Cannabis - «Les élus pensent que l'opinion n'est pas prête» à la légalisation du cannabis

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«Les élus pensent que l'opinion n'est pas prête» à la légalisation du cannabis
6 décembre 2012 à 11:41

tchat - A partir d'aujourd'hui, la consommation d'herbe est légale dans l'Etat de Washington.

Cette légalisation fera-t-elle des émules en France ?

Michel Henry, journaliste au service société de «Libération», a répondu à vos questions.

Libération

Maxou. Que rapporterait en terme de TVA la vente légalisée et contrôlée par l’Etat de cannabis ?

Charlie. Je me demande si le cannabis et ses dérivés étaient considérés comme produit de luxe taxés à 50 ou même 75% comme l’essence ou le tabac, quels seraient les revenus potentiels pour l’Etat ?

Michel Henry. C’est très difficile à évaluer. Un économiste avait parlé d’un revenu potentiel pour l’Etat français d’un milliard d’euros par an, mais c’est vraiment à la louche. Il est clair néanmoins qu’en ces temps de disette budgétaire c’est un argument sérieux. D’autant que, si on arrête la répression sur les usagers, on économise en plus des centaines de millions d’euros.

Léon. S’il existait des «cannabistrots» où des médiateurs pédagogue évalueraient et informeraient des risques/avantages de ce produit, cela améliorerait les conditions pour les usagers, jeunes et moins jeunes, qu’en pensez-vous ?

M. H. Effectivement, s’il y avait un réseau contrôlé de production et de distribution, les consommateurs sauraient exactement ce qu’ils fument, ce qui serait un progrès. D’autre part, la prévention pourrait réellement s’appliquer dans ces lieux de vente, ce qui n’est pas possible sur le marché noir.

Madman. Comment expliquer que des personnes sont opposées à la moindre discussion sur la dépénalisation du cannabis, alors que d’un autre côté ils ne militent pas pour l’interdiction de l’alcool et de la cigarette ?

Maxou. N’est-il pas hypocrite de persister à pénaliser un produit aujourd’hui banal et dont la dangerosité n’est pas supérieure à celle de l’alcool ou du tabac ?

MickeyKB. La légalisation du cannabis n’est-elle pas une excuse populiste, sécuritaire (contre le trafic) et commerciale pour vendre une drogue douce qui semble (à tort) moins nocive que le tabac (donc potentiellement très rentable) ?

M. H. La plupart des études montrent qu’interdire le cannabis n’a pas d’influence sur le niveau de consommation. On consomme deux fois plus de cannabis en proportion de la population en France, où la législation est sévère, qu’aux Pays-Bas, où elle est plus tolérante. Donc, ce n’est pas parce qu’on légalise qu’on va présenter favorablement le produit. Au contraire, on peut se servir de l’argent économisé sur la répression pour faire de la prévention, ce qui n’est pas fait en France actuellement.

Kawan. Que savez-vous de l’opinion réelle du gouvernement, des «décideurs» à ce sujet ? Existe-t-il un débat en leur sein ?

Meumpopeur. Pourquoi, selon-vous, après quarante ans de répression stérile avec comme résultat le renforcement des réseaux mafieux, les politiques n’en tirent-ils aucune conclusion constructive ?

Hiromihanzo. L’impossibilité d’instaurer un débat sérieux, loin des carcans idéologiques et des arguments fallacieux, va au-delà de la simple question de la dépénalisation du cannabis. Pourquoi est-ce si difficile, en France, d’opérer des changements sociétaux et institutionnels ?

Elpi. Compte tenu des sommes d’argent colossales générées par le trafic, notamment en banlieue, pensez-vous que les politiques craignent des «émeutes de cités» en cas de légalisation en France ?

M. H. Je pense que les décideurs ont une opinion bien plus tolérante que celle qu’ils professent en public, où l’hypocrisie est reine. Mais je ne crois pas qu’on puisse craindre des émeutes en banlieue en cas de légalisation. En revanche, il est certain que dans certains endroits la paix sociale est aussi le fait de l'économie souterraine qui s’y développe.

Maxou. L’Europe peut-elle imposer une législation en matière de stupéfiants ?

M. H. Ce serait évidemment l’idéal. Mais on en est loin. En 2009, un chercheur américain réputé, Peter Reuter, avait remis aux instances européennes un rapport qui décrivait parfaitement la situation : échec de la prohibition, nécessité de chercher une autre voie. Mais il est resté dans les tiroirs. Un consensus est trop difficile à trouver pour l’instant.

Maxou. Pensez-vous que la question de légalisation/dépénalisation reviendra réellement sur la table durant ce mandat présidentiel ? Quelles sont, à votre avis, les probabilités d’adoption ?

M. H. Elle reviendra par moments car le problème est sérieux et personne ne le traite. Donc on va forcément en parler régulièrement. Pas sûr pour autant que la législation change.

