Drame de l'amiante en Italie: 16 ans de prison pour deux ex-responsables

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Drame de l'amiante en Italie: 16 ans de prison pour deux ex-responsables
(AFP) – Il y a 4 heures
TURIN — Le tribunal de Turin (nord de l'Italie) a condamné lundi à 16 ans de prison les deux accusés dans le procès du drame de l'amiante: l'ex-propriétaire du groupe suisse Eternit, Stephan Schmidheiny, et l'ex-administrateur d'Eternit Italie, Louis de Cartier de Marchienne.

Le milliardaire suisse Schmidheiny, 64 ans, et le baron belge Louis de Cartier de Marchienne, 90 ans, ont été jugés responsables de la mort de plusieurs milliers de personnes en Italie, anciens ouvriers ou habitants vivant à proximité de plusieurs usines d'Eternit-Italie qui fabriquaient divers matériaux à base d'amiante.

Le groupe Eternit de M. Schmidheiny a été un important actionnaire d'Eternit-Italie de 1976 à 1986. M. de Cartier de Marchienne a été actionnaire minoritaire et administrateur d'Eternit-Italie au début des années 1970.

"Cette sentence donne à tous, non seulement en Italie mais aussi dans le monde entier, le droit de rêver que la justice peut et doit être faite", a estimé le procureur, Raffaele Guariniello, qui a enquêté pendant 5 ans pour arriver jusqu'au procès de Turin, le premier au pénal.

Les avocats des accusés, condamnés par contumace, ont annoncé qu'ils feront appel du jugement de première instance, procédure qui peut durer plusieurs années. Ils pourront ensuite aller jusqu'en cassation, ce qui pourrait repousser à très loin un jugement définitif.

La condamnation est "techniquement injuste", a estimé Guido Alleva, avocat du milliardaire suisse, en estimant qu'"il est absurde de penser à une responsabilité intentionnelle" de son client.

Selon les calculs de la défense, les deux hommes ont aussi été condamnés à verser plus de 250 millions d'euros de dédommagements aux diverses parties civiles. Au total, 6.000 personnes, en majorité des victimes ou des proches de victimes décédées mais aussi des municipalités, des organisations syndicales, réclamaient un dédommagement pour le drame de l'amiante.

La ville de Casale Monferrato, l'une des plus touchées par le drame de l'amiante, recevra 25 millions d'euros d'indemnités tandis que 5 millions d'euros sont prévus pour le village de Cavagnolo. La caisse d'assurance pour les accidents du travail Inail a obtenu 15 millions d'euros et la région Piémont, où se trouvaient les plus grosses usines Eternit, 20 millions.

Des milliers de familles recevront une indemnisation moyenne de 30.000 euros par personne.

Le ministre de la Santé italien, Renato Balduzzi, a qualifié le jugement "d'historique aussi bien pour les aspects sociaux que pour ses aspects technico-juridiques", soulignant qu'il "couronne une longue bataille qui a vu l'Etat aux côtés des victimes à tous les niveaux institutionnels".

Le parquet avait requis 20 ans de prison contre les deux hommes accusés d'avoir provoqué "une catastrophe sanitaire et environnementale permanente" et enfreint la sécurité au travail, dans une procédure qui a nécessité cinq ans d'enquête préalable et trois ans d'audience, à partir de décembre 2009.

Matériau miracle qui a tourné au cauchemar, l'amiante a été utilisée massivement en particulier dans le secteur de la construction (amiante-ciment) en raison notamment de sa résistance à la chaleur et au feu, avant son interdiction dans un bon nombre de pays, dont toute l'Europe depuis 2005.

Malgré sa nocivité, en 2007, plus de 2 millions de tonnes d'amiante ont été consommées dans le monde, selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis. La Chine en est le principal utilisateur (30%), suivie de l'Inde (15%), de la Russie (13%), du Kazakhstan et du Brésil (5%).

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Amiante : un siècle de déni

Le Point.fr - Publié le 13/02/2012 à 13:32

Par François Malye

Retour sur la saga de l'"or blanc", devenu tueur en série, et qui sera responsable de 100 000 morts en France d'ici à 2025.

Les Anglo-Saxons le surnommaient "magic mineral" tant ses nombreuses qualités techniques leur paraissaient tomber du ciel. Résistant au feu comme à la traction, l'amiante, connu depuis la nuit des temps - Pline l'Ancien et Marco Polo l'ont mentionné dans leurs récits -, va connaître à partir des années 1880 une expansion foudroyante, mais aussi s'avérer rapidement être un poison mortel.

Extrait de mines à ciel ouvert, puis concassé en une fine poussière, l'amiante devient à cette époque "le compagnon de route du capitalisme industriel". C'est dans le secteur du textile que les ouvriers vont être les premières victimes au bout de quelques années tant la protection contre l'inhalation des poussières est alors dérisoire. Les fibres d'amiante, invisibles, pénètrent en effet l'appareil respiratoire et provoquent l'asbestose, une fibrose qui calcifie les poumons et provoque, à terme, la mort par étouffement.

Premiers cancers

En 1906, un jeune inspecteur départemental du travail à Caen, Denis Auribault, dresse ainsi un rapport à la suite d'une inspection dans une petite entreprise de filature située dans la Suisse normande, à Condé-sur-Noireau, où aucune ventilation n'a été installée : "Cette inobservation totale des règles de l'hygiène occasionnait de nombreux décès dans le personnel : une cinquantaine d'ouvriers et d'ouvrières moururent." En 1945, l'asbestose est reconnue en France comme maladie professionnelle. Mais à partir des années cinquante, les premiers cancers sont observés. D'abord, le mésothéliome, tumeur maligne de la plèvre, l'enveloppe des poumons que la fibre traverse avant d'aller s'y loger, puis celui du poumon. Mais rien n'arrête la progression de ce minéral qui s'est répandu partout et va entrer peu à peu dans la composition de 3 000 produits.

