Jean-Michel Costes «Le principal danger n’est pas le cannabis» mais bien sûr l’alcool, le tabac, puis l’héroïne.
«Le principal danger n’est pas le cannabis»
15 octobre 2012 à 22:26
Interview Le sociologue Jean-Michel Costes, spécialiste des drogues, revient sur la législation française :
Par ERIC FAVEREAU
http://www.liberation.fr/societe/2012/10/15/le-principal-danger-n-est-pa...
«Le principal danger n’est pas le cannabis»
15 octobre 2012 à 22:26
Interview Le sociologue Jean-Michel Costes, spécialiste des drogues, revient sur la législation française :
Par ERIC FAVEREAU
Jean-Michel Costes a dirigé l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, de 1995 à 2011. Avec la sociologue Anne Coppel, il a lancé, le mois dernier, une charte «pour une autre politique des addictions», déjà signée par 1 500 professionnels.
Lancer un débat sur la consommation de cannabis, est-ce une bonne idée?
Evidemment, et nous y sommes favorables. Mais il faut éviter la confusion entre les interrogations d’ordre sanitaires et celles d’ordre juridiques ou financières. C’est un peu particulier d’aborder cette question à l’occasion d’une affaire de blanchiment d’argent.
Restons alors sur les questions sanitaires. Pour vous, consommer du cannabis, est-ce dangereux?
Oui. Et il y a un relatif consensus des chercheurs sur cette question, mais le problème réside dans le niveau de danger.
C’est-à-dire?
Le travail le plus récent a été fait au Royaume-Uni. Il a consisté en une évaluation de la dangerosité relative des différentes substances, qu’elles soient légales ou pas. En France, le principal danger n’est pas le cannabis, mais bien sûr l’alcool, le tabac, puis l’héroïne.
Et rien sur le cannabis?
Ce qui est dangereux, c’est l’usage qui en est fait. Il y a des usages doux, comme il y a des usages durs. En plus, il y a des contextes : si cette consommation intervient à l’adolescence, donc précocement, si la personne en consomme régulièrement, si elle en prend le matin avant d’aller en classe, voilà une série de signes de fortes probabilités de dommages que cela peut occasionner.
Que penser de l’étude néo-zélandaise publiée cet été?
Un travail intéressant : sur mille Néo-Zélandais, les chercheurs ont comparé le quotient intellectuel, à 13 ans puis à 38 ans, les uns étant des consommateurs réguliers de cannabis, les autres pas. Au bout de la période, ce travail faisait état d’un écart de huit points de QI entre les fumeurs et les non-fumeurs. C’est intéressant, mais on ne peut pas tirer de conclusions à partir d’une seule étude. En tout cas, restons mesurés : en France, il y a plus de 4 millions d’usagers, et le nombre de problèmes sanitaires liés au cannabis est extrêmement limité par rapport aux consommateurs d’autres produits, licites ou pas. L’immense majorité n’a pas de problème.
Ne rien faire alors?
Non. Mais évitons de tout mélanger. Sur la question de la légalisation du cannabis, il n’y a pas de consensus, nous ne sommes pas tous d’accord. Le problème, on le connaît : il est de réguler l’offre. Faut-il le réguler comme l’alcool ou bien maintenir la prohibition ? Cela se discute.
Quid de la consommation du cannabis?
Tous les professionnels sont favorables à une dépénalisation de la consommation. On a actuellement une loi invraisemblable dans notre arsenal législatif : une loi qui punit un dommage accompli éventuellement sur soi. C’est ahurissant. Je ne parle pas, là, du trafic, mais bien de la consommation. C’est comme si on mettait en prison les personnes qui font une tentative de suicide. Le problème que pointe l’usage est un problème d’éducation et de santé publique, non de prison et de menaces. On peut maintenir l’interdit sur le produit, tout en dépénalisant.
















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