Xav. Pourquoi ce tabou en France sur la fumette, alors qu’il doit y avoir 6 ou 7 millions de fumeurs réguliers (je crois qu’on est champion d’Europe) ?

M. H. Effectivement, on compte 1,2 million de fumeurs réguliers, 4 millions si on intègre les fumeurs occasionnels, et on estime que 12 millions de Français ont déjà fumé un joint. Néanmoins le débat reste, chez les élus dans leur grande majorité, au ras des pâquerettes. C’est difficile à comprendre. Mais les élus pensent que l’opinion publique n’est pas prête pour un vrai débat, ce qui est faux, surtout chez les jeunes.

Bob. Existent-ils des clubs de cultivateurs/consommateurs en France ?

M. H. Certains usagers ont lancé des «cannabis social clubs», sortes de coopératives où on s’unit pour cultiver et ainsi ne pas avoir à s’approvisionner sur le marché noir. C’est illégal en France, mais toléré en Espagne.

Maxou. La question de la dépénalisation de l’usage médical du cannabis est-elle différente de celle d’une dépénalisation plus large ? Est-il possible que les bienfaits du cannabis pour certains malades soient reconnus à court terme et que la législation change ?

Nikita. Pourquoi ne peut-on pas avoir de débat autour du «cannabis thérapeutique» en France ?

Sam. Quid de l’usage médical ? (glaucome, douleurs persistantes...)

4babys. Comment expliquer que, malgré moult recommandations, y compris médicales, y compris des centres antidouleur et cancérologie entre autres, le sujet reste sensible en France ?

M. H. L’usage thérapeutique est reconnu dans de nombreux pays (pas en France). Il donne lieu aussi à de nombreuses dérives. En Californie, il suffit de payer 100 euros une consultation médicale pour avoir une ordonnance valable un an permettant d’acheter et de consommer légalement, pour des motifs difficiles à vérifier médicalement (mal de dos, insomnie, etc).

Capse. Comment peut-on connaître le nombre de fumeur régulier en France quand cette pratique est censée être illégale. Sur quoi se base-t-on ?

Maxou. Il semble que chacun des pays où le cannabis a été légalisé ou dépénalisé ait vu sa consommation diminuer, pourquoi donc ne pas appliquer cette solution à la France qui regroupe, à ma connaissance, le plus grand nombre de consommateurs en Europe ?

M. H. Evidemment, les chiffres donnés ne sont que des évaluations, donc sujets à caution. On se base aussi sur les données récupérées de manière anonyme lors de la Journée défense et citoyenneté que passent les lycéens en remplacement du service militaire.

Lillois. La dépénalisation est-elle un processus obligatoire pour aller vers la légalisation ? Les Etats ayant légalisé sont-ils passés par la dépénalisation ? Ne faut-il pas avant tout penser à ne plus considérer les fumeurs comme des délinquants ?

M. H. Il y a deux choses. La dépénalisation signifie qu’on arrête de poursuivre les usagers. Elle est déjà en pratique dans de nombreux Etats européens. La légalisation signifie qu’on autorise le commerce. Aucun pays ne la pratique. Aux Pays-Bas, on peut acheter du cannabis dans les coffee shops, mais c’est une tolérance, ce n’est pas inscrit dans la loi, et la production de cannabis en particulier reste interdite.

Maria. Pensez-vous que la légalisation du cannabis en France soit possible depuis que les Etats-Unis commencent à le faire ? En d’autres termes, est-ce que la situation nouvelle qui se dessine aux Etats-Unis peut débloquer la situation dans les pays d’Europe et du Monde ?

Feeling. Est-ce que la légalisation dans l’Etat de Washington représente une avancée pour la légalisation en France ?

M. H. Evidemment, le fait que le pays qui est le gendarme antidrogues de la planète depuis un siècle se mette à légaliser sur son sol peut changer beaucoup de choses. Ça va surtout permettre de dédiaboliser le cannabis et peut-être d’en parler sereinement, ce qui serait déjà un grand progrès en France.

Cannasuc. Quel est selon vous le poids de la «culture française» (dans laquelle le vin n’est pas tant considéré comme une drogue mais comme un patrimoine sacré) au sein du débat et la part des lobbies dans le maintien du statu quo ?

M. H. On constate que les pays du nord de la planète voient d’un bon œil les drogues qu’ils produisent (alcool, tabac, médicaments psychotropes) et d’un mauvais celles qui viennent du Sud (cannabis, héroïne, cocaïne). La culture est donc pour beaucoup dans l’approche des drogues et dans la frontière légales-illégales.

Bibu. Quelles formes peut prendre la dépénalisation ou la légalisation ? Est-ce qu’il existe un système de coffee similaire à Amsterdam dans l'État de Washington ?

M. H. Pas encore. Si l’Etat de Washington ouvre des coffee shops, ce ne sera pas avant début 2014, le temps de mettre en place un système de licences et de contrôle de la production. Mais, entre-temps le pouvoir fédéral peut s’y opposer.

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