’alcootest positif suffit à faire condamner le conducteur, mais pour la drogue, il n’y a pas de seuil limite et chacun réagit différemment. »

Plus de 80 % des conducteurs testés positivement à une drogue sont ensuite condamnés.

Et les sanctions sont aussi lourdes que dans les cas d’ivresse au volant, soit 1000 $ d’amende minimum et de un à trois ans de révocation de permis pour une première infraction.

Une évaluation en 12 étapes
1. Présence d’alcool vérifiée

L’alcool peut modifier les effets des drogues.

2. Patrouilleur interrogé

L’agent évaluateur veut connaître le contexte de l’arrestation.

3. Examens préliminaires

Observation du conducteur et prise de pouls. Le cannabis ou les stimulants accélèrent le pouls, contrairement aux dépresseurs.

4. Examen des yeux

Permet de vérifier si la drogue est toujours active. Une personne qui a pris du pot peine à loucher.
5. Examens d’attention divisée

Ensemble d’épreuves pour évaluer l’équilibre et la mémoire à court terme. L’épreuve du doigt-nez (sur la photo) indique si la coordination est bonne.
6. Signes vitaux

La tension artérielle et la température sont mesurées. Un consommateur de cocaïne ou d’amphétamines a une température élevée, à l’inverse d’un consommateur d’héroïne.

7. Examen en chambre noire

La taille des pupilles est mesurée et l’agent cherche des traces de drogue près de la bouche et du nez.
8. Tonus musculaire

Une personne qui consomme des dépresseurs est plus flasque, une personne sous stimulants est plus rigide.

9. Examen des sites d’injection

L’agent cherche des marques de seringue sur le cou et les parties dénudées (jambes, bras, etc.).
10. Déclaration du prévenu

La personne évaluée peut s’exprimer.

11. Opinion de l’agent évaluateur

L’agent peut, s’il le souhaite, communiquer son avis au prévenu.

12. Prélèvement d’urine

Si l’évaluation montre que le prévenu a consommé, l’agent peut commander une analyse d’urine pour corroborer les soupçons.

► La légalisation fait bondir la détection du cannabis au volant nombre d’évaluations positives

2016 : 17
2017 : 16
2018 : (jusqu’au 30 septembre) : 16
2018 : (depuis le 17 octobre) : 10
Source : SPVM

Coke et GHB, un cocktail inquiétant sur la route
Une évaluation sur deux révèle la présence de stimulants chez les conducteurs à Montréal, ce qui en fait de loin la catégorie de drogue la plus souvent repérée.

« On vit dans une société de surperformance dans laquelle il faut travailler beaucoup tout en ayant une vie sociale animée. Alors, certains prennent une ligne de cocaïne pour contrer la fatigue avant de prendre le volant », analyse la sergente Annie Messier, qui dirige l’unité MÉD.

Celle-ci pointe également l’utilisation importante d’amphétamine et de métamphétamine.

« La personne qui prend un stimulant se croit meilleure en tout, elle se montre arrogante, y compris au volant. C’est le genre de comportement qui attire l’attention de nos patrouilleurs », prévient Mme Messier.

Routine infernale

Au total, les évaluateurs peuvent déceler sept catégories de drogues.

« On se rend compte que, même si on en parle beaucoup et même si on note une augmentation récente, le cannabis n’est pas notre seule inquiétude », ajoute-t-elle.

Outre les stimulants, on trouve, dans près d’un quart des cas, des dépresseurs, comme du GHB, ou des médicaments d’ordonnance, tels que l’Ativan ou le Celexa, utilisés de façon abusive.

« On retrouve, dans de nombreux cas, un mélange de stimulant et de dépresseur, indique Nathalie Valois, agente de liaison du SPVM. On peut penser que les gens qui sont sous stimulants ont besoin de dépresseurs pour dormir. Ça devient une routine infernale. »

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