« Cela marque la fin d’une époque, celle où les enquêteurs avaient des indics et une certaine liberté...»

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publié le 04/10/2011

« C’est la fin d’une époque »

L’incarcération du n°2 de la PJ de Lyon, Michel Neyret, a fait l’effet d’une bombe dans la police. Les commissariats vosgiens n’ont pas échappé à l’onde de choc. La chute du grand flic lyonnais alimente conversations, spéculations et inquiétudes. Mais la plupart des policiers préfèrent garder une prudente réserve sur le sujet dès qu’un micro se tend. Ils ne s’expriment qu’en « off ».

Parti à la retraite il y a 4 ans, l’ex-capitaine de Remiremont Patrice Henry a en revanche une liberté de parole que ses anciens collègues n’ont pas. Auteur d’un premier livre sur les principales enquêtes qui ont émaillé sa carrière de flic de PJ et d’un second qui doit être publié dans les prochaines semaines, il se souvient sans langue de bois des rapports ambigus qu’il a pu nouer avec des voyous et des indics lorsqu’il était en poste à Nancy, Mulhouse ou Paris. Il évoque également cette véritable révolution qu’est l’affaire Neyret.

Avez-vous été surpris par l’arrestation de Michel Neyret ?

« Oui. Je ne le connaissais pas personnellement. Juste de réputation. Et j’ai été en fait stupéfait que quelqu’un d’aussi haut placé dans la hiérarchie tombe pour avoir eu des relations avec des personnes liées au banditisme. D’ordinaire ce sont les flics de terrain qui ont ce genre de contact. Lui avait apparemment conservé un réseau d’indics. Ce qui lui valait d’ailleurs d’être respecté par la base.

Pour ce qui est du fond de l’affaire, il faut rester très prudent. Mais au vu des premiers éléments parus dans la presse, cela ressemble plutôt à une affaire de flic ayant des méthodes de poulet à l’ancienne qui aurait dérapé. »

On reproche surtout au policier lyonnais d’avoir détourné de la drogue pour rémunérer ses indicateurs. Est-ce que ce sont des pratiques courantes ?

« Courantes ? Non ! Il ne faut peut-être pas exagérer… Mais cela arrive. En principe cela concerne de petites quantités de drogue et uniquement du cannabis. Jamais, jamais, jamais de drogues dures. D’autre part, on s’arrange généralement pour ne pas donner directement le produit à l’indic. On l’oublie sur les lieux de la perquisition et l’informateur passe derrière nous pour le récupérer.

(Zappiste: le cannabis est une "drogue" douce d'admettre l’ex-capitaine de Remiremont Patrice Henry qui a une liberté de parole que ses anciens collègues n’ont pas.

Je n’ai fourni directement un indic que deux ou trois fois. Je me souviens en particulier de quelqu’un qui m’avait donné l’auteur de dix vols à main armée. Il réclamait de l’héroïne. J’ai refusé. Je lui ai remis une cinquantaine de grammes de cannabis. C’est tout. Libre à lui de le consommer ou de le revendre. »

Ce qui était illégal !

« Oui. C’est vrai. Mais c’était pour la bonne cause. Pour élucider dix braquages. Ce n’était pas rien… Et puis c’était il y a très longtemps. Plus de 20 ans. »

Lorsque des policiers commencent à prendre des libertés avec la loi, où est la limite ?

« Il ne faut rien accepter à titre personnel. A deux reprises, on m’a proposé directement de l’argent pour faire disparaître un dossier. La première fois, c’était un voyou soupçonné de trafic d’armes et il s’est retrouvé devant un juge d’instruction pour corruption de fonctionnaire. La seconde fois, c’était une pharmacienne impliquée dans un dossier d’escroquerie et je l’ai avertie qu’il valait mieux qu’elle n’insiste pas. Soit vous êtes flic, soit vous êtes voyou. Mais pas les deux à la fois . Il faut savoir à quel camp vous appartenez. »

Est-ce qu’à force de fréquenter des voyous, cela ne devient pas difficile, justement, de savoir à quel camp vous appartenez ?

« Il est logique d’avoir des rapports avec des voyous lorsque vous êtes policier. Les renseignements ne s’obtiennent pas dans des couvents auprès de religieuses.

A partir du moment où vous luttez contre la délinquance, il faut avoir des contacts dans les milieux du banditisme pour savoir ce qu’il s’y passe. Lorsque j’étais au groupe de répression du banditisme, nous connaissions les voyous et ils nous connaissaient. Il nous arrivait même de boire des coups ensemble… Mais je payais toujours mes consommations. Car il ne faut vraiment rien accepter à titre personnel.

Ce n’est pas qu’une question de principe. C’est également une règle de prudence. Car quand tout va bien et que vous faites des interpellations, on vous dit amen sans chercher à savoir comment vous obtenez vos informations, mais dès qu’il y a un pépin… »

Pensez-vous que l’affaire Neyret va bouleverser la manière d’exercer le métier de policier ?

« Cela marque la fin d’une époque, celle où les enquêteurs avaient des indics et une certaine liberté. Je pense que tout va être beaucoup plus encadré maintenant. On va vers une police hyper-réglementée. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquels je suis parti en retraite. Car je ne me reconnaissais plus dans ce nouvel état d’esprit. »

Propos recueillis par C.G.

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