Dans les transports, il sert à isoler les navires, mais aussi les trains : jusqu'au début des années 80, la SNCF l'utilisera dans ses wagons et ses locomotives et, encore aujourd'hui ses Corail et les premiers TGV sommeillent sur des voies isolées en attendant leur hypothétique dépollution. L'amiante a également conquis le secteur du bâtiment. Depuis 1915 et l'invention de l'ingénieur autrichien Ludwig Hatschek, on mélange amiante et ciment pour construire des toits, des tuiles, des tuyaux ou des bardages. Dans les usines, les ouvriers qui les fabriquent sont soumis à des taux d'empoussièrement très élevés, danger concernant aussi ceux qui manipulent ces produits finis. Après la guerre, avec les Trente Glorieuses, on a aussi construit à tour de bras : écoles, hôpitaux, immeubles de bureau et d'habitation qui sont souvent bâtis à partir de structures d'aluminium qu'on couvre d'amiante pour éviter leur affaissement en cas d'incendie. C'est le "flocage" qui fera des ravages parmi les isolateurs, désastre que met en évidence une enquête menée aux États-Unis sur cette population de travailleurs par le docteur Irving Selikoff.

Manipulation

En octobre 1964, le scandale éclate aux États-Unis à la suite d'un important congrès de l'Académie des sciences de New York lors duquel les scientifiques du monde entier dénoncent les méfaits de la fibre. Car les études qui se sont multipliées prouvent que la mortalité s'étend à ceux qui habitent à proximité des sites d'extraction ou d'utilisation de l'amiante. Des femmes meurent aussi pour avoir simplement lavé le bleu de travail recouvert de fibres de leur mari. Les plaintes s'abattent sur l'industrie et, au cours des auditions publiques des différents procès, on apprend la vérité : les multinationales de l'amiante ont tout fait pour en cacher les dangers. En manipulant les études scientifiques, en empêchant les chercheurs de publier, en engageant d'énormes campagnes de communication, les industriels ont réussi à dissimuler pendant des décennies ce qu'ils avaient été les premiers à observer depuis le début de son utilisation, la mortalité très élevée des ouvriers le manipulant.

Une fois l'amiante rapidement interdit aux États-Unis, où les entreprises extractrices sont submergées de procès, il reste au trust du "magic mineral" le reste du vaste monde, dont l'Europe. En France, la chambre syndicale de l'amiante-ciment, le premier lobby, ne peut empêcher le scandale d'éclater en 1975 quand, à la faculté de Jussieu, les enseignants découvrent que leurs locaux sont bourrés d'amiante. Ils mènent aussi une vaste enquête qui dévoile la situation tragique de certaines usines de transformation. Comme Amisol, à Clermont-Ferrand, où les taux de mortalité des ouvrières défient l'entendement. Elles avoueront que la poussière d'amiante était telle qu'on ne se voyait pas dans les ateliers. En 1977 et 1978, deux décrets interdisent le flocage des bâtiments et fixent des limites de taux d'empoussièrement dans les usines de transformation.

"Usage contrôlé"

Mais un deuxième lobby se met en place en 1982 pour parer au bannissement total. Ce sera le Comité permanent amiante ou CPA, sorte de table ronde financée par les deux grands du secteur, les sociétés d'amiante-ciment Eternit et Everite, filiale de Saint-Gobain. Peu à peu, scientifiques, syndicats, et même envoyés des ministères concernés, vont le rejoindre, offrant une caution formidable à l'"usage contrôlé" de l'amiante, thèse prônée par les industriels. En gros, en prenant des précautions, les produits à base d'amiante ne sont pas dangereux. Et puis ne prend-on pas des risques tous les jours ? Un discours lénifiant qui va fonctionner durant douze ans, alors que la plupart des pays d'Europe interdisent peu à peu ou limitent drastiquement l'utilisation du "magic mineral".

En 1994, c'est l'étude de l'épidémiologiste anglais Julian Peto qui met le feu aux poudres : il révèle qu'en raison de leur exposition passée 3 000 Britanniques meurent chaque année d'avoir inhalé de l'amiante. Et que cette vague de décès, en raison du temps de latence entre l'exposition et l'apparition des cancers, va inexorablement se poursuivre. En France, aucune étude n'existe, mais en comparant les chiffres des importations d'amiante des deux pays, on s'aperçoit vite que la situation n'est pas très différente de celle de la Grande-Bretagne. Et même que la France, endormie par le CPA, est devenue le premier importateur d'amiante d'Europe, le cinquième au monde...

100 000 victimes en France d'ici à 2025

Le 25 juin 1996, l'Andeva, Association nationale des victimes de l'amiante, porte plainte en pointant les défaillances de l'État et des industriels : "De 1900 à 1950, un demi-siècle sans réaction significative face à l'asbestose, de 1950 à 1975, un quart de siècle de données acquises sur les cancers provoqués par l'amiante, de 1975 à nos jours, vingt années de dissimulation." Quelques jours plus tard, une étude de l'Inserm confirme les travaux de Julian Peto : d'ici à 2025, 100 000 Français vont mourir de l'amiante. L'utilisation du "magic mineral" est interdite dans l'Hexagone à partir du 1er janvier 1997.

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