«Interdire la drogue est hypocrite». L’ancien procureur tessinois Dick Marty a choisi de prôner sa légalisation

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Drogue mardi 11 novembre 2014
«Interdire la drogue est hypocrite»
Céline Zünd

L’ancien procureur tessinois Dick Marty aurait pu devenir un héraut de la prohibition de la drogue. Il a choisi de prôner sa légalisation

Dick Marty a participé à la guerre contre la drogue avant de devenir l’un de ses détracteurs. Ce mardi, il donne une conférence à l’Université de Genève, à l’invitation du Groupement romand d’études des addictions et de l’association Première Ligne*.

Le Temps: Vous avez lutté contre le trafic de drogue, puis dénoncé sa prohibition. D’où vient ce revirement?

Dick Marty: En 1987, après une enquête d’un an, nous avons arrêté une bande de trafiquants dans le viseur des Etats-Unis depuis plus de dix ans et saisi 100 kilos d’héroïne, la plus grosse prise jamais effectuée en Suisse. Cela m’a valu une distinction du Département fédéral de la justice américaine. Pourtant, ce n’était rien au vu des dimensions du marché noir de la drogue. J’aurais pu devenir le héraut de la prohibition. Mais j’ai vécu une crise de conscience.

– Au point de prôner la légalisation totale des drogues…

– Selon moi, le modèle actuel de la prohibition a échoué. Non seulement la drogue est disponible partout, mais cette politique entretient le crime organisé et la corruption aux plus hauts niveaux. Ces substances valent peu, c’est leur interdiction qui fait enfler leur prix sur le marché. Les réseaux mafieux ainsi alimentés représentent pour les démocraties occidentales une menace bien plus importante que le terrorisme. Sans compter qu’un système pénal ne vaut rien s’il n’est pas respecté.

– Si la drogue est en vente libre, n’y a-t-il pas un risque d’augmenter sa consommation?

– Elle ne serait pas en vente libre à la Migros, mais sur un marché contrôlé. Dans les Etats qui ont légalisé la substance aux Etats-Unis, les désastres annoncés n’ont pas eu lieu. L’autorisation ne résout pas le problème de l’addiction. Mais une société sans drogue est une illusion. Le défi est d’apprendre à faire avec. Le système actuel est basé sur une hypocrisie. On criminalise le cannabis alors que d’autres substances bien plus addictives telles que la benzodiazépine sont disponibles en pharmacie.

– Pensez-vous que l’opinion en Suisse soit favorable à une légalisation?

– De plus en plus de personnes d’abord hostiles à la légalisation commencent à ouvrir les yeux et constatent qu’on n’a rien obtenu avec la répression. Les positions pourraient évoluer très vite. Qui aurait imaginé que la France ou les Etats-Unis légalisent le mariage homosexuel si vite?

* Mardi à 18h30, Uni-Mail,
salle MS150

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